{"id":751,"date":"2014-10-10T03:51:06","date_gmt":"2014-10-10T02:51:06","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=751"},"modified":"2020-05-07T16:45:24","modified_gmt":"2020-05-07T15:45:24","slug":"si-on-se-touchait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=751","title":{"rendered":"Si on se touchait?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/10\/si-on-se-touchait.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-753\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/10\/si-on-se-touchait-300x158.jpg\" alt=\"si on se touchait\" width=\"300\" height=\"158\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/10\/si-on-se-touchait-300x158.jpg 300w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/10\/si-on-se-touchait-1024x539.jpg 1024w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/10\/si-on-se-touchait-800x421.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><span style=\"color: #000000;\">Cette brochure est une compilation de traductions de deux textes issus du livre Men doing feminism (hommes faisant du f\u00e9minisme). <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Le premier, <em>Les hommes prof\u00e9ministes et leurs ami.e.s<\/em>, essaye de comprendre pourquoi les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels ayant des r\u00e9flexions f\u00e9ministes n\u2019arrivent \u00e0 entretenir, majoritairement, des relations amicales sinc\u00e8res, sensuelles, confiantes et intimes qu\u2019avec des femmes.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"> Le second, <em>A genoux : connaissance charnelle, dissolution masculine, faire du f\u00e9minisme<\/em>, parle d\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 et de d\u00e9sir. Il utilise les concepts de d\u00e9territorialisation, puissance et pouvoir de Deleuze et Guattarri et les applique au corps des hommes. Pourquoi cherchons-nous si souvent \u00e0 conqu\u00e9rir l\u2019espace, prendre de la place, tout en nous prot\u00e9geant constamment contre les attaques, en fermant notre corps ? Pourquoi avons-nous si peur de la p\u00e9n\u00e9tration ?<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\"><br \/>\nSans toujours en parler explicitement, ces textes proposent tous les deux des pistes particuli\u00e8res par rapport \u00e0 la place des hommes dans les luttes contre le patriarcat. Plut\u00f4t que de se demander si et comment un homme pourrait \u00eatre f\u00e9ministe, ou si un oppresseur peut participer aux luttes des individus qu\u2019il opprime (ce qui reste une bonne question), ils proposent que les hommes ne soient plus seulement des soutiens aux luttes f\u00e9ministes mais travaillent sur leurs relations au sein de leur classe de genre.<\/span><\/p>\n<p>2016<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/10\/si-on-se-touchait2-mep.pdf\">PDF mis en page<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/01\/si-on-se-touchait_ppp.pdf\">PDF page par page<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>Sommaire\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; <i>Introduction<\/i>, par sionsetouchait[at]riseup.net<br \/>\n&#8211; <i>Les hommes prof\u00e9ministes et leurs ami.e.s<\/i>, par Richard Schmitt<br \/>\n&#8211; <i>A genoux\u00a0: connaissance charnelle, dissolution masculine, faire du f\u00e9minisme<\/i>, par Brian Pronger<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Introduction<\/h3>\n<p>(par sionsetouchait[at]riseup.net)<\/p>\n<p>La brochure que vous tenez dans vos mains est le r\u00e9sultat de quelques mois de travail en 2014. Les deux textes qui s\u2019y trouvent sont issus du livre <i>Men doing feminism<\/i> (Hommes faisant du f\u00e9minisme), publi\u00e9 aux \u00e9ditions Routledge en 1998.<\/p>\n<p>C\u2019est un recueil d\u2019articles universitaires \u00e9crits par des hommes, des femmes et des trans am\u00e9ricain.e.s et collect\u00e9s par Tom Digby. On y parle principalement de la place des hommes et des trans dans la recherche universitaire f\u00e9ministe et les luttes f\u00e9ministes au sens large, de la place des hommes noirs dans le f\u00e9minisme noir, de l\u2019impact des th\u00e9ories f\u00e9ministes dans les vies des hommes, de paternit\u00e9, de womanism &#8230;<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 maintenant, seul l\u2019article <i>Male feminism as oxymoron<\/i> (Le f\u00e9minisme m\u00e2le comme oxymore), de David J. Kahane, \u00e9tait trouvable gratuitement, mais dans sa <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/feministarticles11744.yuku.com\/topic\/429\/Male-Feminism-as-Oxymoron\" rel=\"external\">version originale anglaise<\/a>. Et aucun des articles du bouquin n\u2019\u00e9tait trouvable en fran\u00e7ais, gratuitement ou pas.<\/p>\n<p>En lisant <i>Men doing feminism<\/i>, deux articles m\u2019ont particuli\u00e8rement interpell\u00e9. Au fur et \u00e0 mesure de leur lecture, je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 en traduire des extraits \u00e0 un pote, lan\u00e7ant de bonnes discussions sur notre relation et celles que nous entretenons avec les autres hommes. Et puis je me suis dit que c\u2019\u00e9tait quand m\u00eame con de pas pouvoir les utiliser comme bases de discussion avec plus de copains (surtout ceux qui ne comprennent pas l\u2019anglais). Alors je me suis lanc\u00e9 dans la traduction compl\u00e8te de <i>On your knees\u00a0: carnal knowledge, masculine dissolution, doing feminism et Profeminist men and their friends<\/i>.<\/p>\n<p>Je suis un homme cissexuel\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Selon Julia Serano, les personnes cissexuelles sont &quot;les personnes qui ne\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>], blanc, avec des papiers fran\u00e7ais, presque la trentaine, h\u00e9t\u00e9rosexuel, valide, avec une formation universitaire relativement \u00e9lev\u00e9e, issu d\u2019une famille bourgeoise de gauche et qui joue parfois avec son apparence de genre.<\/p>\n<p>Si ces deux textes m\u2019ont touch\u00e9 c\u2019est parce qu\u2019ils portent sur deux th\u00e8mes de r\u00e9flexion qui m\u2019accompagnent beaucoup ces derniers temps.<\/p>\n<p>Le premier, <i>Les hommes prof\u00e9ministes et leurs ami.e.s<\/i>, essaye de comprendre pourquoi les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels ayant des r\u00e9flexions f\u00e9ministes n\u2019arrivent \u00e0 entretenir, majoritairement, des relations amicales sinc\u00e8res, sensuelles, confiantes et intimes qu\u2019avec des femmes. Je me retrouve beaucoup l\u00e0-dedans, m\u00eame si je ne me d\u00e9finis pas comme prof\u00e9ministe. Il m\u2019est rarement arriv\u00e9 dans ma vie de vivre des relations d\u2019amiti\u00e9 intense avec d\u2019autres gar\u00e7ons et je cherche toujours \u00e0 comprendre pourquoi (m\u00eame si je sais en partie) et surtout comment changer cela.<\/p>\n<p>Le second, <i>A genoux\u00a0: connaissance charnelle, dissolution masculine, faire du f\u00e9minisme<\/i>, parle d\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 et de d\u00e9sir. Il utilise les concepts de d\u00e9territorialisation, puissance et pouvoir de Deleuze et Guattarri et les applique au corps des hommes. Pourquoi cherchons-nous si souvent \u00e0 conqu\u00e9rir l\u2019espace, prendre de la place, tout en nous prot\u00e9geant constamment contre les attaques, en fermant notre corps\u00a0? Pourquoi avons-nous si peur de la p\u00e9n\u00e9tration\u00a0? Pourquoi ai-je v\u00e9cu l\u2019extr\u00eame majorit\u00e9 de ma vie sexuelle h\u00e9t\u00e9ro sans m\u00eame imaginer que je pouvais \u00eatre attir\u00e9 par d\u2019autres hommes\u00a0? Comment atteindre le d\u00e9sir f\u00e9ministe\u00a0?<\/p>\n<p>Sans toujours en parler explicitement, ces textes proposent tous les deux des pistes particuli\u00e8res par rapport \u00e0 la place des hommes dans les luttes contre le patriarcat. Plut\u00f4t que de se demander si et comment un homme pourrait \u00eatre f\u00e9ministe, ou si un oppresseur peut participer aux luttes des individus qu\u2019il opprime (ce qui reste une bonne question), ils proposent que les hommes ne soient plus seulement des soutiens aux luttes f\u00e9ministes mais travaillent sur leurs relations au sein de leur classe de genre. En dehors des propositions de d\u00e9construction de l\u2019\u00e9ducation genr\u00e9e masculine, peu de mecs pr\u00f4nent aussi \u00e7a. J\u2019ai moi-m\u00eame longtemps plus travaill\u00e9 sur mon rapport aux femmes, sur comment je peux prendre de la place, comment je rabaisse mes copines, comment je fais pas toujours gaffe au consentement, comment je profite parfois de mes privil\u00e8ges sans m\u2019en rendre compte, etc., sans r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 pourquoi je trainais surtout avec des non-hommes et me sentais plus \u00e0 l\u2019aise en leur compagnie. C\u2019est s\u00fbr qu\u2019il ne faut pas arr\u00eater de se poser ces questions. Mais j\u2019ai de plus en plus le sentiment que de soutenir les copines dans leurs luttes (quotidiennes ou non) en participant \u00e0 des groupes de r\u00e9flexion et d\u2019action en mixit\u00e9, est n\u00e9cessaire mais pas suffisant. Il faut aussi qu\u2019entre personnes construites comme oppresseurs (par exemple par la non-mixit\u00e9), on arrive \u00e0 faire un travail que seuls nous pouvons faire, et qui va dans le sens de l\u2019abolition du patriarcat. Sans tomber dans la solidarit\u00e9 masculine, il faut qu\u2019on arrive \u00e0 casser cette froideur souvent ressentie face aux autres hommes, qu\u2019on bosse sur nos amiti\u00e9s, nos intimit\u00e9s, nos sexualit\u00e9s&#8230; qu\u2019on supprime notre homophobie et les relations de pouvoir entre hommes. Cela permettra peut \u00eatre, comme le dit Pronger, d\u2019incarner le d\u00e9sir f\u00e9ministe et comme le dit Schmitt, de r\u00e9\u00e9quilibrer le rapport genr\u00e9 \u00e0 la prise en charge affective.<\/p>\n<p>Une pr\u00e9cision importante par rapport au titre de la brochure et \u00e0 certaines th\u00e8ses de Pronger\u00a0: quand je propose en titre qu\u2019on se touche, \u00e9motionnellement et physiquement, cela reste \u00e9videmment dans les limites n\u00e9cessaires du consentement\u00a0! Pronger dit que \u00ab\u00a0ceux qui sont les plus r\u00e9ticents \u00e0 ouvrir leurs bouches et anus \u00e0 d\u2019autres hommes sont ceux qui ont le plus besoin de le faire\u00a0\u00bb. Une pote m\u2019a dit que \u00e7a sonnait beaucoup comme une obligation \u00e0 sucer et se faire enculer. En relisant l\u2019article en entier, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il essaye plut\u00f4t de pousser les hommes \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur ces questions dans le but de faire taire leur homophobie et d\u2019en avoir envie, pas de se forcer \u00e0 avoir des relations homosexuelles avec p\u00e9n\u00e9tration. Si je n\u2019interpr\u00e9tais pas son texte comme \u00e7a, j\u2019aurais abandonn\u00e9 cette traduction.<\/p>\n<p>Ces textes ne sont pas dans le m\u00eame ordre dans le livre et dans la brochure. J\u2019ai choisi de partir du moins au plus intime. Aussi, parce que j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il est parfois plus facile de d\u2019abord cr\u00e9er des relations affectives et intimes avec des hommes, avant de faire du sexe avec eux.<\/p>\n<p>Bon, c\u2019est clair, parfois, les deux textes que j\u2019ai traduits sont chiants \u00e0 lire\u00a0! C\u2019est \u00e9crit par et pour des universitaires. J\u2019ai pas envie de vous dire de faire un effort (ce serait trop facile de ma place d\u2019ex \u00e9tudiant universitaire) mais je pense que \u00e7a vaut le coup d\u2019essayer. J\u2019ai moi-m\u00eame pas compris tous les concepts utilis\u00e9s. Apr\u00e8s, je pense que c\u2019est possible de sauter des passages et de quand m\u00eame comprendre le fond.<\/p>\n<p>Pendant la traduction, je me suis pos\u00e9 pas mal de questions sur la f\u00e9minisation. J\u2019ai l\u2019habitude, en fran\u00e7ais, de tout f\u00e9miniser. Mais c\u2019est facile quand c\u2019est moi qui \u00e9crit \u00e0 propos d\u2019un sujet \u00e9tudi\u00e9. Si je sais que je parle d\u2019hommes et de femmes et de trans, j\u2019utiliserais des mots comme illes (ils et elles), squatteureuses, travailleureuses, manifestant.e.s, etc. Mais en traduisant depuis une langue comme l\u2019anglais, dans laquelle le neutre est extr\u00eamement courant, cela devient plus compliqu\u00e9. En effet, je n\u2019ai pas pris contact avec les auteurs des textes et je ne sais pas si chacune de leur utilisation du neutre anglais d\u00e9signait des hommes et\/ou des femmes et\/ou des trans&#8230; J\u2019ai donc interpr\u00e9t\u00e9 en fonction de comment je comprenais leur texte. En fait, je crois qu\u2019\u00e0 chaque fois que j\u2019avais un doute j\u2019ai f\u00e9minis\u00e9.<\/p>\n<p>Finalement, j\u2019ai eu des probl\u00e8mes avec la traduction des termes <i>male<\/i> et <i>man<\/i>. Traduire man par homme est simple. Mais j\u2019ai l\u2019impression que le terme male (qui se traduit litt\u00e9ralement par m\u00e2le) est parfois utilis\u00e9 en anglais, en tout cas dans ces deux textes, comme synonyme de man. Alors peut \u00eatre que ma traduction manque de subtilit\u00e9, mais bon&#8230;<\/p>\n<p>Bref, c\u2019est quand m\u00eame les textes qui suivent qui sont les plus int\u00e9ressants dans cette brochure alors bonne lecture\u00a0!<\/p>\n<p>Bisous.<\/p>\n<p>PS\u00a0: \u2026 et surtout n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 faire tourner gratuitement et \u00e0 m\u2019\u00e9crire\u00a0: <i>sionsetouchait@@@riseup.net<\/i>\u00a0!<br \/>\nPS2\u00a0: et merci aux copin.e.s pour les relectures critiques, la mise en page, le massicot, la photocopieuse, la s\u00e9rigraphie et la couverture\u00a0!<\/p>\n<hr \/>\n<h3 class=\"spip\">Les hommes prof\u00e9ministes et leurs ami.e.s<\/h3>\n<p>(par Richard Schmitt)<\/p>\n<p>J\u2019ai pass\u00e9 la derni\u00e8re ann\u00e9e en Equateur. Parce que le courrier entre les Etats-Unis et l\u2019Equateur \u00e9tait rare et pr\u00e9caire, ma partenaire et moi-m\u00eame avons entretenu nos relations avec nos ami.e.s par e-mail. Mais alors que j\u2019envoyais et recevais quelques courts messages de mes ami.e.s, beaucoup ayant affaire au travail d\u2019une sorte ou d\u2019une autre, Lucy entretint un ensemble \u00e9largi et complexe de correspondances avec un r\u00e9seau \u00e9tendu de ses ami.e.s hommes et femmes. Certain.e.s de mes ami.e.s ne m\u2019\u00e9crivirent pas du tout\u00a0; d\u2019autres \u00e9crivirent rarement et de mani\u00e8re impersonnelle. Je les bl\u00e2mais pour leur position non-\u00e9clair\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce que je me rende compte que j\u2019avais moi aussi manqu\u00e9 de nombreuses opportunit\u00e9s d\u2019entretenir des connexions avec mes ami.e.s. J\u2019\u00e9tais un ami aussi apathique et non-\u00e9clair\u00e9 qu\u2019elleux.<\/p>\n<p>Cela m\u2019a perturb\u00e9 et laiss\u00e9 perplexe. Je me suis demand\u00e9 pourquoi les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Les hommes dont je parle dans ce papier sont h\u00e9t\u00e9rosexuels. J\u2019en sais peu sur\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>] avons les amiti\u00e9s que nous avons et pourquoi elles ont tendance \u00e0 jouer un r\u00f4le relativement p\u00e9riph\u00e9rique dans nos vies. Cherchant des r\u00e9ponses \u00e0 ces questions, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 lire une partie de la volumineuse litt\u00e9rature au sujet des hommes et des femmes h\u00e9t\u00e9rosexuel.le.s dans leurs relations, \u00e0 propos de leur mani\u00e8re de parler (ou de ne pas parler) les un.e.s aux autres. Cette litt\u00e9rature d\u00e9crit les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels comme impassibles, ignorants de leurs propres \u00e9motions, et r\u00e9ticents \u00e0 examiner leurs sentiments ou \u00e9couter d\u2019autres personnes exprimer leurs \u00e9motions. Les explications de pourquoi ces hommes sont comme cela allaient de th\u00e9ories psychanalytiques sur la mani\u00e8re de grandir des petits gar\u00e7ons \u00e0 des discours quasi-darwinistes plus ou moins bidons sur l\u2019Homme-Chasseur et la Femme-M\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais rien de tout \u00e7a ne semblait s\u2019appliquer \u00e0 moi et mes amis. Nous sommes tous des hommes prof\u00e9ministes h\u00e9t\u00e9rosexuels. Nous ne nous montrons pas de l\u2019affection en nous frappant ou en nous appelant par des noms vulgaires et insultants. Nous ne passons pas tout notre temps ensemble \u00e0 nous vanter de nos exploits sexuels (souvent fictifs) ou faire des blagues au d\u00e9triment les uns des autres. Nous ne sommes pas en concurrence constante les uns avec les autres. Dans nos relations avec les femmes nous sommes ouverts \u00e0 l\u2019\u00e9motion\u00a0: nous r\u00e9fl\u00e9chissons \u00e0 nos sentiments et sommes pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 en parler\u00a0; nous sommes conscients de ce que les autres ressentent et sommes pr\u00eats \u00e0 aider, soutenir, encourager, ou stimuler. Nous avons appris \u00e0 \u00e9couter et accorder une attention soigneuse et concentr\u00e9e. Mais nos amiti\u00e9s les uns avec les autres restent \u2014 \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s \u2014 distantes, \u00e9motionnellement froides, et apparemment non essentielles \u00e0 nos vies. Il n\u2019est pas clair, n\u00e9anmoins, si les explications standards sur les amiti\u00e9s des hommes s\u2019appliquent \u00e0 nous et par cons\u00e9quent ces explications ne clarifient pas pourquoi nos amiti\u00e9s sont ce qu\u2019elles sont et pourquoi elles jouent un r\u00f4le relativement p\u00e9riph\u00e9rique dans notre vie. Peu importe combien nos comportements et attitudes sont diff\u00e9rents envers les femmes, en relation les uns aux autres nous agissons quand m\u00eame vraiment comme la majorit\u00e9 des hommes plus ou moins misogynes. Seules les expressions externes des amiti\u00e9s h\u00e9t\u00e9rosexuelles masculines ont chang\u00e9, pas leur substance. En tant qu\u2019hommes prof\u00e9ministes nous devons nous demander si le caract\u00e8re de nos amiti\u00e9s avec les hommes signifient que notre engagement envers la lutte contre le patriarcat est d\u00e9fectueux. Se pourrait-il que les amiti\u00e9s entre hommes prof\u00e9ministes trahissent notre r\u00e9ticence \u00e0 abandonner les moyens traditionnellement masculins qui sont oppressifs envers les femmes\u00a0?<\/p>\n<p>Pour comprendre notre distance \u00e0 nos amis (premi\u00e8rement, mais pas seulement nos amis hommes) nous devons examiner le mod\u00e8le standard des diff\u00e9rences et relations entre hommes et femmes h\u00e9t\u00e9rosexuel.le.s. Nous verrons que ce compte-rendu standard est trop simple. Je d\u00e9crirai ensuite une compr\u00e9hension plus complexe des relations des hommes typiques aux femmes et aux autres hommes, ce qui nous permettra de voir que la r\u00e9ticence m\u00eame des hommes prof\u00e9ministes \u00e0 c\u00e9der un r\u00f4le central dans leurs vies aux amiti\u00e9s sert \u00e0 maintenir les structures patriarcales. La conclusion est que les hommes prof\u00e9ministes h\u00e9t\u00e9rosexuels doivent transformer leurs amiti\u00e9s avec les autres hommes pour continuer leur opposition au patriarcat.<\/p>\n<p><strong>La Vision Standard<\/strong><\/p>\n<p><i>A. La Vision Majoritaire<\/i><\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature vaste et sans cesse croissante \u00e0 propos des hommes et des femmes h\u00e9t\u00e9rosexuel.le.s\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Il doit \u00eatre clair tout au long du texte que nous ne parlons pas de tous les\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>], leurs diff\u00e9rences et similitudes, le r\u00f4le diff\u00e9rent de l\u2019amiti\u00e9 dans les vies des hommes et des femmes de m\u00eame que le caract\u00e8re diff\u00e9rent de ces amiti\u00e9s est document\u00e9 longuement. Voici un r\u00e9sum\u00e9 de ces r\u00e9sultats souvent r\u00e9currents\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Le rapport Hite (1987) constata que, bien qu\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s un quart des interrog\u00e9es avait eu une relation sexuelle avec une autre femme, la grande majorit\u00e9 des femmes mari\u00e9es ou c\u00e9libataires avaient eu leur relation \u00e9motionnelle la plus profonde avec une femme (15). \u00ab\u00a0Les amiti\u00e9s entre femmes &#8230; cr\u00e9aient un univers o\u00f9 les identit\u00e9s personnelles de la femme pouvaient \u00eatre valid\u00e9es (21) &#8230; L\u2019entraide est plus centrale aux amiti\u00e9s f\u00e9minines alors que les activit\u00e9s partag\u00e9es et les int\u00e9r\u00eats similaires sont plus centrales aux hommes &#8230; les femmes utilisent plus d\u2019expressions non-verbales d\u2019affection (29). Les styles f\u00e9minins &#8230; sont incompatibles avec le contr\u00f4le &#8230; les hommes [sont] &#8230; \u00e9galement capables d\u2019interactions intimes, [mais] ils pr\u00e9f\u00e8rent interagir intimement moins souvent que les femmes &#8230; les d\u00e9finitions des hommes de l\u2019intimit\u00e9 en terme de proximit\u00e9 et d\u2019activit\u00e9s partag\u00e9es les prot\u00e8ge efficacement de situations de vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9motionnelle et de perte potentielle de contr\u00f4le. L\u2019intimit\u00e9 pour les femmes &#8230; implique typiquement d\u2019admettre la d\u00e9pendance, de partager les probl\u00e8mes et d\u2019\u00eatre \u00e9motionnellement vuln\u00e9rable (30). Le maintien d\u2019un style intime de relation chez les femmes et d\u2019un non-intime chez les hommes refl\u00e8te et renforce finalement les relations de pouvoir entre les sexes (33).(O\u2019Connor 1992\u00a0; Block and Greenberg 1985)<\/p><\/blockquote>\n<p>Les relations des femmes sont d\u2019importance centrale dans la vie des femmes. Avec leurs ami.e.s elles parlent, \u00e9changent des confidences, partagent des \u00e9motions, se soutiennent en paroles et en actes. Les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels, en revanche, travaillent ensemble, font du sport, ou plaisantent. S\u2019ils parlent, le dialogue tend \u00e0 \u00eatre impersonnel. Leurs amiti\u00e9s sont d\u2019importance secondaire pour eux.<\/p>\n<p>Les explications de ces diff\u00e9rences sont aussi sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et divergent dans une certaine mesure en fonction des sources. Les hommes prof\u00e9ministes nous donnent une explication quelque peu diff\u00e9rente de celle des hommes qui ne sont pas f\u00e9ministes. La position des femmes \u00e0 propos des amiti\u00e9s des hommes diff\u00e8re de celle des hommes. Les hommes prof\u00e9ministes ont tendance \u00e0 souligner que les hommes sont toujours en concurrence les uns avec les autres (Gilmore 1990\u00a0; Kimmel 1994\u00a0; Stoltenberg 1993). Par cons\u00e9quent, ils ont tendance \u00e0 \u00eatre peu s\u00fbrs d\u2019eux, leur virilit\u00e9 est toujours remise en cause et doit \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e encore et encore. La faiblesse est \u00e0 craindre car elle invite l\u2019agression des hommes plus forts. Les d\u00e9monstrations publiques d\u2019\u00e9motions sont des signes de faiblesse tout comme la d\u00e9pendance aux autres. Ainsi, vivant dans un monde masculin tr\u00e8s comp\u00e9titif, les hommes cherchent l\u2019ind\u00e9pendance et fuient les enchev\u00eatrements \u00e9motionnels\u00a0; Ils veulent appara\u00eetre forts (Brittan 1989) et ont ainsi peur des exhibitions d\u2019\u00e9motions (McGill 1985, 18). Par cons\u00e9quent, leurs relations aux hommes et aux femmes sont distantes, impersonnelles, et sans \u00e9motions. Les liens affectifs sont \u00e9vit\u00e9s ou, quand ils ne sont pas \u00e9vit\u00e9s, sont transform\u00e9s en affaires d\u2019exclusivit\u00e9 sexuelle. Les hommes prof\u00e9ministes voient la lutte concurrentielle entre hommes \u2014 il n\u2019est pas toujours clair \u00e0 propos de quoi les hommes se battent \u2014 comme la source de la distance masculine aux \u00e9motions et aux autres personnes.<\/p>\n<p>Les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels non-f\u00e9ministes nous donnent les m\u00eames descriptions des hommes mais ils trouvent des probl\u00e8mes dans des endroits diff\u00e9rents. Oui, les hommes valorisent la force et l\u2019ind\u00e9pendance. Oui, leurs amiti\u00e9s avec d\u2019autres hommes sont souvent faibles, mais ce qui manque dans leurs vies n\u2019est pas tant l\u2019\u00e9motivit\u00e9 ouverte, la capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre d\u00e9pendant, mais au contraire \u00ab\u00a0les actions vigoureuses \u2026 sans cruaut\u00e9\u00a0\u00bb (Bly 1990, 8). Alors que les hommes prof\u00e9ministes d\u00e9plorent la comp\u00e9titivit\u00e9 des hommes qui les contraint dans une position d\u00e9fensive, auto-protectrice et \u00e9motionnellement st\u00e9rile, les hommes qui ne sont pas f\u00e9ministes se plaignent que les hommes ont, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, reconnu le cot\u00e9 f\u00e9minin de leur nature au d\u00e9triment de leur force et de leur capacit\u00e9 \u00e0 agir vigoureusement. Ils ne souffrent pas d\u2019un exc\u00e8s de comp\u00e9tition masculine, mais au contraire, d\u2019un d\u00e9ficit de masculinit\u00e9 \u2014 compris ici comme \u00e9tant puissante, contenue et ind\u00e9pendante. Par cons\u00e9quent, ils ne peuvent former d\u2019amiti\u00e9s fortes, typiquement masculines, avec d\u2019autres hommes puisque \u00ab\u00a0seuls les hommes peuvent initier les hommes\u00a0\u00bb (Bly 1990, 16) et nous, non initi\u00e9s par les hommes, sommes ainsi incapables d\u2019avoir des amiti\u00e9s authentiques avec d\u2019autres hommes.<\/p>\n<p>Les femmes ont tendance \u00e0 encore voir la condition des hommes diff\u00e9remment. Qu\u2019elles insistent sur le fait que \u00ab\u00a0les hommes et les femmes sont diff\u00e9rent.e.s\u00a0\u00bb (Tannen 1990) ou prennent une position plus critique qui voit la st\u00e9rilit\u00e9 \u00e9motionnelle des hommes comme oppressive pour les femmes, elles d\u00e9crivent toutes les hommes comme plus ou moins d\u00e9fectueux. La version la plus douce de cette description dit des hommes que dans leurs relations aux femmes et aux autres hommes, ils ne partagent pas leurs sentiments ou, s\u2019ils essayent de les partager, ne sont pas tr\u00e8s bons. Une version plus forte dit que les hommes ne peuvent pas partager leurs sentiments parce qu\u2019ils en sont inconscients (McGill 1985, 13). Une autre version nous dit que les hommes ne partagent pas leurs sentiments parce qu\u2019ils sont totalement \u00e9gocentriques et ainsi inattentifs aux autres et aux sentiments et besoins de ces autres. D\u2019une perspective de femme, les hommes sont soit incomp\u00e9tents dans l\u2019une des comp\u00e9tences primaires des \u00eatres humains soit moralement d\u00e9fectueux. Pour ce qui est d\u2019\u00eatre attentif, d\u2019exprimer et de partager des \u00e9motions, les hommes sont soit des empot\u00e9s path\u00e9tiques soit des tyrans aux besoins constants.<\/p>\n<p>Dans ces diff\u00e9rentes perspectives, les descriptions se recoupent\u00a0: les hommes sont inexpressifs et sans r\u00e9actions aux sentiments des femmes. Dans leurs relations aux autres hommes, la distance en vigueur explique l\u2019importance secondaire de ces amiti\u00e9s dans les vies des hommes. Ces faits sont expliqu\u00e9s diff\u00e9remment en fonction du genre de l\u2019auteur.e et de si illes voient les hommes comme victimes de forces sociales, comme simplement diff\u00e9rents des femmes, ou comme leurs oppresseurs.<\/p>\n<p><i>B. La Vision Minoritaire<\/i><\/p>\n<p>Si la vision majoritaire repr\u00e9sente les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels comme handicap\u00e9s \u00e9motionnellement par la situation comp\u00e9titive dans laquelle ils se trouvent, avec peu d\u2019amis hommes, et aussi souvent distants de leurs \u00e9pouses, la vision minoritaire nous rappelle que dans de nombreuses cultures, dont la n\u00f4tre, ces hommes ont des liens forts les uns avec les autres qui sont pour eux\u2014comme leurs amiti\u00e9s sont aux femmes\u2014parmi les connexions les plus fortes de leurs vies (Tiger 1970)\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Il est important de se rappeler, cependant, que dans la plupart des\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>]. Une des attractions de l\u2019athl\u00e9tisme pour les gar\u00e7ons est qu\u2019ils y trouvent des connexions. Dans l\u2019\u00e9quipe, ils trouvent la maison \u00e9motionnelle qu\u2019ils ne trouvent pas avec les parents ou les fr\u00e8res et s\u0153urs (Messner 1992). De nombreux auteurs documentent les connexions proches que les hommes cr\u00e9ent les uns avec les autres \u00e0 la guerre (Gibson 1994\u00a0; Gray1992\u00a0; Theleweit 1988). La misogynie partag\u00e9e est \u00e9galement puissante\u00a0: des hommes qui peuvent \u00e0 peine se conna\u00eetre ont un fort lien commun autour des blagues sur les conductrices, des commentaires sexuels vulgaires \u00e0 propos des femmes marchant dans la rue, ou une litanie famili\u00e8re de complaintes \u00e0 propos des femmes. Il est vrai que les amiti\u00e9s des hommes ne sont pas comme les amiti\u00e9s des femmes et que leurs amiti\u00e9s ne jouent pas le r\u00f4le dans la vie des hommes qu\u2019elles jouent dans la vie des femmes. Mais il n\u2019est pas vrai que les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels n\u2019ont pas de connexions fortes les uns avec les autres (Cohen 1992\u00a0; Wellman 1992).<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas non plus universellement vrai que les hommes sont impassibles, ou inconscients de leurs sentiments, comme nous le dit la vision majoritaire. Les historien.ne.s documentent les amiti\u00e9s intimes, expressives et sinc\u00e8res entre les hommes de la Nouvelle-Angleterre du 19\u00e8me si\u00e8cle (Hansen 1992). Les hommes deviennent intens\u00e9ment \u00e9motifs \u00e0 propos du sport\u00a0; Ils deviennent tr\u00e8s \u00e9motifs \u00e0 propos de la r\u00e9putation de \u00ab\u00a0leurs\u00a0\u00bb femmes, ou leur pays, \u00e0 propos de leur candidat ou enjeu politique. Les hommes deviennent aussi tr\u00e8s \u00e9motifs \u00e0 propos de l\u2019avortement comme infanticide et d\u2019autres d\u00e9ploient des \u00e9motions comparables concernant le futur glorieux de la classe ouvri\u00e8re. Les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels nous ont toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s comme des amants passionn\u00e9s\u00a0; les po\u00e8tes, hommes pour la majorit\u00e9, ont chant\u00e9 leur passion pour une femme dans de nombreux modes. L\u2019amour romantique est autant, si ce n\u2019est plus, la province des hommes que des femmes et l\u2019amour romantique est la quintessence de la passion. Il n\u2019est pas vrai que les hommes ne sont pas \u00e9motifs. Les amiti\u00e9s l\u00e9gendaires d\u00e9peintes dans la litt\u00e9rature sont aussi celles des hommes. L\u2019Ancien Testament nous parle du Roi David et de son ami Jonathan, Homer, d\u2019Achille et Patrocle\u00a0; nos enfants vibrent encore aux aventures des trois mousquetaires. Dans notre mythologie au moins, l\u2019amiti\u00e9 est importante, et l\u2019amiti\u00e9 est l\u2019amiti\u00e9 des hommes. De plus, les hommes se confient \u00e0 des ami.e.s \u2014 le plus souvent \u00e0 des femmes. McGill a constat\u00e9 que\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u2026 approximativement un tiers des hommes dans la recherche ont d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019ils ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des choses \u00e0 propos d\u2019eux \u00e0 d\u2019autres femmes qu\u2019ils n\u2019ont pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 leur femme \u2026 ces hommes sont peut-\u00eatre plus intimes avec d\u2019autres femmes qu\u2019ils peuvent l\u2019\u00eatre avec leur \u00e9pouse \u2026 la d\u00e9fense commune des hommes sur l\u2019ignorance (de leurs sentiments) ou l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre intime est sans fondement \u2026 (78) Dans les domaines importants du moi priv\u00e9 et personnel, les hommes r\u00e9v\u00e8lent beaucoup \u00e0 d\u2019autres femmes, dans de nombreux cas autant et plus qu\u2019ils ne r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 leur propre \u00e9pouse. Il appara\u00eet aussi que dans ces relations ils \u00e9coutent vraiment la femme et l\u2019\u00e9change d\u2019intimit\u00e9 est mutuel. (McGill 1985\u00a0; Wellman 1992)<\/p><\/blockquote>\n<p>Le tableau d\u00e9peint par la vision majoritaire du manque d\u2019\u00e9motivit\u00e9 ou de l\u2019isolement des hommes est contredite par cette vision minoritaire. L\u2019image des hommes comme manquant d\u2019\u00e9motion est tr\u00e8s unilat\u00e9rale, partiale et, en gros, fictionnelle.<\/p>\n<p><strong>Une histoire alternative<\/strong><\/p>\n<p>Il y a de vraies contradictions dans le genre de choses que nous dit la litt\u00e9rature \u00e0 propos des hommes et femmes h\u00e9t\u00e9rosexuel.le.s, leurs relations, et leur \u00e9motivit\u00e9 (Sherrod 1987). On peut prendre ces contradictions comme des indications qu\u2019il y a quelque chose qui pose probl\u00e8me avec nos th\u00e9ories. Les hommes ne peuvent \u00eatre impassibles et \u00e9motifs, r\u00e9ticents \u00e0 parler et librement communicatifs. Il ne peut \u00eatre vrai que les hommes n\u2019ont pas d\u2019ami.e.s\u2014certainement pas parmi les autres hommes\u2014et que leurs liens aux autres hommes sont les plus importants dans leurs vies. Si notre explication des hommes est pleine d\u2019auto-contradiction, nous pouvons \u00eatre tent\u00e9 de dire, elle doit \u00eatre rejet\u00e9e et remplac\u00e9e par une autre, coh\u00e9rente en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Mais, \u00e9videmment, les \u00eatres humains ne sont pas tou.te.s d\u2019un seul tenant. Alors que nos th\u00e9ories, on l\u2019esp\u00e8re, sont consistantes en elles-m\u00eames, les personnes qui ont formul\u00e9 ces th\u00e9ories le sont \u00e0 peine. En cons\u00e9quence, ces comptes-rendus de la vie \u00e9motionnelle des hommes montrent que les hommes, la plupart du temps, agissent en mode tout \u00e0 fait contradictoire. Ce n\u2019est pas notre explication des comportements des hommes qui est incoh\u00e9rente. Les actions des hommes sont souvent inconsistantes les unes avec les autres. La plupart du temps, les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels jouent un double jeu. Ils se pr\u00e9sentent comme ind\u00e9pendants et forts mais sont d\u00e9pendants et faibles. Ils nous font croire qu\u2019ils sont solitaires et isol\u00e9s mais leur pouvoir patriarcal est un pouvoir d\u00e9tenu collectivement et d\u00e9fendu par les hommes en association les uns avec les autres.<\/p>\n<p>Dans <i>La Promenade au Phare<\/i>\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Note de traduction : To the Lighthouse.\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>], Virginia Woolf documente de fa\u00e7on exhaustive cette duplicit\u00e9. La majeure partie du roman d\u00e9crit un jour d\u2019\u00e9t\u00e9 dans la maison de campagne des Ramsay. M.\u00a0Ramsay est un philosophe d\u2019Oxford pour qui son travail est l\u2019int\u00e9r\u00eat central de sa vie, plus que sa femme, ses quatre enfants, ou ses amis. Ses relations \u00e0 d\u2019autres hommes ont toujours un cot\u00e9 comp\u00e9titif. Sa conversation avec les \u00e9tudiants admiratifs dont il s\u2019entoure concerne\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u2026 qui avait gagn\u00e9 ceci, qui avait gagn\u00e9 cela, qui \u00e9tait un &laquo;&nbsp;homme de premier ordre&nbsp;&raquo; aux versets latins, qui \u00e9tait &laquo;&nbsp;brilliant mais je pense fondamentalement peu constant,&nbsp;&raquo; qui \u00e9tait indubitablement le &laquo;&nbsp;compagnon le plus habile \u00e0 Balliol.&nbsp;&raquo; \u2026 (Woolf 1927, 15)<\/p><\/blockquote>\n<p>A sa famille il montre un visage abstrait, absent. Il ne sait pas ce qu\u2019il mange, il ne remarque pas que sa fille se transforme en une belle jeune femme. Il ne se soucie pas des d\u00e9ceptions de son plus jeune fils. Il se soucie de la v\u00e9rit\u00e9 et de ses accomplissements de philosophe. Tout ce temps, Mme\u00a0Ramsay doit travailler pour garder serr\u00e9 le tissu social\u00a0: elle s\u2019occupe des enfants, des repas\u00a0; elle s\u2019assure que les diff\u00e9rent.e.s invit\u00e9.e.s sont \u00e0 l\u2019aise et appr\u00e9cient leur s\u00e9jour. Elle essaye d\u2019encourager les relations entre jeunes hommes et femmes. Aux repas, alors que les hommes filent des conversations abstraites qui la frappent comme tout \u00e0 fait st\u00e9riles, elle s\u2019assure que la conversation inclut tout le monde. C\u2019est son travail de faire que les choses se passent bien.<\/p>\n<p>Ramsay est \u00ab\u00a0son propre chef\u00a0\u00bb. Absorb\u00e9 par ses propres pr\u00e9occupations et int\u00e9r\u00eats, il est ind\u00e9pendant, comp\u00e9titif, impassible \u2014 l\u2019homme paradigmatique. Mais il y a une autre face \u00e0 ce m\u00eame homme paradigmatique\u00a0: il d\u00e9pend de Mme\u00a0Ramsay pour organiser la maison, la nourriture et la famille. La journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re, avec ses complexit\u00e9s principalement internes, d\u00e9pend du travail constant de Mme\u00a0Ramsay. C\u2019est uniquement gr\u00e2ce aux efforts constants de Mme\u00a0Ramsay qu\u2019il y a un monde social dans la maison d\u2019\u00e9t\u00e9 des Ramsay. Mais, qui plus est, M.\u00a0Ramsay d\u00e9pend personnellement de sa femme pour le soutien constant et la construction de l\u2019ego. A certains moments, l\u2019homme fort et ind\u00e9pendant demande du soutien, de l\u2019attention, du r\u00e9confort, quand il craint que son dernier livre ne soit pas un succ\u00e8s. Mais, \u00e9tant un homme typique qui est engag\u00e9, ou au moins le pr\u00e9tend, \u00e0 \u00eatre fort et ind\u00e9pendant, il ne peut lui demander ce dont il a besoin et elle doit deviner ce qu\u2019il veut quand il le veut. S\u2019il le veut, elle doit donner, et donner g\u00e9n\u00e9reusement, qu\u2019elle se sente de le faire ou non. Il arrive et se tient silencieux et mis\u00e9rable et\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u2026 Mme\u00a0Ramsay, qui avait \u00e9t\u00e9 assise confortablement, pliant son fils dans son bras, s\u2019arc-bouta \u2026 pour \u00e9riger dans l\u2019air une pluie d\u2019\u00e9nergie \u2026 et dans cette \u2026 fontaine et vaporisateur de vie, la st\u00e9rilit\u00e9 fatale du m\u00e2le se plongea comme un bec d\u2019airain, aride et nu. Il voulait de la compassion. Il \u00e9tait un \u00e9chec, disait-il \u2026 M.\u00a0Ramsay r\u00e9p\u00e9tait, ne quittant jamais son visage de ses yeux, qu\u2019il \u00e9tait un \u00e9chec. Elle lui souffla de nouveau les mots. &laquo;&nbsp;Charles Tansley [un \u00e9tudiant dipl\u00f4m\u00e9 admiratif] \u2026, &nbsp;&raquo; Dit-elle. Mais il lui en faut plus \u2026 Mais il lui en faut plus. (Woolf 1927, 58)<\/p><\/blockquote>\n<p>Il y a deux Ramsay \u2014 le manipulateur rationnel, intelligent, de concepts abstraits, le mentor admir\u00e9 de brillants jeunes hommes, tout autant distraits et oublieux des aspects mat\u00e9riels et humains de leur vie\u00a0; et le Ramsay peureux, malheureux, incapable de s\u2019exprimer, pour lequel sa femme doit non seulement maintenir l\u2019ambiance pour que ses amis et lui puissent s\u2019impressionner les uns les autres avec leur ing\u00e9niosit\u00e9, mais doit aussi deviner quand ses humeurs noires s\u2019abattent sur lui, quand il est impuissant face \u00e0 ses propres sentiments. Maintenant, son d\u00e9vouement pour la v\u00e9rit\u00e9 le trahit \u2014 elle doit lui mentir \u00e0 propos de ses accomplissements et il en veut toujours plus. Sa rationalit\u00e9 ne lui sert pas non plus car il ne peut r\u00e9fl\u00e9chir aux raisons de ses humeurs noires. Mme\u00a0Ramsay doit l\u2019aider\u00a0: il est incomp\u00e9tent, d\u00e9pendant et faible.<\/p>\n<p>La contradiction apparente entre les diff\u00e9rentes descriptions des hommes \u2014 isol\u00e9s et impassibles, ou fermement li\u00e9s aux autres hommes et ouverts sur leurs besoins \u00e9motionnels \u2014 se r\u00e9v\u00e8lent ne pas \u00eatre des contradictions du tout\u00a0: les hommes sont \u00e0 la fois l\u2019un et l\u2019autre pour maintenir leur pouvoir patriarcal. Ils font en sorte que les femmes r\u00e9pondent \u00e0 leurs besoins \u00e9motionnels mais sans demander\u00a0: ainsi ils peuvent appara\u00eetre ind\u00e9pendants et \u00eatre, en fait, d\u00e9pendants. Comme l\u2019a montr\u00e9 Jean Baker Miller en d\u00e9crivant un certain homme\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Comme beaucoup de gens il voulait au moins deux choses. Il voulait, tout d\u2019abord, naviguer \u00e0 travers toute situation en se sentant \u00ab\u00a0comme un homme,\u00a0\u00bb qui est fort, autosuffisant, et pleinement comp\u00e9tent. \u2026 En m\u00eame temps \u2026 il nourrissait le d\u00e9sir apparemment contradictoire que sa femme r\u00e9solve en quelque sorte tout pour lui. \u2026 Elle ferait cela sans que cela lui soit demand\u00e9\u00a0; Il \u00e9tait essentiel qu\u2019il n\u2019ait jamais \u00e0 penser ou parler de ses faiblesses. (Miller 1976, 33)<\/p><\/blockquote>\n<p>Les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels sont en concurrence les uns avec les autres pour le statut dans le monde du travail, mais se lient les uns aux autres de mani\u00e8re compacte pour maintenir les femmes soumises\u00a0: la conversation abstraite \u00e0 la table du diner des Ramsay exclut d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les femmes qui y sont aussi\u00a0; c\u2019est juste une fa\u00e7on de plus par laquelle la meute m\u00e2le r\u00e9affirme sa sup\u00e9riorit\u00e9 dans une autre forme. Elle n\u2019a pas besoin de veiller \u00e0 ce que tout le monde soit inclus dans la conversation. Mme\u00a0Ramsay et les autres femmes feront en sorte que les choses se passent bien. Les hommes, comme les seigneurs de la cr\u00e9ation, n\u2019ont besoin que de se satisfaire dans leur jeux comp\u00e9titifs les uns avec les autres. Mais cette ind\u00e9pendance et cette autosuffisance des hommes sont dans beaucoup, voir dans la plupart des cas, une imposture. C\u2019est un faux-semblant. Le moment venu, les hommes seront aussi faibles, aussi d\u00e9pendants que les femmes ou les enfants. Mais le pouvoir qu\u2019ils ont leur permet de supprimer cette information. En priv\u00e9, les femmes se plaignent des demandes excessives de soutien \u00e9motionnel (Cohen 1992). Ces demandes sont tr\u00e8s p\u00e9nibles, comme le rend amplement clair Virginia Woolf dans le passage cit\u00e9 plus haut. Mais aucune mention publique de faiblesse masculine n\u2019est permise.<\/p>\n<p>Il n\u2019est ainsi pas vrai que les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels sont ind\u00e9pendants et autosuffisants. Ce qui est vrai est que les hommes pr\u00e9tendent \u00eatre ind\u00e9pendants et autosuffisants. Mais cela ne les emp\u00eache pas de d\u00e9pendre beaucoup des femmes pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins \u00e9motionnels et de se plaindre avec v\u00e9h\u00e9mence quand ces besoins ne sont pas satisfaits quand et comme ils le d\u00e9sirent. Il n\u2019est pas non plus vrai qu\u2019ils n\u2019ont pas de relations avec les autres hommes\u00a0; que les hommes n\u2019ont pas d\u2019amis. Cela semble souvent \u00eatre le cas, m\u00eame d\u2019apr\u00e8s les hommes (Levinson 1978), mais cela semble \u00eatre le cas seulement dans la mesure o\u00f9 la solidarit\u00e9 omnipr\u00e9sente des hommes contre les femmes est ignor\u00e9e ou supprim\u00e9e. L\u2019histoire souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la \u00ab\u00a0diff\u00e9rence\u00a0\u00bb entre les hommes et les femmes dans la fa\u00e7on dont illes parlent et utilisent la parole, et la fa\u00e7on dont illes fa\u00e7onnent leurs relations est vraie mais omet des choses importantes, \u00e0 savoir que ces diff\u00e9rences ne sont pas v\u00e9ritables mais sont utilis\u00e9es pour maintenir les positions de pouvoir des hommes.<\/p>\n<p>Il est clair que cette duplicit\u00e9 des hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels est oppressive pour les femmes\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Dans toutes les relations interpersonnelles significatives, \u00e0 part celles les uns avec les autres, les hommes re\u00e7oivent plus qu\u2019ils ne donnent en amour et intimit\u00e9 (212). Par la r\u00e9tention d\u2019information de notre relation, je ne retiens pas seulement le pouvoir sur mes actions, je gagne aussi du pouvoir sur tes actions&#8230;. le myst\u00e8re pr\u00e9sent\u00e9 par les hommes est un chemin vers la ma\u00eetrise des autres (231\/2\/3). (McGill 1985)<\/p><\/blockquote>\n<p>Une histoire plus complexe que l\u2019explication standard \u00e0 propos des hommes, des femmes et leurs relations aux autres hommes et femmes, \u00e9merge ici. La conception dominante de la masculinit\u00e9 (h\u00e9t\u00e9rosexuelle) demande des hommes qu\u2019ils soient forts, qu\u2019ils soient aptes \u00e0 dominer les autres, qu\u2019ils soient aptes \u00e0 obtenir des autres ce qu\u2019ils veulent sans r\u00e9ciprocit\u00e9. Le fort prend au faible\u00a0; ils n\u2019\u00e9changent pas de biens ou services. Les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels prouvent leur force dans des comp\u00e9titions avec n\u2019importe quel adversaire\u00a0: dans les sports, dans le fait de chasser des animaux, en dominant d\u2019autres hommes. Mais, comme le sugg\u00e8re Stoltenberg, les comp\u00e9titions entre hommes sont souvent mises de c\u00f4t\u00e9 pour que les hommes puissent dominer conjointement les femmes (Stoltenberg 1993). L\u2019ar\u00e8ne favoris\u00e9e dans laquelle les hommes prouvent leur force est en relation aux femmes. La domination des femmes est le projet commun des hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels, pour lequel ils forment des liens forts les uns avec les autres. La force n\u00e9cessite d\u2019\u00eatre ind\u00e9pendant, de r\u00e9pondre \u00e0 ses propres besoins. La force dans ce contexte signifie de ne pas \u00eatre \u00e0 la merci d\u2019\u00e9motions mais d\u2019\u00eatre sto\u00efque face \u00e0 la douleur et la perte. D\u2019o\u00f9 l\u2019apparition des hommes comme impassibles. En m\u00eame temps, beaucoup d\u2019hommes utilisent leurs besoins \u00e9motionnels comme l\u2019ar\u00e8ne dans laquelle ils dominent les femmes. Les femmes sont l\u00e0 pour servir leurs besoins \u00e9motionnels et corporels. Sans besoins il ne peut y avoir de services. L\u2019indigence des hommes, de mani\u00e8re paradoxale, sert leur ambition de pouvoir et domination. On affirme sa force pr\u00e9cis\u00e9ment en obtenant des services sans demander. Le plus faible est constamment en assistance, d\u00e9sireux de deviner ce que l\u2019autre pourrait vouloir et essayant de le rendre heureux. Ici, l\u2019homme reste en charge. Les hommes ne donnent pas cette sorte d\u2019attention inlassable aux femmes. Les apparentes incoh\u00e9rences du comportement masculin cessent d\u2019\u00eatre d\u00e9routantes si elle sont comprises dans le contexte de la domination masculine des femmes.<\/p>\n<p>Puisque l\u2019affichage \u00e9motionnel, le fait d\u2019avoir des besoins \u00e9motionnels, et le fait d\u2019avoir ces besoins satisfaits, sont tous au service de la domination \u2014 principalement des femmes \u2014 les liens que les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels \u00e9tablissent les uns avec les autres sont relativement impassibles et sont, dans la majorit\u00e9 des cas, des liens ciment\u00e9s par des comp\u00e9titions jointes dans la guerre, les sports, l\u2019utilisation des femmes. Les amiti\u00e9s masculines reposent sur l\u2019effort commun pour gagner ou pour survivre. Les amiti\u00e9s masculines sont des efforts partag\u00e9s pour \u00eatre fort et dominant. Les amiti\u00e9s entre hommes sont ainsi relativement impassibles et impersonnelles \u2014 apr\u00e8s tout, les \u00e9motions sont entretenues par les femmes et en se permettant d\u2019\u00eatre \u00e9motionnel dans les relations h\u00e9t\u00e9rosexuelles on continue de maintenir sa position dominante.<\/p>\n<p>Mais cette histoire ne semble pas s\u2019appliquer aux hommes prof\u00e9ministes h\u00e9t\u00e9rosexuels qui ont renonc\u00e9 \u00e0 la conception traditionnelle de la masculinit\u00e9. Nous ne nous affirmons pas comme hommes en traitant les femmes de haut\u00a0; nous ne nous regardons pas de haut les uns les autres\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"Je ne sais pas \u00e0 quel point les hommes prof\u00e9ministes restent d\u00e9vou\u00e9s au sport.\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb6\" rel=\"footnote\">6<\/a>]. Par cons\u00e9quent, l\u2019histoire la plus complexe que j\u2019aie racont\u00e9 \u00e0 propos des hommes et de pourquoi leurs amiti\u00e9s ont cet air particulier de distance \u00e0 eux n\u2019expliquent pas pourquoi les amiti\u00e9s des hommes prof\u00e9ministes, aussi, ont rarement l\u2019\u00e9tendue, l\u2019intensit\u00e9 et l\u2019importance poss\u00e9d\u00e9es par les amiti\u00e9s des femmes. La question pos\u00e9e au d\u00e9but du papier reste\u00a0: qu\u2019est-ce qui rend m\u00eame les amiti\u00e9s des hommes prof\u00e9ministes si distantes, et qu\u2019est-ce que cela nous dit de notre position prof\u00e9ministe\u00a0?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, nous devons examiner comment les amiti\u00e9s des femmes diff\u00e8rent de celles communes entre les hommes.<\/p>\n<p>S\u00e9par\u00e9 ou en-relation\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est un fait familier que les relations des femmes sont diff\u00e9rentes de celles des hommes. Mais ces diff\u00e9rences ne sont pas toujours d\u00e9finies aussi clairement qu\u2019elles le devraient. Les diff\u00e9rences entre les hommes et les femmes en ce qui concerne les relations ont \u00e9t\u00e9 populairement exprim\u00e9es en disant que \u00ab\u00a0les hommes sont s\u00e9par\u00e9s\u00a0; les femmes sont en relation.\u00a0\u00bb Dans la litt\u00e9rature c\u2019est souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 en disant que les femmes sont \u00ab\u00a0connect\u00e9es\u00a0\u00bb et que les hommes ne le sont pas (Eichenbaum &amp; Orbach 1988\u00a0; Lyons 1983\u00a0; Radden 1996). Mais ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait ad\u00e9quat\u00a0: les hommes, comme nous l\u2019avons vu, sont connect\u00e9s et ont aussi des relations\u2014aux autres hommes, \u00e0 la famille, \u00e0 leurs femmes et enfants, \u00e0 leurs amis. Dans la m\u00eame veine, il est souvent dit, suivant Carol Gilligan, que le \u00ab\u00a0care\u00a0\u00bb\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Note de traduction : Le care d\u00e9signe le centre d\u2019une r\u00e9flexion sur la place du\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb7\" rel=\"footnote\">7<\/a>] joue un r\u00f4le plus important dans les vies, actions et pens\u00e9es des femmes, alors que les hommes sont plus influenc\u00e9s par ou d\u00e9di\u00e9s \u00e0 des consid\u00e9rations \u00e0 propos des r\u00e8gles de justice. Mais nous faisons ici face au m\u00eame probl\u00e8me\u00a0: certainement les hommes se pr\u00e9occupent aussi de leurs enfants dans une vari\u00e9t\u00e9 de sens du <i>care<\/i>. Un compte rendu plus d\u00e9taill\u00e9 des diff\u00e9rentes mani\u00e8res qu\u2019ont les hommes d\u2019\u00eatre en relation aux autres personnes et des mani\u00e8res qu\u2019ont les femmes de l\u2019\u00eatre est n\u00e9cessaire. De fa\u00e7on correspondante, une discussion bien plus d\u00e9taill\u00e9e du <i>care<\/i> est n\u00e9cessaire pour mettre en \u00e9vidence les diff\u00e9rences que ce mot \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 indiquer.<\/p>\n<p>J\u2019utiliserai les termes \u00ab\u00a0s\u00e9par\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0en-relation\u00a0\u00bb pour me r\u00e9f\u00e9rer aux diff\u00e9rents types de relations. Dans la litt\u00e9rature ceux-ci sont utilis\u00e9s comme des termes techniques\u00a0; ils n\u2019ont pas les m\u00eames sens qu\u2019en fran\u00e7ais ordinaire (Gilligan 1987). A moins qu\u2019on insiste sur le sens technique de ces termes, la distinction entre les relations masculines typiques qui sont tr\u00e8s s\u00e9par\u00e9es et les relations typiques des femmes qui ne le sont pas semble faire face \u00e0 des objections \u00e9videntes de sens commun, telles que les hommes ont aussi des relations et les hommes se soucient aussi de leurs parents, partenaires, ami.e.s ou enfants. Mais cette objection manque sa cible car la diff\u00e9rence entre les relations qui sont s\u00e9par\u00e9es et celles qui sont en-relation a un sens sp\u00e9cial ici qui reste \u00e0 d\u00e9finir.<\/p>\n<p>La s\u00e9parativit\u00e9 et le fait d\u2019\u00eatre en-relation sont des attributs des relations, non des personnes. Nos <i>relations<\/i> peuvent \u00eatre s\u00e9par\u00e9es\u00a0; On peut avoir des ami.e.s ou \u00eatre mari\u00e9.e de mani\u00e8re s\u00e9par\u00e9e. Ce qui diff\u00e9rencie les relations s\u00e9par\u00e9es de celles qui sont en-relation est que ces derni\u00e8res sont des projets communs et les premi\u00e8res ne le sont pas. Dans un projet commun, les acteurices constituent un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb\u2014illes deviennent un sujet social qui n\u2019est ni tout \u00e0 moi ni tout \u00e0 toi (Gilbert 1989). Un projet commun est partag\u00e9. Les participant.e.s partagent une certaine compr\u00e9hension de ce qui est en train d\u2019\u00eatre fait, ce qui est planifi\u00e9, ce qu\u2019est le but et ce que sont les r\u00e9sultats attendus. D\u2019un autre cot\u00e9, tant qu\u2019on maintient nos positions s\u00e9par\u00e9es on peut s\u2019engager dans des projets communs, mais ceux-ci consistent simplement en ce que tu fasses ta part et moi la mienne. Un bus public a un nombre de passager.e.s qui vont tou.te.s dans la m\u00eame direction. Certain.e.s d\u2019entre elleux vont m\u00eame peut \u00eatre jusqu\u2019\u00e0 la m\u00eame destination finale. Mais le fait qu\u2019illes aillent l\u00e0-bas est un projet s\u00e9par\u00e9 pour chacun.e, bien que quand illes sortent au m\u00eame arr\u00eat ou appuient sur la sonnette de la m\u00eame maison illes puissent dire \u00ab\u00a0on est all\u00e9 au m\u00eame endroit.\u00a0\u00bb Mais illes y sont all\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment. Si un groupe d\u2019ami.e.s, en revanche, fait une sortie, illes vont tou.te.s dans le m\u00eame bus, au m\u00eame endroit, mais le leur est un projet commun. Illes partagent une compr\u00e9hension de ce qu\u2019il se passe et de ce qu\u2019illes font. Illes ont d\u00e9cid\u00e9 de faire cette sortie conjointement.<\/p>\n<p>Les passager.e.s qui se trouvent tou.te.s aller au m\u00eame endroit de mani\u00e8re s\u00e9par\u00e9e l\u2019ont d\u00e9cid\u00e9 de mani\u00e8re s\u00e9par\u00e9e. Illes ont tou.te.s d\u00e9cid\u00e9 par elleux-m\u00eames. Joe a d\u00e9cid\u00e9 par lui-m\u00eame et Mary a d\u00e9cid\u00e9 par elle-m\u00eame et les deux y sont all\u00e9.e.s. Le groupe qui fait une sortie ensemble d\u00e9cide peut \u00eatre aussi de mani\u00e8re s\u00e9par\u00e9e\u00a0; Chacun.e d\u00e9cide par lui ou elle-m\u00eame et ensuite illes comptent les r\u00e9sultats. S\u2019illes acceptent de sortir, illes disent qu\u2019\u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb a d\u00e9cid\u00e9 de faire cette sortie. Ensuite illes r\u00e9partissent le travail\u00a0: tu fais cette partie, je fais celle-l\u00e0 et nous nous en allons sur des chemins s\u00e9par\u00e9s pour faire ce que chacun.e a promis de faire. Une d\u00e9cision faite en-relation, au contraire, \u00e9merge d\u2019une conversation que nous avons\u00a0: \u00e0 un certain moment ce que nous ferons est clair. Alors que nous nous mettons \u00e0 faire ce que nous avons d\u00e9cid\u00e9, nous pouvons diviser le travail, mais cette division du travail est fluide et est constamment sujette au changement et \u00e0 la discussion. Ce que chacun.e de nous fait n\u2019est pas seulement le n\u00f4tre mais est fait sous les yeux de, avec la connaissance de et souvent avec les commentaires des autres. Aucun.e de nous ne pense \u00e0 ce que nous faisons comme le n\u00f4tre propre mais plut\u00f4t comme le fait de mettre en action une partie d\u2019un projet commun. Dans un tel projet commun personne ne peut dire, honn\u00eatement, que \u00ab\u00a0j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9\u00a0\u00bb. <i>Nous<\/i> avons d\u00e9cid\u00e9\u00a0; La d\u00e9cision n\u2019appartient \u00e0 aucune personne\u00a0; elle est faite conjointement. Dans cette mesure un tel groupe forme un \u00ab\u00a0nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019actions s\u00e9par\u00e9es nous pr\u00e9tendons qu\u2019elles sont toutes \u00ab\u00a0les n\u00f4tres\u00a0\u00bb. Si le produit de ton activit\u00e9 est assembl\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire entre les couvertures d\u2019un m\u00eame livre, avec le r\u00e9sultat de mon activit\u00e9, alors on peut dire qu\u2019on a travaill\u00e9 sur ce livre ensemble. Mais on l\u2019a fait s\u00e9par\u00e9ment. Evidemment, il doit y avoir un projet commun dans la plupart de ces cas\u00a0: il doit y avoir une compr\u00e9hension partag\u00e9e d\u2019\u00e0 propos de quoi sera le livre, \u00e0 quel type d\u2019audience il s\u2019adresse et d\u2019autres telles caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9rales du projet. Avant que chacun.e de nous n\u2019aille \u00e0 ses \u00e9tudes s\u00e9par\u00e9es pour faire son travail nous devons partager une compr\u00e9hension minimale\u2014qu\u2019elle soit totalement explicite ou pas\u2014de ce sur quoi nous allons travailler. Ici aussi il y a une tendance au faux-semblant\u00a0: la s\u00e9parativit\u00e9 compl\u00e8te est difficile \u00e0 atteindre quand plus d\u2019une personne travaille sur quelque chose. Mais si on est d\u00e9termin\u00e9 et qu\u2019on tient \u00e0 \u00eatre aussi s\u00e9par\u00e9 que possible on peut certainement r\u00e9duire l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u2019\u00eatre en-relation \u00e0 un minimum et ignorer ce minimum dans le but de pr\u00e9tendre que son travail est enti\u00e8rement le sien\u00a0[<a id=\"nh8\" class=\"spip_note\" title=\"J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 ces distinctions dans beaucoup plus de d\u00e9tails dans mon ouvrage\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb8\" rel=\"footnote\">8<\/a>].<\/p>\n<p>On peut maintenant voir comment les amiti\u00e9s des hommes typiques sont diff\u00e9rentes de celles des femmes typiques. Les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels restent largement s\u00e9par\u00e9s dans leurs amiti\u00e9s. Quand on travaille ensemble, nous travaillons les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres. Les plaisanteries constantes maintiennent la distance. L\u2019ind\u00e9pendance est pr\u00e9serv\u00e9e, ou au moins son faux-semblant. Lors d\u2019occasions sp\u00e9ciales nous romprons cette distance et nous nous confierons \u00e0 un autre homme\u00a0; lors d\u2019occasions sp\u00e9ciales nous demanderons du soutien \u00e0 des femmes. Mais quand la conversation est finie nous devenons de nouveau un homme s\u00e9par\u00e9. Il y a des \u00e9pisodes \u00e9motionnels lors desquels nous sommes ouverts \u00e0 nos propres sentiments et, au mieux, aussi aux \u00e9motions de l\u2019autre, mais ensuite nous abaissons de nouveau les volets m\u00e9talliques sur notre entrep\u00f4t \u00e9motionnel et nous retirons derri\u00e8re une fa\u00e7ade enjou\u00e9e, impassible, qui n\u2019affiche pas nos propres \u00e9motions ni ne prend en compte les sentiments des autres. Pour la plupart, les amiti\u00e9s des hommes sont \u00e9motionnellement mod\u00e9r\u00e9es\u00a0[<a id=\"nh9\" class=\"spip_note\" title=\"Et cela, pour \u00eatre honn\u00eate, les rend tr\u00e8s reposantes et attrayantes.\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb9\" rel=\"footnote\">9<\/a>]. Nous pouvons consid\u00e9rablement ignorer l\u2019autre car nous n\u2019avons pas de projets communs mais faisons les choses ensemble, en tant que personnes s\u00e9par\u00e9es o\u00f9 chacun fait attention \u00e0 sa partie de l\u2019entreprise commune. Les amis masculins sont facilement remplac\u00e9s\u2014les amis sont \u00e9changeables.<\/p>\n<p>Au contraire, les amiti\u00e9s entre les femmes typiques tendent \u00e0 \u00eatre en-relation, elles forment un \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb et cela demande d\u2019\u00eatre harmonis\u00e9e \u00e0 l\u2019autre personne. Cela requiert, pour commencer, beaucoup plus de conversation qu\u2019en ont besoin les hommes pour \u00eatre amis. Cela requiert aussi d\u2019\u00e9couter clairement pas seulement ce qui est dit, mais aussi comment cela est dit et ce qui n\u2019est pas dit. Cela requiert d\u2019\u00eatre finalement harmonis\u00e9.e aux communications non-verbales de l\u2019autre (Hall 1984). Les actions entreprises par une personne sont compl\u00e9t\u00e9es par l\u2019autre, comme le fait remarquer Nell Noddings, (Noddings 1984, 4) requ\u00e9rant de faire tr\u00e8s attention l\u2019un.e \u00e0 l\u2019autre. La caract\u00e9ristique des amiti\u00e9s des femmes typiques, qu\u2019elles sont rattach\u00e9es par un ton \u00e9motionnel beaucoup plus fort que les amiti\u00e9s des hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels typiques, est une manifestation importante du fait que les amiti\u00e9s des femmes tendent \u00e0 \u00eatre beaucoup plus en-relation. L\u2019amiti\u00e9 elle-m\u00eame est un projet qui est entrepris conjointement, explor\u00e9 soigneusement, d\u00e9velopp\u00e9 et maintenu par changement sur le long terme. En cons\u00e9quence, les ami.e.s des femmes ne sont pas rempla\u00e7ables. Chaque projet est unique\u00a0; l\u2019amiti\u00e9 que les femmes ont les unes avec les autres est diff\u00e9rente des amiti\u00e9s que la m\u00eame femme a avec d\u2019autres (McGill 1985, 21)\u00a0[<a id=\"nh10\" class=\"spip_note\" title=\"Les diff\u00e9rences entre les amiti\u00e9s des hommes et des femmes sont m\u00eame plus\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb10\" rel=\"footnote\">10<\/a>].<\/p>\n<p>Les hommes, particuli\u00e8rement les philosophes, parlent avec volubilit\u00e9 et enthousiasme de comment ils sont autonomes et comment tout le monde devrait l\u2019\u00eatre. Par autonomie, ils signifient qu\u2019ils vivent un projet de vie choisi par eux-m\u00eames, ou m\u00eame qu\u2019ils vivent selon des r\u00e8gles morales de leur choix. Leur vie, leur personne, disent-ils, est \u00ab\u00a0tout \u00e0 eux\u00a0\u00bb. Ils sont les propri\u00e9taires exclusifs d\u2019eux-m\u00eames (Dworkin 1988). Mais le portrait de M.\u00a0Ramsay par Virginia Woolf nous a pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 \u00eatre sceptique quant aux \u00e9loges de l\u2019autonomie comme auto-d\u00e9termination s\u00e9par\u00e9e. Dans leurs plaisanteries acad\u00e9miques, abstraites et paroissiales, les hommes \u00e0 la table du d\u00eener de Mme\u00a0Ramsay sont engag\u00e9s dans un projet commun. Ils constituent conjointement leurs identit\u00e9s de membres exceptionnellement intelligents (et l\u00e9gitimes) d\u2019une \u00e9lite intellectuelle. Le r\u00f4le de Ramsay dans la famille comme \u00e9rudit distrait et distant n\u2019est pas uniquement le sien. Si sa famille refusait d\u2019accepter cette identit\u00e9 pour lui, s\u2019illes refusaient de jouer le jeu, il ne pourrait pas \u00eatre mari et p\u00e8re et le professeur abstrait de philosophie. Il est possible d\u2019\u00eatre vraiment s\u00e9par\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire, s\u00e9par\u00e9 sans faux-semblant et d\u00e9pendances cach\u00e9es, bien que cela requiert beaucoup d\u2019effort, mais il n\u2019est pas possible d\u2019\u00eatre mari et p\u00e8re et d\u2019\u00eatre vraiment s\u00e9par\u00e9. Les maris et p\u00e8res peuvent seulement <i>pr\u00e9tendre<\/i> d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9s si le reste de la famille leur permet ce faux-semblant.<\/p>\n<p>Il est donc vrai que les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels sont plus s\u00e9par\u00e9s que les femmes. Mais il est aussi vrai qu\u2019une grande partie de cette s\u00e9parativit\u00e9 est un faux-semblant. Les hommes, comme les femmes, construisent leurs identit\u00e9s conjointement avec d\u2019autres personnes alors qu\u2019ils pr\u00e9tendent que ces identit\u00e9s sont \u00ab\u00a0tout \u00e0 eux\u00a0\u00bb. Cela impose des fardeaux complexes et on\u00e9reux pour les femmes. Elles ne peuvent choisir d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9es ou en relation concernant l\u2019homme de leur vie. Elles doivent \u00eatre disponibles pour \u00eatre ouvertement en-relation quand cela est demand\u00e9. Par cons\u00e9quent il n\u2019existe pour elles aucun choix d\u2019autonomie tel que les hommes le d\u00e9finissent. De plus, elles doivent pr\u00e9tendre que l\u2019homme est autonome quand elles sont plus avis\u00e9es que cela et qu\u2019il devrait l\u2019\u00eatre aussi. Au pr\u00e9judice d\u2019\u00eatre incapable de choisir d\u2019\u00eatre en-relation ou s\u00e9par\u00e9 se rajoute le pr\u00e9judice de jouer une mascarade continue. Le faux-semblant de la s\u00e9parativit\u00e9 masculine est oppressive envers les femmes.<\/p>\n<p><strong>L\u2019amiti\u00e9 des hommes \u2014 Un refuge\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Dans nos relations aux femmes, nous, les hommes prof\u00e9ministes, h\u00e9t\u00e9rosexuels, ne sommes pas exploiteurs en pr\u00e9tendant \u00eatre des hommes s\u00e9par\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re des M.\u00a0Ramsay de ce monde. Nous savons que notre identit\u00e9 est, en partie, construite dans cette relation et nous savons que notre partenaire construit la sienne, en partie, en-relation avec nous. Ainsi, nous n\u2019exigeons pas de faux-semblant \u00e9labor\u00e9s pour sauver nos revendications fallacieuses \u00e0 l\u2019autonomie, nous n\u2019exigeons pas que nos besoins soient remplis sans rien demander, nous ne nous attendons pas non plus \u00e0 recevoir du soutien et du soin alors quand nous en donnons peu. Mais en relation aux autres hommes, peu a chang\u00e9. Les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels prof\u00e9ministes ont soit peu de relations aux hommes parce qu\u2019ils n\u2019aiment vraiment pas les hommes, soit leurs amiti\u00e9s envers des hommes ne sont peut-\u00eatre plus ouvertement misogynes, mais elles restent distantes, impersonnelles, mod\u00e9r\u00e9es et sans importance.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que nous, les hommes prof\u00e9ministes, sommes perdants \u00e0 cause de notre capacit\u00e9 limit\u00e9e \u00e0 ce niveau. Mais, puisque nous faisons de notre mieux dans nos relations aux femmes, amies et amoureuses, et que nous n\u2019essayons pas de dominer en contr\u00f4lant la conversation ou le niveau d\u2019\u00e9motion dans les relations, puisque nous nous effor\u00e7ons d\u2019\u00eatre sensibles et ouverts \u00e0 nos amies et partenaires femmes, puisqu\u2019on ne les ridiculise pas parce qu\u2019elles sont \u00ab\u00a0\u00e9motionnelles\u00a0\u00bb ou veulent parler tout le temps, n\u2019avons-nous pas gagn\u00e9 le droit de pr\u00e9server l\u2019oasis de neutralit\u00e9 \u00e9motionnelle que nos amiti\u00e9s masculines repr\u00e9sentent\u00a0? S\u2019\u00e9carter des st\u00e9r\u00e9otypes masculins traditionnels est un effort, et de temps en temps on a besoin de repos pour simplement parler sans \u00ab\u00a0communiquer\u00a0\u00bb quoi que ce soit de plus lourd que des faits, ou une bonne histoire. Pourquoi donc ne pouvons-nous pas nous reposer occasionnellement en jouant au ballon avec nos amis hommes ou parler \u00ab\u00a0du travail, de la voiture, de la famille\u00a0\u00bb aussi impersonnellement que nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 le faire. Les hommes et les femmes sont diff\u00e9rent.e.s \u00e0 ce niveau. Pourquoi ne pouvons-nous pas en rester l\u00e0\u00a0?<\/p>\n<p>Mais si le compte-rendu pr\u00e9c\u00e9dent des diff\u00e9rences entre les relations entre hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels typiques et les relations entre femmes typiques est un tant soit peu correct, nos amiti\u00e9s masculines, avec leur manque d\u2019\u00e9motivit\u00e9, ne sont pas aussi innocentes que je les ai d\u00e9crites dans le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent. Dans les pages pr\u00e9c\u00e9dentes j\u2019ai expliqu\u00e9 comment une forme de l\u2019oppression des femmes est li\u00e9e \u00e0 la duplicit\u00e9 des hommes qui pr\u00e9tendent \u00eatre forts et ind\u00e9pendants et exigent des femmes qu\u2019elles maintiennent cette fiction dans le but de les maintenir dans leur d\u00e9pendance secr\u00e8te. Tant que nous, hommes prof\u00e9ministes, maintenons des relations \u00e0 d\u2019autres hommes dans lesquelles le faux-semblant de la s\u00e9parativit\u00e9 est maintenu, nous ne nous battons pas activement contre un aspect important de la masculinit\u00e9 typique \u2014 le faux-semblant de la s\u00e9parativit\u00e9. \u00c0 la place, nous maintenons comme l\u00e9gitimes les images et pratiques de l\u2019autonomie des hommes. C\u2019est comme si nous disions\u00a0: il est bon pour les femmes d\u2019\u00eatre en-relation et quand tu es avec elles tu dois essayer d\u2019\u00eatre comme elles. Mais les hommes sont diff\u00e9rents. Ils sont autonomes, auto-suffisants. Nous r\u00e9p\u00e9tons l\u2019ancienne mythologie selon laquelle les hommes et les femmes sont diff\u00e9rent.e.s. Nous rejouons encore cette mythologie en ayant des relations importantes seulement avec des femmes, en \u00e9tant ouvertement en-relation seulement \u00e0 elles. Ainsi, les femmes de nos vies continuent de porter le fardeau de notre bien-\u00eatre, construisant et validant notre identit\u00e9. \u00c0 ce moment seulement elle re\u00e7oit quelque chose en retour. Cela a certainement de la valeur, mais tant que nous avons des types de relations tr\u00e8s diff\u00e9rents avec les hommes, nous maintenons l\u2019id\u00e9ologie en vigueur selon laquelle les hommes et les femmes sont diff\u00e9rent.e.s \u2014 une id\u00e9ologie oppressive envers les femmes.<\/p>\n<p>Nous ne pouvons \u00eatre des hommes prof\u00e9ministes et maintenir la vieille id\u00e9ologie misogyne\u00a0[<a id=\"nh11\" class=\"spip_note\" title=\"Le cas est ici analogue \u00e0 celui de la peur de l\u2019impuissance masculine. De\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb11\" rel=\"footnote\">11<\/a>]. Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un choix. Nous pouvons abandonner toute forme d\u2019\u00eatre en-relation et maintenir ainsi la s\u00e9parativit\u00e9 avec les hommes et avec les femmes. Mais c\u2019est un projet ardu. Si nous ne voulons pas nous isoler de cette mani\u00e8re, si nous voulons construire et valider notre identit\u00e9 en-relation aux autres, alors ces autres ne peuvent \u00eatre seulement des femmes. Nous devons nous efforcer d\u2019\u00eatre en-relation avec tou.te.s nos ami.e.s.<\/p>\n<p><strong>Comment pouvons-nous changer\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Il est facile de confondre un v\u0153u pieux et la mise en place dramatique de nos r\u00eaves avec le changement r\u00e9el pour bouger dans la direction de notre id\u00e9al. Il est facile de passer un weekend avec d\u2019autres hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels et de faire beaucoup de c\u00e2lins, des larmes et quelques baisers prudents. Il est probablement tr\u00e8s dr\u00f4le de jouer avec un groupe d\u2019hommes et de battre des tambours, ou de d\u00e9molir des voitures \u00e0 la masse. Mais cela ne change rien. Les hommes n\u2019ont pas appris \u00e0 \u00eatre ouvertement en-relation. Nous n\u2019avons pas appris que c\u2019est ce que nous devons faire, et comment le faire. Nous n\u2019avons pas encore appris qu\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9 dans nos relations aux autres hommes est humainement inacceptable.<\/p>\n<p>Quand j\u2019\u00e9tais petit gar\u00e7on et que j\u2019habitais en pensionnat, je remarquais et \u00e9tais surpris par les amiti\u00e9s changeantes et les inimiti\u00e9s chez les filles de mon groupe d\u2019\u00e2ge. Leur vie \u00e9motionnelle \u00e9tait turbulente et active. Mes amis et moi-m\u00eame \u00e9tions occup\u00e9s \u00e0 construire des forts, faire du sport, et \u00e0 tourmenter les nouveaux gar\u00e7ons de notre chambre. Les relations n\u2019\u00e9taient pas un probl\u00e8me. Il ne nous est jamais apparu que nous avions des relations. \u00c0 ce moment nous apprenions \u00e0 \u00eatre des hommes alors que les filles se pr\u00e9paraient \u00e0 \u00eatre des femmes. Maintenant, presque soixante ans plus tard, il ne sera pas facile de compenser ces longues ann\u00e9es pendant lesquelles mes relations aux autres, sp\u00e9cialement les hommes, \u00e9taient bien s\u00e9par\u00e9es. Je manque de pratique dans les amiti\u00e9s qui sont en-relation. Je dois parfaire le bel art de la conversation que beaucoup de femmes ont pratiqu\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de leur vie\u00a0[<a id=\"nh12\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab Les femmes parlent de presque tout...mais le quotidien est susceptible\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb12\" rel=\"footnote\">12<\/a>]. Mais c\u2019est ce que nous devons apprendre.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas difficile de voir comment nous devons faire cela. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre en relation dans la mesure o\u00f9 nous avons des relations \u00e9troites aux femmes qui l\u2019exigent de nous. Mais la plupart d\u2019entre nous ne l\u2019avons pas exig\u00e9 les uns des autres\u00a0[<a id=\"nh13\" class=\"spip_note\" title=\"Clairement, une raison de ne pas entreprendre cette t\u00e2che est la peur\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb13\" rel=\"footnote\">13<\/a>]. Apr\u00e8s tout, m\u00eame en relation aux femmes, nous avons surtout fait ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire pour \u00ab\u00a0rester hors de danger\u00a0\u00bb. Mais nous prenons rarement l\u2019initiative de plus de prise en charge du travail \u00e9motionnel dans la famille, de nous rappeler des anniversaires et les organiser, de maintenir les r\u00e9seaux d\u2019ami.e.s et de famille en \u00e9crivant et passant des coups de t\u00e9l\u00e9phone. Nous nous tournons encore moins vers nos amis hommes, plut\u00f4t que vers les femmes, quand nous ressentons le besoin de parler \u00e0 quelqu\u2019un.e. Nous d\u00e9fions rarement, sinon jamais, notre propre \u00e9vitement des relations ouvertes aux hommes. Mais nos convictions prof\u00e9ministes exigent un effort plus actif pour apprendre \u00e0 \u00eatre de mani\u00e8re complexe et riche en-relation m\u00eame quand personne ne nous le demande. Nous savons que c\u2019est difficile, mais nous devons le faire.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie\u00a0:<\/strong><br \/>\n&#8211; Block, Joel, and Diane Greenberg. 1985. Women and Friendship. New York\u00a0: Franklin Watts.<br \/>\n&#8211; Bly, Robert. 1990. Iron John\u00a0: A Book about Men. New York\u00a0: Vintage.<br \/>\n&#8211; Brittan, Arthur. 1989. Masculinity and Power. Oxford\u00a0: Blackwell\u2019s.<br \/>\n&#8211; Candib, Lucy M., and Richard Schmitt 1996. \u00ab\u00a0About Losing It\u00a0: the Fear of Male Impotence\u00a0\u00bb in Larry May, Robert Strikwerda and Patrick Hopkins, eds. Rethinking Masculinity. 2nd edition. Lanham\u00a0: Rowman and Littlefield.<br \/>\n&#8211; Cohen, Theodore F. 1992. \u00ab\u00a0Men\u2019s Families, Men\u2019s Friends\u00a0: A structural Analysis of Constraints on Men\u2019s Social Ties\u00a0\u00bb in Peter M.\u00a0Nardi, ed., Men\u2019s Friendships. Newbury Park\u00a0: Sage.<br \/>\n&#8211; Dworkin, Gerald. 1988. The Theory and Practice of Autonomy. Cambridge\u00a0: Cambbridge University Press.<br \/>\n&#8211; Gibson, James Walter. 1994. Warrior Dreams\u00a0: Violence and Manhood in Post-Vietnam America. New York\u00a0: Hill and Wang.<br \/>\n&#8211; Gilbert, Margaret. 1989. On Social Facts. Princeton\u00a0: Princeton University Press.<br \/>\n&#8211; Gilligan, Carol. 1987. \u00ab\u00a0Moral Orientation and Moral Development\u00a0\u00bb in E. F. Kittay and D. T. Meyers eds., Women and Moral Theory. Totowa, NJ\u00a0: Rowman and Littlefield.<br \/>\n&#8211; Gilmore, David D. 1990. Manhood in the Making. New Haven\u00a0: Yale University Press.<br \/>\n&#8211; Gouldner, Helen, and Mary Symons Strong. 1987. Speaking of Friendship\u00a0: Middle Class Women and their Friends. New York\u00a0: Greenwood Press.<br \/>\n&#8211; Gray, J. Glenn. 1992. \u00ab\u00a0The Enduring Appeals of Battle\u00a0\u00bb in Larry May, Robert Strikwerda, and Patrick Hopkins eds., Rethinking Masculinity. 2nd edition. Totowa\u00a0: Rowman and Allenheld.<br \/>\n&#8211; Hall, Judith A. 1984. Non Verbal Sex Differences\u00a0: Communication, Accuracy and Expressive Styles. Baltimore\u00a0: Johns Hopkins University Press.<br \/>\n&#8211; Hansen, Karen V. 1992. \u00ab\u00a0Our Eyes Behold Each Other\u00a0: Masculinity and Friendship in Ante-Belum New England.\u00a0\u00bb In Peter M.\u00a0Nardi, ed., Men\u2019s Friendship. Newbury Park\u00a0: Sage.<br \/>\n&#8211; Kimmel, Michael S. 1994. \u00ab\u00a0Masculinity as Homophobia\u00a0\u00bb in Harry Brod and Michael Kaufman eds., Theorizing Masculinities. Thousand Oaks\u00a0: Sage.<br \/>\n&#8211; Levinson, Daniel J. 1978. The Season\u2019s of a Man\u2019s Life. New York\u00a0: Alfred A. Knopf.<br \/>\n&#8211; McGill, Michael E. 1985. The McGill Report on Male Intimacy. New York\u00a0: Holt Rinehart and Winston.<br \/>\n&#8211; Messner, Michael. 1992. Power at Play\u00a0: Sports and the Problem of Masculinity. Boston\u00a0: Beacon Press.<br \/>\n&#8211; Miller, Jean Baker. 1976. Toward a New Psychology of Women. Boston\u00a0: Beacon Press.<br \/>\n&#8211; Noddings, Nel. 1984. Caring\u2014A Feminine Approach to Ethics and Moral Education. Berkley\u00a0: University of California Press.<br \/>\n&#8211; O\u2019Connor, Pat. 1992. Friendships Between Women\u00a0: A Critical Review. New York\u00a0: The Guilford Press.<br \/>\n&#8211; Radden, Jennifer. 1996. \u00ab\u00a0Relational Individualism and Feminist Therapy.\u00a0\u00bb Hipatia 11:71-96.<br \/>\n&#8211; Schmitt, Richard. 1995. Beyond Seperatenes\u00a0: The Relational Nature pf Human Beings\u2014Their Autonomy, Knowledge and Power. Boulder\u00a0: Westview.<br \/>\n&#8211; Sherrod, Drury. 1987. \u00ab\u00a0The Bonds of Men\u00a0: Problems and Possibilities in Close Male Relationships\u00a0\u00bb in Harry Brod ed., The Making of Maculinities. Boston\u00a0: Allen and Unwin.<br \/>\n&#8211; Spelman, E. V. 1991. \u00ab\u00a0The Virtue of Feeling and the Feeling of Virtue\u00a0\u00bb. In Claudia Card, ed., Feminist Ethics. Lawrence\u00a0: University of Kansas Press.<br \/>\n&#8211; Stoltenberg, John. 1993. The End of Manhood. New York\u00a0: Dutton.<br \/>\n&#8211; Tannen, Deborah. 1990. You Just Don\u2019t Understand\u00a0: Men and Women in Conversation. New York\u00a0: William Morrow.<br \/>\n&#8211; Theleweit, K. 1988. Male Fantasies. 2 Vols. Minneapolis\u00a0: University of Minnesota Press.<br \/>\n&#8211; Tiger, Lionel. 1970. Men in Groups. New York\u00a0: Vintage Books.<br \/>\n&#8211; Wellman, Barry. 1992. \u00ab\u00a0Men in Networks\u00a0: Private Communities, Domestic Friendships\u00a0\u00bb In Peter M.\u00a0Nardi, ed., Men\u2019s Friendships. Newbury Park\u00a0: Sage.<br \/>\n&#8211; Woolf, Virginia. 1927. To The Lighthouse. New York\u00a0: Harcourt Brace and Co.<\/p>\n<hr \/>\n<h3 class=\"spip\">A genoux\u00a0: connaissance charnelle, dissolution masculine, faire du f\u00e9minisme<\/h3>\n<p>(par Brian Pronger)<\/p>\n<p>Brian Pronger<\/p>\n<p>Lorsque la question de savoir si les hommes peuvent faire du f\u00e9minisme ou peuvent m\u00eame en fait <i>\u00eatre<\/i> f\u00e9ministes se pose, la r\u00e9ponse est souvent construite comme s\u2019il s\u2019agissait de d\u00e9cider ce qu\u2019il faut, personnellement, politiquement, philosophiquement ou biologiquement, pour rentrer dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0f\u00e9ministe\u00a0\u00bb. J\u2019aimerais m\u2019abstenir de d\u00e9cider qui peut \u00eatre quoi et parler \u00e0 la place d\u2019\u00e9tats de d\u00e9sir qui emp\u00eachent les hommes d\u2019incarner la clairvoyance f\u00e9ministe, et de mani\u00e8re alternative, je veux explorer des formes de d\u00e9sir qui pourraient aider les hommes \u00e0 devenir f\u00e9ministes. Quelle sorte de d\u00e9sir rendrait plus facile aux hommes l\u2019appr\u00e9ciation de la clairvoyance f\u00e9ministe\u00a0? Je ne parle pas ici d\u2019un accomplissement qui, une fois reconnu par les autorit\u00e9s, pourrait qualifier l\u2019un \u00e0 \u00eatre f\u00e9ministe, comme le passage d\u2019une s\u00e9rie d\u2019examens qui qualifierait l\u2019un \u00e0 \u00eatre docteur, pr\u00eatre, psychoth\u00e9rapeute, comptable ou entra\u00eeneur de hockey professionnel. Je pense plut\u00f4t \u00e0 des pratiques r\u00e9flexives qui pourraient aider les hommes \u00e0 ressentir le d\u00e9sir f\u00e9ministe.<\/p>\n<p>Je me concentre sur le d\u00e9sir parce qu\u2019il me semble que l\u2019\u00e9nergie du d\u00e9sir est implicite \u00e0 la question des hommes faisant du f\u00e9minisme\u00a0: les hommes ne d\u00e9sirant pas seulement le statut de \u00ab\u00a0f\u00e9ministe\u00a0\u00bb mais, davantage, le d\u00e9sir d\u2019actualiser\u00a0[<a id=\"nh14\" class=\"spip_note\" title=\"Note de traduction : l\u2019actualisation est un concept particulier utilis\u00e9 par\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb14\" rel=\"footnote\">14<\/a>] la vie dans des formes plus f\u00e9ministes que masculinistes. Cet article, par cons\u00e9quent, sera \u00e0 propos de la nature de la masculinit\u00e9, un discours socio-culturel qui est (re)produit dans les corps, actualis\u00e9 par le d\u00e9sir. Je commencerai en d\u00e9crivant ce que j\u2019entends par le corps et le d\u00e9sir, en esquissant une th\u00e9orie de la relation entre d\u00e9sir et discours et en sp\u00e9cifiant ce que j\u2019entends par le discours de la masculinit\u00e9. Je d\u00e9crirai ensuite la tension entre les formes masculines et f\u00e9ministes de d\u00e9sir, et conclurai en sugg\u00e9rant des mouvements corporels pratiques que les hommes qui ressentent le d\u00e9sir masculin peuvent faire pour ouvrir leurs corps aux possibilit\u00e9s du f\u00e9minisme.<\/p>\n<p>Ce court essai n\u2019est certainement pas destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre un compte-rendu exhaustif du corps, du d\u00e9sir et du genre, mais il est guid\u00e9 par le but bien plus modeste de sugg\u00e9rer des strat\u00e9gies pratiques pour les hommes qui d\u00e9sirent des modes de vie f\u00e9ministes. Pour explorer ces possibilit\u00e9s j\u2019emprunterai, abondamment mais s\u00e9lectivement, au travail collaboratif de Gilles Deleuze et F\u00e9lix Guattari (Deleuze and Guattari 1983\u00a0; Deleuze and Guattari 1987), qui analyse les intersections du d\u00e9sir et du discours comme cruciales \u00e0 l\u2019organisation de la vie (post)moderne et qui sugg\u00e8re des strat\u00e9gies \u00e9mancipatrices pour traiter avec cette organisation. Brian Massumi, dans son <i>User\u2019s guide to capitalism and schizophrenia\u00a0: deviations from Deleuze and Guattari<\/i>, fait remarquer que Deleuze imagine les concepts philosophiques non en tant que composants de grands \u00e9difices philosophiques, mais comme offrant des outils qui aident \u00e0 d\u00e9manteler les divers \u00e9difices oppressifs [comme le genre]. Deleuze \u00ab\u00a0appelle son type de philosophie \u00ab\u00a0pragmatique\u00a0\u00bb\u00a0; parce que son but est l\u2019invention de concepts qui ne s\u2019ajoutent pas \u00e0 un syst\u00e8me de croyances ou une architecture de propositions dans laquelle soit vous entrez soit vous n\u2019entrez pas, mais plut\u00f4t qui emballe un potentiel de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019un pied de biche dans une main dispos\u00e9e \u00e9voque une \u00e9nergie de levier\u00a0\u00bb (1992, 8). De m\u00eame, je propose des outils qui pourraient cr\u00e9er l\u2019\u00e9nergie pour d\u00e9cortiquer le d\u00e9sir masculin.<\/p>\n<p>Pour Deleuze et Guattari, le corps n\u2019est pas fondamentalement un organisme biologique, une forme d\u2019existence physiologique qui est d\u2019une certaine fa\u00e7on sujette aux discours socio-culturels. Le corps est une forme d\u2019\u00e9nergie qui est produite par les discours historiques\u00a0; le comprendre comme un organisme biologique est une mani\u00e8re particuli\u00e8rement moderne d\u2019organiser ses \u00e9nergies, de d\u00e9finir l\u2019orientation du d\u00e9sir. Le corps n\u2019est pas un objet qui exp\u00e9rimente le d\u00e9sir\u00a0; c\u2019est le pouvoir du d\u00e9sir, que Deleuze et Guattari comprennent non pas comme manque (le d\u00e9sir de ce que l\u2019on n\u2019a pas), mais comme la circulation libre d\u2019\u00e9nergie productive, le pouvoir de l\u2019\u00eatre\/du devenant\/de l\u2019actualit\u00e9 humain-e. Le d\u00e9sir, disent-ils, est \u00ab\u00a0un processus de production sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une quelconque agentivit\u00e9 ext\u00e9rieure\u00a0\u00bb (Deleuze and Guattari 1987, 154). Le d\u00e9sir est un pouvoir en soi, pr\u00e9c\u00e9dant ontologiquement la fonction physiologique, la moralit\u00e9, ou tout autre r\u00e9f\u00e9rence culturelle, bien que le d\u00e9sir soit une ressource pour n\u2019importe laquelle de ces constructions. Tout comme l\u2019eau coulant d\u2019une rivi\u00e8re pr\u00e9c\u00e8de ontologiquement le d\u00e9veloppement hydro-\u00e9lectrique et le tourisme, le d\u00e9sir peut \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 par les imp\u00e9ratifs culturels. Alors que le d\u00e9sir est op\u00e9ratoire dans la reproduction sexuelle, il n\u2019est confin\u00e9 ni \u00e0 la reproduction ni \u00e0 la sexualit\u00e9 g\u00e9nitale. Pour Deleuze et Guattari, le d\u00e9sir s\u2019\u00e9tend bien au del\u00e0 de ce qui est g\u00e9n\u00e9riquement connu comme sexe (faire l\u2019amour, les rencontres g\u00e9nitales occasionnelles, les sc\u00e8nes sado-masochistes, et autres). Le d\u00e9sir est la force vitale par laquelle nous bougeons, par laquelle nous sommes engag\u00e9.e.s \u00e0 \u00eatre ou devenir.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir (le corps) est produit historiquement dans la tension entre deux formes de pouvoir\u00a0[<a id=\"nh15\" class=\"spip_note\" title=\"Note de traduction : l\u2019auteur parle de deux formes de \u00ab power \u00bb et cite\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb15\" rel=\"footnote\">15<\/a>]\u00a0: <i>la puissance<\/i> et <i>le pouvoir<\/i>. Massumi les d\u00e9finit succinctement comme suit\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>La <i>puissance<\/i> se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une gamme de potentiel. Elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie par Deleuze comme une \u00ab\u00a0capacit\u00e9 d\u2019existence\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0une capacit\u00e9 d\u2019affecter ou \u00eatre affect\u00e9\u00a0\u00bb [qui ne se r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 l\u2019\u00e9motion, mais \u00e0 l\u2019augmentation ou la diminution de la capacit\u00e9 du corps \u00e0 agir], une capacit\u00e9 \u00e0 multiplier les connexions qui peuvent \u00eatre r\u00e9alis\u00e9es par un \u00ab\u00a0corps\u00a0\u00bb donn\u00e9 \u00e0 divers degr\u00e9s dans diff\u00e9rentes situations. &#8230; Elle est utilis\u00e9e dans la traduction fran\u00e7aise de la \u00ab\u00a0volont\u00e9 de puissance\u00a0\u00bb de Nietzsche. &#8230; Les auteurs utilisent le pouvoir dans un sens tr\u00e8s proche de celui de Foucault, comme une relation de force institu\u00e9e et reproductible, une concr\u00e9tisation s\u00e9lective de potentiel. (Massumi 1992, XVII)<\/p><\/blockquote>\n<p>La <i>puissance<\/i> du corps est son pouvoir \u00e0 connecter, \u00e0 \u00eatre connect\u00e9, \u00e0 faire des connexions. Le <i>pouvoir<\/i> est une forme de pouvoir qui \u00ab\u00a0territorialise\u00a0\u00bb la <i>puissance<\/i>, notre capacit\u00e9 \u00e0 faire des connexions, gouvernant ainsi le potentiel connectif de l\u2019existence humaine. Par exemple, Deleuze et Guattari parlent du d\u00e9sir oedipialis\u00e9 comme d\u2019une gouvernance particuli\u00e8re du corps qui canalise le flux du d\u00e9sir dans la structure basique de ce qu\u2019ils appellent la \u00ab\u00a0sainte famille\u00a0\u00bb\u00a0: Maman, Papa, et Moi. Territorialis\u00e9 par cette structure sociale, le d\u00e9sir reproduit le <i>pouvoir<\/i> du complexe oedipien dans un \u00e9ventail de relations humaines. Il y a beaucoup d\u2019autres formes de <i>pouvoir<\/i>. Foucault en a explor\u00e9 certaines d\u2019entre elles en tant que \u00ab\u00a0biopouvoir\u00a0\u00bb, la production active de la vie \u00e0 travers le discours\u00a0: (i) le discours du corps comme machine, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00ab\u00a0l\u2019anatomo-politique du corps humain\u00a0\u00bb, et (ii) le discours qui fait de la population un ensemble de processus biologiques contr\u00f4lables, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00ab\u00a0la bio-politique de la population\u00a0\u00bb (Foucault 1980, 140). De mani\u00e8re similaire, je pense, le d\u00e9sir est produit dans le discours du genre. Notre libre capacit\u00e9 \u00e0 exister, \u00e0 connecter, \u00e0 affecter et \u00eatre affect\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire notre <i>puissance<\/i> est canalis\u00e9e par le <i>pouvoir<\/i> de la gouvernance genr\u00e9e de la vie. Le d\u00e9sir est fa\u00e7onn\u00e9 par le discours du genre. Le corps est territorialis\u00e9 par le genre.<\/p>\n<p>Les discours du genre sont actualis\u00e9s dans les corps des hommes et des femmes, bien que ce soit ces derniers qui aient re\u00e7u plus d\u2019attention dans la th\u00e9orie f\u00e9ministe. Un certain nombre d\u2019auteures f\u00e9ministes ont d\u00e9crit les moyens par lesquels les processus socio-culturels patriarcaux ont form\u00e9 les corps des femmes (Bordo 1993\u00a0; Cole 1993\u00a0; Cole et Hribar 1995\u00a0; MacNeill 1994\u00a0; Markula 1995\u00a0; Wolf 1990). Susan Bordo (1993), particuli\u00e8rement, a montr\u00e9 le moyen par lequel beaucoup de femmes, sujettes au discours misogyne, incarnent le d\u00e9sir culturellement fond\u00e9 de la disparition des femmes \u2014 c\u2019est le culte de la minceur qui trouve son expression ultime dans la mort par anorexie mentale. Le d\u00e9sir des femmes est territorialis\u00e9 par le discours misogyne, repens\u00e9 comme le d\u00e9sir de prendre le moins de place possible. Lorsque les individus et les collectifs performent le genre (Butler 1990), la <i>puissance<\/i> de l\u2019existence est donn\u00e9e au pouvoir de cette gouvernance. Dans une ironie d\u00e9cid\u00e9ment sombre, on peut dire que les femmes anorexiques performent l\u2019acte de disparition de la f\u00e9minit\u00e9, donnant ainsi au <i>pouvoir<\/i> de la misogynie la <i>puissance<\/i> de diminuer l\u2019existence dans le corps des femmes.<\/p>\n<p>Le genre, \u00e9videmment, est un discours immens\u00e9ment riche. Je ne vais examiner qu\u2019un seul de ses flux, qui, je crois, rend impossible pour les hommes qui rencontrent ce <i>pouvoir<\/i> particulier de d\u00e9sir de jouir de l\u2019\u00e9mancipation du d\u00e9sir f\u00e9ministe. C\u2019est le d\u00e9sir particuli\u00e8rement masculin pour la territorialisation de l\u2019espace\u00a0: c\u2019est le d\u00e9sir de conqu\u00e9rir et de cl\u00f4turer l\u2019espace de mani\u00e8re protectrice, le d\u00e9sir d\u2019\u00e9tablir des connexions selon les lois de la domination spatiale. Ici la capacit\u00e9 d\u2019exister est circonscrite par la volont\u00e9 de contr\u00f4ler l\u2019espace et par la peur de la violabilit\u00e9 du m\u00eame espace. C\u2019est une forme n\u00e9vrotique et f\u00e9tichis\u00e9e de d\u00e9sir qui ne valorise sa propre existence que tant qu\u2019il en contr\u00f4le l\u2019espace. La perte du contr\u00f4le de l\u2019espace est la mort de la masculinit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour l\u2019int\u00e9r\u00eat de cet argument, je d\u00e9finirai les hommes comme des <i>paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis<\/i>. Mon argument n\u2019est pas que la masculinit\u00e9 est confin\u00e9e aux hommes, ou leur est en quelque sorte essentiellement reli\u00e9e. Dans les cultures dominantes nord-am\u00e9ricaines, toutefois, la masculinit\u00e9 est tr\u00e8s encourag\u00e9e pour les paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis et d\u00e9courag\u00e9e pour les paquets-de-d\u00e9sir-avec-clitoris. Je parle de discours de d\u00e9sir, de territorialisations du corps, qui circulent de mani\u00e8re in\u00e9gale et discontinue \u00e0 travers ces cultures. Parfois ces discours sont incarn\u00e9s par les hommes, parfois par les femmes, parfois par les personnes noires, parfois par les personnes blanches, riches, pauvres, et ainsi de suite. Je ne parle pas d\u2019identit\u00e9s individuelles fix\u00e9es, mais d\u2019une organisation de l\u2019\u00e9nergie du d\u00e9sir humain qui est plus ou moins op\u00e9rante \u00e0 divers moments, \u00e0 des intensit\u00e9s diverses, dans diverses vies. Puisque cette anthologie est \u00e0 propos des <i>hommes<\/i> faisant du f\u00e9minisme, je ne consid\u00e8re pas les implications de mon analyse pour les femmes qui s\u2019actualisent par le d\u00e9sir masculin \u2014 bien que cela serait certainement tr\u00e8s int\u00e9ressant \u00e0 faire \u00e0 un autre moment.<\/p>\n<p>La masculinit\u00e9 commence avec le fait plut\u00f4t mineur qu\u2019il y a des paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis, et ensuite produit et canalise ces d\u00e9sirs en fonction d\u2019imp\u00e9ratifs spatiaux de territorialisation. La masculinit\u00e9 engorge les petits p\u00e9nis avec le pouvoir conqu\u00e9rant du phallus. C\u2019est le but de la masculinit\u00e9\u00a0: s\u2019agrandir, prendre plus d\u2019espace, et en laisser moins. Il est l\u2019oppos\u00e9 du d\u00e9sir anorexique f\u00e9minin. La transformation du p\u00e9nis mou en phallus grand, dur, est l\u2019\u00e9panouissement du d\u00e9sir masculin. Le phallus en expansion est prot\u00e9g\u00e9 par l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de ce d\u00e9sir\u00a0: l\u2019anus ferm\u00e9. Tout comme le phallus r\u00e9alise sa masculinit\u00e9 en prenant de la place, l\u2019anus serr\u00e9 prot\u00e8ge l\u2019espace masculin en repoussant l\u2019invasion. Le d\u00e9sir masculin prot\u00e8ge sa propre production phallique en fermant les orifices, \u00e0 la fois l\u2019anus et la bouche, \u00e0 l\u2019expansion phallique des autres. Rendu imp\u00e9n\u00e9trable, le corps masculin se diff\u00e9rencie, se produit comme distinct et non connect\u00e9. Il est conqu\u00e9rant et inviolable. Le d\u00e9sir masculin est exprim\u00e9 \u00e0 la fois m\u00e9taphoriquement et litt\u00e9ralement dans la volont\u00e9 de pouvoir (<i>puissance<\/i>) du <i>pouvoir<\/i> du phallus en constante expansion et de l\u2019anus en constante contraction. Le discours du genre territorialise les corps des hommes en construisant cette forme de d\u00e9sir, le canalisant et l\u2019endiguant simultan\u00e9ment. Ce <i>pouvoir<\/i> territorialisant est actualis\u00e9, se voit donn\u00e9 de la <i>puissance<\/i>, l\u00e0 o\u00f9 les connexions humaines sont soit fabriqu\u00e9es soit ni\u00e9es \u00e0 travers des expansions phalliques et des contractions anales m\u00e9taphoriquement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es ou sexuellement sp\u00e9cifiques. Plus le d\u00e9sir est canalis\u00e9 par le <i>pouvoir<\/i> de la production masculine d\u2019espace plus il est masculin.<\/p>\n<p>Alors que ce d\u00e9sir masculin n\u2019est pas restreint aux hommes (paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis), il est attendu d\u2019eux, et les femmes sont largement d\u00e9courag\u00e9es \u00e0 produire leurs d\u00e9sirs de mani\u00e8re si affirm\u00e9e et protectrice. Le <i>pouvoir<\/i> est toujours une cr\u00e9ation historique \u2014 il n\u2019y existe aucune essence historiquement transcendante propre aux paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis qui les rend masculins de la mani\u00e8re que je d\u00e9cris. Comme l\u2019ont argument\u00e9 Robert Connel (1987) et d\u2019autres, les masculinit\u00e9s sont produites par des processus de socialisation historique complexes. En effet, puisqu\u2019aucun p\u00e9nis ne pourrait \u00eatre \u00e0 la hauteur de l\u2019espoir phallique de son ma\u00eetre et de la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, une multitude de strat\u00e9gies et pratiques sont promues pour encourager les hommes et les gar\u00e7ons \u00e0 prendre et cl\u00f4turer plus d\u2019espace, \u00e0 se diff\u00e9rencier du tourbillon d\u2019\u00e9coulement libre du d\u00e9sir. Tous les paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis ne sont \u00e9galement territoriaux, bien s\u00fbr. Par cons\u00e9quent il existe de vastes syst\u00e8mes d\u2019endoctrinement au d\u00e9sir masculin et de nombreuses r\u00e9compenses pour son succ\u00e8s. Un des terrains d\u2019entra\u00eenement les plus influents pour la spatialisation masculine est le sport, au moins pour les hommes occidentaux de classes moyenne et sup\u00e9rieure ces 150 derni\u00e8res ann\u00e9es. Comme l\u2019ont argument\u00e9 David Whiston (1990\u00a0; 1994), Bruce Kidd (1987), Don Sabo (1995\u00a0; 1980), Brian Messner (1992\u00a0; 1994), moi-m\u00eame (Pronger 1990), le sport est masculinisant\u00a0; ce qui explique pourquoi les femmes dans les soci\u00e9t\u00e9s patriarcales ont \u00e9t\u00e9 la plupart du temps d\u00e9courag\u00e9es \u00e0 y participer. Les gar\u00e7ons \u00e9lev\u00e9s au sport apprennent \u00e0 d\u00e9sirer et \u00e0 faire des connexions en fonction de l\u2019imp\u00e9ratif de prendre de l\u2019espace aux autres et de le garder jalousement pour eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Le sport forme le d\u00e9sir de conqu\u00e9rir et de prot\u00e9ger l\u2019espace. Les sports les plus masculins sont ceux qui sont les plus explicitement spatialement dominants\u00a0: le football am\u00e9ricain, le football, le hockey. Dans ces sports les joueurs envahissent l\u2019espace des autres et se gardent vigoureusement que cela leur arrive. La seule forme honorable de d\u00e9sir dans ces sports est dominateur et protecteur\u00a0; c\u2019est l\u2019anath\u00e8me de l\u2019accueil d\u2019autres hommes dans son espace. L\u2019\u00e9quipe dont le d\u00e9sir produit le phallus le plus invasif et l\u2019anus le plus serr\u00e9 gagne la partie. Les gar\u00e7ons et les hommes gagnent plus que des comp\u00e9tences de jeux masculines phalliques et anales \u00e0 travers leur entra\u00eenement athl\u00e9tique. Ils apprennent aussi \u00e0 bouger et maintenir leurs corps dans et hors du terrain de jeu. Ils apprennent les mani\u00e8res musculaires puissantes qui incarnent le d\u00e9sir masculin\u00a0: l\u2019occupation inflexible de l\u2019espace qui communique le pouvoir latent \u00e0 dominer. Le d\u00e9sir masculin de conqu\u00e9rir et de prot\u00e9ger est construit de mani\u00e8re similaire dans d\u2019autres domaines. L\u2019accumulation de capital et de propri\u00e9t\u00e9, par exemple, d\u00e9pend d\u2019un d\u00e9sir similaire d\u2019acquisition et de r\u00e9tention. Une grande partie du d\u00e9bat acad\u00e9mique est certainement phalliquement agressif et analement ferm\u00e9. Et toute personne qui a eu affaire \u00e0 des paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis masculins dans des affaires personnelles au jour le jour a ressenti la force de la dominance phallique et de l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 anale qui rend ces hommes difficiles \u00e0 g\u00e9rer.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me, \u00e9videmment, avec le d\u00e9sir masculin, est qu\u2019il est essentiellement dominateur, cherchant \u00e0 dominer les autres dans des espaces phalliques en constante expansion, et le soi en serrant les trous qui pourraient \u00eatre la ruine des espaces \u00e9go\u00efstes. Tourn\u00e9 vers l\u2019ext\u00e9rieur en pro\u00e9minence phallique, le d\u00e9sir masculin domine l\u2019espace environnant en se l\u2019appropriant comme le sien. Tourn\u00e9 vers l\u2019int\u00e9rieur comme cl\u00f4ture anale, il reste imperm\u00e9able aux influences externes explorantes, dominant ainsi l\u2019espace interne avec l\u2019insistance de l\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9grit\u00e9\u00a0\u00bb phallique auto-centr\u00e9e. Les orifices clos du d\u00e9sir masculin territorialisent la libert\u00e9 du d\u00e9sir en cl\u00f4turant l\u2019individu diff\u00e9renci\u00e9 masculin. C\u2019est le d\u00e9sir dirig\u00e9 par les imp\u00e9ratifs de dominance et de contr\u00f4le. Plus le d\u00e9sir est masculin, plus la <i>puissance<\/i> de la connexion humaine est rigoureusement canalis\u00e9e comme <i>pouvoir<\/i>. Le d\u00e9sir, territorialis\u00e9 par la spatialisation masculine, atteint le pouvoir de l\u2019existence (<i>puissance<\/i>) par cet imp\u00e9ratif territorial.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir masculin est un obstacle au d\u00e9sir f\u00e9ministe. Au minimum, le d\u00e9sir f\u00e9ministe est oppos\u00e9 \u00e0 la domination, au projet territorial qui cherche \u00e0 gouverner le d\u00e9sir selon des lignes phallogocentriques\u00a0[<a id=\"nh16\" class=\"spip_note\" title=\"Note du traducteur : voir Derrida.\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb16\" rel=\"footnote\">16<\/a>]. Je pense qu\u2019il est s\u00fbr de dire que tous les f\u00e9minismes sont aliment\u00e9s par l\u2019\u00e9nergie de produire des modes de d\u00e9sir \u00e9mancipateurs. Et bien s\u00fbr, comme les arguments \u00e0 propos de la prostitution, de la pornographie, Madonna, et d\u2019autres questions l\u2019attestent, il y a beaucoup de visions de ce \u00e0 quoi pourrait ressembler un tel d\u00e9sir \u00e9mancip\u00e9. Dans cet article je ne vais sugg\u00e9rer aucune vision particuli\u00e8re du d\u00e9sir f\u00e9ministe. Ce que je veux sugg\u00e9rer est que les paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis qui manifestent le d\u00e9sir dans la forme masculine que j\u2019ai d\u00e9crite sont mal dispos\u00e9s \u00e0 \u00e9prouver ou promulguer le moindre potentiel \u00e9mancipateur des visions f\u00e9ministes. Tant que le d\u00e9sir est produit dans la logique de la domination territoriale et de la protection, il est antif\u00e9ministe.<\/p>\n<p>Comme le montrent clairement d\u2019autres articles de ce volume, de nombreuses questions se posent quant aux hommes devenant f\u00e9ministes. L\u2019argument que je m\u2019appr\u00eate \u00e0 donner ne pr\u00e9tend pas couvrir tout ce qui doit \u00eatre fait pour que les homme soient f\u00e9ministes. Ce que je vais sugg\u00e9rer ici est une condition n\u00e9cessaire, mais pas suffisante, pour que les hommes deviennent f\u00e9ministes, pour que les hommes appr\u00e9cient les b\u00e9n\u00e9fices du d\u00e9sir f\u00e9ministe. Je ferai valoir que pour que les hommes se lancent dans un parcours f\u00e9ministe, ils doivent dissoudre leur d\u00e9sir masculin, en surmontant leur homophobie. Le d\u00e9sir masculin est essentiellement homophobe et je montrerai que l\u2019homophobie est un obstacle \u00e0 l\u2019incarnation du f\u00e9minisme.<\/p>\n<p>Selon une d\u00e9finition commune de l\u2019homophobie, c\u2019est une peur ignorante et irrationnelle de l\u2019homosexualit\u00e9. L\u2019id\u00e9e est qu\u2019une connaissance \u00ab\u00a0plus exacte\u00a0\u00bb de l\u2019homosexualit\u00e9 rend diffuse cette peur irrationnelle\u00a0: l\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019est pas contagieuse\u00a0; on peut \u00eatre en pr\u00e9sence d\u2019homosexuel.le.s et maintenir sa propre identit\u00e9 sexuelle. Et une appr\u00e9ciation pleinement inform\u00e9e de l\u2019homosexualit\u00e9 montre qu\u2019elle n\u2019est pas <i>si<\/i> diff\u00e9rente de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9\u00a0; elle est simplement, et de mani\u00e8re non-probl\u00e9matique, une pr\u00e9f\u00e9rence pour les rencontres intimes avec des membres du m\u00eame sexe. Ce qui est soulign\u00e9 ici est un respect lib\u00e9ral pour l\u2019humanit\u00e9 des personnes homosexuelles ainsi qu\u2019une tol\u00e9rance et acceptation de diff\u00e9rents modes de vie. Parce que le lib\u00e9ralisme est une force puissante dans les cultures occidentales aujourd\u2019hui, cette vision acceptante et tol\u00e9rante est devenue assez influente. Ce n\u2019est pas du tout rare pour des personnes lib\u00e9rales et instruites d\u2019appr\u00e9cier les hommes homosexuels, d\u2019\u00eatre ami avec eux, d\u2019aller dans des clubs o\u00f9 les homosexuels boivent et dansent, d\u2019assurer leur repr\u00e9sentation dans les comit\u00e9s, d\u2019argumenter pour leurs droits, et ainsi de suite. En grande partie, cependant, cette acceptation lib\u00e9rale s\u2019arr\u00eate net pour ce qui est d\u2019avoir des relations sexuelles homosexuelles. Ce manque d\u2019engagement homosexuel est souvent expliqu\u00e9 dans le langage poli et consommateur de la \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u00bb\u00a0; ces hommes ne sont pas \u00ab\u00a0irrationnellement craintifs\u00a0\u00bb des hommes homosexuels, Ils \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e8rent\u00a0\u00bb simplement les relations sexuelles avec des femmes et ne \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e8reraient\u00a0\u00bb pas les avoir avec des hommes\u00a0: \u00ab\u00a0il faut de tout pour faire un monde.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Le monde est un march\u00e9 ouvert.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je sugg\u00e8re que le manque d\u2019int\u00e9r\u00eat que certains hommes, probablement la majorit\u00e9 d\u2019entre eux, ont par rapport aux relations sexuelles explicites avec les hommes reste une peur de l\u2019homosexualit\u00e9, mais pas une peur irrationnelle. C\u2019est une peur fond\u00e9e sur l\u2019appr\u00e9ciation parfaitement rationnelle des dommages que les relations sexuelles homosexuelles peuvent infliger \u00e0 la construction territorialisante du d\u00e9sir masculin. Pour les hommes lib\u00e9raux, l\u2019homosexualit\u00e9 est acceptable tant qu\u2019elle ne p\u00e9n\u00e8tre pas leur propre d\u00e9sir. Leo Bersani soutient, de mani\u00e8re tr\u00e8s \u00e9loquente, dans son livre <i>Homos<\/i> (1995) que ce qui est laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 dans cette acceptation lib\u00e9rale de l\u2019homosexualit\u00e9 est la port\u00e9e tout \u00e0 fait probl\u00e9matique de l\u2019homosexualit\u00e9. Cette port\u00e9e r\u00e9side dans le dommage que le sexe homosexuel, sp\u00e9cifiquement, le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre un \u00ab\u00a0bottom\u00a0\u00bb\u00a0[<a id=\"nh17\" class=\"spip_note\" title=\"Note de traduction : d\u2019\u00eatre \u00ab passif \u00bb.\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb17\" rel=\"footnote\">17<\/a>] (d\u2019\u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9ception) fait \u00e0 la masculinit\u00e9. Bersani, dans un pr\u00e9c\u00e9dent article bien connu (1987), r\u00e9pondait \u00e0 la question \u00ab\u00a0le rectum est-il une tombe\u00a0?\u00a0\u00bb en disant\u00a0: oui, c\u2019est la tombe du pouvoir masculin. Quand le rectum re\u00e7oit les pouss\u00e9es d\u2019un autre homme, un coup mortel est pour ainsi dire port\u00e9 \u00e0 la masculinit\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019ai affirm\u00e9 que le d\u00e9sir masculin est le d\u00e9sir de conqu\u00e9rir et prot\u00e9ger l\u2019espace\u00a0; c\u2019est un d\u00e9sir fa\u00e7onn\u00e9 dans le <i>pouvoir<\/i> du phallus en expansion et de l\u2019anus ferm\u00e9. Etre un homosexuel passif inverse ce d\u00e9sir. L\u2019espace est c\u00e9d\u00e9. Un passif enthousiaste ouvre son anus, accueille d\u2019autres forces, d\u00e9territorialisant la revendication selon laquelle la masculinit\u00e9 repose \u00e0 la fois sur cet orifice et sur <i>son<\/i> p\u00e9nis. Faire une fellation fonctionne de fa\u00e7on similaire, peut \u00eatre m\u00eame plus efficacement. P\u00e9n\u00e9tr\u00e9 analement, un homme peut maintenir au moins un semblant de d\u00e9sir masculin dans la croyance qu\u2019il est en train d\u2019\u00eatre viol\u00e9, que son espace est en train d\u2019\u00eatre ouvert <i>contre son gr\u00e9<\/i>, que s\u2019il avait eu la possibilit\u00e9, ce serait sa force masculine qui ferait le p\u00e9n\u00e9trant. Dans le sport, c\u2019est l\u2019honneur qui demeure dans la d\u00e9faite\u00a0: le perdant a au moins essay\u00e9 de pr\u00e9server son espace. Dans la fellation il ne peut y avoir telle excuse\u00a0; une bouche, apr\u00e8s tout, a des dents qui peuvent faire des dommages consid\u00e9rables \u00e0 un \u00ab\u00a0envahisseur\u00a0\u00bb phallique. Mais avec la fellation on caresse la pr\u00e9sence insinuante d\u2019un autre homme, l\u2019accueillant voluptueusement dans son espace, en prot\u00e9geant ses dents avec ses l\u00e8vres. Plut\u00f4t que de repousser l\u2019entr\u00e9e d\u2019un autre homme, on fait tout ce qu\u2019on peut pour qu\u2019il se sente bienvenu. C\u00e9der de l\u2019espace \u00e0 un autre homme, particuli\u00e8rement les espaces les plus intimes de l\u2019anus et de la bouche, est l\u2019oppos\u00e9 du d\u00e9sir masculin. Quand les hommes \u00e9rotisent l\u2019entr\u00e9e d\u2019autres hommes dans leur espace, analement ou oralement, ils donnent de la <i>puissance<\/i> \u00e0 la d\u00e9territorialisation de leur d\u00e9sir masculin. L\u2019\u00e9v\u00e8nement \u00e9rotique d\u2019\u00eatre volontairement, effectivement joyeusement, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 oralement ou analement, d\u00e9territorialise les corps des paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis et ouvre litt\u00e9ralement les portes de la libert\u00e9 du d\u00e9sir d\u00e9masculinis\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019homophobie est la r\u00e9ticence \u00e0 c\u00e9der de l\u2019espace masculin\u00a0; c\u2019est la peur qu\u2019ont les hommes de l\u2019inversion du phallus en expansion et de l\u2019anus ferm\u00e9 en un phallus respectueux et un anus ouvert. La peur est \u00e9vidente, au del\u00e0 de l\u2019espace physique du corps, dans la r\u00e9ticence qu\u2019ont certains hommes \u00e0 c\u00e9der dans le sport, le commerce, le d\u00e9bat acad\u00e9mique, ou les relations interpersonnelles. Physiquement, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e9rotiquement, l\u2019homophobie trouve son expression la plus profonde et peut \u00eatre la plus intraitable dans la r\u00e9ticence de nombreux hommes \u00e0 ouvrir leur bouche et anus \u00e0 d\u2019autres hommes. C\u2019est, \u00e9videmment, une r\u00e9ticence \u00e9rotique profonde \u00e0 c\u00e9der leur propre volont\u00e9 \u00e0 la domination masculine sur leur propre corps. L\u2019homophobie est la peur de c\u00e9der le contr\u00f4le, la peur de devenir un r\u00e9cipient ouvert qui peut \u00eatre rempli librement par le d\u00e9sir des autres, sp\u00e9cialement des autres hommes. La r\u00e9ticence \u00e0 c\u00e9der un tel contr\u00f4le masculin est un obstacle \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du d\u00e9sir f\u00e9ministe, qui est au minimum le d\u00e9sir de lib\u00e9rer l\u2019\u00eatre humain du joug du d\u00e9sir masculin, de la masculinisation de l\u2019espace.<\/p>\n<p>Les hommes qui d\u00e9sirent des modes de vie f\u00e9ministes pourraient b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une r\u00e9flexion sur la nature de leur d\u00e9sir, d\u2019une consid\u00e9ration de la question de leur homophobie, du degr\u00e9 auquel ils sont pr\u00eats ou r\u00e9ticents \u00e0 inverser leur masculinit\u00e9. Certainement, beaucoup d\u2019hommes qui d\u00e9sirent le f\u00e9minisme ont travaill\u00e9 tr\u00e8s dur \u00e0 examiner la mani\u00e8re selon laquelle leur d\u00e9sir masculin les a fa\u00e7onn\u00e9s sur un mode anti-f\u00e9ministe et ont ainsi travaill\u00e9 tr\u00e8s dur \u00e0 refa\u00e7onner leurs m\u00e9thodes de traiter avec les gens et les situations de mani\u00e8re moins dominatrice, plus douce. Et manifestement, une des m\u00e9thodes les plus importante pour cela est de reconstruire les relations patriarcales traditionnelles avec les femmes selon des lignes plus f\u00e9ministes. Sans aucun doute, les hommes qui ont ainsi reconfigur\u00e9 leur d\u00e9sir pour les femmes ont pris des mesures importantes vers la transformation des relations genr\u00e9es. La majorit\u00e9 de la reconfiguration de ce d\u00e9sir masculin a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9occup\u00e9 par la diminution des tendances agressives et dominatrices du phallus en expansion. Cette reconfiguration rend clairement la masculinit\u00e9 moins violente. Et aucun homme, quoi qu\u2019il fasse avec ses orifices, ne peut \u00e9prouver le d\u00e9sir f\u00e9ministe \u00e0 moins qu\u2019il soit capable et tr\u00e8s dispos\u00e9 \u00e0 entrer dans des relations d\u00e9-phallusis\u00e9es avec les femmes\u00a0[<a id=\"nh18\" class=\"spip_note\" title=\"Ce qui ne veut pas dire que les relations ne doivent jamais \u00eatre phalliques\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nb18\" rel=\"footnote\">18<\/a>]. Mais aussi longtemps que leurs orifices resteront ferm\u00e9s, les hommes perp\u00e9tueront la territorialisation masculine de l\u2019espace.<\/p>\n<p>Je ne suis pas en train de dire que les hommes doivent prendre des identit\u00e9s homosexuelles pour \u00eatre f\u00e9ministes. En effet, l\u2019identit\u00e9 homosexuelle n\u2019est pas garante d\u2019une perspicacit\u00e9 f\u00e9ministe. En fait j\u2019argumenterai qu\u2019une vie de relations exclusivement homosexuelles, parce qu\u2019elle exclut les femmes de contacts intimes, est une vie profond\u00e9ment sexiste, et donc antif\u00e9ministe\u2014c\u2019est encore une autre forme de fermeture anale qui canalise le d\u00e9sir, assez grossi\u00e8rement, selon les rubriques de la diff\u00e9rence de genre. Ce que je sugg\u00e8re est que les hommes doivent \u00eatre libres d\u2019\u00e9prouver l\u2019intensit\u00e9 \u00e9rotique de la d\u00e9territorialisation de leur espace masculin. Ceux qui sont les plus r\u00e9ticents \u00e0 ouvrir leurs bouches et anus \u00e0 d\u2019autres hommes sont ceux qui ont le plus besoin de le faire.<\/p>\n<p>Une condition importante doit \u00eatre rattach\u00e9e \u00e0 ma proposition que les hommes d\u00e9territorialisent leur d\u00e9sir masculin en s\u2019engageant dans des actes \u00e9rotiques ouvrants. Peu, sinon rien, ne sera acquis dans le projet d\u2019ouverture des hommes aux possibilit\u00e9s du d\u00e9sir f\u00e9ministe si cette d\u00e9territorialisation ne s\u2019\u00e9tend pas au del\u00e0 des intimit\u00e9s de parties du corps particuli\u00e8res. Il est crucial que ces pragmatismes \u00e9rotiques soient des moments de r\u00e9flexion qui aident \u00e0 l\u2019inversion du d\u00e9sir masculin dans d\u2019autres sph\u00e8res aussi. Deleuze et Guattari ont des conseils utiles \u00e0 ce propos. La d\u00e9territorialisation, selon eux, se produit quand le d\u00e9sir n\u2019est pas limit\u00e9 par des forces ext\u00e9rieures. Ils sugg\u00e8rent que cela peut arriver dans l\u2019exp\u00e9rience de plateaux d\u2019intensit\u00e9 <i>puissants<\/i> qui brisent le pouvoir organisationnel du <i>pouvoir<\/i> et laissent une image r\u00e9manente de leur dynamisme (Massumi 1992, 7) qui peut \u00eatre r\u00e9activ\u00e9e dans d\u2019autres activit\u00e9s. Cela implique que les hommes d\u00e9veloppent des intensit\u00e9s \u00e9rotiques dans l\u2019ouverture de leurs bouches et anus qui leur donnent le pouvoir de voir et de r\u00e9fl\u00e9chir sur les dynamiques de <i>puissance<\/i> (le pouvoir de l\u2019existence) et <i>pouvoir<\/i> (le pouvoir de la masculinit\u00e9) dans leurs propres vies, et d\u2019ensuite faire quelque chose \u00e0 propos de leur construction future. Ce serait bien s\u00fbr une question d\u2019hommes reconfigurant leurs productions de d\u00e9sir de fa\u00e7ons inspir\u00e9es par la libert\u00e9 de la <i>puissance<\/i>, plut\u00f4t que contr\u00f4l\u00e9es par le gouvernement du <i>pouvoir<\/i> masculin. Nous devons \u00e9tendre la joie de l\u2019\u00e9rotisation des espaces s\u2019ouvrant et du d\u00e9sir masculin d\u00e9territorialisant dans l\u2019anus et la bouche, \u00e0 la joie d\u2019ouvrir \u00e9rotiquement de tels espaces dans la conversation, les relations interpersonnelles, les jeux, le discours acad\u00e9mique, l\u2019\u00e9conomie, etc.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire dans tous les cas pour les hommes de trouver d\u2019autres paquets-de-d\u00e9sir-avec-p\u00e9nis pour les aider dans leur d\u00e9territorialisation. Evidemment, les femmes peuvent aussi ouvrir de tels trous bloqu\u00e9s. Je dirais, n\u00e9anmoins, que les hommes qui sont pr\u00eats \u00e0 laisser les femmes dans ces espaces mais maintiennent une r\u00e9ticence inhospitali\u00e8re effectivement masculine \u00e0 admettre d\u2019autres hommes, auront probablement besoin de demander \u00e0 d\u2019autres hommes de les aider \u00e0 forcer l\u2019ouverture des territoires homophobes de leur d\u00e9sir. Id\u00e9alement, puisque le genre est une forme de <i>pouvoir<\/i>, une territorialisation du corps, le genre d\u2019un.e assistant.e ne devrait pas importer. Mais tant que le genre importe dans la forme d\u2019une pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ouvrir des trous avec les femmes et une r\u00e9ticence \u00e0 faire de m\u00eame avec d\u2019autres hommes, les hommes continuent \u00e0 produire le <i>pouvoir<\/i> du genre dans la construction de leur d\u00e9sir. Dans ce cas, la transcendance <i>puissante<\/i> de la masculinit\u00e9 d\u00e9pendra de l\u2019\u00e9radication de la territorialisation homophobe des corps des hommes par l\u2019embrassement de son oppos\u00e9\u00a0: l\u2019amour homo-\u00e9rotique. Avec suffisamment de pratique \u00e9rotique attentionn\u00e9e et ouverte, les restrictions du genre pourraient c\u00e9der \u00e0 la libre circulation du d\u00e9sir d\u00e9territorialis\u00e9, un avant-go\u00fbt de la libert\u00e9 du f\u00e9minisme.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie\u00a0:<\/strong><br \/>\n&#8211; Bersani, Leo. 1987. Is the rectum a grave\u00a0? October 43\u00a0: 197-222.<br \/>\n&#8211; Bersani, Leo. 1995. Homos. Cambridge, Mass.\u00a0: Harvard University Press.<br \/>\n&#8211; Bordo, Susan. 1993. Unberable Weight\u00a0: Feminism, Western Culture and the Body. Berkeley\u00a0: University of California Press.<br \/>\n&#8211; Butler, Judith. 1990. Gender Trouble.New York\u00a0: Rootledge.<br \/>\n&#8211; Cole, Cheryl. 1993. Resisting the canon\u00a0: feminist cultural studies, sport and technologies of the body. Journal of sport and social issues 17 (2)\u00a0: 77-97.<br \/>\n&#8211; Cole, Cheryl, and Amy Hribar. 1995. Celebrity feminism\u00a0: Nike style. Post-fordism, transcendence, and consumer power. Sociology of sport journal 12 (4).<br \/>\n&#8211; Connell, Robert. 1987. Gender and Power\u00a0: Society, the Person and Sexual Politics. Cambridge\u00a0: Polity.<br \/>\n&#8211; Deleuze, Gilles, and F\u00e9lix Guattari. 1983. Anti-oedipus\u00a0: Capitalism and Schizophrenia.Translated by Robert Hurley, Mark Seem, Helen R. Lane. Minneapolis\u00a0: University of Minnesota Press.<br \/>\n&#8211; Deleuze, Gilles, and F\u00e9lix Guattari. 1987. A Thousand Plateaus\u00a0: Capitalism and Schizophrenia. Translated by Brian Massuni. Minneapolis\u00a0: University of Minnesota Press.<br \/>\n&#8211; Foucault, Michel. 1980. The History of Sexuality\u00a0: Volume 1\u00a0: an Introduction. Translated by Hurley, Robert (1978). vol.1. New York\u00a0: Vintage.<br \/>\n&#8211; Kidd, Bruce. 1987. Sports and Masculinity. In Beyond Patriarchy\u00a0: Essays by Men on Masculinity, edited by M.\u00a0Kaufman. Toronto\u00a0: Oxford University Press.<br \/>\n&#8211; MacNeill, Margaret. 1994. Activ women, media representation, and ideology. In Women, Sport and Culture, edited by S. Birrell and C. Cole. Champaign\u00a0: Human Kinetics.<br \/>\n&#8211; Markula, Pirko. 1995. Firm but Shapely, Fit but Sexy, Strong but Thin\u00a0: the Postmodern Aerobisizing Female Bodies. Sociology of Sport Journal 12 (4).<br \/>\n&#8211; Massumi, Brian. 1992. A User\u2019s Guide to Capitalism and Schizophrenia. Cambridge, Mass.\u00a0: MIT Press.<br \/>\n&#8211; Messner, Mike. 1992. Power at Play. Boston\u00a0: Beacon.<br \/>\n&#8211; Messner, Michael, and Donald Sabo. 1994. Sex, Violence and Power in Sports\u00a0: Rethinking Masculinity. Freedom, CA\u00a0: Crossing Press.<br \/>\n&#8211; Pronger, Brian. 1990. The Arena of Masculinity\u00a0: Sports, Homosexuality and the Meaning of Sex. First Ed. New York\u00a0: St-Martin\u2019s Press.<br \/>\n&#8211; Sabo, Don, and Dave Gordon, eds. 1995. Men\u2019s Health and Illness\u00a0: Gender, Power and the Body. London\u00a0: Sage.<br \/>\n&#8211; Sabo, Donald, and Ross Runfola. 1980. Jock\u00a0: Sports and Male Identity. Englewood Cliffs\u00a0: Prentice Hall.<br \/>\n&#8211; Whitson, David. 1990. Sport in the Social Conctruction of Masculinity. In Sport, Men and the Gender Order\u00a0: Critical Feminist Perspectives, edited by M.\u00a0Messner and D. Sabo. Champaign\u00a0: Human Kinetics.<br \/>\n&#8211; Whitson, David. 1994. The Embodiment of Gender\u00a0: Discipline, Domination, and Empowerment. In Women, Sport, and Culture, edited by S. Birrell and C. L. Cole. Champaign, Ill\u00a0: Human Kinetics.<br \/>\n&#8211; Wolf, Naomi. 1990. The Beauty Myth. London\u00a0: Vintage.<\/p>\n<p class=\"signature\"><span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?auteur678\">Brian Pronger<\/a><\/span>, <span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?auteur679\">Richard Schmitt <\/a><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>[<a id=\"nb1\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Selon Julia Serano, les personnes cissexuelles sont &laquo;&nbsp;les personnes qui ne sont pas transsexuelles et qui ont toujours seulement ressenti leurs sexes physique et subconscient comme \u00e9tant align\u00e9s&nbsp;&raquo;. En ce qui me concerne, je ne me suis jamais senti \u00eatre une femme pi\u00e9g\u00e9e dans un corps d\u2019homme.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb2\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] Les hommes dont je parle dans ce papier sont h\u00e9t\u00e9rosexuels. J\u2019en sais peu sur les relations entre hommes homosexuels et il est fort probable que ce que j\u2019ai \u00e0 dire ne s\u2019applique pas \u00e0 eux.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb3\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>] Il doit \u00eatre clair tout au long du texte que nous ne parlons pas de tous les hommes ni de toutes les femmes, mais des diff\u00e9rentes relations qui, \u00e0 des degr\u00e9s et fr\u00e9quences diff\u00e9rentes, sont \u00e9prouv\u00e9es par ou observ\u00e9es chez les hommes, ou les femmes (Spelman 1991). De plus, les g\u00e9n\u00e9ralisations grossi\u00e8res \u00e0 propos des hommes et des femmes dans ce papier ne pr\u00e9supposent ou n\u2019impliquent pas l\u2019existence d\u2019essences masculine ou f\u00e9minine. Les all\u00e9gations d\u2019essences masculine ou f\u00e9minine sont des all\u00e9gations selon lesquelles quiconque qui doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme homme ou femme <i>doit<\/i> poss\u00e9der les propri\u00e9t\u00e9s qui sont dites constituantes de leur essence. Je ne sais pas s\u2019il existe une telle essence masculine ou f\u00e9minine. Mais je sais que les diff\u00e9rentes tendances \u00e0 conduire ses relations humaines ne font pas partie d\u2019une telle essence, m\u00eame si elle s\u2019av\u00e8re exister.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb4\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>] Il est important de se rappeler, cependant, que dans la plupart des situations, les hommes blancs ne se lient pas avec des hommes noirs contre des femmes, mais que plus souvent les hommes blancs se lient avec des femmes blanches contres des hommes noirs.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb5\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>] Note de traduction\u00a0: <i>To the Lighthouse<\/i>.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb6\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh6\" rev=\"footnote\">6<\/a>] Je ne sais pas \u00e0 quel point les hommes prof\u00e9ministes restent d\u00e9vou\u00e9s au sport. La relation entre le prof\u00e9minisme et le sport devra \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e ailleurs.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb7\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh7\" rev=\"footnote\">7<\/a>] Note de traduction\u00a0: Le <i>care<\/i> d\u00e9signe le centre d\u2019une r\u00e9flexion sur la place du souci pour autrui (sollicitude, soin, c\u0153ur, attentions, pr\u00e9venance sont autant de termes rendant imparfaitement la polys\u00e9mie du mot <i>care<\/i>) dans l\u2019\u00e9thique.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb8\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 8\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh8\" rev=\"footnote\">8<\/a>] J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 ces distinctions dans beaucoup plus de d\u00e9tails dans mon ouvrage Beyond Separateness\u00a0: The Relational Nature of Human Beings\u2014Their Autonomy, Knowledge, and Power (Boulder\u00a0: Westview, 1995).<\/p>\n<p>[<a id=\"nb9\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 9\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh9\" rev=\"footnote\">9<\/a>] Et cela, pour \u00eatre honn\u00eate, les rend tr\u00e8s reposantes et attrayantes.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb10\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 10\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh10\" rev=\"footnote\">10<\/a>] Les diff\u00e9rences entre les amiti\u00e9s des hommes et des femmes sont m\u00eame plus complexes. Les hommes peuvent aussi \u00eatre tr\u00e8s d\u00e9monstratifs et affectueux\u00a0; les femmes, en revanche, peuvent \u00eatre tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9es quand il s\u2019agit d\u2019exprimer leurs sentiments. Mais les amiti\u00e9s des femmes sont des projets conjoints et ainsi les amies doivent \u00eatre harmonis\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, ce que les hommes ne font pas, avec leurs entreprises s\u00e9par\u00e9es, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 certaines de ces complexit\u00e9s dans le chapitre \u00ab\u00a0Love and Anger\u00a0\u00bb de <i>Beyond Separateness<\/i>.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb11\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 11\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh11\" rev=\"footnote\">11<\/a>] Le cas est ici analogue \u00e0 celui de la peur de l\u2019impuissance masculine. De nombreux hommes ont profond\u00e9ment peur de l\u2019impotence. Les sources de cette peur sont les croyances patriarcales \u00e0 propos de la sexualit\u00e9 comme moyen de dominer les femmes. M\u00eame les hommes qui s\u2019opposent au patriarcat soutiennent involontairement et de diverses mani\u00e8res cette forme d\u2019oppression des femmes tant qu\u2019ils pensent que le p\u00e9nis fonctionnant dans la p\u00e9n\u00e9tration vaginale est un \u00e9l\u00e9ment important de leur virilit\u00e9. C\u2019est un autre cas o\u00f9 les hommes prof\u00e9ministes se retrouvent \u00e0 soutenir le patriarcat en maintenant certaines croyances et attitudes qui sont la pr\u00e9condition de certaines formes d\u2019oppression des femmes, bien qu\u2019en tant qu\u2019hommes prof\u00e9ministes, ils n\u2019exercent pas cette oppression (Candib &amp; Schmitt 1996).<\/p>\n<p>[<a id=\"nb12\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 12\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh12\" rev=\"footnote\">12<\/a>] \u00ab\u00a0Les femmes parlent de presque tout&#8230;mais le quotidien est susceptible d\u2019\u00eatre assez ordinaire. C\u2019est ce qui en fait un art.\u00a0\u00bb (Gouldner and Strong 1987).<\/p>\n<p>[<a id=\"nb13\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 13\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh13\" rev=\"footnote\">13<\/a>] Clairement, une raison de ne pas entreprendre cette t\u00e2che est la peur omnipr\u00e9sente de l\u2019homosexualit\u00e9. Mais c\u2019est un sujet complexe et d\u00e9routant. La peur masculine de l\u2019homosexualit\u00e9 est d\u2019une ambivalence flagrante. Les relations masculines dans les institutions les plus masculinistes comme l\u2019arm\u00e9e, le sport, ou les confr\u00e9ries sont souvent \u00e9rotiquement liantes pour le bien de la domination des femmes. Tout ceci doit \u00eatre discut\u00e9 ailleurs.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb14\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 14\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh14\" rev=\"footnote\">14<\/a>] Note de traduction\u00a0: l\u2019actualisation est un concept particulier utilis\u00e9 par Deleuze, synonyme pour lui de <i>r\u00e9solution<\/i> et d\u2019<i>int\u00e9gration<\/i>, mais diff\u00e9rent de <i>r\u00e9alisation<\/i>, selon le dictionnaire philosophique de l\u2019universit\u00e9 de Stanford. J\u2019avoue ne pas avoir pour l\u2019instant cherch\u00e9 plus loin son sens sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb15\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 15\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh15\" rev=\"footnote\">15<\/a>] Note de traduction\u00a0: l\u2019auteur parle de deux formes de \u00ab\u00a0power\u00a0\u00bb et cite ensuite en fran\u00e7ais les concepts de puissance et pouvoir utilis\u00e9s par Deleuze et Guattari. Ceux-ci sont en italique dans la traduction.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb16\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 16\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh16\" rev=\"footnote\">16<\/a>] Note du traducteur\u00a0: voir Derrida.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb17\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 17\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh17\" rev=\"footnote\">17<\/a>] Note de traduction\u00a0: d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0passif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb18\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 18\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1413#nh18\" rev=\"footnote\">18<\/a>] Ce qui ne veut pas dire que les relations ne doivent jamais \u00eatre phalliques \u2014 il y a des le\u00e7ons et des plaisirs qui valent la peine dans l\u2019utilisation consid\u00e9r\u00e9e et consensuelle de la domination \u2014 mais le contexte des relations phalliques doit inclure le potentiel d\u2019inversion, autrement c\u2019est simplement la reproduction de relations de domination fix\u00e9es et donc non \u00e9mancipatrices.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette brochure est une compilation de traductions de deux textes issus du livre Men doing feminism (hommes faisant du f\u00e9minisme). Le premier, Les hommes prof\u00e9ministes et leurs ami.e.s, essaye de comprendre pourquoi les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels ayant des r\u00e9flexions f\u00e9ministes n\u2019arrivent &hellip; <a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=751\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,18,19,11],"tags":[],"class_list":["post-751","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-construction-des-masculinites","category-hommes-et-feminisme","category-homophobie","category-identites-de-genre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/751","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=751"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/751\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2909,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/751\/revisions\/2909"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=751"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=751"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=751"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}