{"id":394,"date":"2014-09-07T13:47:10","date_gmt":"2014-09-07T12:47:10","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=394"},"modified":"2020-09-21T16:10:46","modified_gmt":"2020-09-21T15:10:46","slug":"sous-le-tapi-le-pave","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=394","title":{"rendered":"Sous le tapis le pav\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/sous_le_tapis_le_pave.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-195\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/sous_le_tapis_le_pave-111x300.jpg\" alt=\"sous_le_tapis_le_pave\" width=\"111\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/sous_le_tapis_le_pave-111x300.jpg 111w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/sous_le_tapis_le_pave.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 111px) 100vw, 111px\" \/><\/a><strong>Les violences sexistes dans les milieux militants qui se revendiquent anti-sexistes et anti-autoritaires<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la remarque insistante en soir\u00e9e \u00e0 une agressivit\u00e9 latente, d\u2019un machisme gentiment \u00e9touffant \u00e0 une main au cul, les violences sexistes sont multiples et prennent plusieurs formes. Elles se cachent et se d\u00e9cha\u00eenent aussi dans l\u2019intimit\u00e9, au sein des couples.<br \/>\nComment parler de ces violences dans nos milieux\u00a0?<br \/>\nComment dire\u00a0: mon copain m\u2019enferme, me bat, m\u2019insulte, oui mon copain, qui est aussi votre pote, avec qui vous militez depuis des ann\u00e9es\u2026 Vivre et militer ensemble, cela cr\u00e9e des liens particuliers, avec des codes et des principes tacites.<br \/>\nQue faire quand on apprend telle ou telle histoire sordide, qu\u2019on re\u00e7oit telle ou telle confidence\u00a0?<br \/>\nQue faire en collectif\u00a0?<br \/>\nNous voulons que le sujet des violences sexistes dans nos milieux ne soit plus un tabou, un sujet n\u00e9glig\u00e9, dont les femmes parlent entre elles en sourdine, comme si elles \u00e9taient, somme toute, les seules concern\u00e9es. \u2028Pour nous ces violences ne sont pas des histoires de \u00ab\u00a0vie priv\u00e9e\u00a0\u00bb, elles r\u00e9sultent d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sexiste o\u00f9 r\u00e8gne des rapports de domination\u00a0: ces violences sont des actes de contr\u00f4le r\u00e9currents sur les femmes. \u2028On parle toujours des femmes victimes de violence, comme si leur seul r\u00f4le \u00e0 jouer \u00e9tait passif. Pour nous les femmes r\u00e9sistent \u00e0 ces violences, chaque jour, en tout lieu, dans la rue et dans leur maison. Nous voulons parler de femmes r\u00e9sistantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce recueil a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par le collectif non-mixte femmes-trans* SOUS LE TAPIS LE PAV\u00c9 \u00e0 Lausanne, suite \u00e0 un travail en commun entre 2011 et 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/sous_le_tapis_le_pave.pdf\">PDF mis en page<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/01\/sous_le_tapis_le_pave_ppp.pdf\">PDF page par page<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>Ce recueil a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par le collectif non-mixte femmes-trans* SOUS LE TAPIS LE PAV\u00c9 \u00e0 Lausanne, suite \u00e0 un travail en commun entre 2011 et 2012.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 class=\"spip\">sommaire<\/h3>\n<h3 class=\"spip\">COMMENT ON EN EST ARRIV\u00c9ES L\u00c0\u00a0?<\/h3>\n<h3 class=\"spip\">T\u00c9MOIGNAGES<\/h3>\n<h3 class=\"spip\"><i>Sa bite<\/i><\/h3>\n<h3 class=\"spip\"><i> Cicatrices dans la peau et dans l\u2019\u00e2me<\/i><\/h3>\n<h3 class=\"spip\"><i>Auseinandersetzung | L\u2019affrontement<\/i><\/h3>\n<h3 class=\"spip\"><i>[La soir\u00e9e \u00e0 mes yeux s\u2019\u00e9tait bien pass\u00e9e&#8230;] <\/i><\/h3>\n<h3 class=\"spip\">PAUSE CAF\u00c9 | LE QUIZ QUI TABASSE<\/h3>\n<h3 class=\"spip\">T\u00c9MOIGNAGES<\/h3>\n<h3 class=\"spip\"><i>[Apport anonyme] <\/i><\/h3>\n<h3 class=\"spip\"><i>T\u00e9moignage de Lucie, Yverdon <\/i><\/h3>\n<h3 class=\"spip\"><i>Que les ongles se transforment en griffes\u00a0! Aiguisons notre force de riposter. <\/i><\/h3>\n<h3 class=\"spip\">Eh merde<\/h3>\n<h3 class=\"spip\">T\u00e9moignage collectif en non-mixit\u00e9<\/h3>\n<h3 class=\"spip\">L\u2019EXPOSITION | SOUS LE TAPIS LE PAV\u00c9<\/h3>\n<h3 class=\"spip\">R\u00c9SEAUX<\/h3>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">Comment on en est arriv\u00e9es l\u00e0\u00a0?<\/h3>\n<p><i>En f\u00e9vrier 2011, il y a de cela pr\u00e8s de deux ans, apr\u00e8s bien des discussions et l\u2019envoi d\u2019un appel en Suisse romande, en Suisse al\u00e9manique, au Tessin, et dans quelques villes fran\u00e7aises, nous avons organis\u00e9, \u00e0 Lausanne, une premi\u00e8re rencontre.<\/i><\/p>\n<p>Nous, \u00e0 ce moment-l\u00e0, d\u00e9signait \u00ab\u00a0La Furie collective\u00a0\u00bb, notre collectif f\u00e9ministe non-mixte femmes issues de la mouvance autonome et de la sc\u00e8ne squat, actives sous cette forme autour de l\u2019espace autog\u00e9r\u00e9 depuis 2008.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e, c\u2019\u00e9tait de se rencontrer et de parler ensemble, en non-mixit\u00e9, de ces violences sexistes que nous connaissons toutes. En effet, \u00e0 bien des reprises, notre groupe s\u2019est trouv\u00e9 \u00eatre le seul lieu o\u00f9 des copines venaient parler de \u00e7a, des violences dans leur couple, qu\u2019elles subissaient et dont elles ne savaient pas quoi faire, ni comment en sortir.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait vraiment temps pour nous de discuter de cette r\u00e9alit\u00e9 autrement qu\u2019en ambiance de confidence et de montrer le pav\u00e9 cach\u00e9 sous le tapis\u00a0! A quoi ressemblent-elles ces violences sexistes\u00a0?<\/p>\n<p>Il y a d\u2019une part ces remarques ordinaires, ces gestes banalis\u00e9s qui nous pourrissent la vie et qui s\u2019expriment surtout durant les soir\u00e9es. Un machisme gentiment \u00e9touffant, une agressivit\u00e9 latente qu\u2019on a du mal \u00e0 nommer mais que nous avons appris \u00e0 redouter\u00a0: une main au cul, des remarques insistantes, un pogo brutal, des coups de coude.<\/p>\n<p>Cette impression d\u00e9gueulasse de devoir lutter sans cesse pour avoir sa place, pour \u00eatre respect\u00e9es.<\/p>\n<p>Il y a cette violence-l\u00e0, d\u00e9guis\u00e9e en habits de f\u00eate (on se bourre la gueule, on rigole, on n\u2019est pas coinc\u00e9 du cul, nous\u2026 et tant pis pour les d\u00e9rapages), et il y a aussi une violence, plus cach\u00e9e encore, celle qui se d\u00e9cha\u00eene dans l\u2019intimit\u00e9, au sein des couples, dans les maisons par exemple.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais non, cette violence \u00ab\u00a0conjugale\u00a0\u00bb dont parlent les m\u00e9dias, y\u2019a pas de \u00e7a chez nous, parmi nous, on a d\u00e9pass\u00e9 \u00e7a, ces rapports de domination et ce patriarcat contre lequel nous avons tant lutt\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tu parles\u00a0!<\/p>\n<p>Comment parler de violence dans le milieu, quand on se conna\u00eet toutes et tous\u00a0? Comment dire\u00a0: mon copain m\u2019enferme, me bat, m\u2019insulte, oui mon copain, qui est aussi votre pote, avec qui vous militez depuis des ann\u00e9es, avec qui vous vivez parfois, dans la m\u00eame maison. Comment se d\u00e9fendre\u00a0? En allant chez les flics porter plainte\u00a0? Ces m\u00eames flics que l\u2019on tient \u00e9loign\u00e9s de nos lieux de vie avec acharnement et conviction\u2026 En n\u2019en parlant en r\u00e9union\u00a0? Devant tout le monde et devant ce gars, notre \u00ab\u00a0amoureux\u00a0\u00bb, qui est pr\u00e9sent\u00a0?<\/p>\n<p>Vivre et militer ensemble, cela cr\u00e9e des liens particuliers, il r\u00e8gne souvent une ambiance clanique, avec des codes et des principes tacites. Que faire des confidences, que faire quand on apprend telle ou telle sordide histoire\u00a0? Que faire en collectif\u00a0?<\/p>\n<p>Durant notre premi\u00e8re rencontre, nous avons parl\u00e9 de tout \u00e7a. Nous \u00e9tions une trentaine, de diff\u00e9rentes villes, avec diff\u00e9rents parcours, tr\u00e8s actives dans le milieu ou non, avec des \u00e2ges et des exp\u00e9riences vari\u00e9s. C\u2019\u00e9tait une belle soir\u00e9e, autour d\u2019une bonne bouffe, avec des moments plus marrants que d\u2019autres et, de mani\u00e8re unanime, l\u2019envie de faire quelque chose de tout \u00e7a. L\u2019envie que le sujet des violences sexistes dans nos milieux ne soit plus un sujet \u00e0 la limite du tabou, un sujet n\u00e9glig\u00e9, dont les femmes parlent en sourdine, comme si elles \u00e9taient, somme toute, les seules concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Plusieurs id\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 retenues\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"puce\" src=\"https:\/\/infokiosques.net\/squelettes-dist\/puce.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" \/>\u00a0R\u00e9aliser une brochure qui r\u00e9unirait des t\u00e9moignages anonymes autour des violences sexistes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"puce\" src=\"https:\/\/infokiosques.net\/squelettes-dist\/puce.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" \/>\u00a0Cr\u00e9er un \u00e9v\u00e9nement pour parler de ce sujet ensemble\u00a0: une expo qui puisse circuler dans d\u2019autres lieux, un d\u00e9bat, etc.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 cette premi\u00e8re r\u00e9union, d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es durant plusieurs mois. Un collectif non mixte femmes-trans* est n\u00e9, baptis\u00e9 \u00ab\u00a0Sous le tapis le pav\u00e9\u00a0\u00bb. Le projet a peu \u00e0 peu pris forme. De la trentaine de personnes int\u00e9ress\u00e9es, une petite dizaine a pris part activement \u00e0 la r\u00e9alisation du projet, avec des changements.<\/p>\n<p>Nous avons lanc\u00e9 un appel \u00e0 t\u00e9moignages et \u00e0 contributions artistiques, soit pour la brochure, soit pour l\u2019expo\u00a0: \u00ab\u00a0Tu as v\u00e9cu quelque chose dont tu voudrais parler, tu as envie d\u2019\u00e9crire sur l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une pote, tu veux nous faire part de ta rage, partager tes r\u00e9flexions\u00a0; ou tu dessines, tu fais de la vid\u00e9o, du th\u00e9\u00e2tre, de la BD, tu as quelque chose \u00e0 dire sur ce sujet&#8230;\u00a0\u00bb Pour que l\u2019anonymat soit strictement respect\u00e9, nous avons propos\u00e9 un envoi par courriel ou par poste.<\/p>\n<p>Pendant de longs mois, les t\u00e9moignages ne sont pas venus. On en parlait autour de nous, on y r\u00e9fl\u00e9chissait chacune de notre c\u00f4t\u00e9, mais on s\u2019est vite rendues compte qu\u2019\u00e9crire sur ces violences, c\u2019\u00e9tait vraiment difficile. \u00c7a remue des sales souvenirs, \u00e7a donne le cafard et la haine. Au-del\u00e0 de la peur d\u2019\u00eatre reconnue, est ressortie aussi celle de \u00ab\u00a0cafter\u00a0\u00bb. Alors on a prolong\u00e9 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de la r\u00e9alisation de notre projet, deux ou trois fois. Il s\u2019agissait de ne pas baisser les bras devant ces difficult\u00e9s, de ne pas d\u00e9moraliser quand on \u00e9tait trois aux r\u00e9unions.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, des contributions artistiques nous sont parvenues, dessins, perfos, projet de sculptures. Et puis quelques t\u00e9moignages, par courriel et par poste, qu\u2019on a re\u00e7us avec pas mal de joie et aussi, bien s\u00fbr, comme des coups dans le bide. Toucher au sujet des violences sexistes, ce n\u2019est jamais anodin. Certains t\u00e9moignages ont \u00e9t\u00e9 recueillis par l\u2019une ou l\u2019autre de notre petit groupe, avec enregistrement puis retranscription. C\u2019est parfois plus facile de parler \u00e0 quelqu\u2019une que de prendre la plume.<\/p>\n<p>Histoire de ne pas se laisser plomber le moral par la lourdeur du sujet et des histoires qui nous sont parvenues, nous avons r\u00e9alis\u00e9 ensemble un roman photo pour le projet de l\u2019expo, et un quiz qui traitait de la violence de mani\u00e8re plus l\u00e9g\u00e8re. Nous avons aussi organis\u00e9 un ap\u00e9ro (faut pas se laisser abattre\u00a0!) au cours duquel nous avons \u00e9chang\u00e9, librement, autour de ces questions, comme un \u00ab\u00a0t\u00e9moignage collectif\u00a0\u00bb qui figure aussi dans notre brochure.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plus d\u2019une ann\u00e9e de travail, nous avons enfin fix\u00e9 des dates et des \u00e9ch\u00e9ances. Nous avions r\u00e9colt\u00e9 des t\u00e9moignages, d\u00e9cid\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements qui accompagneraient cette brochure, et re\u00e7u des projets artistiques pour notre exposition.<\/p>\n<p><i>Ce que vous tenez entre les mains est le r\u00e9sultat de tout \u00e7a. <\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">AVERTISSEMENT AUX LECTEURS ET LECTRICES<\/h3>\n<h3 class=\"spip\">Notre but n\u2019est pas de faire de grandes th\u00e9ories et l\u2019on a plut\u00f4t l\u2019habitude de parler exp\u00e9riences et terrain. Cependant, il nous a sembl\u00e9 important de pr\u00e9ciser ici notre positionnement, \u00e0 l\u2019aide de quelques notions.<\/h3>\n<h3 class=\"spip\">La violence, un acte de contr\u00f4le<\/h3>\n<p><strong>Avant toute chose, il est important pour nous de dire ici clairement et sans failles que nous consid\u00e9rons les violences envers les femmes comme r\u00e9sultant de la hi\u00e9rarchie qui pr\u00e9domine dans les rapports sociaux de genre qui sont construit. Il s\u2019agit pour nous d\u2019actes de contr\u00f4le r\u00e9currents sur les femmes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soci\u00e9t\u00e9s sexistes. <\/strong><\/p>\n<h3 class=\"spip\">La hi\u00e9rarchie des genres, c\u2019est quoi\u00a0?<\/h3>\n<p><strong>Pour r\u00e9sumer, nous vivons dans des soci\u00e9t\u00e9s b\u00e2ties sur deux genres diff\u00e9rents, celui dit \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb et celui dit \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb. Cette construction binaire se fonde sur le sexe biologique (en niant qu\u2019il existe d\u2019autres sexes biologiques possibles d\u2019ailleurs\u2026). A partir de l\u00e0, tout un panel de codes de comportement est assign\u00e9 \u00e0 l\u2019un ou l\u2019autre genre. Si tu appartiens au genre femme, tu seras \u00e0 l\u2019\u00e9coute des autres, tu seras douce et tu aimeras que ta maison soit propre. Si tu appartiens \u00e0 l\u2019autre genre, tu parleras peu de tes \u00e9motions, tu seras courageux et entreprenant (couillu quoi\u00a0!) et tu pourras sans complexe exposer tes poils. \u00c7a s\u2019appelle la socialisation diff\u00e9renci\u00e9e.<\/strong> <strong> Dans cette configuration, ces deux genres ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9gaux. En fait la norme, l\u2019unit\u00e9 primaire, c\u2019est le genre masculin. Le genre f\u00e9minin est clairement inf\u00e9rieur au genre masculin. Il nous para\u00eet inutile de d\u00e9crire ici la somme incalculable d\u2019exemples qui montrent ce qu\u2019est la domination masculine. Elle transpara\u00eetra bien assez dans la suite de cette brochure. <\/strong><\/p>\n<h3 class=\"spip\">Pourquoi on utilise les termes \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb dans cette brochure\u00a0?<\/h3>\n<p><strong>Dans nos textes, on s\u2019exprime souvent en utilisant les mots\u00a0: \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas pour d\u00e9fendre ce dualisme de genre, mais parce que la construction sociale des r\u00f4les est organis\u00e9e par rapport \u00e0 ces deux cat\u00e9gories nettes. On simplifie en utilisant ces termes, en r\u00e9alit\u00e9 on parle de personnes socialis\u00e9es sur la base du sexe \u00e0 la naissance. Dans une optique f\u00e9ministe de d\u00e9construction des genres, on parle donc d\u2019hommes et de femmes pour mieux reconna\u00eetre, souligner et combattre la domination actuelle du r\u00f4le \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb sur le r\u00f4le \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb. <\/strong><\/p>\n<h3 class=\"spip\">La r\u00e9sistance \u00e0 la domination masculine<\/h3>\n<p><strong> Quand une femme r\u00e9siste \u00e0 la domination masculine, que ce soit dans son couple ou de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, il existe un dispositif pour r\u00e9primer cette r\u00e9sistance, pour \u00ab\u00a0remettre les femmes \u00e0 leur place\u00a0\u00bb\u00a0: la violence sexiste. Ce que certaines f\u00e9ministes appellent la \u00ab\u00a0police du genre\u00a0\u00bb. Les dominants n\u2019aiment pas trop que les domin\u00e9es s\u2019\u00e9mancipent. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans cette perspective, on peut dire que lorsque les femmes subissent la violence, elles sont victimes de violences, mais elles r\u00e9sistent aussi \u00e0 ces violences. Sinon, et au vu de la fr\u00e9quence de ces violences, il n\u2019y aurait plus beaucoup de femmes tout simplement.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Elles r\u00e9sistent chaque jour, en tout lieu, dans la rue et dans leur maison. Et ce malgr\u00e9 le fait que parfois cette r\u00e9sistance ne suffise pas, lorsque la violence continue et devient trop syst\u00e9matique pour y survivre. On parle toujours de femmes victimes. Parlons de femmes r\u00e9sistantes. <\/strong><\/p>\n<h3 class=\"spip\">Sexiste\u00a0: une affaire priv\u00e9e et personnelle, un probl\u00e8me pas d\u2019chez nous\u00a0?<\/h3>\n<p><strong>Non, la violence sexiste n\u2019appartient pas \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e et n\u2019est pas un probl\u00e8me individuel ou personnel. De plus en plus souvent, on entend parler des violences envers les femmes avec des explications psychologisantes. Le m\u00e2le violent est malade, d\u00e9linquant, d\u00e9viant, alcoolique, comme si tout \u00e9tait pathologie et probl\u00e8mes interpersonnels. Non, ce n\u2019est pas un probl\u00e8me qui concerne \u00ab\u00a0le couple et \u00e7a ne nous regarde pas\u00a0\u00bb. On pr\u00e9tend aussi tr\u00e8s souvent que ces violences sont le sympt\u00f4me d\u2019un archa\u00efsme de soci\u00e9t\u00e9s et de cultures non occidentales. On dira\u00a0: \u00ab\u00a0ouf, ce genre de violences, nous, on a d\u00e9pass\u00e9 \u00e7a depuis longtemps, ici en Occident\u00a0!\u00a0\u00bb. Quoi de mieux en effet que de m\u00e9langer sexisme et racisme.<\/strong> <strong> Ces explications ne valent rien. Elles servent d\u2019excuse pour ne pas se poser de questions et mettre la violence sur le dos de l\u2019amour, de la passion, ou m\u00eame de l\u2019honneur et de la tradition.<\/strong> <strong> Il faut sortir de ce discours qui cantonne la violence sexiste \u00e0 la vie priv\u00e9e et aux relations interpersonnelles. Il s\u2019agit ici de d\u00e9noncer la violence masculine comme un m\u00e9canisme de contr\u00f4le social. Il s\u2019agit de tout faire p\u00e9ter. <\/strong><\/p>\n<h3 class=\"spip\">La violence est sexu\u00e9e<\/h3>\n<p><strong>Pour rassurer nos amis mecs qui, \u00e0 ce moment l\u00e0 du texte, se crispent un peu, et nos amies meufs qui se disent\u00a0: \u00ab\u00a0comme elles exag\u00e8rent ces f\u00e9ministes\u00a0\u00bb, nous voulons apporter quelques pr\u00e9cisions. Affirmer que la violence envers les femmes n\u2019est pas neutre, qu\u2019elle s\u2019inscrit dans une logique de genre, ne veut \u00e9videmment pas dire que les hommes sont tous des bourreaux et les femmes toutes des victimes\u00a0; la violence n\u2019est pas le monopole d\u2019un sexe. Par contre, elle est sexu\u00e9e\u00a0: elle s\u2019appuie sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des genres, tout en la renfor\u00e7ant. Et faut pas d\u00e9conner, toutes les statistiques d\u00e9montrent que, dans 90% des situations, ce sont les femmes qui prennent des coups de leur conjoint, et non l\u2019inverse. En Suisse, plus d\u2019une femme sur cinq est violent\u00e9e dans sa vie par son conjoint. C\u2019est pas juste un chiffre, \u00e7a veut dire que si tu tournes la t\u00eate, si tu regardes tes potes \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb, il y en a au moins une autour de toi qui a v\u00e9cu cela.<\/strong> <strong> Autre chiffre\u00a0: chez les femmes de 16 \u00e0 44 ans, la violence domestique est la principale cause de d\u00e9c\u00e8s et d\u2019invalidit\u00e9, avant le cancer et les accidents de la route.\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Bureau cantonal de l\u2019\u00e9galit\u00e9, Vaud, Suisse, chiffres 2006-2011.\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=989#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>]<\/strong><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">Merci \u00e0 toutes celles qui ont eu le COURAGE &#8211; parce que c\u2019est bien de cela dont on parle &#8211; d\u2019avoir t\u00e9moign\u00e9 ici.<\/h3>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">Sa bite<\/h3>\n<p>La voiture s\u2019arr\u00eate \u00e0 mon pouce lev\u00e9, je monte.<\/p>\n<p>Avec le mec on parle.<\/p>\n<p>Je le sens pas. Il touche son jeans. J\u2019ai pas envie de regarder. Je v\u00e9rifie\u00a0: il a sorti sa bite.<\/p>\n<p>Assise \u00e0 la table d\u2019une cuisine dans un squat, j\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>Avec le mec on ne parle pas.<\/p>\n<p>Je le sens pas. Il touche son jeans. J\u2019ai pas envie de regarder. Je v\u00e9rifie\u00a0: il a sorti sa bite.<\/p>\n<p><i>2010-2011<\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">Cicatrices dans la peau et dans l\u2019\u00e2me<\/h3>\n<p>J\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir tellement ressass\u00e9 mon exp\u00e9rience\u2026 de mille mani\u00e8res diff\u00e9rentes\u2026. mais \u00e0 chaque fois j\u2019en d\u00e9couvre une nouvelle facette.<\/p>\n<p>Une chose importante pour moi, que j\u2019aimerais partager ici, est qu\u2019\u00e0 chaque fois que j\u2019ai parl\u00e9 de mon exp\u00e9rience \u00e0 mes proches, j\u2019ai trouv\u00e9 une \u00e9coute bienveillante. J\u2019appr\u00e9cie de pouvoir parler de ces choses difficiles sans \u00eatre jug\u00e9e sur ce que j\u2019ai pu vivre.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019autant plus important pour moi parce que je me suis souvent frott\u00e9e et confront\u00e9e aux jugements, aux conceptions fig\u00e9es de personne qui tiennent des discours stigmatisants sur les femmes et la violence\u00a0: \u00ab\u00a0Si tu vis \u00e7a c\u2019est que t\u2019es comme \u00e7a, c\u2019est que tu le veux bien, que tu le cherches, peut-\u00eatre m\u00eame que tu aimes \u00e7a, en tout cas, tu le m\u00e9rites\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Des phrases \u00ab\u00a0bateau\u00a0\u00bb et stupides que tu entends tout le temps quand les gens \u00e9voquent ce sujet sans le conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Je les ai entendues tellement de fois, mais sans qu\u2019elles me soient adress\u00e9es directement. Tu croises quelqu\u2019un qui dit\u00a0: \u00ab\u00a0les femmes qui sont frapp\u00e9es sont comme ci ou comme \u00e7a\u00a0\u00bb. D\u2019entendre ces mots me rend folle. Ce sont des st\u00e9r\u00e9otypes, des \u00e9tiquettes que je n\u2019arrive pas \u00e0 accepter car tu n\u2019exp\u00e9rimentes jamais la violence par hasard et surtout jamais seule\u00a0! Il y plein de choses qui font que tu te retrouves dans une telle situation. Ce n\u2019est pas li\u00e9 \u00e0 une donn\u00e9e g\u00e9n\u00e9tique avec laquelle tu nais\u00a0! Les femmes ne vivent pas cela parce qu\u2019elles aiment \u00eatre violent\u00e9es&#8230;<\/p>\n<p>Selon moi, la violence physique n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg. Les coups n\u2019en sont que la pointe visible. Mais il y a tout ce qui se cache derri\u00e8re. Il y a de multiples facettes \u00e0 la violence. Chacune d\u2019entre nous a exp\u00e9riment\u00e9 ces types de violence. Qui n\u2019a jamais v\u00e9cu quoi que ce soit de violent de la part d\u2019un homme\u00a0? Quelle que soit sa forme, psychologique ou n\u2019importe quoi d\u2019autre\u00a0? C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne tr\u00e8s insidieux et omnipr\u00e9sent. J\u2019ai des amies, qui aujourd\u2019hui, me disent\u00a0: \u00ab\u00a0je commence \u00e0 te comprendre parce que j\u2019ai rencontr\u00e9 un homme avec qui je me suis retrouv\u00e9e dans une position de soumission sans m\u2019en rendre compte et extr\u00eamement rapidement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je pense que dans mon histoire personnelle, ce qui a \u00e9t\u00e9 particulier, est que, petite, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9e de mani\u00e8re tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re \u00e0 la \u00ab\u00a0old school\u00a0\u00bb. Du coup, je me suis confront\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 enfant, d\u2019une certaine mani\u00e8re, \u00e0 une forme de violence. Dans mon histoire de petite fille, je connaissais les r\u00e9actions de certains hommes qui m\u2019entouraient. Ce n\u2019\u00e9tait pas une violence aussi forte. Mais je me suis, tout de m\u00eame, trouv\u00e9e confront\u00e9e \u00e0 cela tr\u00e8s jeune. L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment particulier dans mon v\u00e9cu est que je vivais dans un milieu peu enveloppant, tendre ou c\u00e2lin.<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai fait la rencontre de cet homme \u00e7a a \u00e9t\u00e9 fort tr\u00e8s vite, une esp\u00e8ce de coup de foudre. Je ne pensais pas que cela existait, mais cela a \u00e9t\u00e9 quelque chose de \u00ab\u00a0chimique\u00a0\u00bb, extr\u00eamement fort d\u00e8s le d\u00e9part. Je recherchais vraiment, \u00e0 travers cette relation, tout cet enveloppement, cette douceur, ce contact physique dont j\u2019avais manqu\u00e9 petite. Cela a \u00e9t\u00e9 rapidement une relation passionnelle. Je ne me suis pas rendue compte tout de suite que cet homme arrivait dans ma vie avec des blessures li\u00e9es \u00e0 ses histoires d\u2019amour d\u2019avant. Je ne connaissais que tr\u00e8s peu les relations homme-femme. C\u2019\u00e9tait ma deuxi\u00e8me histoire d\u2019amour. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je m\u2019impliquais vraiment.<\/p>\n<p>Rapidement, il a commenc\u00e9 \u00e0 avoir un rapport tr\u00e8s particulier avec moi. Par exemple, il me demandait, au d\u00e9tour d\u2019une conversation, que je fasse la liste de tous mes d\u00e9fauts, des choses qui pouvaient \u00eatre d\u00e9rangeantes chez moi. Comme j\u2019avais 15 ans et demi, je n\u2019avais ni de r\u00e9flexion et de regard sur qui j\u2019\u00e9tais ni sur mes potentielles difficult\u00e9s. J\u2019ai, du coup, invent\u00e9 un tas de trucs, des phrases clich\u00e9s que j\u2019avais entendues\u00a0: pr\u00e9tendant que cet aspect ou tel autre pourrait peut-\u00eatre bien faire partie de moi&#8230; En fait, je n\u2019ai pas r\u00e9alis\u00e9 de quoi il s\u2019agissait vraiment. Lui, savait tr\u00e8s bien pourquoi il faisait cela et \u00e0 quoi cela lui servirait par la suite. Il a progressivement utilis\u00e9 tout ce que j\u2019avais dit contre moi. Il mettait le doigt sur ces pseudos d\u00e9fauts chaque fois que je me trouvais dans une situation qu\u2019il jugeait r\u00e9v\u00e9latrice. Il me disait\u00a0: \u00ab\u00a0et bien, tu vois, l\u00e0 t\u2019es comme \u00e7a, tu vois, l\u00e0, t\u2019as ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, et puis l\u00e0, \u00e7a se voit, et l\u00e0 aussi \u00e7a se voit\u00a0\u00bb. Il a utilis\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9titive ces phrases et pour finir, j\u2019ai vraiment eu le sentiment que j\u2019\u00e9tais celle qui portait ces tares et \u00e0 qui appartenaient tous ces d\u00e9fauts. Je n\u2019ai pas pris conscience de ce processus sournois parce que j\u2019avais l\u2019id\u00e9e na\u00efve qu\u2019il m\u2019aimait et qu\u2019il agissait correctement envers moi. Je n\u2019ai pas compris l\u2019engrenage dans lequel je me trouvais. A c\u00f4t\u00e9 de cela, il avait un v\u00e9cu assez douloureux. Il ne se sentait pas bien dans sa peau ni dans son boulot. Moi, j\u2019\u00e9tais un peu \u00e0 l\u2019inverse. J\u2019\u00e9tais quelqu\u2019un de joyeuse et j\u2019aimais bien ce que je faisais dans la vie. J\u2019\u00e9tais donc un peu comme son miroir inverse. Cela devait certainement \u00eatre difficile pour lui de se retrouver face \u00e0 quelqu\u2019un comme moi pour ces raisons.<\/p>\n<p>Progressivement, il a commenc\u00e9, \u00e0 travers son discours, \u00e0 me casser l\u00e0 o\u00f9 il pouvait. Il rapportait les choses sur moi uniquement lorsqu\u2019on se retrouvait seuls les deux. A l\u2019ext\u00e9rieur, il donnait l\u2019apparence du mec hyper cool et sympa qui fume des joints, qui est trop \u00ab\u00a0peace\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Donc, c\u2019\u00e9tait extr\u00eamement compliqu\u00e9 pour moi de comprendre ce changement radical d\u2019attitude entre le huit-clos et ce qui se passait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9routant parce que je sentais que quelque chose ne collait pas. Mais, en m\u00eame temps, je ne trouvais pas de soutien \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pour dire que cela n\u2019allait pas. Il a aussi, insidieusement, fait en sorte de me couper de mes relations. Il venait me chercher \u00e0 l\u2019\u00e9cole tous les jours. En \u00e9tant toujours l\u00e0, je ne rencontrais pas d\u2019autres personnes. Chaque fois que je sortais du gymnase, il \u00e9tait l\u00e0 \u00e0 la sortie. Il \u00e9tait l\u00e0 le matin, \u00e0 midi et en fin de journ\u00e9e. Il s\u2019arrangeait pour m\u2019amener et pour venir me chercher. Je me suis finalement retrouv\u00e9e dans une situation o\u00f9 j\u2019\u00e9tais coup\u00e9e des gens et o\u00f9 je ne me retrouvais plus qu\u2019enferm\u00e9e dans cette unique relation.<\/p>\n<p>Un jour, pendant les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 aider un ami qui pr\u00e9parait son sac de voyage. Il n\u2019a clairement pas support\u00e9 que j\u2019aie pu faire cela sans lui. Ce jour-l\u00e0, il m\u2019a envoy\u00e9 une \u00e9norme claque. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement choqu\u00e9e de cette situation \u00e0 laquelle je ne m\u2019attendais pas. J\u2019\u00e9tais vraiment mal parce que je ne comprenais pas le d\u00e9clencheur. Et en m\u00eame temps, cela me rappelait des choses que j\u2019avais v\u00e9cues petite. J\u2019ai donc assez vite consid\u00e9r\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement comme \u00e9tant de ma faute, me disant que j\u2019avais d\u00fb faire quelque chose qui ne lui avait pas convenu. En face, il me promettait que cela ne se repasserait plus. Il semblait s\u2019en vouloir. La premi\u00e8re fois, j\u2019ai pass\u00e9 dessus en pensant que ce n\u2019\u00e9tait pas grave. J\u2019ai essay\u00e9 de minimiser en me convainquant qu\u2019il devait certainement y avoir des raisons \u00e0 son agissement. J\u2019ai tout de m\u00eame essay\u00e9, \u00e0 partir de cet \u00e9v\u00e9nement, de mettre un peu de distance entre nous. J\u2019avais peur. Cela a eu pour effet que le processus s\u2019est rapidement amplifi\u00e9 et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Il a davantage cherch\u00e9 \u00e0 me clo\u00eetrer dans notre relation. Dans cette esp\u00e8ce d\u2019enfermement, il arrivait tous les jours des \u00e9v\u00e9nements qu\u2019il pr\u00e9tendait \u00eatre de ma faute\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est toi qui agis comme \u00e7a, c\u2019est toi qui fais ci, c\u2019est toi qui fais \u00e7a\u2026\u00a0\u00bb Au bout d\u2019un moment, j\u2019ai sombr\u00e9 dans une grosse d\u00e9prime\u00a0; enfin, dans une situation o\u00f9 je n\u2019arrivais plus \u00e0 activer mes ressources et o\u00f9 je me sentais compl\u00e8tement d\u00e9munie. Je me coupais aussi moi-m\u00eame de mes relations au gymnase parce que je voyais bien que je n\u2019\u00e9tais pas&#8230; que je n\u2019\u00e9tais plus comme les autres. Je me sentais moins bien que les autres femmes. Je les regardais toutes en me disant qu\u2019elles ne vivaient pas la m\u00eame chose que moi et que pour cette raison, elles devaient \u00eatre mieux que moi. J\u2019en suis arriv\u00e9e \u00e0 vraiment me rabaisser et c\u2019\u00e9tait extr\u00eamement compliqu\u00e9 d\u2019\u00eatre en interaction avec les autres.<\/p>\n<p>Mes parents ont vu que \u00e7a n\u2019allait pas. Ils ont observ\u00e9 que j\u2019avais parfois des marques. C\u2019\u00e9tait des bleus. Ils n\u2019arrivaient pas \u00e0 savoir d\u2019o\u00f9 cela venait mais ils avaient des soup\u00e7ons. Moi, je maquillais tout. Mes s\u0153urs m\u2019aidaient \u00e0 couvrir et camoufler les bleus, le matin avant de partir au gymnase. Elles \u00e9taient plus petites que moi. C\u2019\u00e9tait pour elles une situation tr\u00e8s compliqu\u00e9e. J\u2019avais aussi deux, trois camarades de cours qui me regardaient bizarrement. Quand on me posait la question de la raison des bleus, je racontais de fausses histoires, des mensonges, comme quoi j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9e de cheval ou dans l\u2019escalier. J\u2019inventais vraiment plein de choses comme \u00e7a.<\/p>\n<p>Je me souviens d\u2019un \u00e9pisode, je crois que c\u2019est un des pires. J\u2019avais pass\u00e9 le week-end avec cet homme \u00e0 la maison. Je ne me rappelle pas bien des d\u00e9clencheurs. Il me semble que pour lui, cela \u00e9tait d\u00fb au fait que j\u2019avais chant\u00e9 lors d\u2019une soir\u00e9e avec un ami qui jouait de la guitare. Cela l\u2019avait rendu fou parce que j\u2019avais soit disant dragu\u00e9 cet ami. Enfin, il se servait de raisons compl\u00e8tement bizarres et inexistantes pour justifier sa col\u00e8re et ses coups. Je me demandais si cela \u00e9tait un v\u00e9ritable manque de respect de juste regarder quelqu\u2019un et de le trouver chouette\u00a0? Je n\u2019arrivais plus \u00e0 avoir une notion claire de ce qui \u00e9tait \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb ou non. Je doutais en permanence. Je ne me faisais plus confiance du tout. Je n\u2019\u00e9tais plus capable de savoir et de distinguer, apr\u00e8s ce nettoyage de cerveau, si j\u2019\u00e9tais en effet une personne aussi abominable qu\u2019il la d\u00e9crivait ou si c\u2019\u00e9tait lui qui \u00e9tait totalement fou. J\u2019\u00e9tais tellement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce cercle vicieux que je n\u2019avais plus la distance n\u00e9cessaire pour penser. J\u2019\u00e9tais perdue.<\/p>\n<p>Je me souviens de ce soir-l\u00e0. Il m\u2019a jet\u00e9e au sol et il m\u2019a rou\u00e9e de coups. Il m\u2019a envoy\u00e9 des coups de pieds dans le dos, des coups de poings r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sur le corps et dans le nez. Je saignais beaucoup. Il y en avait plein le tapis. Ses parents sont arriv\u00e9s \u00e0 la maison. Ils ont vu l\u2019\u00e9tat du tapis. Cela s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 dans leur salon. Ils ont alors commenc\u00e9 \u00e0 me hurler contre en me disant que j\u2019\u00e9tais qu\u2019une \u00ab\u00a0esp\u00e8ce de merde qui faisait souffrir leur fils\u00a0\u00bb. Je n\u2019avais plus aucun rep\u00e8re stable. Cet homme, plus deux adultes, qui \u00e9taient quand m\u00eame sens\u00e9s \u00eatre des gens responsables, me disaient que tout \u00e9tait de ma faute. De m\u00eame, \u00e0 chaque fois que j\u2019\u00e9tais mal ou triste, ses parents me disaient qu\u2019il fallait que je cesse d\u2019\u00eatre dans cet \u00e9tat car, selon eux, je faisais expr\u00e8s d\u2019\u00eatre ainsi pour le lui faire payer. Je me suis donc retrouv\u00e9e dans une confusion totale o\u00f9 je n\u2019arrivais plus du tout \u00e0 savoir ce qui \u00e9tait normal ou pas. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s malsain et terriblement bizarre.<\/p>\n<p>Les violences se sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et ont augment\u00e9 au fil des mois. Elles ont aussi eu lieu, par la suite, chez moi. Je n\u2019\u00e9tais plus en s\u00e9curit\u00e9 nulle part. Un matin, un dimanche, je me r\u00e9veillais dans ma chambre. Il y avait mon p\u00e8re dans le bureau juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Cet homme se r\u00e9veille aussi et tout d\u2019un coup, je ne sais pas pourquoi, il me met la t\u00eate sous un coussin et essaie de m\u2019\u00e9touffer avec. Il ne s\u2019\u00e9tait rien pass\u00e9. C\u2019\u00e9tait un r\u00e9veil matinal tranquille o\u00f9 rien ne s\u2019\u00e9tait pass\u00e9.<\/p>\n<p>Il faisait des trucs bizarres pour des raisons inconnues. Je ne sais pas comment dire. Je n\u2019arrivais jamais \u00e0 pr\u00e9voir les moments o\u00f9 \u00e7a allait se passer et je me sentais en danger constamment. J\u2019essayais de faire en sorte de dormir uniquement chez moi et toute seule. Je ne voulais plus me retrouver dans des situations de violence destructrices d\u2019o\u00f9 je n\u2019arrivais plus \u00e0 me sortir. En parall\u00e8le, j\u2019avais moi-m\u00eame tr\u00e8s envie de mourir car ma vie n\u2019avait plus de sens. J\u2019ai, par d\u00e9sespoir, demand\u00e9 de l\u2019aide \u00e0 une psychologue qui ne m\u2019a pas du tout aid\u00e9e. Ce que je lui disais, lors des s\u00e9ances, a juste \u00e9t\u00e9 not\u00e9 mais je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 mise hors de danger et prot\u00e9g\u00e9e suite \u00e0 mon t\u00e9moignage. J\u2019ai appris, dix ans plus tard, qu\u2019il y avait eu non-assistance \u00e0 mineure en danger. Il y a eu \u00e9norm\u00e9ment de moments o\u00f9 je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 soutenue et o\u00f9 je n\u2019ai pas trouv\u00e9 ni l\u2019aide ni l\u2019\u00e9coute qui m\u2019auraient \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Et puis tout cela a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s insidieux. Cela a touch\u00e9 profond\u00e9ment ma sexualit\u00e9. Enfin, cela a d\u00e9truit des choses \u00e0 plein de niveaux. J\u2019en garde de nombreuses cicatrices.<\/p>\n<p>Mes parents ont vu que je n\u2019allais pas bien. Mais en m\u00eame temps, cela devait \u00eatre tellement douloureux pour eux d\u2019imaginer cette possibilit\u00e9 qu\u2019ils ne se sont m\u00eame pas autoris\u00e9s \u00e0 le penser. C\u2019\u00e9tait juste inconcevable et inacceptable. S\u2019il avait su cela, mon p\u00e8re s\u2019en serait certainement m\u00e9chamment pris \u00e0 lui. Mes parents savaient qu\u2019il y avait quelque chose qui ne jouait pas mais ils n\u2019ont pas pens\u00e9 que cela allait aussi loin.<\/p>\n<p>Mes s\u0153urs avaient qu\u2019une seule envie c\u2019\u00e9tait que je le quitte. Mais moi, je n\u2019y arrivais pas parce que j\u2019\u00e9tais tellement prise dans cette esp\u00e8ce d\u2019engrenage que je n\u2019\u00e9tais plus capable, \u00e0 ce moment-l\u00e0, de trouver la force de m\u2019en sortir et de voir ce qui se passait. Ce n\u2019est que lorsque je suis partie \u00e0 17 ans et demi en Angleterre que j\u2019ai eu enfin le d\u00e9clic. J\u2019ai v\u00e9cu trois mois o\u00f9 je sortais, je faisais un peu la folle, je faisais plein de choses que j\u2019aimais. Il y a eu mon anniversaire. Des amis m\u2019ont envoy\u00e9 une vid\u00e9o qu\u2019ils avaient pr\u00e9par\u00e9e pour ma f\u00eate. C\u2019\u00e9tait un t\u00e9moignage de leur amiti\u00e9. Cet homme apprenant par t\u00e9l\u00e9phone qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 inclus dans le film, m\u2019a insult\u00e9e tr\u00e8s m\u00e9chamment. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que quelque chose ne collait pas. Je me trouvais \u00e0 400 km et des amis me faisaient une surprise. Ce n\u2019\u00e9tait pas de ma faute s\u2019ils ne l\u2019avaient pas invit\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 celle-ci. Je n\u2019y \u00e9tais pour rien. J\u2019ai alors commenc\u00e9 \u00e0 vraiment r\u00e9aliser qu\u2019il y avait quelque chose qui ne collait pas du tout chez lui. J\u2019ai compris qu\u2019il p\u00e9tait les plombs pour des raisons qui n\u2019avaient rien \u00e0 voir avec moi. Je me suis alors promis \u00e0 moi-m\u00eame que si, en rentrant, il m\u2019adressait encore un mot de travers, je mettais fin \u00e0 cette relation. Je n\u2019ai pas eu \u00e0 attendre longtemps pour le faire. Je me suis retrouv\u00e9e, peu apr\u00e8s mon arriv\u00e9e en Suisse, \u00e0 nouveau dans une situation de grosse violence. J\u2019avais enfin r\u00e9ussi \u00e0 prendre de la distance. Mais il avait fallu pour cela que je parte loin physiquement pour que je puisse me dire que c\u2019\u00e9tait dans sa t\u00eate que cela d\u00e9bloquait et non chez moi\u00a0!<\/p>\n<p>Ce qui a \u00e9t\u00e9 dur apr\u00e8s la rupture est que, malgr\u00e9 le fait que je l\u2019avais \u00e9loign\u00e9, il \u00e9tait tous les soirs dans mon jardin, tous les jours sur un arbre \u00e0 observer et \u00e9pier ce que je faisais, avec qui j\u2019\u00e9tais. Il me suivait partout, il m\u2019espionnait. Il suivait inlassablement tous mes d\u00e9placements. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s pesant et inqui\u00e9tant, cette sensation de savoir qu\u2019il y avait toujours quelqu\u2019un derri\u00e8re moi quelque part. Cela a dur\u00e9 en tout cas une ann\u00e9e. Mon p\u00e8re le retrouvait dans le jardin. Il avait beau lui dire qu\u2019il fallait qu\u2019il parte, il continuait \u00e0 \u00eatre l\u00e0. C\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode o\u00f9 j\u2019\u00e9tais toujours sur le qui-vive. Je me disais, je rentre \u00e0 la maison, je ne sais pas ce qui va se passer, je ne sais pas si je vais le rencontrer l\u00e0 ou ailleurs. Enfin, je n\u2019\u00e9tais vraiment pas bien du tout.<\/p>\n<p>Un jour, il est mort dans un accident. Cela a \u00e9t\u00e9 terrible, mais je l\u2019ai v\u00e9cu comme le soulagement de ma vie. Je savais que c\u2019\u00e9tait fini, que c\u2019\u00e9tait termin\u00e9. Heureusement pour moi, juste avant de mourir, il avait jet\u00e9 son d\u00e9volu sur une autre femme. J\u2019\u00e9tais soulag\u00e9e parce que c\u2019\u00e9tait comme s\u2019il avait coup\u00e9 sa relation avec moi avant de partir. Mais, apr\u00e8s sa mort, la violence s\u2019est perp\u00e9tr\u00e9e au travers de son compagnon de voyage. Celui-ci est revenu \u00e0 la charge \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une soir\u00e9e en hommage au d\u00e9funt. Il m\u2019a dit que s\u2019il \u00e9tait mort c\u2019\u00e9tait \u00e0 cause de moi. Il a ajout\u00e9 que s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 sa place, il m\u2019aurait tap\u00e9e davantage et qu\u2019il m\u2019aurait bris\u00e9e. Il a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 plusieurs fois, que j\u2019avais de la chance que ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 lui que j\u2019avais eu \u00e0 faire. J\u2019avais alors l\u2019impression de m\u2019\u00eatre sortie de toute cette histoire. J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 ses phrases en me disant que cela ne me faisait rien et que cela ne pouvait plus me toucher. Mais j\u2019ai, ensuite, sombr\u00e9 dans une grosse d\u00e9pression. Je r\u00e9alisais que m\u00eame mort, il continuait encore \u00e0 d\u00e9truire ma vie.<\/p>\n<p>J\u2019ai gard\u00e9 plein de cicatrices. Des ann\u00e9es plus tard, je me trouvais sur un lit, \u00e0 plat ventre, apr\u00e8s un massage. Je sentais sa pr\u00e9sence, j\u2019\u00e9tais s\u00fbre qu\u2019il allait me sauter dessus et me faire du mal. J\u2019\u00e9tais tout le temps en tension dans mon corps. Ce n\u2019est toujours pas facile aujourd\u2019hui. Il y a des fois o\u00f9 mon corps tout d\u2019un coup me donne une douleur quelque part et l\u00e0, je r\u00e9alise que c\u2019est en lien avec une ancienne douleur. C\u2019est tr\u00e8s difficile \u00e0 g\u00e9rer. La m\u00e9moire d\u2019une tension refait surface et je ne peux pas la contr\u00f4ler. Elle est l\u00e0.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s, je pense que j\u2019ai, dans ma relation avec les hommes, pass\u00e9 \u00e0 autre chose. En tout cas, je n\u2019ai plus jamais rev\u00e9cu de violence de ce genre dans mes relations suivantes. Cela m\u2019a rassur\u00e9e car on entend tr\u00e8s souvent dire que c\u2019est une esp\u00e8ce de sch\u00e9ma dans lequel tu restes toute la vie.<\/p>\n<p>Par contre, j\u2019ai pass\u00e9 par de longues phases o\u00f9 il ne fallait juste pas qu\u2019un homme me parle, qu\u2019il me touche, qu\u2019il m\u2019approche\u2026 Je les ai tous envoy\u00e9s balader pendant des ann\u00e9es. Je pense qu\u2019aujourd\u2019hui j\u2019ai r\u00e9gl\u00e9 une part de cette histoire mais je suis encore tr\u00e8s sensible \u00e0 la col\u00e8re chez l\u2019homme. Je me mets dans une position d\u00e9fensive lorsque des hommes sont sur la tangente. Je ne veux plus accepter qu\u2019un homme me manque de respect ou m\u2019insulte. J\u2019ai fait un cours d\u2019auto-d\u00e9fense, il y a quelques ann\u00e9es. C\u2019\u00e9tait une forme de d\u00e9livrance pour moi parce que, dans ce cadre-l\u00e0, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 me remettre dans toutes les situations dans lesquelles j\u2019avais \u00e9t\u00e9 coinc\u00e9e par le corps de cet homme. Celle qui donnait le cours m\u2019a montr\u00e9 comment, \u00e0 chaque fois, j\u2019aurais pu me sortir d\u2019une prise et de quelle mani\u00e8re j\u2019aurais pu renverser la situation pour ne plus \u00eatre sous lui ou coinc\u00e9e contre un mur. Dans ces moments, j\u2019avais vraiment l\u2019impression que je n\u2019avais aucune force et aucun moyen de m\u2019en sortir. A travers ce cours, j\u2019ai pu d\u00e9couvrir par mon corps le contraire. J\u2019aurais pu me lib\u00e9rer de toutes ces situations. Cela m\u2019a fait beaucoup de bien. Je me rends compte qu\u2019aujourd\u2019hui j\u2019ai en main des ressources qui font que je ne me retrouverai plus jamais dans ces situations physiques-l\u00e0.<\/p>\n<p>Sur le moment, il y avait deux-trois personnes qui se posaient des questions mais j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s \u00e0 distance. J\u2019avais en fait pas mal de probl\u00e8mes physiques, j\u2019ai pass\u00e9 par une phase d\u2019anorexie. Je n\u2019avais qu\u2019une envie\u00a0: dispara\u00eetre pour qu\u2019il ne me voie plus. Cesser enfin d\u2019exister et de souffrir. Du coup, je n\u2019avais plus de force physique. Il y avait tout plein de moments o\u00f9 je ne participais pas aux activit\u00e9s extrascolaires ou tout ce qui ressemblait \u00e0 une le\u00e7on de gym. J\u2019\u00e9tais trop faible. Chaque fois que je lan\u00e7ais une balle, j\u2019avais des palpitations cardiaques. Je me faisais envoyer directement chez l\u2019infirmi\u00e8re qui elle me soulageait en me proposant de me coucher. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s coup\u00e9e de mes ami-e-s. Je n\u2019arrivais pas \u00e0 parler aux gens car c\u2019\u00e9tait trop douloureux. Je me sentais tellement merdique et j\u2019avais juste envie de mourir. Je n\u2019avais plus envie d\u2019autre chose, seulement dispara\u00eetre.<\/p>\n<p>J\u2019essayais avec ma psychologue de parler de ce que je vivais mais je voyais que cela ne servait \u00e0 rien. J\u2019avais vraiment le sentiment que c\u2019\u00e9tait moi le probl\u00e8me. Jusqu\u2019au moment o\u00f9 j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 inverser le truc et me dire que cela ne provenait pas de moi mais que je vivais une relation avec un homme compl\u00e8tement et s\u00e9rieusement fou. L\u00e0, j\u2019ai pu recommencer \u00e0 prendre de la distance et en parler aux gens. Cela a \u00e9t\u00e9 relativement bien re\u00e7u m\u00eame si beaucoup ne comprennent pas le processus par lequel j\u2019en suis arriv\u00e9e \u00e0 ce point-l\u00e0. Je pense que c\u2019est assez difficile \u00e0 concevoir tant que tu ne l\u2019as pas v\u00e9cu de l\u2019int\u00e9rieur&#8230;<\/p>\n<p>De dire qu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re claque tu aurais d\u00fb partir&#8230; Effectivement, je me suis souvent pos\u00e9e la question de pourquoi je ne suis pas partie loin \u00e0 ce moment pr\u00e9cis\u00a0? Qu\u2019est-ce que je vivais\u00a0? Qu\u2019est-ce qui faisait que j\u2019\u00e9tais dans cette situation-l\u00e0\u00a0? Je me rends bien compte que tout le monde n\u2019accepte pas ce type de situation. Je pense que c\u2019est vraiment en lien avec mon histoire personnelle. L\u2019ensemble de mon v\u00e9cu a fait que je me suis retrouv\u00e9e l\u00e0 et que j\u2019ai accept\u00e9 cela d\u2019une certaine mani\u00e8re. Mais j\u2019ai la conviction qu\u2019il y a beaucoup de personnes qui vivent des situations semblables. L\u2019intensit\u00e9 et la mani\u00e8re sont diff\u00e9rentes. De nombreuses personnes ont exp\u00e9riment\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre des moments de violence ou de soumission. Je ne sais pas comment les d\u00e9crire, enfin une situation o\u00f9 tu te retrouves face \u00e0 un homme qui te d\u00e9stabilise compl\u00e8tement. Ce n\u2019est peut-\u00eatre pas de la violence physique directe mais elle s\u2019exerce \u00e0 plein d\u2019autres niveaux. De nombreuses femmes ont v\u00e9cu cela et j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que mon exp\u00e9rience faisait \u00e9cho chez beaucoup d\u2019entre elles.<\/p>\n<p>Selon moi, il y a \u00e9norm\u00e9ment de choses qui sont en lien avec l\u2019homme, comment il est et le moyen qu\u2019il a de prendre le pouvoir par la force. C\u2019est son moyen le plus facile. Il va souvent en user parce que c\u2019est directement \u00e0 sa port\u00e9e et qu\u2019il a l\u2019impression que c\u2019est une solution radicale, une prise de pouvoir facile. Surtout quand tu es d\u00e9stabilis\u00e9e parce que tu te sens toi-m\u00eame dans des situations o\u00f9 l\u2019homme te consid\u00e8re comme inf\u00e9rieure pour des raisons qui lui sont personnelles, soit de la maladie mentale, soit d\u2019autres choses. Il a alors besoin, par les poings, de reprendre du pouvoir.<\/p>\n<p>J\u2019ai des amies qui m\u2019ont carr\u00e9ment dit quand je n\u2019allais pas bien qu\u2019il fallait que, soit je m\u2019en sorte rapidement, soit que notre amiti\u00e9 prendrait fin. Elles ne supportaient plus de me voir dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 j\u2019\u00e9tais sans en comprendre les raisons. Cela a \u00e9t\u00e9 horrible car j\u2019\u00e9tais en train de perdre mes amies les plus proches. Une fois l\u2019histoire termin\u00e9e, cela a \u00e9t\u00e9 un soulagement pour beaucoup de savoir ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 et que je n\u2019\u00e9tais pas devenue folle. De l\u2019ext\u00e9rieur, cela pouvait donner cette impression. J\u2019\u00e9tais tellement mal que j\u2019essayais par tous les moyens d\u2019en finir. Les personnes ne comprenaient pas pourquoi et ce qui d\u00e9clenchait \u00e7a chez moi.<\/p>\n<p>Je pense que le plus dur a \u00e9t\u00e9 pour ma s\u0153ur moyenne. Elle s\u2019en est vraiment voulu. Elle \u00e9tait au courant et ne savait pas comment m\u2019aider. Elle s\u2019est sentie coupable. Encore aujourd\u2019hui, quand elle discute avec des amies qui vivent des situations semblables, cela actionne un sentiment tr\u00e8s fort chez elle. Elle cherche directement une solution pour que cela change. Elle ne peut plus supporter de voir des personnes se perdre l\u00e0-dedans. Malgr\u00e9 tout, je pense que le chemin doit \u00eatre fait soi-m\u00eame. C\u2019est un long processus de soi \u00e0 soi. M\u00eame si quelqu\u2019un t\u2019alerte sur la situation, il faut prendre la d\u00e9cision par toi-m\u00eame. C\u2019est cela qui est tr\u00e8s compliqu\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 voir une psychologue apr\u00e8s six mois de v\u00e9cu de violences psychologiques, physiques et sexuelles. Je n\u2019en pouvais plus. J\u2019essayais vraiment de me suicider par tous les moyens, de dispara\u00eetre car j\u2019en avais marre. Je ne supportais plus cette existence de mis\u00e8re. Je r\u00e9alisais que les adultes autour de moi ne me comprenaient pas. Je ne savais plus o\u00f9 chercher du soutien. Mes amis s\u2019en allaient. J\u2019\u00e9tais foutue.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 au SUPEA, au CHUV\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Service Universitaire de Psychiatrie de l\u2019Enfant et de l\u2019Adolescent, Centre\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=989#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>]. L\u00e0, je me suis retrouv\u00e9e face \u00e0 une psychologue qui avait juste un dossier o\u00f9 elle notait \u00e0 chaque fois ce que je disais. Je revenais le mardi suivant et lui racontait ce week-end il m\u2019a fait saigner de la t\u00eate, ce week-end il m\u2019a envoy\u00e9 des coups dans les jambes, ce week-end il m\u2019a cass\u00e9 une dent&#8230; Cette dent est morte. Cela restera toute ma vie, un morceau de moi bris\u00e9. Jamais, jamais, jamais elle n\u2019a port\u00e9 plainte ou cherch\u00e9 \u00e0 me mettre hors de danger. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9routant. Elle ne m\u2019a parl\u00e9 ni de mes droits ni du fait que j\u2019\u00e9tais victime de mauvais traitements. J\u2019\u00e9tais hyper mal et cela ne m\u2019a jamais aid\u00e9e. Ressasser un v\u00e9cu douloureux, je ne crois plus \u00e0 ce genre de th\u00e9rapie.<\/p>\n<p>Les gens \u00e0 qui j\u2019ai demand\u00e9 de l\u2019aide ne m\u2019ont pas donn\u00e9 de soutien. Cette esp\u00e8ce de psy m\u2019a perdue encore plus. Je n\u2019en dormais plus la nuit. Je ne savais plus quoi faire, o\u00f9 aller. Je me disais que la seule solution \u00e9tait de mourir si on ne m\u2019\u00e9coutait pas. Elle a \u00e9t\u00e9 la pire des adultes autour de moi. \u00c0 quelque part, elle cautionnait la situation par son silence, tout comme les parents de cet homme. Je n\u2019avais pas d\u2019autre issue que de penser que c\u2019\u00e9tait moi qui \u00e9tait folle. C\u2019\u00e9tait juste moi qui \u00e9tait d\u00e9bile. Plus tard, lorsque j\u2019ai pris conscience qu\u2019elle ne m\u2019avait pas du tout soutenue, j\u2019ai pens\u00e9 m\u2019engager dans un processus de demande de r\u00e9paration. J\u2019ai perdu beaucoup de plumes \u00e0 travers ces ann\u00e9es. Peut-\u00eatre qu\u2019un jour, j\u2019irai chercher mon dossier. J\u2019aimerais pouvoir le prendre et relire tout \u00e7a. Je ne crois plus du tout \u00e0 ces th\u00e9rapies-l\u00e0. En tous les cas, cela ne m\u2019a pas aid\u00e9e, au contraire. Je n\u2019ai plus aucune confiance dans cette forme d\u2019accompagnement car je n\u2019ai trouv\u00e9 aucun soutien l\u00e0-dedans.<\/p>\n<p>Mes parents savaient que j\u2019allais chez une psychologue mais ils n\u2019en connaissaient pas la raison. Ils savaient que j\u2019allais chez quelqu\u2019un parce que j\u2019\u00e9tais mal et que je voulais me suicider. Je savais que si je leur en parlais, cela risquerait de prendre des proportions \u00e9normes. J\u2019avais peur que mon p\u00e8re ait un geste qu\u2019il puisse regretter apr\u00e8s. J\u2019ai prot\u00e9g\u00e9 ma famille pour que cela ne prenne pas des ampleurs pas possibles.<\/p>\n<p>Je sais que cela les a vraiment soulag\u00e9s d\u2019apprendre ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. En m\u00eame temps, ils s\u2019en sont beaucoup voulu de ne pas avoir pu voir, de ne pas avoir pu me prot\u00e9ger. Je crois qu\u2019ils n\u2019ont jamais pens\u00e9 que cela allait aussi loin. Tout comme les amis de cet homme, qui apr\u00e8s coup, sont venus tour \u00e0 tour et se sont excus\u00e9s. Ils m\u2019ont dit qu\u2019ils n\u2019avaient jamais su et qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9sol\u00e9s de n\u2019avoir rien vu, de n\u2019avoir rien su. Cela m\u2019a fait du bien qu\u2019ils reconnaissent et qu\u2019ils mettent des mots l\u00e0-dessus. C\u2019est vrai que cet homme donnait vraiment le change \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Par exemple, je pouvais me trouver dans une f\u00eate entour\u00e9e de monde et il pouvait alors me pincer extr\u00eamement fort. Les gens autour ne voyaient pas ce qui se passait. C\u2019\u00e9tait de ces moments o\u00f9 je me disais, il est encore l\u00e0 avec sa violence. Il y a encore ce quelque chose qui le d\u00e9range. J\u2019avais juste envie de lui rendre la pareille, mais moi je n\u2019arrive pas \u00e0 renvoyer les coups. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 prise de t\u00e9tanie et je ne renvoie pas. Maintenant, je sais que je peux physiquement renvoyer, me d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>J\u2019ai, ensuite, \u00e9t\u00e9 \u00e0 la rencontre de gens qui connaissent les m\u00e9canismes de la violence, notamment sexuelle. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0FAIRE LE PAS\u00a0\u00bb parce que j\u2019avais v\u00e9cu beaucoup d\u2019humiliations dans mon corps. C\u2019est une partie de la violence que j\u2019ai v\u00e9cue qui est extr\u00eamement douloureuse. J\u2019y ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longtemps apr\u00e8s. Je sentais qu\u2019il y avait quelque chose qui ne jouait pas en moi. Je ne me sentais pas du tout \u00e0 l\u2019aise avec ma sexualit\u00e9. C\u2019est toujours un sujet difficile pour moi. J\u2019ai fait une fausse couche il y a deux ans. J\u2019ai toujours peur de ne jamais pouvoir avoir d\u2019enfant. J\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement d\u00e9truite \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Encore aujourd\u2019hui, si j\u2019ai mal pendant l\u2019acte, c\u2019est affreux. Je suis t\u00e9tanis\u00e9e et j\u2019arr\u00eate tout. Je ne peux plus ressentir de la douleur dans cette partie de mon corps et dans ces moments-l\u00e0.<\/p>\n<p>Pendant des ann\u00e9es, je ne pouvais plus vivre des histoires d\u2019un soir avec un homme. Aller chez un homme qui ferme la porte \u00e0 cl\u00e9 derri\u00e8re moi, c\u2019\u00e9tait juste inimaginable. M\u00eame avec mon compagnon suivant avec qui j\u2019ai v\u00e9cu de nombreuses ann\u00e9es, j\u2019\u00e9tais incapable d\u2019aller chez lui dans sa caravane. Je ne voulais pas \u00eatre dans un lieu qui appartienne \u00e0 un homme, d\u2019o\u00f9 je ne pouvais pas sortir. C\u2019\u00e9tait soit chez moi, soit rien. Je ne pouvais pas non plus dormir entre un homme et un mur. C\u2019\u00e9tait une situation que je ne pouvais plus vivre. Je voulais pouvoir g\u00e9rer la distance, savoir par o\u00f9 sortir si jamais je sentais tout d\u2019un coup qu\u2019il fallait que je m\u2019en aille. J\u2019ai cette esp\u00e8ce d\u2019instinct tr\u00e8s fort en moi maintenant, d\u00e8s que \u00e7a ne va pas, je pars. Je quitte. Je ne veux plus jamais me retrouver dans des engrenages o\u00f9 je me laisserai enfermer. Donc \u00ab\u00a0Faire le pas\u00a0\u00bb m\u2019a beaucoup aid\u00e9e.<\/p>\n<p>Je ressens la pr\u00e9sence de m\u00e9moires de mon corps. Elles se trouvent dans des endroits de moi que je ne connais pas, dans des situations, dans des odeurs, dans des positions, des attitudes, des tons de voix de personnes connues ou non. Cela peut \u00eatre n\u2019importe quoi, par exemple, un homme qui entre dans la cuisine d\u2019une certaine mani\u00e8re. Il me fait un effet direct. J\u2019ai envie de partir. Cet \u00e9v\u00e9nement rappelle quelque chose, fait \u00e9cho \u00e0 une situation v\u00e9cue. Ce n\u2019est pas la personne en tant que telle mais ce qu\u2019elle d\u00e9clenche en moi. Certaines intonations de voix, certaines mani\u00e8res de dire les choses me mettent aussi vite en alerte. Maintenant, c\u2019est un r\u00e9flexe de survie inconscient. Je sais que mon corps me donne ces indications pour me dire que plus jamais je ne me retrouverai l\u00e0-dedans. Soit je pars tout de suite, soit je demande \u00e0 la personne de baisser le ton ou d\u2019agir autrement. Parfois ce n\u2019est pas du tout \u00e9vident de se rendre compte que m\u00eame quinze ans apr\u00e8s, il y a encore bien des d\u00e9clencheurs \u00e0 mon instinct de survie\u00a0!<\/p>\n<p>J\u2019ai fait le gros de mon chemin par moi-m\u00eame car je ne croyais plus en personne. Je me suis dit soit c\u2019est moi, soit c\u2019est foutu\u00a0! J\u2019ai recontact\u00e9 mon corps au travers du yoga, de la m\u00e9ditation des massages et de la danse. J\u2019exp\u00e9rimente aussi d\u2019autres formes de liens puissants avec des femmes dans des cercles chamaniques. Je me retrouve et je me ressens dans ma f\u00e9minit\u00e9 d\u2019une autre mani\u00e8re, plus profonde, sinc\u00e8re et sans jugement. Je vis \u00e0 nouveau dans mon corps des moments de joies intenses au travers de rituels et de partages. Je peux, dans ces diff\u00e9rents contextes, retraverser mon v\u00e9cu en compagnie d\u2019autres. La douleur et les cicatrices se transforment peu \u00e0 peu et s\u2019att\u00e9nuent.<\/p>\n<p>Je pense que dans le malheur, il y a quelque chose de fort. Je suis aujourd\u2019hui capable de sentir le d\u00e9sarroi chez les autres et de leur donner du soutien dans ces moments-l\u00e0. C\u2019est une des raisons pour lesquelles je fais mon travail. J\u2019arrive \u00e0 ressentir de l\u2019empathie pour des \u00eatres pour qui peu de gens ont de l\u2019empathie. Je pense que cela m\u2019a donn\u00e9 des cl\u00e9s. Je me serais bien pass\u00e9 de traverser tout cela mais voil\u00e0 j\u2019essaie d\u2019en faire quelque chose. C\u2019est pour cela que je souhaite parler de mon exp\u00e9rience dans l\u2019espoir que les femmes n\u2019aient pas besoin de passer par l\u00e0. Je suis convaincue qu\u2019il serait bon de vivre sans violence. Car c\u2019est une exp\u00e9rience compliqu\u00e9e qui laisse des marques pour toujours. Un geste une fois, c\u2019est quinze ans, vingt ans, trente ans, une vie de cicatrices.<\/p>\n<p>Si je devais en parler \u00e0 des jeunes personnes je ne sais pas comment j\u2019expliquerais tout \u00e7a. Je me suis souvent pos\u00e9 la question de comment amener un pareil sujet&#8230; je ne sais pas ce ph\u00e9nom\u00e8ne rev\u00eat des&#8230; formes tellement diff\u00e9rentes et sournoises. C\u2019est en lien avec le v\u00e9cu propre, enfin c\u2019est tr\u00e8s individuel dans la mani\u00e8re dont cela se propage. Je m\u2019en rends compte aujourd\u2019hui car j\u2019ai des amies qui vivent ce type de situation dans leur couple sans qu\u2019elles puissent se rendre compte de comment elles en sont arriv\u00e9es l\u00e0. Elles disent craindre de ne pas pouvoir reconna\u00eetre les signes si cela devait arriver \u00e0 nouveau dans une nouvelle relation. C\u2019est hyper bizarre. Il n\u2019y a plus de possibilit\u00e9 de faire une lecture objective des choses. Tu es tellement dedans que tu ne vois pas ce qui se passe. Tu n\u2019arrives plus \u00e0 prendre la distance n\u00e9cessaire face \u00e0 ce que tu vis. Quand je suis partie en Angleterre j\u2019ai pu reposer cette distance. Je pouvais alors danser, chanter, faire la f\u00eate. Je pouvais simplement vivre librement. Vivre\u00a0! Je savais qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 au coin de la rue et qu\u2019il ne m\u2019attendait pas. Il ne savait pas o\u00f9 j\u2019habitais.<\/p>\n<p>J\u2019ai pens\u00e9 avertir la police. Avec l\u2019aide de ma s\u0153ur, j\u2019ai fait plein de photos. Il y a eu un jour o\u00f9 j\u2019avais la t\u00eate compl\u00e8tement bleue et le corps couvert de bleus \u00e0 des endroits o\u00f9 c\u2019est facile de reconna\u00eetre que je ne m\u2019\u00e9tais pas tap\u00e9 accidentellement. Je les ai gard\u00e9es car je me disais que s\u2019il relevait encore la main sur moi j\u2019irai les montrer \u00e0 la police. Mais cela ne s\u2019est plus pass\u00e9. Je commen\u00e7ais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ne plus en pouvoir. Il est arriv\u00e9 un moment o\u00f9 j\u2019en ai eu clairement marre. C\u2019\u00e9tait le trop plein, c\u2019\u00e9tait mon trop plein. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 tenu passablement de choses et l\u00e0, c\u2019\u00e9tait ma limite. Cela pourrissait et d\u00e9truisait ma vie.<\/p>\n<p>J\u2019avais quinze ans et demi quand cela a commenc\u00e9. Je ne connaissais pas la violence conjugale. J\u2019\u00e9tais trop jeune. Je ne savais pas de quoi il s\u2019agissait ni comment y faire face. Je crois que le plus dur \u00e9tait surtout, pour moi, de ne jamais savoir pourquoi cela se passait. Ne jamais savoir qu\u2019est-ce qui va faire que, tout d\u2019un coup, le coup part. Je ne comprenais pas ce que j\u2019avais fait. Je ne savais pas d\u2019o\u00f9 cela venait. J\u2019ai toujours eu besoin de comprendre les causes \u00e0 effets mais l\u00e0 il n\u2019y en avait pas. C\u2019\u00e9tait sans explication, sans fondements. Finalement, je ne savais plus si c\u2019\u00e9tait mon odeur, un geste que j\u2019avais fait, des mots que j\u2019avais prononc\u00e9, la forme de mon corps\u2026 Je ne savais plus rien et j\u2019ai perdu tous mes rep\u00e8res. Je ne savais plus.<\/p>\n<p>Je m\u2019en suis sortie gr\u00e2ce \u00e0 mon \u00e9nergie de vie. A seize ans, je me suis dit, maintenant je vis ou je meurs. J\u2019ai fait ce choix. J\u2019ai fait le choix de vivre m\u00eame si je savais que cela me co\u00fbterait cher. Ce qui est paradoxal dans mon histoire est que j\u2019ai longtemps pens\u00e9 que j\u2019\u00e9tais seule \u00e0 vivre cette violence quotidienne. Je me suis sentie extr\u00eamement seule. Le sentiment qui m\u2019a accompagn\u00e9 le plus fortement \u00e9tait celui de me dire que j\u2019\u00e9tais moins bien que les autres et qu\u2019\u00e0 quelque part pour cette raison, je le m\u00e9ritais. Je pensais vraiment que les femmes qui ne vivaient pas ce type de violence \u00e9taient tr\u00e8s fortes et valaient plus que moi. Elles \u00e9taient toujours plus ceci ou plus cela. En grandissant, j\u2019ai pris conscience que toutes les femmes ont v\u00e9cu des situations de violence et de soumission d\u2019une certaine mani\u00e8re, peut-\u00eatre pas \u00e0 ce point-l\u00e0 mais aucune n\u2019est indemne.<\/p>\n<p>C\u2019est vrai qu\u2019aujourd\u2019hui je n\u2019ai plus autant de col\u00e8re, mais j\u2019ai eu \u00e9norm\u00e9ment de col\u00e8re par rapport \u00e0 toute cette exp\u00e9rience. Pour cette raison, je me disais qu\u2019il fallait que j\u2019en fasse quelque chose d\u2019utile et que je puisse la partager. Je vous remercie de m\u2019en avoir donn\u00e9 l\u2019occasion ici.<\/p>\n<p><i>Marie , le 12 mars 2012<\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">|Auseinandersetzung|<\/h3>\n<p>Warum schreibe ich das\u00a0?<\/p>\n<p>Besch\u00e4ftigung mit dem Thema l\u00f6st Unwohlsein aus,<\/p>\n<p>Vermeidung, den Wunsch in einem Loch zu \u00fcberwintern.<\/p>\n<p>&#8230; doch dann erfasst es mich pl\u00f6tzlich und \u00fcberw\u00e4ltigend,<\/p>\n<p>l\u00e4sst mich hilflos zur\u00fcck.<\/p>\n<p>Es ist,<\/p>\n<p>als kommt er noch nach so vielen Jahren pl\u00f6tzlich von hinten,<\/p>\n<p>umfasst mich,<\/p>\n<p>mit Armen die \u00dcbelkeit heraufbeschw\u00f6ren,<\/p>\n<p>nimmt mir den Atem.<\/p>\n<p>Zeit des Vergessens,<\/p>\n<p>Jahre des Verdr\u00e4ngens,<\/p>\n<p>Relativierung. Anderen geht es schlechter&#8230;<\/p>\n<p>Andere haben Schlimmeres erlebt&#8230;<\/p>\n<p>Das Gef\u00fchl der Anmassung, wenn ich von Vergewaltigung spreche.<\/p>\n<p>Jahre ohne Vertrauen,<\/p>\n<p>ohne N\u00e4he.<\/p>\n<p>Entfremdung meines eigenen K\u00f6rpers.<\/p>\n<p>Suche,<\/p>\n<p>nach einer sicheren Umgebung,<\/p>\n<p>unter Menschen,<\/p>\n<p>die eine andere, eine bessere Welt wollen.<\/p>\n<p>Langsam Vertrauen,<\/p>\n<p>allm\u00e4hlich N\u00e4he.<\/p>\n<p>Es gibt eine Ber\u00fchrung, die ich zulasse.<\/p>\n<p>Doch auch hier,<\/p>\n<p>es passieren Dinge.<\/p>\n<p>&#8230; Frauen die stumme K\u00f6rper sind, zu K\u00f6rpern gemacht werden, sich zu K\u00f6rpern machen lassen.<\/p>\n<p>&#8230; M\u00e4nner die gelernt haben zu handeln, aktiv zu sein, sich durchzusetzen.<\/p>\n<p>&#8230; Frauen die \u00dcbergriffen ausgesetzt sind.<\/p>\n<p>&#8230; M\u00e4nner die sich aneignen, was sie haben wollen.<\/p>\n<p>&#8230; Frauen die Situationen nicht verlassen, Abh\u00e4ngigkeitsverh\u00e4ltnisse zu T\u00e4tern nicht \u00fcberwinden.<\/p>\n<p>&#8230; M\u00e4nner die gelernt haben, das Aggression und Gewalt legitime Mittel sind.<\/p>\n<p>&#8230; Frauen die zu potentiellen Opfern sozialisiert wurden.<\/p>\n<p>&#8230; M\u00e4nner die zu potentiellen T\u00e4tern sozialisiert wurden.<\/p>\n<p>Geschlossene Augen,<\/p>\n<p>&#8230; Ein Umfeld, das einer Thematisierung aus dem Weg geht.<\/p>\n<p>&#8230; Ein Umfeld, zu dem ich geh\u00f6re.<\/p>\n<p>&#8230; Ein Umfeld, das nicht sehen und nicht wissen will.<\/p>\n<p>&#8230; Ein Umfeld, das teilweise selbst aus \u00dcberlebenden besteht.<\/p>\n<p>&#8230; Ein Umfeld, das in Angesicht der Stummheit der Betroffenen und der Sympathie mit T\u00e4tern ratlos zur\u00fcck bleibt.<\/p>\n<p>Nein, T\u00e4ter sind keine b\u00f6sen Menschen\u00a0!<\/p>\n<p>Sie sind Genossen.<\/p>\n<p>Sie sind Freunde.<\/p>\n<p>Aber,<\/p>\n<p>Sie sind Genossen die Grenzen \u00fcbertreten.<\/p>\n<p>Sie sind Freunde die andere verletzen.<\/p>\n<p>Es kann keine einfachen L\u00f6sungen geben.<\/p>\n<p>Doch \u00f6ffnen wir die Augen, sehen wir hin.<\/p>\n<p>Unser Umfeld bietet keine sichere Umgebung.<\/p>\n<p>Sexualisierte Gewalt ist allgegenw\u00e4rtig.<\/p>\n<p>Sexualisierte Gewalt ist kein Nebenwiderspruch.<\/p>\n<p>Sexualisierte Gewalt ist ein Thema, dass dringend unserer Auseinandersetzung bedarf\u00a0!<\/p>\n<p>Sprechen wir \u00fcber das, was wir erlebt haben.<\/p>\n<p>Benennen wir, das, was wir sehen.<\/p>\n<p>Erkennen wir das, was wir verdr\u00e4ngt haben.<\/p>\n<p>H\u00f6ren wir, wie es anderen in unseren R\u00e4umen geht.<\/p>\n<p>Setzen wir uns dem Unwohlsein aus.<\/p>\n<p>Fangen wir wenigstens damit an, nach L\u00f6sungen und alternativen Wegen zu suchen.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">|L\u2019affrontement|<\/h3>\n<p>Pourquoi \u00e9cris-je \u00e7a\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019occupation avec ce th\u00e8me suscite un malaise,<\/p>\n<p>l\u2019\u00e9vitement, le souhait d\u2019hiberner dans un trou. &#8230;<\/p>\n<p>Soudain \u00e7a m\u2019envahit et m\u2019\u00e9crase,<\/p>\n<p>m\u2019abandonnant \u00e0 moi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ceci est,<\/p>\n<p>comme si apr\u00e8s des ann\u00e9es, il surprend de derri\u00e8re,<\/p>\n<p>m\u2019enlace,<\/p>\n<p>avec ses bras qui \u00e9voquent la naus\u00e9e,<\/p>\n<p>me coupant le souffle.<\/p>\n<p>Le temps des oublis,<\/p>\n<p>les ann\u00e9es de refoulement,<\/p>\n<p>relativisation,<\/p>\n<p>d\u2019autres vont moins bien<\/p>\n<p>d\u2019autres ont v\u00e9cu pire&#8230;<\/p>\n<p>Le sentiment de pr\u00e9tention, si je parle de viol.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es sans confiance,<\/p>\n<p>sans proximit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019ali\u00e9nation de mon propre corps.<\/p>\n<p>Cherche,<\/p>\n<p>un milieu \u00ab\u00a0safe\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>entre individuEs,<\/p>\n<p>qui veulent une autre soci\u00e9t\u00e9, une soci\u00e9t\u00e9 meilleure.<\/p>\n<p>Lentement faire confiance,<\/p>\n<p>permettre peu \u00e0 peu la proximit\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a un contact corporel, que je tol\u00e8re.<\/p>\n<p>Alors que m\u00eame ici,<\/p>\n<p>il se passe des choses.<\/p>\n<p>&#8230; Les femmes qui sont les corps muets, qu\u2019ils ont en fait juste des corps et qu\u2019elles se laissent faire.<\/p>\n<p>&#8230; Les hommes qui ont appris \u00e0 agir, \u00e0 \u00eatre actif, \u00e0 s\u2019imposer.<\/p>\n<p>&#8230; Les femmes qui subissent les exactions.<\/p>\n<p>&#8230; Les hommes qui s\u2019approprient ce qu\u2019ils veulent.<\/p>\n<p>&#8230; Les femmes qui ne quittent pas ces situations, qui ne surmontent pas leur d\u00e9pendance aux coupables.<\/p>\n<p>&#8230; Les hommes qui ont appris que l\u2019agression et la violence sont des moyens l\u00e9gitim\u00e9s.<\/p>\n<p>&#8230; Les femmes qui sont socialis\u00e9es comme des victimes potentielles.<\/p>\n<p>&#8230; Les hommes qui sont socialis\u00e9s comme des coupables potentiels.<\/p>\n<p>Les yeux ferm\u00e9s,<\/p>\n<p>&#8230; Un entourage qui fuit la probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>&#8230; Un entourage dont j\u2019en fait partie.<\/p>\n<p>&#8230; Un entourage qui ne veut ni voir ni entendre.<\/p>\n<p>&#8230; Un entourage dont les survivantEs font partie.<\/p>\n<p>&#8230; Un entourage qui, vu le silence des concern\u00e9Es et leur sympathie avec les coupables, reste perplexe.<\/p>\n<p>Non, les coupables ne sont pas des hommes m\u00e9chants\u00a0!<\/p>\n<p>Ils sont des camarades.<\/p>\n<p>Ils sont des amis.<\/p>\n<p>Mais,<\/p>\n<p>ils sont les camarades qui transgressent les fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Ils sont les amis qui portent atteinte aux autres.<\/p>\n<p>Il n\u2019existe pas de solutions faciles.<\/p>\n<p>Ouvrons donc les yeux, regardons-nous.<\/p>\n<p>Notre entourage n\u2019est pas un milieu \u00ab\u00a0safe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La violence sexualis\u00e9e est omnipr\u00e9sente.<\/p>\n<p>La violence sexualis\u00e9e n\u2019est pas une \u00ab\u00a0contradiction secondaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La violence sexualis\u00e9e est un enjeu, qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019affronter d\u2019urgence\u00a0!<\/p>\n<p>Parlons-en, de nos v\u00e9cus.<\/p>\n<p>Mettons les vrais mots sur ce que nous voyons.<\/p>\n<p>Reconnaissons ce que nous avons refoul\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9coutons-nous, comment vont les individuEs dans notre entourage.<\/p>\n<p>Exposons notre mal-\u00eatre.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons au moins \u00e0 chercher des solutions et des voies alternatives.<\/p>\n<p><i>traduit de l\u2019allemand par l\u2019auteure, 2012 <\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">[La soir\u00e9e \u00e0 mes yeux s\u2019\u00e9tait bien pass\u00e9e&#8230;]<\/h3>\n<p>La soir\u00e9e \u00e0 mes yeux s\u2019\u00e9tait bien pass\u00e9e.<\/p>\n<p>Je travaille dans un petit restaurant en montagne, mon copain me rejoint pour mes 2 jours de cong\u00e9.<\/p>\n<p>Nous sortons boire un verre, bien s\u00fbr dans la station je connais tout le monde, j\u2019ai donc des discussions avec de nombreuses personnes, lui aussi. Soir\u00e9e normale, anim\u00e9e et sympathique.<\/p>\n<p>Une fois rentr\u00e9s \u00e0 la maison tout va bien et je file sous la douche.<\/p>\n<p>A peine j\u2019ouvre le rideau qu\u2019il me chope par le bras m\u2019entra\u00eene au salon en me traitant de salope, d\u2019allumeuse, etc\u2026 Je ne comprends rien, je me retrouve nue couch\u00e9e par terre en f\u0153tus, les coups qu\u2019il me porte sont d\u2019une violence terrible, puis je sens que \u00e7a se calme, je reste l\u00e0 et j\u2019attends\u2026<\/p>\n<p>Lui finit par s\u2019endormir sur le lit.<\/p>\n<p>Je me rel\u00e8ve me couvre et pars dans la chambre d\u2019amis. Le Corps, l\u2019\u00e2me et l\u2019esprit en lambeaux.<\/p>\n<p>J\u2019ai pass\u00e9 la nuit \u00e0 trembler, je me suis vomi et urin\u00e9 dessus je ne pouvais plus bouger mais le lendemain\u2026<\/p>\n<p>Le lendemain je me suis lev\u00e9e et devant le miroir j\u2019ai vu l\u2019horreur de ce qu\u2019il m\u2019avait fait, je n\u2019avais plus de visage, mes yeux plus une parcelle de blanc, mon corps tout entier recouvert de bleus.<\/p>\n<p>Je suis d\u2019un calme incompr\u00e9hensible je ne prononce pas un mot je ne lui demande m\u00eame pas de partir, je ne pense qu\u2019\u00e0 une chose. Je ne peux pas travailler dans cet \u00e9tat.<\/p>\n<p>Je pars chez le m\u00e9decin, celui-ci me diagnostique, en plus des dizaines d\u2019h\u00e9matomes qui recouvrent mon visage et mon corps, 2 c\u00f4tes fissur\u00e9es. Il me prescrit gentiment des tranquillisants \u00e0 faire fondre sous la langue de mon conjoint en cas de nouvelle crise\u00a0!!!<\/p>\n<p>Mon \u00e9tat ne l\u2019a ni choqu\u00e9 ni indign\u00e9, je n\u2019\u00e9tais qu\u2019une femme battue parmi tant d\u2019autres\u2026<\/p>\n<p>Il m\u2019a fallu du temps pour souffrir psychiquement de ce que j\u2019ai subi, et je ne lui en ai pas voulu tout de suite comme si ma propre violence s\u2019\u00e9tait envol\u00e9e cette nuit-l\u00e0. Mais jamais je ne lui pardonnerai et le d\u00e9go\u00fbt que j\u2019ai pour lui n\u2019a de cesse de s\u2019accro\u00eetre.<\/p>\n<p><i>re\u00e7u en 2012<\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">PAUSE CAF\u00c9 | LE QUIZ QUI TABASSE\u00a0!<\/h3>\n<p><strong>1. Tu viens d\u2019apprendre qu\u2019une pote s\u2019est fait coincer \u00e0 l\u2019\u00e9cart par un gars et s\u2019est prise un coup\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><i> a. C\u2019est son ex, non\u00a0? Ils ont un truc \u00e0 r\u00e9gler.<\/i><\/p>\n<p>b. C\u2019est son ex, non\u00a0? Merde, je croyais que c\u2019\u00e9tait termin\u00e9.<\/p>\n<p>c. Ah mais c\u2019est son copain, non\u00a0?<\/p>\n<p>d. Mais \u00e7a craint de dieu, je m\u2019en m\u00eale.<\/p>\n<p><i>e. Je rameute les potes, on fait une r\u00e9u et une heure apr\u00e8s on \u00e9teint la musique.<\/i><\/p>\n<p><strong>2. A la r\u00e9u nationale \u00ab\u00a0anti-grand capital\u00a0\u00bb, tu soupires un coup apr\u00e8s la 666\u00e8me prises de parole de Jean-Luc, et tu te dis\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><i>a. Pff entre Jean-Marc, Gianni et Hans-Peter, c\u2019est kif kif couillu j\u2019en placerai jamais une.<\/i><\/p>\n<p>b. Oh il parle bien, je serais incapable d\u2019avoir autant d\u2019id\u00e9es m\u00eame si \u00e7a fait 5h30 qu\u2019on est l\u00e0.<\/p>\n<p>c. Je prends la parole pour dire que c\u2019est saoulant les gens qui monopolisent le crachoir, et r\u00e9p\u00e8tent ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit.<\/p>\n<p>d. Une fois de plus, c\u2019est Solange qui doit recadrer pour qu\u2019au bout de 5h30, on arrive \u00e0 un truc final.<\/p>\n<p>e. \u00c7a doit \u00eatre une taupe ce mec.<\/p>\n<p><i>f. Je me l\u00e8ve et je me casse.<\/i><\/p>\n<p><strong>3. Tu effleures les fesses de la nana devant toi, elle te maille dessus\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><i>a. Pas d\u2019humour cette cochonne de morue<\/i><\/p>\n<p>b. Ah ces femmes de caract\u00e8re, en plus d\u2019\u00eatre jolie, la grande classe..<\/p>\n<p>c. Mais euh&#8230;<\/p>\n<p>d. Quoi\u00a0? Elle m\u2019a chauff\u00e9 \u00e0 mort et maintenant elle fait sa mijaur\u00e9e\u00a0? Faut savoir&#8230;<\/p>\n<p><i>e. Merde, suis trop bourr\u00e9.<\/i><\/p>\n<p><strong>4. T\u2019es en train de t\u2019\u00e9clater dans un pogo mais c\u2019est la 4\u00e8me fois que tu te prends le coude du mec de devant dans la face, que fais-tu\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><i>a. J\u2019le chope par le cotzet et je lui dis gentiment de se calmer.<\/i><\/p>\n<p>b. Bah&#8230; de toute fa\u00e7on c\u2019est l\u2019heure d\u2019aller se coucher.<\/p>\n<p>c. Wah\u00a0! Il est bal\u00e8ze le gars, je le drague.<\/p>\n<p><i>d. Je rameute les potes, on fait une r\u00e9u et une heure apr\u00e8s on \u00e9teint la musique.<\/i><\/p>\n<p><strong>5. En partant de l\u2019espace autog\u00e9r\u00e9, tu te rends compte que ton coup potentiel est mort-torche\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><i>a. Je la\/le pousse dans le compost.<\/i><\/p>\n<p>b. Je la\/le raccompagne et demande de passer la nuit ensemble, quitte \u00e0 la\/le border.<\/p>\n<p>c. Je la\/le ram\u00e8ne, elle\/il est tellement torche, elle\/il se laissera faire.<\/p>\n<p>d. Allez\u00a0! Bonne nuit, hein&#8230;<\/p>\n<p><i>e. On verse dans le talus. <\/i><\/p>\n<p><strong>6. Tu rentres d\u2019une f\u00eate en voiture avec un gars que tu connais pas vraiment. Il a propos\u00e9 de te ramener m\u00eame si \u00e7a lui fait un d\u00e9tour. En route, il change d\u2019avis, veut rentrer direct chez lui.<\/strong><\/p>\n<p><i>a. Je maille jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il change d\u2019avis, je serais jamais mont\u00e9e s\u2019il avait pas promis de me ramener.<\/i><\/p>\n<p>b. Bon c\u2019est sa benz, j\u2019dis rien, mais attendre le premier train encore plus d\u2019une heure et au froid, \u00e7a fait bien chier.<\/p>\n<p>c. Pas trop le choix, je vais dormir chez lui mais c\u2019est quoi son nom d\u00e9j\u00e0\u00a0?<\/p>\n<p><i>d. Merde \u00e7a me fait trop flipper.<\/i><\/p>\n<p><strong>7. Jacques et Mathilde bricolent ensemble. \u00c0 un moment, Mathilde propose d\u2019aller plut\u00f4t cuisiner pour tout le monde, qu\u2019en d\u00e9duis-tu\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><i>a. Quelle bonne id\u00e9e, j\u2019avais faim et suis \u00e0 fond dans mon truc.<\/i><\/p>\n<p>b. Pas \u00e9tonnant, il l\u2019a trasch\u00e9e toute la matin\u00e9e, tu le tra\u00eenes \u00e0 la cuisine de force.<\/p>\n<p>c. Tant mieux, elle cuisine mieux qu\u2019elle bricole.<\/p>\n<p><i>d. Je rameute les potes, on fait une r\u00e9u et on agende une r\u00e9u non-mixte. <\/i><\/p>\n<p><strong>8. Au petit-d\u00e9j. apr\u00e8s une grosse soir\u00e9e, tu remarques que C\u00e9cile, une invit\u00e9e de passage, bl\u00eamit en voyant Roger dans la cuisine\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p><i> a. \u00ab\u00a0T\u2019es mal\u00a0? On a plein de vitamines de r\u00e9cup, sers-toi\u00a0!<\/i><\/p>\n<p>b. Je crois qu\u2019elle tripe sur lui.<\/p>\n<p><i>c. Il s\u2019est peut-\u00eatre pass\u00e9 un truc, je lui proposes d\u2019aller en causer.<\/i><\/p>\n<p><strong> 9. T\u2019es invit\u00e9-e dans un squat de potes et tu vois un gros gueut\u00a0\u00ab\u00a0cherche salope \u00e0 d\u00e9foncer\u00a0\u00bb\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><i>a. C\u2019est qu\u2019un gueut<\/i><\/p>\n<p>b. \u00c7a m\u2019\u00e9nerve et je le gueute.<\/p>\n<p>c. Je pose la question aux potes si \u00e7a les saoule pas trop.<\/p>\n<p>d. Je relis Bakounine, y a s\u00fbrement une r\u00e9f\u00e9rence qui m\u2019\u00e9chappe.<\/p>\n<p><i>e. Je rameute les potes, on fait une r\u00e9u. <\/i><\/p>\n<p><strong> 10. En soir\u00e9e, tu vois un gars secouer brutalement sa copine par les \u00e9paules\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><i> a. J\u2019la connais, la chieuse, elle doit l\u2019avoir bien cherch\u00e9.<\/i><\/p>\n<p>b. Cela ne me regarde pas.<\/p>\n<p>c. Je rameute les potes, on fait une r\u00e9u et une heure apr\u00e8s on \u00e9teint la musique.<\/p>\n<p><i>d. J\u2019essaie de capter ce qui se passe et de les s\u00e9parer. <\/i><\/p>\n<p><strong>11. Depuis des lustres, t\u2019as plus vu Josiane \u00e0 l\u2019espace autog\u00e9r\u00e9, qui \u00e9tait l\u00e0 quasi chaque jeudi, mais son ex, lui, tu le vois encore tout le temps par l\u00e0.<\/strong><\/p>\n<p><i>a. Peut-\u00eatre qu\u2019elle voit d\u2019autres potes, c\u2019est dommage qu\u2019elle nous l\u00e2che comme \u00e7a.<\/i><\/p>\n<p>b. Mais c\u2019est elle qui choisit ou c\u2019est lui qui lui impose de plus se pointer\u00a0?<\/p>\n<p>c. Je vais l\u2019appeler, j\u2019aimais bien la croiser.<\/p>\n<p><i>d. Putain, encore une fois l\u2019espace public revient par d\u00e9faut aux mecs, et les femmes s\u2019auto-excluent si facilement. <\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">[Apport anonyme]<\/h3>\n<p>Les violences sexistes dans notre milieu sont subtiles et \u00e9videntes en m\u00eame temps. C\u2019est hyper important d\u2019en parler, de faire changer la honte de camp, d\u2019accepter les blessures et le fait qu\u2019elles pourraient ne jamais se cicatriser. C\u2019est important autant que riposter, monter la voix et lever la main, chacune comme elle se sent et veut. Concr\u00e9tiser la rage. Sans d\u00e9l\u00e9guer. Se souvenir. Attaquer. Jouir.<\/p>\n<p><i>2011 <\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">T\u00e9moignage de Lucie, Yverdon<\/h3>\n<p>Voici mon t\u00e9moignage.<\/p>\n<p>Quand cette sale histoire m\u2019est arriv\u00e9e, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 bien v\u00e9cu. J\u2019ai plut\u00f4t jamais eu la vie facile mais rien ne m\u2019avait pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 \u00e7a. J\u2019ai 43 ans, je suis une femme libre, j\u2019\u00e9l\u00e8ve seule un enfant&#8230; et la violence, je pensais que c\u2019\u00e9tait l\u2019histoire des autres. Je vivais comme si \u00e7a n\u2019allait jamais m\u2019arriver, ni de cette mani\u00e8re et surtout pas dans ce milieu.<\/p>\n<p>On appelle \u00e7a la violence conjugale&#8230; le terme fait ringard, beauf, bobo, bourge&#8230; bref, je croyais que c\u2019\u00e9tait un truc impossible dans ma vie. Avec ce mec, on n\u2019\u00e9tait pas mari\u00e9s ni rien. Il m\u2019avait connue dans le milieu alternatif.<\/p>\n<p>Cette relation repr\u00e9sente une p\u00e9riode atroce pour moi, mais peu \u00e0 peu je m\u2019en suis sortie et je renoue avec la vie. La vraie, celle o\u00f9 je peux vraiment oser vouloir vivre libre.<\/p>\n<p>Parce qu\u2019avant \u00e7a, la violence subie m\u2019avait isol\u00e9e de tout et de tous, y compris de moi-m\u00eame. Elle avait r\u00e9duit en miettes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de ma personnalit\u00e9, de ma volont\u00e9. Les cons\u00e9quences ont \u00e9t\u00e9 lourdes, dans ma vie perso, familiale, amicale, professionnelle. Tous ces domaines ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s, certains fracass\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage je ne le fais pas contre cet ex DONT JE N\u2019AI PLUS RIEN \u00c0 CIRER, je le fais pour moi et pour celles et ceux que \u00e7a pourrait soutenir, informer, \u00e0 qui \u00e7a peut donner la force de briser T\u00d4T une situation invivable, de reconna\u00eetre des signes d\u2019alertes, de changer une souffrance en d\u00e9livrance.<\/p>\n<p>Pour moi, cette histoire est termin\u00e9e depuis longtemps. M\u00eame si en fait, il faut des ann\u00e9es pour s\u2019en remettre. C\u2019est un peu comme un trou\u00a0: souvent c\u2019est beaucoup plus long d\u2019en sortir que d\u2019y tomber&#8230;<\/p>\n<p>Je parle en mon nom, mais depuis j\u2019ai crois\u00e9 bien des filles ayant connu les m\u00eames situations.<\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage a m\u00fbri lentement, jour apr\u00e8s jour, mois apr\u00e8s mois, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e. Car tout au long de ce qui m\u2019arrivait, j\u2019ai \u00e9crit. Pour moi, pour y voir clair, pour comprendre ce qui se passait.<\/p>\n<p>D\u2019abord, il y a eu la souffrance morale, une solitude plomb\u00e9e, d\u00e9sertique, inhumaine d\u2019o\u00f9 j\u2019ai cru ne jamais pouvoir sortir&#8230; puis s\u2019est fait un chemin vers le monde perdu de la vie par l\u2019\u00e9criture (seule possibilit\u00e9 dans ce tabou social). Une traduction de l\u2019abject, son inscription dans la r\u00e9alit\u00e9 aveugle. Une trace pour d\u00e9noncer au niveau personnel, \u00e0 moi-m\u00eame, le tabou. Celui-ci \u00e9tait d\u2019une densit\u00e9 qui n\u2019avait d\u2019\u00e9gal que l\u2019aplomb sans failles que cet homme avait \u00e0 nier son attitude et les faits, \u00e0 faire &laquo;&nbsp;comme si de rien n\u2019\u00e9tait&nbsp;&raquo;. Si d\u00e9stabilisant que j\u2019en arrivais \u00e0 douter de moi, ce qui \u00e9tait \u00e9videmment le but recherch\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9crire, \u00e7a m\u2019a permis de me rendre compte que c\u2019\u00e9tait presque tout le temps, que \u00e7a se r\u00e9p\u00e9tait sans cesse, de plus en plus souvent, de plus en plus fort. Un vrai harc\u00e8lement.<\/p>\n<p>Tout seul, on s\u2019en sort pas. Je ne vivais plus que sous son regard qui me condamnait en permanence, me reprochait tout. Ma souffrance n\u2019avait aucun \u00e9cho, comme si elle n\u2019existait pas et moi avec. Totalement invisibles.<\/p>\n<p>J\u2019avais int\u00e9gr\u00e9 son discours et ressentais que c\u2019\u00e9tait de ma faute, que c\u2019\u00e9tait moi le probl\u00e8me&#8230; alors j\u2019essayais sans cesse de le r\u00e9gler, de m\u2019adapter, de faire mieux en encaissant tout en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>\u00c9PUISANT. FAUX. MORTEL.<\/p>\n<p>Le premier pas du retour \u00e0 la vie, \u00e0 la force de vivre \u00e7a a \u00e9t\u00e9 d\u2019arriver \u00e0 le dire. Et c\u2019est \u00e0 l\u2019h\u00f4pital que c\u2019est arriv\u00e9.<\/p>\n<p>Pour cette brochure, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u2019accord de t\u00e9moigner mais c\u2019\u00e9tait difficile \u00e0 faire. Alors, avec des copines, on a fait un entretien. Il est partiellement reproduit ci-dessous, enrichi de commentaires venus avec le recul de la relecture. C\u2019est le fil rouge.<\/p>\n<p>Je veux exprimer quelque chose de tous ces petits rien apparemment inoffensifs qui agissent aussi s\u00fbrement qu\u2019un poison en goutte \u00e0 goutte, et qui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019asphyxie. La personnalit\u00e9 et la volont\u00e9 propre sont de plus en plus affaiblies devant toutes les \u00e9preuves \u00e0 surmonter. Elles s\u2019additionnent chaque jour. Il faut du temps, du courage pour s\u2019en sortir et pouvoir un jour revivre sans que la violence et son ombre, la peur (ou leurs cons\u00e9quences) monopolisent toute l\u2019\u00e9nergie vitale, occupent chaque instant de la vie.<\/p>\n<p>C\u2019est difficile parce que sur le moment, je voulais juste que \u00e7a s\u2019arr\u00eate, j\u2019aurais voulu avoir le temps de me reposer, de reprendre des forces pour me d\u00e9fendre. C\u2019est l\u00e0 que les amis et les foyers d\u2019accueil sont indispensables.<\/p>\n<p>En partageant mon histoire, je veux dire comment on peut se faire stupidement avoir, comment l\u2019\u00e9viter, comment on s\u2019en sort. Je veux donner des pistes pour \u00e9viter ces probl\u00e8mes-l\u00e0.<\/p>\n<p>Mon erreur de d\u00e9part\u00a0: j\u2019ai surtout oubli\u00e9 de m\u2019\u00e9couter et de me faire confiance contre l\u2019avis de mon agresseur.<\/p>\n<p>Lui, je ne veux pas en parler et quand je dois le mentionner dans mon r\u00e9cit, je ne sais comment le nommer pour \u00e9chapper \u00e0 tous ces noms puants et durs qui me viennent \u00e0 l\u2019esprit quand il me faut penser \u00e0 lui, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de m\u2019en tenir \u00e0 &nbsp;&raquo; l\u2019ex&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;il&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>Je te pose l\u00e0 une question sur votre rencontre, l\u2019id\u00e9e n\u2019\u00e9tant pas de faire l\u2019apologie de celle-ci. Aussi pour savoir si tu l\u2019as senti direct cette violence ou si un matin tu t\u2019es r\u00e9veill\u00e9e en te disant \u00ab\u00a0je suis o\u00f9\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est dur d\u2019en parler.<\/p>\n<p>Y avait des copains qui avaient fait un truc super sympa dans ma ville et \u00e7a me plaisait bien, \u00e7a me rendait heureuse parce qu\u2019ils avaient r\u00e9ussi ce coup-l\u00e0. Je passais des fois les voir, les f\u00e9liciter, les encourager, toujours heureuse que tout aille bien. Mais plus tard, la situation a commenc\u00e9 \u00e0 se g\u00e2ter pour eux-elles et la cr\u00e9ation d\u2019un comit\u00e9 de soutien a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire. Je me suis impliqu\u00e9e pour les soutenir car leur action \u00e9tait vraiment embl\u00e9matique et hyper bien. C\u2019\u00e9tait un truc parfait. En total accord avec mes id\u00e9aux libertaires.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019ex, je l\u2019avais jamais vu avant ou alors vraiment pas remarqu\u00e9. Quand je m\u2019en \u00e9tonnais, plus tard, mes potes m\u2019ont dit que \u00e7a faisait un bail qu\u2019il squattait dans le coin. Moi je l\u2019avais juste jamais remarqu\u00e9, ce mec. Pas davantage qu\u2019une autre personne.<\/p>\n<p>Quand on s\u2019est retrouv\u00e9s dans des petits groupes de travail, je l\u2019ai vu davantage. Mais en fait je l\u2019envisageais pas en dehors du groupe, \u00e0 la base.<\/p>\n<p>En tous cas, tu l\u2019as conscientis\u00e9 \u00e0 ce moment.<\/p>\n<p>Oui. D\u2019abord, quand on a fait des groupes et sous-groupes de travail, lui et moi on \u00e9tait m\u00eame pas dans les m\u00eames. Puis il s\u2019est mis dans un, puis deux groupes o\u00f9 j\u2019\u00e9tais. Un jour on s\u2019est retrouv\u00e9s \u00e0 quelques-uns chez lui pour discuter. Il m\u2019a donn\u00e9 l\u2019impression d\u2019\u00eatre un mec un peu plus r\u00e9veill\u00e9 que les autres qui semblaient plus \u00e2g\u00e9s ou plus r\u00e9serv\u00e9s. On a pu rigoler, il \u00e9tait dr\u00f4le, genre humour noir. \u00c7a se passait bien\u2026 mais sans plus. Tr\u00e8s vite, il a voulu me voir, il voulait un rdv. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s active, occup\u00e9e, j\u2019ai refus\u00e9. Pas de temps pour \u00e7a. J\u2019y avais m\u00eame jamais pens\u00e9. Ensuite, lorsque le climat s\u2019est calm\u00e9, que j\u2019\u00e9tais plus d\u00e9tendue, j\u2019ai accept\u00e9 un rdv. D\u2019abord j\u2019avais refus\u00e9 3-4 fois. Mais bon, il rendait son attention et son insistance flatteuses.<\/p>\n<p>Pourquoi t\u2019avais refus\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>J\u2019en avais pas envie. Je vivais seule avec mon fils. Je voulais pas de copain au quotidien. \u00c7a ne m\u2019int\u00e9ressait pas. J\u2019avais une histoire ailleurs, quelqu\u2019un que je voyais de temps en temps. Par contre, \u00e7a me faisait du bien de mettre mon \u00e9nergie dans le projet collectif o\u00f9 je le croisais accessoirement\u00a0: c\u2019\u00e9tait dynamique, joyeux, actif. Je me sentais bien. Je voulais pas casser \u00e7a. En fait c\u2019\u00e9tait bien comme \u00e7a, c\u2019est tout.<\/p>\n<p>Mais j\u2019ai accept\u00e9. Clair que c\u2019est un mauvais d\u00e9part pour une relation, mais je ne cherchais pas une relation alors j\u2019ai pas fais gaffe. IL NE FAUT JAMAIS ACCEPTER QUELQUE CHOSE PARCE QUE \u00c7A T\u2019EST IMPOS\u00c9, surtout si tu as clairement dit NON \u00e0 cette chose.<\/p>\n<p>Parce que quelque part s\u2019il avait pas insist\u00e9 autant, y aurait pas eu. C\u2019est une toute petite chose, on dirait que c\u2019est rien mais c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une forme de harc\u00e8lement. Maintenant je le comprends. Sur le moment, je l\u2019ai pas vu. Parce que \u00e7a se passait dans un contexte entre potes o\u00f9 l\u2019ambiance \u00e9tait monstre bonne, dynamique, positive, \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re d\u2019un comportement abusif. Nos discours et actions s\u2019orientaient toutes vers la r\u00e9sistance, le respect des \u00eatres et de l\u2019environnement, l\u2019autogestion.<\/p>\n<p>Encore une fois, c\u2019\u00e9tait cool, sans histoires. Je me sentais libre. Alors, il n\u2019y avait pas de place pour la m\u00e9fiance. Dans un pareil climat, moi, \u00e0 force de refuser ses demandes de rdv, j\u2019ai fini par me sentir un peu vache avec lui. Il y avait comme un d\u00e9calage aussi\u00a0: je refusais simplement, clairement et pourtant, il insistait toujours. Alors sur le moment, j\u2019ai fait une autre erreur\u00a0: je lui ai expliqu\u00e9 pourquoi je disais non\u00a0: pas le temps, pas l\u2019envie etc&#8230; Comme il insistait toujours, je finissais par lui dire &laquo;&nbsp;peut-\u00eatre une autre fois&nbsp;&raquo; juste pour pas \u00eatre trop rude je croyais. En fait, ce qui se passait c\u2019est tout autre chose\u00a0: c\u2019\u00e9tait le d\u00e9but de ce qui a continu\u00e9 ensuite. Il \u00e9tait extr\u00eamement lourd en insistant comme \u00e7a, et moi je savais plus quoi faire. Il refusait d\u2019entendre le NON que je lui r\u00e9pondais.<\/p>\n<p>Alors quand je finissais par lui dire &laquo;&nbsp;peut-\u00eatre une autre fois&nbsp;&raquo; c\u2019\u00e9tait juste pour que \u00e7a s\u2019arr\u00eate. Pour qu\u2019il me l\u00e2che. Et \u00e7a marchait, apr\u00e8s il me laissait jusqu\u2019\u00e0 la prochaine r\u00e9u.<\/p>\n<p>Mais \u00e7a marchait parce que \u00e7a lui convenait\u00a0: j\u2019avais mis le doigt dans un engrenage. Je me sentais plus pareille\u00a0: de la femme libre que j\u2019\u00e9tais, je devenais celle qui lui doit un truc, un rdv.<\/p>\n<p>Moi, je voulais juste pas casser l\u2019ambiance. Pas freiner ce qu\u2019on faisait en collectif par ces histoires.<\/p>\n<p>Pour qu\u2019il me l\u00e2che, je sentais que j\u2019aurais d\u00fb me montrer tr\u00e8s dure puisqu\u2019il comprenait pas quand je lui disais simplement non, \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Mais, \u00e0 priori, aucune raison d\u2019\u00eatre rude non plus\u00a0: il souriait, s\u2019exprimait avec la plus grande suavit\u00e9. En vrai, ce mec, il me semblait un peu con ou limite niais, il souriait comme un cur\u00e9 et parlait avec une voix EXTR\u00caMEMENT douce, m\u00eame doucereuse&#8230;<\/p>\n<p>Alors, d\u2019embl\u00e9e, si je me f\u00e2chais un peu, j\u2019avais l\u2019impression que personne allait comprendre.<\/p>\n<p>Tout \u00e7a ne tenait pas la route.<\/p>\n<p>Son refus d\u2019entendre et d\u2019accepter ma r\u00e9ponse (mon non), ne collait pas avec ses discours humanistes, militants, alter mondialiste etc&#8230; emprunts de la notion de respect. Son insistance me faisait violence. J\u2019ignorais que son sourire et ses paroles masquaient un pr\u00e9dateur. Il cherchait et testait sa proie.<\/p>\n<p>Ce qui est tr\u00e8s significatif c\u2019est un processus qui se reproduira et s\u2019amplifiera tout au long de l\u2019horrible relation que j\u2019ai eue avec lui. \u00c0 chaque fois il ne prendra pas en compte ma r\u00e9ponse r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et cela me mettra mal \u00e0 l\u2019aise. Je chercherai toujours \u00e0 &laquo;&nbsp;faire autrement&nbsp;&raquo; pour m\u2019en sortir et je finirais par b\u00e2cher pour passer \u00e0 autre chose, arr\u00eater de me prendre la t\u00eate. Par la suite, le sc\u00e9nario\u00a0: &nbsp;&raquo; harc\u00e8lement \u2013 protestation jamais entendues \u2013 \u00e9crasement&nbsp;&raquo; s\u2019est d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 toutes les sauces.<\/p>\n<p>Rapidement, j\u2019\u00e9tais devenue moins spontan\u00e9e dans le groupe. J\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 me faire moins remarquer. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 moins prendre la parole aussi. Juste pour qu\u2019il m\u2019oublie.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, je m\u2019oubliais moi-m\u00eame. Je ME laissais tomber. J\u2019\u00e9teignais un peu tout ce qui faisait ma vie, mon \u00e9lan. Mais je ne m\u2019en rendais pas compte. C\u2019\u00e9tait juste l\u2019instinct de survie. Je me planquais. Je me montrais moins moi-m\u00eame pour ne pas attirer son attention. C\u2019\u00e9tait pas facile parce que je me sentais tr\u00e8s bien dans le groupe et j\u2019avais envie de mettre plein d\u2019\u00e9nergie dans ce qu\u2019on faisait.<\/p>\n<p>Le 1er rdv au caf\u00e9 a \u00e9t\u00e9 un peu \u00e9trange car il m\u2019a confi\u00e9 des histoires tr\u00e8s intimes tout de suite. Pour moi, il s\u2019agissait d\u2019une petite heure en vitesse, &laquo;&nbsp;pour que ce soit fait&nbsp;&raquo;. Vite, il me surprend par des confidences sur sa famille. J\u2019en ai rien \u00e0 cirer mais je me dis qu\u2019il doit avoir besoin de parler. Je me dis aussi qu\u2019il a un probl\u00e8me. Je m\u2019en fous. \u00c7a ne m\u2019int\u00e9resse pas. Il ne m\u2019int\u00e9resse pas. Mais j\u2019ai rien contre lui non plus, alors je me d\u00e9voue, je l\u2019\u00e9coute. Il n\u2019y a d\u00e9j\u00e0 aucune place pour moi dans cette rencontre, \u00e0 part celle qu\u2019il m\u2019impose\u00a0: accepter le rdv et l\u2019\u00e9coute. Il fait passer son histoire, son v\u00e9cu, avant ce que nous pourrions d\u00e9couvrir l\u2019un de l\u2019autre. Je ne m\u2019exprime pas, je suis en mode mineur.<\/p>\n<p>Je n\u2019aurai pas d\u00fb \u00e9couter ses histoires, me laisser prendre mon temps pour avoir la paix. La seule alternative aurait \u00e9t\u00e9 de l\u2019envoyer balader, en lui disant que ses histoires j\u2019en avait rien \u00e0 foutre. Mais apr\u00e8s avoir accept\u00e9 le rdv, \u00e7a aurait pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s cool. Alors je me suis \u00e9cras\u00e9e.<\/p>\n<p>ERREUR\u00a0! NE JAMAIS S\u2019\u00c9CRASER PARCE QUE QUELQU\u2019UN NOUS SUPPORTERAIT PAS COMME ON EST.<\/p>\n<p>Il me parle donc de la relation entre ses parents de milieu petit-bourgeois. Je ne les connaissais m\u00eame pas. J\u2019ai pas envie de savoir. \u00c7a ne me regarde pas. Moi, j\u2019allais juste boire un pot avec ce mec pour qu\u2019il me l\u00e2che. Comme il semblait un peu b\u00eate et tr\u00e8s gentil, je voulais pas lui faire de mal (c\u2019est un comble vu la suite).<\/p>\n<p>Maintenant je me dis que ce qu\u2019il m\u2019a racont\u00e9, \u00e7a ressemble \u00e0 des trucs que j\u2019ai v\u00e9cu avec lui ensuite. Et \u00e7a c\u2019est tordu, comme exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Ensuite, il y a eu d\u2019autres fois.<\/p>\n<p>Parce que d\u2019apr\u00e8s lui, au premier rdv je m\u2019\u00e9tais &laquo;&nbsp;enfuie comme une voleuse&nbsp;&raquo;. Pourtant je l\u2019avais pr\u00e9venu que j\u2019allais travailler ensuite, un horaire \u00e0 tenir. Il m\u2019a fait sentir que c\u2019\u00e9tait un peu un rdv au rabais, que c\u2019\u00e9tait un peu ma faute&#8230; Il insistait, on s\u2019est revus. Chaque fois, c\u2019\u00e9tait pareil\u00a0: je chopais cette impression d\u2019\u00eatre pas tr\u00e8s cool avec lui, d\u2019\u00eatre fautive d\u2019un petit truc&#8230; bref, j\u2019\u00e9tais toujours mal \u00e0 l\u2019aise. Il me mettait mal \u00e0 l\u2019aise. Ses sollicitations, son attention extr\u00eame pour moi, comme si j\u2019\u00e9tais tout pour lui&#8230; me d\u00e9routaient. Il se montrait triste que je sois si peu concern\u00e9e, si peu quelque chose ou trop quelque chose d\u2019autre.<\/p>\n<p>Trop press\u00e9e, trop seule, trop rapide&#8230; si peu disponible, si peu ouverte ou cool&#8230;<\/p>\n<p>Bref, d\u00e8s le d\u00e9part, sans que je m\u2019en aper\u00e7oive, il me faisait toujours de petites remarques qui toutes, tendaient \u00e0 me faire sentir un petit reproche masqu\u00e9. En bref\u00a0: j\u2019\u00e9tais jamais comme j\u2019aurai d\u00fb \u00eatre selon lui. Mais c\u2019\u00e9tait si l\u00e9ger, emball\u00e9 dans tant de sourires, de mines confites, de beaux discours rebelles etc&#8230; que je ne m\u2019en apercevais pas. Il y avait juste&#8230; ce petit malaise, ce petit sentiment de culpabilit\u00e9 sous-jacent qu\u2019il arrivait \u00e0 imposer \u00e0 notre relation et qu\u2019il allait s\u2019employer \u00e0 faire cro\u00eetre d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>Moi, je ne me doutais de rien et je voulais juste \u00e9viter qu\u2019il se sente mal. Je le connaissais pas. Je voulais juste lui montrer que j\u2019avais rien contre lui.<\/p>\n<p>\u00c0 chaque occasion il me pi\u00e9geait un peu plus. Il avait toujours des demandes, des attentes que je ne pouvais pas forc\u00e9ment satisfaire. Plus tard il m\u2019accusera de \u00e7a aussi. Pourtant c\u2019est lui qui installait la d\u00e9pendance dans la relation. Quand je refusais quelque chose en raison de ne pas y arriver seule, il insistait et se moquait de moi\u00a0: &laquo;&nbsp;tu n\u2019es pas seule, arr\u00eate de penser comme si tu \u00e9tais seule, je suis l\u00e0.&nbsp;&raquo; Ensuite, quand je lui rappelais nos accords et lui demandait son aide, il se moquait et me disait d\u2019arr\u00eater d\u2019\u00eatre d\u00e9pendante comme \u00e7a, qu\u2019il peut pas tout faire etc&#8230; me mettant souvent dans des situations tr\u00e8s compliqu\u00e9es. En tout c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a\u00a0: par exemple, c\u2019est presque toujours lui qui conduisait mon v\u00e9hicule. Moi, j\u2019avais vraiment l\u2019impression que j\u2019y arrivais moins bien ou pas&#8230; alors que je conduis depuis longtemps sans aucun probl\u00e8me. Autre chose\u00a0: souvent, quand il conduisait seul, il se faisait flasher au radar. Et s\u2019il payait l\u2019amende, c\u2019est moi qui \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9e comme fautive, cr\u00e9ant des pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>Quand il y avait une sortie, fallait y aller ensemble. J\u2019avais toujours l\u2019impression que j\u2019aurai pas pu y aller seule. En gros c\u2019\u00e9tait\u00a0: avec lui ou pas de sortie. Ou\u00a0: si je sortais, c\u2019\u00e9tait obligatoirement avec lui.<\/p>\n<p>En fait, je pouvais plus rien faire sans lui. D\u2019ailleurs quand par hasard, je me comportais comme d\u2019hab. c\u2019est-\u00e0-dire librement, et qu\u2019il me croisait avec des amis ou que je sortais sans lui, il tirait la gueule, rancunier et sans rien dire.<\/p>\n<p>Tout cela \u00e9tait v\u00e9cu, mais jamais dit. Jamais il ne m\u2019a interdit de sortir, il faisait juste des reproches tout le temps ou des remarques assez vives m\u00eame si elles \u00e9taient faites sur le ton de la d\u00e9conne. Dans ces cas-l\u00e0, je lui r\u00e9pondais franchement ce que j\u2019en pensais. J\u2019ai m\u00eame d\u00fb lui rappeler souvent que je me sentais libre de faire ce que je voulais et que je pouvais en d\u00e9cider seule. Sur le moment, je voulais juste \u00eatre claire, lui expliquer qui j\u2019\u00e9tais parce qu\u2019on se connaissait pas.<\/p>\n<p>Maintenant je me dis que le seul fait d\u2019avoir eu \u00e0 l\u2019expliquer plusieurs fois, c\u2019\u00e9tait suspect.<\/p>\n<p>Quand on sortait, il me poussait \u00e0 boire. Je le remarquais. Je savais pas pourquoi il faisait \u00e7a. Maintenant je me dis que c\u2019\u00e9tait pour que je me tape la honte. Quand on dansait, un truc m\u2019avait choqu\u00e9e\u00a0: plusieurs fois, il a essay\u00e9 de me balancer dans le d\u00e9cor, de me d\u00e9stabiliser pour que je tombe. Un tas de situations bizarres o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 prend le petit air d\u00e9cal\u00e9 d\u2019une 4\u00e8me dimension de s\u00e9rie Z. Je trouvais \u00e7a bizarre ou abusif, mais c\u2019\u00e9tait si gros, et lui, il \u00e9tait toujours aussi calme et souriant que je ne pouvais que douter de moi et penser que j\u2019exag\u00e9rais.<\/p>\n<p>C\u2019est un mec dans la quarantaine. Vu ses engagements affich\u00e9s et ses discours, c\u2019\u00e9tait hallucinant que je doive lui rappeler mes droits. Je pensais \u00e0 chaque fois que c\u2019\u00e9tait r\u00e9gl\u00e9, qu\u2019il pouvait comprendre. Mais en r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019int\u00e9grait pas du tout mon avis. Il n\u2019a jamais entendu que ce qu\u2019il voulait entendre. Il l\u00e2chait pas, jamais, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il m\u2019ait amen\u00e9e \u00e0 faire une concession, aussi minime soit-elle, en direction de ce qu\u2019il cherchait \u00e0 m\u2019imposer. Pour lui, je n\u2019existais pas.<\/p>\n<p>Mon avis n\u2019a jamais compt\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui a \u00e9t\u00e9 le plus attaqu\u00e9 puis rendu impossible\u00a0: la libert\u00e9. Tout \u00e9tait fait pour m\u2019avoir constamment \u00e0 port\u00e9e, ou tenter d\u2019influencer ma vie. Je ne le voyais pas. C\u2019\u00e9tait que des d\u00e9tails, \u00e7a semblait pas trop important.<\/p>\n<p>Et puis, les discussions, avec lui, c\u2019\u00e9tait vraiment pas \u00e7a. D\u00e8s que \u00e7a lui plaisait pas, il se taisait. Alors moi je b\u00e2chais. Apr\u00e8s tout, je m\u2019en foutais un peu de ses conneries, \u00e7a prenait trop de place dans ma vie, je voulais pas y pr\u00eater trop attention.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9l\u00e8ve seule mon fils et \u00e7a prend du temps au quotidien. Je pr\u00e9f\u00e9rais en donner pour \u00e7a plut\u00f4t que de me prendre la t\u00eate avec des petits d\u00e9tails bizarres et d\u00e9sagr\u00e9ables. D\u2019ailleurs, on pouvait rien r\u00e9gler avec ce mec, ni par la discussion ni par la protestation. M\u00eame le silence ne servait \u00e0 rien. Tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 m\u2019accuser d\u2019un truc ou d\u2019un autre.<\/p>\n<p>Alors bon, lui, il \u00e9tait juste un petit \u00e9l\u00e9ment dans une vie qui allait plut\u00f4t bien m\u00eame si c\u2019\u00e9tait celle d\u2019une c\u00e9libataire avec enfant. J\u2019avais un boulot int\u00e9ressant, une situation sociale valorisante, des potes, une chouette relation avec mon fils, un appart bon march\u00e9, centr\u00e9, et le temps de m\u2019investir dans certaines actions militantes. Lui, il utilisait le fait d\u2019appartenir au m\u00eame milieu pour s\u2019imposer.<\/p>\n<p>Comme s\u2019il symbolisait un endroit o\u00f9 tu te sentais bien\u00a0?<\/p>\n<p>Oui, et assez vite c\u2019est le r\u00f4le qu\u2019il s\u2019est donn\u00e9. C\u2019\u00e9tait implicite.<\/p>\n<p>D\u2019abord, il avait investi les m\u00eames groupes que moi, puis on a commenc\u00e9 \u00e0 sortir ensemble, \u00e0 force de rdv accord\u00e9s. Je me suis laiss\u00e9e faire. Il disait des trucs comme &laquo;&nbsp;Faut pas rester toute seule comme \u00e7a&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Tu as le droit de vivre un peu&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Prends le temps de vivre&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Sors un peu&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Ton fils sera content de voir sa maman heureuse&nbsp;&raquo;&#8230;<\/p>\n<p>Comme je me remets facilement en question, je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9&#8230; juste parce que je n\u2019avais jamais pens\u00e9 trop \u00e0 moi-m\u00eame et que j\u2019\u00e9tais toujours en train de me battre et de me d\u00e9fendre dans la vie. J\u2019ai pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019attrait de ce plaisir dont il me parlait&#8230; Moi, je vivais comme je pouvais mais sans probl\u00e8mes absolument vitaux, et lui, en gros il est venu me sugg\u00e9rer que j\u2019\u00e9tais seule, sans copains, sans d\u00e9fense, sans aide, que j\u2019\u00e9tais tellement occup\u00e9e que j\u2019avais peu de temps pour mon enfant, que nous pouvions avoir une vie plus gaie, que je devais sortir davantage, que je loupais toutes les f\u00eates, expos, concerts&#8230; qu\u2019il suffisait que je m\u2019accorde un peu de bon temps&#8230; avec lui.<\/p>\n<p>Bref&#8230; du blabla gros comme \u00e7a. Une fille de quinze ans l\u2019aurait envoy\u00e9 se faire voir, moi, j\u2019ai rien vu venir.<\/p>\n<p>Il disait rien frontalement&#8230; il faisait juste sentir, tout \u00e9tait vague, sugg\u00e9r\u00e9, mais surtout R\u00c9P\u00c9T\u00c9.<\/p>\n<p>Je me suis laiss\u00e9e persuader peu \u00e0 peu. C\u2019est pas explicable, c\u2019est pas raisonnable. C\u2019\u00e9tait pas toujours d\u00e9sagr\u00e9able et surtout \u00e7a venait de qqn qui partageait beaucoup de mes id\u00e9aux. Ces attitudes-l\u00e0 \u00e9taient envelopp\u00e9es de beaux discours th\u00e9oriques, de coups d\u2019\u00e9clats collectifs. Je le croyais simplement parce qu\u2019il s\u2019impliquait dans la d\u00e9fense des mal-log\u00e9s, des sans-papiers, de l\u2019environnement, de l\u2019\u00e9cologie, de l\u2019auto-construction, qu\u2019il avait des avis sur la violence, la non-violence, la r\u00e9sistance, la justice, l\u2019injustice, la condition des hommes, des femmes.<\/p>\n<p>Tout \u00e7a a agi sur moi comme un conditionnement sournois que je n\u2019ai pas pris au s\u00e9rieux parce qu\u2019il \u00e9tait fait d\u2019une voix douce par un homme souriant.<\/p>\n<p>Pourtant son attitude \u00e9tait compl\u00e8tement archa\u00efque. Machiste. Paternaliste. Une totale application pratique du patriarcat le plus basique.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019au moment o\u00f9 j\u2019ai su qu\u2019il me faisait vraiment du mal, il a peu \u00e0 peu pris de l\u2019assurance et ne prenait m\u00eame plus la peine de me cacher son m\u00e9pris et sa m\u00e9chancet\u00e9 dans le priv\u00e9. Moi, je m\u2019effondrais de plus en plus et comme je perdais mes forces, je pouvais de moins en moins me d\u00e9fendre. Un effroyable cercle vicieux.<\/p>\n<p>Tout \u00e9tait bon pour m\u2019isoler des autres. Dans les groupes, par exemple\u00a0: un jour il m\u2019a fait sentir que c\u2019\u00e9tait son domaine. Il refusait d\u00e9sormais d\u2019en parler avec moi, comme si le sujet lui appartenait. Comme si je n\u2019y connaissais rien et qu\u2019il savait mieux y faire. C\u2019\u00e9tait TR\u00c8S VIOLENT. D\u00e8s qu\u2019il en \u00e9tait question, il devenait tr\u00e8s dur, tr\u00e8s cruel verbalement avant de refuser toute discussion et de se murer dans un silence total, avec regard noir col\u00e9rique et attitude de reproche indign\u00e9. Sans aucune explication. J\u2019avais jamais connu un truc pareil. J\u2019y comprenais rien. Je pensais qu\u2019il n\u2019avait pas confiance en moi. Ce qui \u00e9tait s\u00fbr c\u2019est que \u00e7a semblait EXTR\u00caMEMENT IMPORTANT pour lui, genre vital, puisque tellement violent. Je me suis dit qu\u2019il pouvait peut-\u00eatre pas m\u2019expliquer pourquoi. Qu\u2019il y avait un enjeu super important l\u00e0 derri\u00e8re et que, pour je ne sais quelle raison, je ne devais pas le savoir&#8230; Et surtout je me suis dit que le plus important, c\u2019\u00e9taient les projets sur lesquels on travaillait. \u00c0 l\u2019\u00e9poque des histoires \u00e9taient sorties qui avaient accentu\u00e9 le climat parfois parano de ce milieu. C\u2019est la seule vague raison que j\u2019aie pu imaginer. Alors, pour le rassurer, j\u2019ai d\u00e9sert\u00e9 l\u2019affaire. Apr\u00e8s tout, il y avait assez de monde. On n\u2019avait plus besoin de moi.<\/p>\n<p>L\u00e0 tu parles de lui ou des autres personnes du groupe\u00a0?<\/p>\n<p>Clairement de lui. Je n\u2019ai pas senti de changements d\u2019attitude envers moi dans le groupe. Mais lui, au priv\u00e9, je sens que c\u2019est sa chasse gard\u00e9e, son territoire, son domaine. \u00c7a me surprend. J\u2019ignore pourquoi mais ses r\u00e9actions \u00e9taient tr\u00e8s fortes.<\/p>\n<p>Il s\u2019opposait totalement \u00e0 ce que j\u2019en parle mais en m\u00eame temps, il ne reconnaissait pas son attitude, ce qui lui permettait d\u2019\u00e9viter d\u2019avoir \u00e0 me l\u2019expliquer. \u00c7a m\u2019a d\u00e9boussol\u00e9e. Je savais pas quoi faire avec la virulence soudaine de son attitude. \u00c7a se passait entre nous, au priv\u00e9. Toujours avant les r\u00e9u o\u00f9 tr\u00e8s vite je n\u2019ai plus assist\u00e9, compl\u00e8tement cass\u00e9e \u00e0 l\u2019avance. En public, assez longtemps, il est rest\u00e9 doux envers moi. Ensuite \u00e7a a chang\u00e9\u00a0: il insistait toujours pour que je l\u2019accompagne, mais en public, il m\u2019ignorait totalement. Je n\u2019avais plus qu\u2019\u00e0 faire la potiche. Moi, de toute fa\u00e7on, j\u2019\u00e9tais \u00e9puis\u00e9e.Toute autre attitude l\u2019irritait et j\u2019en faisais les frais ensuite.<\/p>\n<p>\u00c0 priori, je le prenais comme il \u00e9tait, parce que tout le monde n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre comme moi ou d\u2019avoir les m\u00eames convictions ou comportement pour que je le respecte ou le tol\u00e8re. Il avait toujours l\u2019air d\u2019un paum\u00e9 un peu limit\u00e9, mais je savais qu\u2019il avait fait de hautes \u00e9tudes dans un domaine complexe. Chacun son chemin. Je me disais que c\u2019\u00e9tait un farfelu. J\u2019avais rien contre \u00e7a. Je ne me m\u00e9fiais pas.<\/p>\n<p>Du coup, je me suis \u00e9teinte un petit peu.<\/p>\n<p>J\u2019ai remplac\u00e9 l\u2019action collective par les petites bi\u00e8res en t\u00eate \u00e0 t\u00eate \u00e0 parler de rien ou \u00e0 l\u2019entendre me dire combien j\u2019allais \u00eatre heureuse avec lui ou \u00e0 le regarder lire son journal. BOF<\/p>\n<p>J\u2019en parle maintenant avec recul, mais sur le coup, j\u2019\u00e9tais d\u00e9sorient\u00e9e. Ces r\u00e9flexions me sont venues par la suite, suite aux violences plus \u00e9videntes. Sur le moment j\u2019\u00e9tais compl\u00e8tement d\u00e9sempar\u00e9e. J\u2019\u00e9tais et je veux rester quelqu\u2019un qui respecte l\u2019autre dans son \u00eatre et pas dans son para\u00eetre.<\/p>\n<p>J\u2019aurais d\u00fb insister pour qu\u2019il me donne explication de son rejet. Juste le fait que je lui parle des groupes o\u00f9 on s\u2019\u00e9tait connus, \u00e7a suffisait \u00e0 le rendre mauvais<\/p>\n<p>Mon erreur \u00e7a a \u00e9t\u00e9 de pas m\u2019arr\u00eater \u00e0 tous ces petits signes. Mais d\u00e9j\u00e0, il m\u2019\u00e9tait impossible de m\u2019en d\u00e9barrasser. C\u2019\u00e9tait de l\u2019ordre du harc\u00e8lement. D\u00e8s le d\u00e9part, j\u2019ai juste agi pour avoir la paix, pour que \u00e7a se passe le mieux possible.<\/p>\n<p>Mais y a surtout un instinct qu\u2019on ne doit jamais perdre, un truc qui dit fort\u00a0:<\/p>\n<p>&laquo;&nbsp;ATTENTION, ATTENTION \u00c0 MOI\u00a0!&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>Tu penses qu\u2019\u00e0 ce moment l\u00e0 tu as \u00ab\u00a0perdu\u00a0\u00bb cet instinct\u00a0?<\/p>\n<p>Oui. Enfin pas totalement. J\u2019ai remarqu\u00e9 tous ces petits trucs. Ce que j\u2019ai perdu c\u2019est la confiance en moi. Celle qui me dit que j\u2019ai raison de trouver \u00e7a bizarre, malsain. Celle qui dit que je ne dois jamais laisser personne me traiter comme \u00e7a et qui assure le respect de tout mon \u00eatre.<\/p>\n<p>Je n\u2019aurais jamais d\u00fb le laisser faire. J\u2019aurais mieux fait de me montrer violente, radicale, de l\u2019envoyer balader verbalement et si \u00e7a suffisait pas, physiquement, devant les potes.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas voulu le faire pour ne pas choquer le groupe. Je ne savais pas ce qu\u2019on pensait de lui. Je le voyais juste si impliqu\u00e9, si souriant, si mesur\u00e9&#8230; que je pensais qu\u2019on allait me d\u00e9tester et me foutre dehors.<\/p>\n<p>Maintenant, c\u2019est diff\u00e9rent. Je sais qu\u2019\u00e0 terme, \u00e7a devient une question de vie ou de mort, tous ces petits d\u00e9tails qui semblent pas bien importants.<\/p>\n<p>Je mets l\u2019accent sur les d\u00e9tails du d\u00e9but parce que je pense que dans une relation violente tout se joue tr\u00e8s t\u00f4t. C\u2019est d\u00e9s le d\u00e9but que s\u2019installe un engrenage que pas mal de femmes et quelques hommes finissent trop souvent par payer de leur vie, au propre ou au figur\u00e9.<\/p>\n<p>Parce que la violence n\u2019est pas seulement physique. Loin de l\u00e0. La violence physique n\u2019est qu\u2019un aspect des multiples fa\u00e7ons de priver l\u2019autre de son droit sur lui-m\u00eame, de ses envies d\u2019\u00eatre en vie. Et c\u2019est l\u00e0 que \u00e7a touche au sexisme\u00a0: cette diff\u00e9rence physique et banale sur laquelle certains s\u2019appuient pour d\u00e9cider d\u2019un pouvoir d\u2019un sexe sur l\u2019autre. Discrimination encore actuelle qui explique le nombre plus important de femmes victimes de violence que d\u2019hommes. Parce que les hommes, dans une soci\u00e9t\u00e9 sexiste patriarcale, sont encore implicitement autoris\u00e9s (quand ce n\u2019est pas encourag\u00e9s) par cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 se servir de la force, qualit\u00e9 virile et martiale qui est refus\u00e9e aux femmes. Dans une telle soci\u00e9t\u00e9, la femme qui se d\u00e9fend a toujours tort. Selon ses actions, on la dit trop f\u00e9minine, ou trop masculine. Trop ou pas assez. Comme dans mon histoire. Mais elle est attaqu\u00e9e dans sa condition, ce qu\u2019elle ne peut nier. Son sexe.<\/p>\n<p>En tous les cas, il est toujours trop souvent admis qu\u2019elle a tort et qu\u2019elle m\u00e9rite ce qui lui arrive.<\/p>\n<p>Et moi qui croyais que tout \u00e7a c\u2019\u00e9tait fini ou que \u00e7a n\u2019arrivait qu\u2019\u00e0 celles et ceux qui n\u2019ont pas conscience des enjeux politiques de toute domination.<\/p>\n<p>Je n\u2019avais jamais \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 aucune domination et les rares essais ont toujours tourn\u00e9 court. Je parle l\u00e0 de domination cibl\u00e9e sur ma seule personne. \u00c7a veut pas dire qu\u2019il m\u2019est jamais rien arriv\u00e9. Mais si c\u2019est un gros rustre qui me coince ou m\u2019insulte, la r\u00e9action se fait pas attendre. Je me d\u00e9fends instinctivement et je m\u2019en suis toujours sortie sans probl\u00e8me. Au pire, je laisse pisser et je m\u2019\u00e9loigne.<\/p>\n<p>Par contre, cet esp\u00e8ce de lente asphyxie de l\u2019\u00eatre, cette privation syst\u00e9matique et progressive des droits d\u2019expression, de d\u00e9cision, de parole, cette froide et apparemment totale d\u00e9termination de nuire, rien ne m\u2019y avait pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<p>Plus je m\u2019en rendais compte, plus je doutais de moi, car personne ne semblait s\u2019apercevoir de rien autour de nous. C\u2019\u00e9tait \u00e7a le grand tabou\u00a0: oser parler. \u00catre celle qui vient d\u00e9baller le truc qui pue, le truc que personne ne veut voir, entendre ou conna\u00eetre&#8230; \u00catre celle qui viendrait parler d\u2019elle-m\u00eame quand il y a tant \u00e0 faire au collectif.<\/p>\n<p>Maintenant, je dirais que ce que j\u2019ai v\u00e9cu, si une voyante me l\u2019avait pr\u00e9dit, j\u2019aurai bien ri, je l\u2019aurais trouv\u00e9e nulle. Parce qu\u2019une histoire pareille, c\u2019est de la fiction sous LSD, du sc\u00e9nario de macho en d\u00e9composition, de gros malade de pouvoir, des d\u00e9lires de dingues de s\u00e9ries Z&#8230;<\/p>\n<p>J\u2019en avais vu d\u2019autres mais celle-l\u00e0, elle faisait pas partie du catalogue de mes probabilit\u00e9s. Et puis&#8230; Il n\u2019avait pas l\u2019air agressif ou dangereux.<\/p>\n<p>IL N\u2019AVAIT PAS L\u2019AIR AGRESSIF OU DANGEREUX. Au contraire.<\/p>\n<p>Par la suite, en priv\u00e9, il ne prenait plus la peine de masquer ses intentions, il a aussi dit des trucs incroyablement machos, du style\u00a0: &laquo;&nbsp;Toi, il faut te forcer. Au d\u00e9but tu veux pas et quand on insiste, t\u2019es toute contente\u00a0!&nbsp;&raquo; Croyait-il vraiment \u00e0 ce qu\u2019il disait\u00a0? Moi, je pense qu\u2019il jouait au con. &laquo;&nbsp;Toute contente.&nbsp;&raquo; \u00c9videmment, j\u2019\u00e9tais toujours tr\u00e8s contente quand le harc\u00e8lement cessait.<\/p>\n<p>En fait, il se comportait comme un gosse de riche qui fait son caprice et ne l\u00e2che pas, fait sa crise jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on r\u00e9alise ses d\u00e9sirs \u00e9go\u00efstes.<\/p>\n<p>Par la suite, \u00e7a a continu\u00e9\u00a0: si j\u2019exprimais une question ou un non, c\u2019\u00e9tait pas pris en compte. Je ripostais 2-3 fois, puis je faisais avec. Pas moyen de faire autrement.<\/p>\n<p>J\u2019ai la culpabilit\u00e9 facile. J\u2019ai pas de sch\u00e9ma familial fiable, mon parcours est atypique. Je me remets facilement en question et si on me dit que j\u2019ai tort je vais d\u2019abord \u00e9tudier la question et m\u2019interroger. D\u2019ailleurs c\u2019est comme cela que je m\u2019en suis sortie, que j\u2019ai trouv\u00e9 ma voie. C\u2019\u00e9tait s\u00fbrement pas le chemin le plus court, mais je me sentais s\u00fbre de moi et forte et fi\u00e8re de ce parcours pas facile quand je l\u2019ai connu.<\/p>\n<p>Votre histoire elle a \u00e9volu\u00e9 comment\u00a0?<\/p>\n<p>&#8230; aucune id\u00e9e&#8230; j\u2019ai de la peine \u00e0 dire que c\u2019\u00e9tait une histoire&#8230; ou alors &laquo;&nbsp;une sale histoire&nbsp;&raquo;. Franchement, je sais pas ce que c\u2019\u00e9tait. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des choses que je ne faisais pas avant mais qu\u2019il attendait de moi. Comme \u00e7a semblait important pour lui, je me suis pr\u00eat\u00e9e au jeu. Je participais \u00e0 des situations tr\u00e8s conventionnelles dont je n\u2019avais ni envie ni l\u2019habitude\u00a0: aller manger avec ou chez ses parents, aller assister \u00e0 des \u00e9v\u00e8nements culturels un peu ennuyeux qui n\u2019avaient rien \u00e0 voir avec notre univers. Je me disais\u00a0: je suis trop sauvage, faut que je m\u2019\u00e9crase un peu. C\u2019\u00e9tait long, ennuyeux. Je parlais peu. Il savait ce que j\u2019en pensais. Je le lui disais, je ne souffrais pas en silence. J\u2019essayais de refuser. Il n\u2019en tenait pas compte ou alors il disait \u00e0 mon fils\u00a0: &laquo;&nbsp;Et toi, \u00e7a te dirait de venir faire ceci ou cela avec ta maman\u00a0?&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;Toi, \u00e7a te ferait plaisir d\u2019aller l\u00e0-bas\u00a0? Alors dis-le \u00e0 ta maman qui veut pas y aller.&nbsp;&raquo; En d\u2019autres mots\u00a0: il instrumentalisait mon fils. Au d\u00e9but c\u2019est si gros, que je riais, je pensais \u00e0 une plaisanterie. Mais peu \u00e0 peu j\u2019ai perdu mes forces, j\u2019ai eu moins de temps, d\u2019humour, de patience et puis je savais que si j\u2019y allais, il allait me laisser tranquille l\u00e0-bas. Alors \u00e0 la fin j\u2019y allais juste pour avoir un moment de paix, de non-agression.<\/p>\n<p>Tout ce que je pouvais apporter \u00e0 la relation m\u2019\u00e9tait refus\u00e9. C\u2019est difficile \u00e0 expliquer. Il n\u2019acceptait rien de moi de ce qui \u00e9tait moi. Surtout pas mes attitudes spontan\u00e9es ou ce qui me faisait plaisir. Il n\u2019acceptait de moi que ce qu\u2019il avait d\u00e9cid\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire ce qu\u2019il voulait de moi.<\/p>\n<p>Par exemple\u00a0: il aimait se m\u00ealer \u00e0 mes soir\u00e9es professionnelles, \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 mes coll\u00e8gues. Je devais lui servir de faire-valoir. Moi \u00e7a m\u2019arrangeait, certains coll\u00e8gues ont chang\u00e9 de comportement avec moi, \u00e9vitant d\u00e9sormais les grosses plaisanteries sexistes. \u00c7a les a un peu calm\u00e9s de me voir en couple.<\/p>\n<p>As-tu \u00e9t\u00e9 amoureuse de lui\u00a0?<\/p>\n<p>Maintenant je pense que non. Avant je sais pas. Y a quelque chose qui \u00e9tait chouette mais il ne faut pas perdre de vue que \u00e7a prenait racine dans le groupe dans lequel j\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019aise. Alors c\u2019est confus. La chose qui me plaisait, sans parler d\u2019amour, c\u2019\u00e9tait\u2026 d\u2019avoir un pote avec moi. M\u00eame pas plus que \u00e7a. J\u2019\u00e9tais partante pour partager du bon temps. Apr\u00e8s tout, c\u2019est \u00e7a qu\u2019il me proposait. Au d\u00e9but, on rigolait bien.<\/p>\n<p>Heureusement, j\u2019ai eu d\u2019autres histoires avant lui. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 amoureuse et heureuse de l\u2019avoir \u00e9t\u00e9. J\u2019ai de bons souvenirs de ce que j\u2019ai v\u00e9cu avant lui. J\u2019ai aim\u00e9 tr\u00e8s fort et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e. Maintenant que j\u2019en parle, je dois dire que \u00e7a n\u2019a rien \u00e0 voir avec ce que j\u2019ai connu avec lui.<\/p>\n<p>L\u00e0 je te parlais d\u2019amour car dans la violence conjugale, on entend souvent le discours st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 sur l\u2019amour passionnel, la jalousie&#8230; etc&#8230; Comme tu en parles c\u2019est pas cela. Ton histoire elle montre aussi qu\u2019il peut y avoir de la violence dans \u00ab\u00a0les couples tranquilles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand on s\u2019est connu, je vivais la vie d\u2019une maman seule. Genre\u00a0: je cours tout le temps, je suis organis\u00e9e et bord\u00e9lique en m\u00eame temps. \u00c0 chaque obstacle, j\u2019improvise, je m\u2019adapte. Le vrai clich\u00e9 pour de vrai. Ma vie se passait plut\u00f4t bien. Rien n\u2019\u00e9tait trop dramatique, rien n\u2019\u00e9tait magnifique non plus.<\/p>\n<p>Je r\u00eavais plus. J\u2019avais connu le prince charmant depuis longtemps. Il m\u2019avait aim\u00e9e telle que j\u2019\u00e9tais, c\u2019est-\u00e0-dire telle qu\u2019il m\u2019avait connue, la m\u00eame que j\u2019allais toujours pouvoir continuer d\u2019\u00eatre ensuite.<\/p>\n<p>Moi je te vois comme tu dis \u00eatre.<\/p>\n<p>Une femme qui laisse la place \u00e0 l\u2019autre et aussi une femme ind\u00e9pendante qui a fait sa vie, qui m\u00e8ne sa vie seule. Qui a \u00e9duqu\u00e9 un enfant seule, qui m\u00e8ne tout de front. La classe quoi. Et cela on veut que ce soit dit ici.<\/p>\n<p>Merci. Oui, et pour imager, je me sens parfois amazone solitaire ou capitaine d\u2019un bateau pirate.<\/p>\n<p>J\u2019accepte bien cette foultitude d\u2019humeurs possibles. Je sais que je suis capable de gueuler fort, de faire ce qu\u2019il faut quand il le faut, que je pourrais \u00eatre capable de me d\u00e9fendre violemment et cela je lui ai dit. Je lui ai dit aussi que je faisais clairement le choix de ne pas agir ainsi et que je pr\u00e9f\u00e9rais l\u2019\u00e9coute, le dialogue, la discussion argument\u00e9e, la confiance. Seules voies pour permettre au couple de continuer. Mais il n\u2019a retenu que ce qui servait ses accusations et ensuite, il appelait tout ce que je pouvais faire de la violence. Alors je me suis ratatin\u00e9e parce qu\u2019il suffisait de juste lui dire non, de vouloir discuter pour qu\u2019il dise que c\u2019\u00e9tait violent, que je ne devais pas lui parler comme \u00e7a, pas lui dire \u00e7a, pas comme \u00e7a etc&#8230; Tout \u00e9tait qualifi\u00e9 de violent envers lui. \u00c0 ce stade, j\u2019\u00e9tais \u00e9puis\u00e9e de me d\u00e9fendre et de me justifier sans cesse. Je perdais mon bon sens. Je doutais de plus en plus de moi, puisque lui, ne doutait jamais de lui. Je me suis censur\u00e9e pour ne plus lui para\u00eetre violente. Je voulais \u00e0 tout prix lui montrer que je ne l\u2019\u00e9tais pas. Plus je culpabilisais, plus il rench\u00e9rissait.<\/p>\n<p>Y a un moment o\u00f9 tu t\u2019es dit \u00ab\u00a0l\u00e0 \u00e7a part en couille, l\u00e0 c\u2019est plus seulement que je laisse de la place \u00e0 l\u2019autre, c\u2019est que l\u2019autre est en train de me d\u00e9truire\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Je me suis jamais dit cela clairement pendant que je vivais avec lui. Ce qui m\u2019a fait r\u00e9agir c\u2019est la douleur morale. Intense, mortelle. Tout \u00e0 coup je me suis rendue compte que je me sentais tellement mal et triste que \u00e7a n\u2019allait plus du tout. Y avait pas de raison mais il me faisait des histoires dingues \u00e0 propos de tout&#8230; J\u2019avais l\u2019impression de marcher en terrain min\u00e9 dans une mise en sc\u00e8ne, un sc\u00e9nario o\u00f9 il me guidait et que c\u2019\u00e9tait pas mon film\u00a0! C\u2019est tr\u00e8s subtil.<\/p>\n<p>Donc la premi\u00e8re chose c\u2019\u00e9tait d\u2019\u00eatre malheureuse sans grosse raison. J\u2019ai voulu rompre plusieurs fois. Je me souviens d\u2019une lettre de 3-4 pages o\u00f9 j\u2019essayais de lui expliquer pourquoi je rompais. Quand il a lu cette lettre, il a pleur\u00e9 et je me suis dit &laquo;&nbsp;mais je suis qui pour faire du mal \u00e0 quelqu\u2019un\u00a0?&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>J\u2019en pouvais plus mais lui, il a retourn\u00e9 la situation en sa faveur en me faisant croire que j\u2019\u00e9tais cruelle avec lui. J\u2019ai tenu bon quelques jours, il est revenu&#8230; je l\u2019ai laiss\u00e9 faire. C\u2019est horrible hein\u00a0? Je me suis toujours sentie dans ce sentiment face \u00e0 lui. Comme si tout ce que je faisais lui faisait du mal. Comme si je devais toujours m\u2019expliquer, m\u2019excuser. Et apr\u00e8s quand la relation s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e, je me suis toujours sentie dans cette place qu\u2019on me donnait et qui n\u2019est pas la mienne.<\/p>\n<p>Par exemple, pendant une p\u00e9riode, on allait au caf\u00e9 et il draguait \u00e0 fond tout le temps \u2013 j\u2019en ai une fois parl\u00e9 avec une de ses copines qui m\u2019a dit qu\u2019elle l\u2019avait jamais vu draguer. \u00c7a voulait dire qu\u2019il ne faisait peut-\u00eatre \u00e7a qu\u2019avec moi&#8230; \u00c7a aussi c\u2019\u00e9tait bizarre. Je me suis dit que c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pour me rendre jalouse alors je lui ai expliqu\u00e9 que je n\u2019\u00e9tais pas (ou plus) du genre jalouse. Je sais que c\u2019est quelque chose qui arrive souvent et que certaines personnes prennent la jalousie comme une preuve d\u2019amour. Moi, je n\u2019\u00e9tais ni amoureuse&#8230; ni jalouse. Mais m\u00eame quand je suis amoureuse, je ne suis pas jalouse. Parce que moi aussi il m\u2019arrive d\u2019aimer regarder quelqu\u2019un, homme ou femme, d\u2019\u00eatre attir\u00e9e du regard, appr\u00e9cier voir et revoir un mouvement, une forme\u00a0; je peux comprendre. Et parce que j\u2019aime l\u2019autre parce qu\u2019il est libre d\u2019aimer justement. Au d\u00e9but je souriais et je disais\u00a0: &laquo;&nbsp;Je la trouve aussi jolie&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;j\u2019aime bien ses cheveux&nbsp;&raquo; pour d\u00e9tendre l\u2019atmosph\u00e8re et le mettre \u00e0 l\u2019aise. Mais il niait f\u00e9rocement et c\u2019\u00e9tait bizarre. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que tu racontes\u00a0? Je la regarde pas\u00a0!\u00a0\u00bb, et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9but d\u2019un engrenage qui est devenu r\u00e9p\u00e9titif. Jusqu\u2019\u00e0 ce que cela ne marche plus car je m\u2019en suis foutu. Au d\u00e9but je disais\u00a0: &laquo;&nbsp;Tu ne peux pas me dire que tu regardes pas cette personne\u00a0! \u00c7a fait 2h qu\u2019on est l\u00e0 et toi tu ne fais que la regarder. Tu es assis en face de moi mais tu t\u2019es tourn\u00e9 face \u00e0 elle, tu ne me parles pas et maintenant, elle te regarde aussi \u00e0 force. Je ne peux pas me tromper parce que tu es assis devant moi et que tu m\u2019ignores.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>Cet exemple illustre parfaitement une tentative de manipulation par suggestion. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il met en sc\u00e8ne une situation sch\u00e9matique o\u00f9 moi je me retrouve enferm\u00e9e dans un personnage, celui qu\u2019il m\u2019a donn\u00e9. En l\u2019occurrence, celui de la copine jalouse. Si je lui parle, il ne r\u00e9pond pas, si je pars, il se f\u00e2che &laquo;&nbsp;qu\u2019est-ce qui te prends encore, tu es jalouse\u00a0?&nbsp;&raquo; Et l\u00e0, quoique je fasse, c\u2019est la dispute\u00a0: j\u2019ai tort d\u2019avance \u00e0 ses yeux. Si je dis oui, si je dis non, si je dis rien.<\/p>\n<p>Si je reste, c\u2019est le d\u00e9sert. Je lis le journal durant des heures ou je le regarde baver devant une fille en me demandant comment m\u2019en sortir.<\/p>\n<p>En fait, on aurait dit qu\u2019il avait un r\u00f4le pour moi. Il se f\u00e2chait chaque fois que je rentrais pas dans ce r\u00f4le. Cherchait-il \u00e0 reproduire une histoire qu\u2019il avait eue\u00a0? Je n\u2019en sais rien. Tout \u00e7a est bien trop compliqu\u00e9 et tordu pour moi. J\u2019essayais juste d\u2019y \u00e9chapper le plus possible et d\u2019\u00e9viter de me prendre la t\u00eate.<\/p>\n<p>Puis j\u2019ai \u00e9vit\u00e9 les trucs qui l\u2019\u00e9nervaient\u00a0: les trucs qu\u2019il aimait pas que je fasse, les gens, les situations, les paroles, les gestes&#8230; C\u2019\u00e9tait \u00e9puisant. Je me surveillais tout le temps. J\u2019essayais d\u2019anticiper, d\u2019\u00e9viter les pi\u00e8ges. C\u2019est que je ne voulais rien d\u00e9clencher. J\u2019avais d\u2019autres choses \u00e0 faire. Je pouvais pas vivre que \u00e7a constamment. Chaque chose n\u2019\u00e9tait qu\u2019un grain de sable, mais chaque grain de sable, suivi d\u2019un autre et d\u2019un autre et encore d\u2019un autre&#8230;usait ma patience et ma r\u00e9sistance, me fatiguait, me d\u00e9courageait. Le tout me prenait une grande partie de mon temps. Je n\u2019arrivais plus \u00e0 faire des rendez-vous, des projets. Je me trouvais nulle. J\u2019avais plus d\u2019\u00e9nergie. Je me cachais. Je me d\u00e9fendais mais je ne me plaignais pas. C\u2019\u00e9tait de si petites choses.<\/p>\n<p>Je me rendais compte de la douleur, du mal-\u00eatre. Je ne comprenais pas ce qui m\u2019arrivait puisque pour lui, tout \u00e9tait normal et il ne voyait pas le probl\u00e8me. Ben tiens\u00a0! \u00c9videmment\u00a0!<\/p>\n<p>Et m\u00eame pire\u00a0: \u00e0 la fin il \u00e9tait totalement \u00e9vident que plus j\u2019\u00e9tais malheureuse, plus il \u00e9tait \u00e9panoui, repos\u00e9, heureux et d\u00e9tendu. Il ne dormais jamais aussi bien qu\u2019apr\u00e8s une monstre dispute. Il adorait les provoquer juste avant des f\u00eates ou des concerts o\u00f9 nous \u00e9tions attendus. Je finissais effondr\u00e9e et lui, il y allait tout seul et tout heureux. C\u2019\u00e9tait devenu syst\u00e9matique&#8230; c\u2019est pour cela que je ne prenais plus d\u2019engagements, ne faisait plus de plans. C\u2019\u00e9tait effrayant, incroyable, m\u00eame pour moi qui le vivais.<\/p>\n<p>Allez je reviens \u00e0 autre chose de plus g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: la violence, c\u2019est imposer quelque chose \u00e0 l\u2019autre, c\u2019est le pouvoir. Apr\u00e8s, c\u2019est selon le caract\u00e8re. Il faut savoir qu\u2019une personne qui exerce un pouvoir sur une autre personne, est pr\u00eate \u00e0 tout pour garder ce pouvoir. Si la personne soumise \u00e0 ce pouvoir se r\u00e9volte, tente d\u2019y \u00e9chapper, alors la r\u00e9ponse est la r\u00e9pression par la destruction. Soit on d\u00e9truit la personne physique elle-m\u00eame et c\u2019est les beignes qui pleuvent. Soit on d\u00e9truit sa situation, son estime d\u2019elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>J\u2019ai connu les deux. Parce que m\u00eame quand j\u2019\u00e9tais sous l\u2019emprise de ce mec, je n\u2019ai jamais cess\u00e9 de me d\u00e9fendre en exprimant questions, d\u00e9saccords et autres avis sur la question.<\/p>\n<p>Plus je r\u00e9sistais, plus il ne me consid\u00e9rait plus comme un \u00eatre vivant. Je sais pas dire mieux. Je vais peut\u00eatre donner des exemples plus loin. Peut-\u00eatre pas. Je sais pas comment r\u00e9sumer tout \u00e7a.<\/p>\n<p>Ce qui est s\u00fbr c\u2019est que le pouvoir sur l\u2019autre c\u2019est de l\u2019abus. Dans notre couple, cette prise de pouvoir \u00e9tait particuli\u00e8re puisque ce n\u2019\u00e9tais pas seulement pour m\u2019interdire ou me rendre impossible certaines choses, mais surtout c\u2019\u00e9tait une tentative de me faire r\u00e9agir ou faire certaines choses que je ne voulais pas faire ou dire. Il cherchait \u00e0 m\u2019imposer une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, \u00e0 me faire endosser un r\u00f4le ex\u00e9crable. Il cherchait \u00e0 m\u2019imposer ce qu\u2019il voulait me faire vivre en me rendant impossible tout le reste.<\/p>\n<p>\u00c0 ce stade, c\u2019est une man\u0153uvre de d\u00e9personnalisation de l\u2019autre. On lui nie ce qu\u2019il est, on lui impose d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il n\u2019est pas. Heureusement pour moi, j\u2019ai r\u00e9sist\u00e9 jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<p>Y a-t-il eu de la violence physique\u00a0?<\/p>\n<p>Oui.<\/p>\n<p>Est-ce que c\u2019est cela qui t\u2019a fait te rendre compte de la violence morale\u00a0?<\/p>\n<p>Non. Enfin pas seulement. Violence et cruaut\u00e9 morale et psychologique surtout. J\u2019ai mis 6 mois \u00e0 identifier les processus qu\u2019il utilisait pour arriver \u00e0 me manipuler comme il le faisait. Pourtant, je ne m\u2019avouais pas la violence que c\u2019\u00e9tait parce que je ne comprenais pas pourquoi il m\u2019arrivait cette histoire. Je me heurtais toujours \u00e0 l\u2019absence d\u2019explications, de raisons valables. Jusqu\u2019\u00e0 ce que je comprenne son fonctionnement.<\/p>\n<p>J\u2019ai analys\u00e9 les situations v\u00e9cues, je m\u2019effor\u00e7ais d\u2019\u00eatre tr\u00e8s vigilante et de rester attentive \u00e0 tout ce qui se passait et comment \u00e7a se passait. Qui disait quoi et comment. Alors j\u2019ai vu que \u00e7a se passait toujours de la m\u00eame mani\u00e8re. Que c\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois syst\u00e9matique et cyclique. J\u2019ai vu que je me retrouvais toujours coinc\u00e9e. J\u2019ai alors d\u00e9velopp\u00e9 une sorte de jargon pour dire ce qu\u2019il me faisait\u00a0: par exemple j\u2019appelais un de ces processus \u00ab\u00a0la tenaille\u00a0\u00bb. Depuis, j\u2019ai appris que \u00e7a existait et que \u00e7a portait m\u00eame un nom pr\u00e9cis. C\u2019est une m\u00e9thode de manipulation bien connue para\u00eet-il\u00a0: on te met devant un choix o\u00f9 tu as que deux solutions\u00a0; deux mauvaises solutions parce que dans les deux cas, \u00e7a te fait du mal, c\u2019est destructeur. Souvent avec lui, c\u2019\u00e9tait des choix dont je ne voulais pas. Deux trucs que je ne voulais pas faire, et pas d\u2019alternative possible \u00e0 ses yeux. Moi-m\u00eame, je ne saurais pas comment mettre en place et en \u0153uvre un tel m\u00e9canisme. Maintenant, vu de loin, \u00e7a me semble difficile \u00e0 croire. Mais v\u00e9cu au quotidien, chez soi, au lit, au r\u00e9veil ou au coucher, quand tu manges, quand tu es malade&#8230; c\u2019est vite l\u2019enfer. En bref, pour lui &laquo;&nbsp;prouver&nbsp;&raquo; ma bonne volont\u00e9 il fallait que je choisisse entre deux trucs. Si je le faisais, j\u2019acceptais de faire n\u2019importe quoi et de perdre ma personnalit\u00e9 puisqu\u2019il s\u2019agissait de choses que je ne voulais pas faire et m\u00eame SURTOUT NE JAMAIS FAIRE. Il n\u2019en \u00e9tait pas question. Je sentais bien que je ne devais JAMAIS flancher sur certains points.<\/p>\n<p>Si je ne le faisais pas&#8230; alors il se f\u00e2chait et se d\u00e9foulait sur moi pour m\u2019accabler. Il tenait un motif de me critiquer et tout \u00e9tait de ma faute&#8230; les pr\u00e9textes d\u00e9clencheurs, c\u2019\u00e9taient ma fa\u00e7on de parler, mon ton, le moment o\u00f9 je disais ou faisais ou ne faisais pas quelque chose. C\u2019\u00e9tait de plus en plus difficile de pr\u00e9voir ce qui allait mener \u00e0 quoi. \u00c7a cr\u00e9ait un vrai climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 latente. Un truc bien glauque. C\u2019\u00e9tait des situations tr\u00e8s nombreuses.<\/p>\n<p>Le jour o\u00f9 on a d\u00fb par obligation emm\u00e9nager et signer un bail ensemble, la pression est mont\u00e9e. Aux violences morales et psychologiques, se sont ajout\u00e9es les violences \u00e9conomiques et sociales. La pression est mont\u00e9e en fl\u00e8che durant six mois, jusqu\u2019aux grosses violences physiques, ind\u00e9niables.<\/p>\n<p>Nous venions d\u2019emm\u00e9nager ensemble parce que mon logement pr\u00e9c\u00e9dent \u00e9tait devenu subitement inhabitable. La g\u00e9rance ne faisait rien. Un jour il m\u2019a propos\u00e9 un beau logement, mais il y avait une condition\u00a0: il nous fallait signer le bail ensemble.<\/p>\n<p>La solidarit\u00e9 (en th\u00e9orie) devait s\u2019\u00e9tendre \u00e0 un partage du loyer, mais en pratique, j\u2019ai toujours tout d\u00fb payer seule, y compris durant la p\u00e9riode o\u00f9 nous avons d\u00fb nous r\u00e9fugier en foyer, mon fils et moi.<\/p>\n<p>Le chantage au logement s\u2019est install\u00e9 d\u00e8s les premiers jours, voir m\u00eame \u00e0 la p\u00e9riode qui pr\u00e9c\u00e9dait le d\u00e9m\u00e9nagement. Moi, je pouvais plus faire machine arri\u00e8re. Il le savait et en a profit\u00e9 pour tenter de m\u2019imposer n\u2019importe quoi. Je pouvais pas claquer la porte et m\u2019en aller non plus. Mon fils avait besoin d\u2019un toit.<\/p>\n<p>Durant ces 6 mois avant la violence physique j\u2019ai essay\u00e9 de parler, de pointer les probl\u00e8mes, de dire\u00a0: l\u00e0 tu me fais du mal. Au mieux ce que j\u2019ai eu c\u2019est quelqu\u2019un de mutique qui m\u2019\u00e9coutait parler durant des heures.<\/p>\n<p>Ensuite, j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 de lui expliquer ce que je ressentais quand j\u2019ai compris qu\u2019il ne m\u2019\u00e9coutait que pour mieux cibler ses attaques. Pour la forme, il disait qu\u2019il m\u2019avait entendue et qu\u2019il allait faire un effort. Mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9e de voir qu\u2019il se servait de mes confidences pour imm\u00e9diatement ensuite &laquo;&nbsp;appuyer o\u00f9 \u00e7a fait mal.&nbsp;&raquo; C\u2019est-\u00e0-dire reproduire syst\u00e9matiquement et \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition ce que je lui demandait de ne plus me faire. L\u00e0 \u00e7a devenait franchement glauque.<\/p>\n<p>Je veux pas rentrer dans les d\u00e9tails, mais l\u00e0, on est dans la cruaut\u00e9 pure et dure. La cruaut\u00e9 appliqu\u00e9e et syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019a choqu\u00e9 et fait beaucoup de mal c\u2019est que, dans un premier temps, je lui donnais des explications, parfois des justifications o\u00f9 je lui confiais des trucs tr\u00e8s intimes sur mon v\u00e9cu. Je lui disais par exemple pourquoi j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s sensible \u00e0 certains sujets pour lui demander de faire attention la prochaine fois. Parfois, sur le moment il semblait comprendre et je reprenais espoir&#8230; mais ensuite il devenait chaque fois plus \u00e9vident qu\u2019il utilisait mes confidences pour conna\u00eetre et ensuite m\u2019infliger ce qui m\u2019\u00e9tait le plus p\u00e9nible.<\/p>\n<p>J\u2019avais aussi mis le doigt sur la notion de plaisir qui semblait lui poser un gros probl\u00e8me. J\u2019avais fini par r\u00e9aliser qu\u2019il m\u2019interdisait syst\u00e9matiquement toute source de plaisir. Et je parle de n\u2019importe quoi o\u00f9 l\u2019on se sent bien. Il y a eu aussi des choses de l\u2019ordre de l\u2019intime qui \u00e9taient tellement barges que je pense que j\u2019ai autocensur\u00e9 direct, que je me suis dit\u00a0: &laquo;&nbsp;Non\u00a0! Il n\u2019a pas pu faire \u00e7a expr\u00e8s. C\u2019est impossible de faire un tel truc expr\u00e8s. C\u2019est un accident, une maladresse.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>Maintenant je pense qu\u2019il a particuli\u00e8rement fait expr\u00e8s. Pourquoi\u00a0? Simplement parce qu\u2019il y a eu r\u00e9p\u00e9titions et quand un accident se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 plusieurs reprises, ce n\u2019est plus un accident, \u00e7a devient de l\u2019acharnement.<\/p>\n<p>D\u2019abord, je m\u2019expliquais ces trucs incroyables par de la maladresse. Parce qu\u2019il s\u2019excusait m\u00eame pas. Il semblait \u00e0 peine embarrass\u00e9. Il disait rien. Devant son mutisme&#8230; l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de ces situations, je questionnais. N\u2019obtenant aucune r\u00e9ponse, je doutais de moi&#8230; je cherchais un sens \u00e0 tout \u00e7a. Peut-\u00eatre qu\u2019il avait de la peine \u00e0 exprimer des choses intimes\u00a0? J\u2019ai beaucoup pris sur moi ses suppos\u00e9es difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>Durant ces 6 mois, j\u2019ai eu un grave ennui de sant\u00e9 qui a fait que soudain je devais me reposer et d\u00e9poser les armes. En clair\u00a0: \u00e9viter les fatigues, arr\u00eater d\u2019\u00eatre tout le temps sur mes gardes avec lui. On venait d\u2019arriver dans le nouvel appart. J\u2019avais besoin que tout soit coton, tout doux.<\/p>\n<p>Je lui ai expliqu\u00e9 cela mais il n\u2019a pas compris, au contraire. Quand je lui disais mon besoin de repos, il me mettait la pression pour que je me bouge&#8230; Alors je lui ai demand\u00e9 de venir voir mon docteur pour qu\u2019on lui explique que j\u2019exag\u00e9rais pas. Il est venu raconter que j\u2019\u00e9tais compl\u00e8tement dingue, que je d\u00e9connais. Il n\u2019a r\u00e9ussi \u00e0 convaincre personne. Mais ce qu\u2019il a dit, \u00e7a m\u2019a fait du mal. Je me suis rendue compte que je vivais avec mon pire ennemi. Il a dit que je d\u00e9bloquais compl\u00e8tement, que j\u2019avais des crises. C\u2019\u00e9tait horrible d\u2019\u00eatre assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et d\u2019entendre ce qu\u2019il osait dire de moi. Toujours cette impression qu\u2019il essayait de me faire endosser quelque chose\u00a0; de me faire vivre un r\u00f4le qui n\u2019\u00e9tait pas du tout le mien. Un r\u00f4le qui finalement, lui ressemblait pas mal.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, me sachant affaiblie et de quelle mani\u00e8re, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une entreprise de d\u00e9molition. Il m\u2019a an\u00e9antie. Syst\u00e9matiquement, cruellement. J\u2019aurai voulu pouvoir partir me r\u00e9fugier ailleurs, emmener mon fils loin de lui, aller me poser chez des amis mais \u00e0 ce stade, je pensais qu\u2019on n\u2019allait jamais me croire, tellement il a pas l\u2019air, comme \u00e7a&#8230; J\u2019ai rapidement \u00e9t\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Je ne sortais plus. Je ne savais plus quoi faire, quoi dire. Il me reprochait tout, me dictait tout. Il se mettait en col\u00e8re pour l\u2019heure \u00e0 laquelle je prenais ma douche, une fen\u00eatre ouverte, il imposait l\u2019heure du repas quand c\u2019\u00e9tait impossible pour nous&#8230; Col\u00e8re, reproches, froideur, cruaut\u00e9, jugement, m\u00e9pris&#8230; absence d\u2019explications.<\/p>\n<p>Le plus dingue, c\u2019est que parfois, quand il me faisait des reproches, ce qu\u2019il me reprochait c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il me faisait.<\/p>\n<p>Moi, je me retrouvais compl\u00e8tement d\u00e9boussol\u00e9e. Imagine, comment je peux protester contre \u00e7a\u00a0? C\u2019est totalement absurde. Totalement tordu et assez intelligent dans son genre.<\/p>\n<p>J\u2019ai compris que cette tactique m\u2019a emp\u00each\u00e9e de me d\u00e9fendre contre lui. Dans le cas de la violence physique par exemple.<\/p>\n<p>Imagine\u00a0: le type me tape dessus, je me prot\u00e8ge avec mes bras lev\u00e9s, il hurle\u00a0: &laquo;&nbsp;Tu es violente, regarde comme tu es violente.&nbsp;&raquo; Moi je comprends pas. Je tente juste de prot\u00e9ger mon visage. Alors, quand il m\u2019attaque de nouveau, je ne me d\u00e9fends pas parce que je ne veux pas devenir violente.<\/p>\n<p>Son truc favori, \u00e0 la maison, c\u2019\u00e9tait de faire une monstre dispute \u00e0 propos de rien&#8230; j\u2019essayais de m\u2019en foutre \u00e0 force&#8230; mais il continuait et quand, au bout d\u2019un moment, je rentrais dans son jeu et que je commen\u00e7ais \u00e0 r\u00e9pliquer et \u00e0 m\u2019investir dans la dispute (pour qu\u2019elle cesse surtout), bien v\u00e9n\u00e8re, alors l\u00e0, tout d\u00e9tendu d\u2019un coup, l\u00e9ger et heureux, il partait ravi pour on ne savait quelle destination ni combien de temps. \u00c7a pouvait durer des jours ou quelques minutes. Il r\u00e9pondait plus au t\u00e9l. Il dormait ailleurs ou pas et s\u2019il rentrait on savait jamais dans quel \u00e9tat. C\u2019\u00e9tait soit le regard lourd de reproches, le regard noir fix\u00e9 sur moi, sans un mot, sans r\u00e9pit, soit le mec qui rentre normal, m\u00eame apr\u00e8s 3-4 jours, et pour lequel il ne s\u2019est absolument rien pass\u00e9, tout \u00e9tonn\u00e9 qu\u2019on lui saute pas au cou.<\/p>\n<p>Compl\u00e8tement dingue et invivable.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les violences physiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, celles qu\u2019on ne pouvait plus prendre pour de la maladresse ou des accidents&#8230; et qui m\u2019ont conduites \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00e0 plusieurs reprises, nous avons entam\u00e9 une s\u00e9rie de consultations de couple en situation de violence.<\/p>\n<p>Moi \u00e7a faisait d\u00e9j\u00e0 longtemps que je l\u2019aurais quitt\u00e9 si j\u2019avais pu, mais on partageait le m\u00eame bail. Il me tenait.<\/p>\n<p>Il n\u2019a jamais cess\u00e9 de m\u2019accabler et de tenter de manipuler l\u2019opinion des autres, th\u00e9rapeutes de couple en t\u00eate, en ma d\u00e9faveur. Quand il a vu qu\u2019il n\u2019y parvenait pas, il a fini par traiter ceux-ci d\u2019incapables et il a m\u00eame \u00e9t\u00e9 leur dire qu\u2019ils s\u2019y prenaient mal, ne savaient pas mener un entretien etc&#8230;<\/p>\n<p>J\u2019ai ainsi eu l\u2019occasion de le voir tenter ses man\u0153uvres de manipulation sur d\u2019autres personnes. C\u2019\u00e9tait impressionnant, apr\u00e8s ce que j\u2019avais v\u00e9cu.<\/p>\n<p>\u00c0 ce stade, on nous a dit que \u00e7a ne servait \u00e0 rien de continuer. Le dialogue \u00e9tant impossible.<\/p>\n<p>Il ne reconnaissait pas sa violence, continuait \u00e0 m\u2019en accuser.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin, j\u2019\u00e9tais \u00e9puis\u00e9e et terroris\u00e9e. Je savais plus comment m\u2019en sortir. Apr\u00e8s le chantage au logement, lui qui d\u00e9fend les sans-logis, il m\u2019a fait le coup des menaces d\u2019expulsion, r\u00e9p\u00e9t\u00e9es m\u00eame si sans fondement.<\/p>\n<p>\u00c0 cause de mon fils, il n\u2019aurait plus pu vivre avec nous sans l\u2019intervention du service de protection de la jeunesse qui serait intervenu pour prot\u00e9ger mon fils. Il avait un autre logement en ville, mais il a laiss\u00e9 plein d\u2019affaires dans le n\u00f4tre et profitait de cette excuse pour &laquo;&nbsp;venir chercher un truc&nbsp;&raquo; r\u00e9guli\u00e8rement. Au d\u00e9but, il \u00e9tait si cruel et abusif quand il venait, que j\u2019ai d\u00fb demander \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 chacune de ses visites. \u00c7a emp\u00eachait pas tout, juste le pire et c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e7a.<\/p>\n<p>J\u2019ai compris qu\u2019il cherchait \u00e0 me faire peur et \u00e0 maintenir un climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 tout \u00e0 fait factice. Du terrorisme domestique.<\/p>\n<p>Bref, avec mes gros ennuis de sant\u00e9, ce d\u00e9m\u00e9nagement qui m\u2019avait plac\u00e9e \u00e0 sa merci et lui donnait l\u2019occasion de se conduire en gros macho r\u00e9trograde&#8230; mes ennuis ne faisaient que commencer.<\/p>\n<p>Durant ces 6 derniers mois o\u00f9 on a v\u00e9cu ensemble, je suis pass\u00e9e par quelques \u00e9tapes distinctes\u00a0:<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la br\u00e8ve phase informative o\u00f9 je me suis aper\u00e7ue qu\u2019il se servait de mes confidences pour conna\u00eetre mes points faibles&#8230; j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que pour ma survie, j\u2019allais m\u2019efforcer d\u2019\u00eatre d\u2019accord avec lui en tout. J\u2019allais vivre selon ses d\u00e9sirs pour m\u2019\u00e9viter le pire, le temps de me refaire des forces. Je mettrais toute mon \u00e9nergie \u00e0 sembler totalement zen et insensible \u00e0 toute attaque. J\u2019avais compris que je pouvais m\u2019\u00e9viter qu\u2019il r\u00e9p\u00e8te des trucs douloureux si je restais de marbre pour qu\u2019il ne puisse pas deviner o\u00f9 \u00e7a pouvait faire mal. J\u2019\u00e9tais d\u2019accord avec tout. Je ne le contredisais jamais.<\/p>\n<p>Je me disais tout allait bien aller comme \u00e7a\u2026 mais en fait pas du tout\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c7a n\u2019a pas march\u00e9 parce qu\u2019il allait toujours plus loin dans ses exigences, les choix impossibles qu\u2019il m\u2019imposait et que je me contentais de refuser en acceptant le n\u00e9ant que \u00e7a ouvrait. Moi, je m\u2019en foutais\u00a0: je prenais des forces pour tenir. \u00c0 la fin il est devenu horrible. On a v\u00e9cu des trucs dingues. Comme je ne faisais rien, c\u2019est lui qui a \u00e9t\u00e9 toujours plus loin pour me faire r\u00e9agir ou me mettre mal \u00e0 l\u2019aise devant les potes, la famille, mon fils etc&#8230; Je veux m\u00eame pas en parler tellement c\u2019est trash.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, cette 1\u00e8re \u00e9tape, c\u2019\u00e9tait\u00a0: &laquo;&nbsp;je n\u2019existe plus donc il peut plus m\u2019attraper&nbsp;&raquo;. Mais \u00e7a n\u2019a pas march\u00e9.<\/p>\n<p>La 2\u00e8me \u00e9tape&#8230; c\u2019est celle de &laquo;&nbsp;faut qu\u2019on discute parce que \u00e7a ne peut plus durer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourvu que \u00e7a \u00e9volue et qu\u2019on trouve le moyen de cohabiter sans trop de d\u00e9g\u00e2ts. Explication, discussion, analyse&#8230; j\u2019\u00e9tais pr\u00eate \u00e0 tout. J\u2019ai pass\u00e9 des heures \u00e0 pointer les probl\u00e8mes et \u00e0 proposer des solutions. Rien. Le mur. Le silence. Rien. Ou les habituels reproches et accusations.<\/p>\n<p>Je me d\u00e9menais, je cherchais des solutions. Je finissais par \u00e9puiser mon \u00e9nergie. Je ne vivais plus que cette histoire de fous. Tout le reste avait disparu. Parce que \u00e7a m\u2019emp\u00eachait de vivre, je voulais r\u00e9gler ce probl\u00e8me. Mais il ne s\u2019impliquait pas ou il faisait preuve de la plus grande mauvaise foi. Ce qui arrivait ne venait jamais de lui, selon lui, tout \u00e9tait toujours de ma faute. Un classique.<\/p>\n<p>Il trouvait toujours et tr\u00e8s rapidement des pr\u00e9textes pour interrompre le dialogue. \u00ab\u00a0Tu as vu comme tu es\u00a0? Comment tu me parles\u00a0?&#8230;\u00a0\u00bb \u00c0 ce stade, je n\u2019avais pas int\u00e9gr\u00e9 le concept de la manipulation, ces individus qui utilisent ce genre de moyens pour arriver \u00e0 leurs fins. Je pouvais pas imaginer \u00e7a dans une relation de couple, d\u2019amiti\u00e9, mon cerveau ne pouvait juste pas le concevoir.<\/p>\n<p>Mais il est devenu de plus en plus insultant, m\u00e9prisant. Il ne m\u2019a plus accord\u00e9 aucun droit. Par exemple, m\u00eame pas celui d\u2019\u00eatre l\u00e0. Soudain, il voulait toujours passer o\u00f9 je me trouvais, comme au travers de moi&#8230; Pire\u00a0: au travers de l\u2019espace que j\u2019occupais comme si je n\u2019y \u00e9tais pas.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but je me tirais sans m\u2019en rendre compte. Puis j\u2019ai cess\u00e9. Pourquoi j\u2019aurais besoin de me pousser alors qu\u2019il y a deux m\u00e8tres de passage \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi\u00a0? Je ressentais physiquement cette violence. Tout \u00e9tait flou, double, faux&#8230; Toutes ces petites choses qu\u2019il faisait de plus en plus&#8230; J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 les reconna\u00eetre quand elles arrivaient, \u00e0 les nommer, \u00e0 les contester.<\/p>\n<p>Que tu lui tiennes t\u00eate, cela a fait chang\u00e9 la relation\u00a0?<\/p>\n<p>Oui, en quelque sorte. Je veux dire&#8230; son acharnement, \u00e7a me d\u00e9truisait petit \u00e0 petit. \u00c7a s\u2019arr\u00eatait jamais. Il \u00e9tait cruel. \u00c0 ce stade, vu que j\u2019avais d\u00e9masqu\u00e9 pas mal de ses m\u00e9thodes (trop nombreuses pour que je les expose toutes ici) avec moi, il ne se donnait plus la peine de donner le change. C\u2019\u00e9tait juste face aux autres qu\u2019il gardait sa voix et son sourire doux, ses propos sens\u00e9s. Sa capacit\u00e9 de masquer ses intentions, de passer opportun\u00e9ment d\u2019une attitude cruelle et mena\u00e7ante avec moi \u00e0 un ton d\u00e9tendu et enjou\u00e9 sit\u00f4t que quelqu\u2019un d\u2019autre entrait dans la pi\u00e8ce&#8230; me sid\u00e9rait.<\/p>\n<p>Il se conduisait comme un vrai tyran. Il faut savoir qu\u2019il nous interdisait de plus en plus souvent de rire, de chanter&#8230; des trucs dingues. Je crois que ce mec avait vraiment un gros probl\u00e8me et qu\u2019il me le faisait payer, incapable de l\u2019assumer lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Arrive l\u2019\u00e9tape suivante. Parce que ni le total l\u00e2cher prise, ni le dialogue n\u2019avaient r\u00e9ussi \u00e0 calmer la situation et \u00e0 apaiser sa col\u00e8re&#8230; je me sentais de plus en plus en danger avec lui.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de ne plus me laisser faire du tout. De lui tenir totalement t\u00eate. Aucune conciliation n\u2019ayant r\u00e9ussi.<\/p>\n<p>\u00c0 ce stade, je me suis autoris\u00e9e \u00e0 m\u2019adresser \u00e0 lui d\u2019une fa\u00e7on plus directe, si n\u00e9cessaire \u00ab\u00a0t\u2019es un salaud, tu me traites mal\u00a0\u00bb\u2026 mais je ne voulais pas me montrer violente, alors j\u2019ai simplement d\u00e9cid\u00e9 de lui dire non, clairement et de tout mon \u00eatre. Et l\u00e0 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 cat\u00e9gorique. Je ne discutais plus. C\u2019est cela qu\u2019il a pas support\u00e9. J\u2019ai r\u00e9sist\u00e9 physiquement aussi. J\u2019avais vraiment peur de lui mais j\u2019avais aussi compris que c\u2019\u00e9tait ce qu\u2019il voulait. Tant que j\u2019avais peur pour moi, pour mon fils, il pouvait penser que je ne n\u2019oserais pas m\u2019opposer \u00e0 lui. Il y avait une tel agressivit\u00e9 en lui. Il entretenait constamment cette peur par ses menaces directes ou indirectes, par son attitude physique mena\u00e7ante o\u00f9 il ne perdait jamais une occasion de me faire sentir sa force. C\u2019\u00e9tait surtout des prises d\u2019immobilisation. Des trucs o\u00f9 je pouvais juste respirer et plus bouger du tout. Comme des jeux au d\u00e9but, puis \u00e0 n\u2019importe quel pr\u00e9texte foireux, genre, &laquo;&nbsp;calme-toi\u00a0! &nbsp;&raquo; &nbsp;&raquo; Bouge pas comme \u00e7a\u00a0! &nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>Je d\u00e9testais \u00e7a. Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 sous forme d\u2019\u00e9treintes appuy\u00e9es, faussement c\u00e2lines.<\/p>\n<p>Et l\u00e0 on arrive \u00e0 l\u2019ultime \u00e9tape, celle que j\u2019attendais pas, celle que j\u2019avais ni souhait\u00e9e ni imagin\u00e9e\u00a0: la violence purement physique. Je n\u2019arrive pas \u00e0 en parler. Je ferai court.<\/p>\n<p>Il y a eu une porte forc\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019une lambourde. Je m\u2019\u00e9tais enferm\u00e9e pour lui \u00e9chapper.<\/p>\n<p>Une autre fois, il y a eu un massage si vigoureux que j\u2019ai d\u00fb aller me faire op\u00e9rer pour \u00e7a trois fois de suite, dont une fois sans anesth\u00e9sie. Je m\u2019en serais pass\u00e9.<\/p>\n<p>Une autre fois, il y a eu une fracture. La premi\u00e8re et seule de ma vie.<\/p>\n<p>Et puis, il y a eu le jour o\u00f9 j\u2019ai cru qu\u2019il me tuait. Il m\u2019a attaqu\u00e9e par deux fois. J\u2019ai finis \u00e0 terre les deux fois. Quand je me suis relev\u00e9e, il a remis \u00e7a. La deuxi\u00e8me fois je ne me suis pas relev\u00e9e. Il est parti.<\/p>\n<p>Je ne pouvais plus bouger la t\u00eate ni le bras droit. J\u2019avais des bleus partout (mais \u00e7a arrivait avec d\u2019autres petites blessures&#8230; les fameuses maladresses). J\u2019ai pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 faire des examens \u00e0 l\u2019h\u00f4pital qui craignait une triple fracture de la colonne vert\u00e9brale&#8230; Heureusement, je suis solide et \u00e7a n\u2019\u00e9taient que des contusions. Tout de m\u00eame, il m\u2019a fallu plus d\u2019une ann\u00e9e pour retrouver la totale mobilit\u00e9 de mon bras. L\u2019h\u00f4pital o\u00f9 je m\u2019\u00e9tais rendue avec mon fils, car c\u2019est arriv\u00e9 un jour de d\u00e9but de vacances, nous a orient\u00e9 sur un foyer o\u00f9 nous avons d\u00fb s\u00e9journer.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai bien \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e d\u2019admettre que j\u2019avais bel et bien \u00e9t\u00e9 victime de violence. J\u2019ai accept\u00e9 de constituer un dossier. Des juristes m\u2019ont conseill\u00e9e et je sais que je peux encore porter plainte pour ce que j\u2019ai subi.<\/p>\n<p>Il m\u2019a cass\u00e9 par petites touches.<\/p>\n<p>Constamment. Comme dans le fameux supplice chinois de la goutte. Il m\u2019a appris la peur. Il m\u2019a appris la douleur \u00e0 petites doses r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. L\u2019effet pervers, c\u2019est que je me disais que si de si petites choses pouvaient me faire tant de mal, c\u2019est que je devais \u00eatre faible. Je perdais toute confiance en moi.<\/p>\n<p>Il d\u00e9clenchait beaucoup de trucs puis il partait quand j\u2019avais une r\u00e9action, une question. Il disparaissait, ne me r\u00e9pondait plus au t\u00e9l. Et moi j\u2019ai fait des erreurs et march\u00e9 dans son jeu en lui envoyant plein de textos. Il cr\u00e9ait une situation o\u00f9 l\u2019autre doit r\u00e9agir, m\u00eame si l\u2019autre ne veut pas. Parce que pas r\u00e9agir, c\u2019est comme d\u2019\u00eatre d\u2019accord et c\u2019est pire. Mais qu\u2019est-ce qui est pire\u00a0? Tout \u00e9tait pire. Les choix \u00e9taient absurdes, impossibles, le harc\u00e8lement constant. Mais tu vois c\u2019est la situation d\u2019une femme avec enfant, je pouvais pas trop m\u2019exprimer librement car mon fils \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Si je suis trop cat\u00e9gorique j\u2019ai peur de perdre mon logement. Oui, gros chantage tacite au logement.<\/p>\n<p>J\u2019ai le sentiment d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 choisie, prise comme support \u00e0 un d\u00e9lire et pas comme un \u00eatre qu\u2019on veut conna\u00eetre et c\u00f4toyer. Juste comme un truc \u00e0 qui ont fait des choses. M\u00eame pas un objet ou alors un objet de n\u00e9ant. Oui, c\u2019est exactement \u00e7a\u00a0: un objet destin\u00e9 au n\u00e9ant. Un truc implacable et horrible.<\/p>\n<p>Finalement, maintenant que je suis sortie de son emprise, je me dis que c\u2019\u00e9tait vraiment dangereux. Je me dis aussi que j\u2019ai eu la chance d\u2019avoir v\u00e9cu et partag\u00e9 de belles relations avec d\u2019autres avant lui. Ces bons souvenirs m\u2019ont soutenue. Je savais que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 capable d\u2019autre chose. Depuis, je reprends confiance en moi, en mes amis.<\/p>\n<p>Ce mec \u00e9tait un minable qui voulait juste exercer et imposer un pouvoir sur moi.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un manipulateur qui m\u2019a trait\u00e9e en ennemie d\u00e8s le d\u00e9part. Pour parvenir \u00e0 me d\u00e9stabiliser et \u00e0 me manipuler, il a utilis\u00e9 des techniques pr\u00e9cises afin d\u2019atteindre les quelques objectifs indispensables \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement d\u2019une personne\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"puce\" src=\"https:\/\/infokiosques.net\/squelettes-dist\/puce.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" \/>\u00a0l\u2019isolement,<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"puce\" src=\"https:\/\/infokiosques.net\/squelettes-dist\/puce.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" \/>\u00a0la d\u00e9stabilisation morale et physique. Son regard \u00e9tait totalement d\u00e9termin\u00e9, froid. Ses gestes pr\u00e9cis et \u00e9tudi\u00e9s,<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"puce\" src=\"https:\/\/infokiosques.net\/squelettes-dist\/puce.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" \/>\u00a0l\u2019\u00e9puisement des forces vitales.<\/p>\n<p>Maintenant, j\u2019ai repris ma vie.<\/p>\n<p>Elle est en lambeaux. \u00c0 force de subir harc\u00e8lements et menaces, je lui ai laiss\u00e9 mon logement. Des trucs bizarres sont arriv\u00e9s et \u00e7a devenait dangereux d\u2019y rester. Cela fait des mois que nous n\u2019avons plus de toit et que nous sommes h\u00e9berg\u00e9s ici ou l\u00e0, chez des amis. Avec tout \u00e7a, j\u2019ai perdu plusieurs de mes jobs, dont le principal. Mais je sais que j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9chapper au pire. Alors j\u2019ai la p\u00eache et je r\u00e9ussis \u00e0 m\u2019en sortir. Je ne veux plus entendre parler de lui. Je m\u2019en fous. J\u2019ai mieux \u00e0 faire\u00a0: vivre.<\/p>\n<p>Quand je lis mon histoire, j\u2019ai de la peine \u00e0 croire que c\u2019\u00e9tait moi, cet \u00eatre h\u00e9b\u00e9t\u00e9, terroris\u00e9, paralys\u00e9, t\u00e2tonnant. Je t\u00e9moigne parce que c\u2019est une histoire \u00e0 la fois banale et incroyable. Il m\u2019a menac\u00e9 de repr\u00e9sailles quand on lui a appris que j\u2019allais \u00e9crire pour la brochure. Je ne me suis pas laiss\u00e9e impressionner. La peur \u00e7a paralyse la victime, pas l\u2019agresseur.<\/p>\n<p>Comme je sais de quoi il est capable, j\u2019ai prot\u00e9g\u00e9 mes arri\u00e8res. Il ne pourra plus me faire de mal impun\u00e9ment.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 mon \u00e9nergie retrouv\u00e9e, je vais lutter aux c\u00f4t\u00e9s de ceux et celles qui sont encore victimes de violence et de domination en g\u00e9n\u00e9ral. Je vais utiliser mon \u00e9nergie contre toute forme de sexisme \u00e9galement, car, autant pour les filles que pour les mecs, les mod\u00e8les sont pourris et inhumains. Je ne veux pas que mon fils se sente oblig\u00e9 de devenir +ou- macho pour esp\u00e9rer \u00eatre accept\u00e9 ou respect\u00e9 en tant qu\u2019homme.<\/p>\n<p>Pour terminer\u00a0: j\u2019ai vu dans le journal qu\u2019il y avait eu une manif \u00e0 Lausanne l\u2019autre soir. Sur une pancarte on pouvait lire un truc que je n\u2019oublierai plus\u00a0:<\/p>\n<p>JE SUIS LA FEMME DE MA VIE<\/p>\n<p><i>re\u00e7u en 2012<\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">Que les ongles se transforment en griffes\u00a0! Aiguisons notre force de riposter.<\/h3>\n<p>On voyait tr\u00e8s clairement que je n\u2019\u00e9prouvais pas de plaisir.<\/p>\n<p>Quand je pense \u00e0 nouveau \u00e0 cette sc\u00e8ne, je nous vois d\u2019en haut, je suis en dehors de moi.<\/p>\n<p>Je nous vois d\u2019en haut et je suis un mannequin de vitrine, nue, blanche, rigide, absente. Dans la position d\u2019un mannequin jet\u00e9 sur le lit, les jambes tendues, l\u00e9g\u00e8rement \u00e9cart\u00e9es, les bras pareil. Il est sur moi et me p\u00e9n\u00e8tre, jouissant sans me donner un minimum de plaisir.<\/p>\n<p>En y pensant maintenant, j\u2019ai vraiment honte \u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u2019avoir laiss\u00e9 faire. De l\u2019avoir laiss\u00e9 me rendre un mannequin. Mais on apprend, on apprend de ses erreurs. Mais surtout on apprend toute seule.<\/p>\n<p>Il a joui en m\u00eame pas une minute en laissant le sperme sur les draps.<\/p>\n<p>Je regarde cette sc\u00e8ne d\u2019en haut et je me promets que je ne serai jamais plus un mannequin. Je regarde cette sc\u00e8ne d\u2019en haut et je sais que \u00e7a ne d\u00e9pendra que de moi. Parce que je ne peux pas compter sur une conscience commune qui refuse ces dynamiques. Parce qu\u2019il y aura toujours quelqu\u2019un pr\u00eat \u00e0 me consid\u00e9rer comme un mannequin. Dans la rue et \u00e0 la maison. Moi-m\u00eame, mais pas seulement moi.<\/p>\n<p>Pour tout \u00e7a, je trouve important de remettre en question notre rapport \u00e0 la sexualit\u00e9, par exemple en r\u00e9fl\u00e9chissant autour du concept de consentement dans les rapports sexuels qu\u2019on recherche, dont on a envie. En ce qui concerne les attaques sexistes, absolument pas recherch\u00e9es, on doit r\u00e9pondre en ass\u00e9nant des coups, seules ou collectivement, sur le moment ou plus tard, \u00e0 chaud ou \u00e0 froid, avec des mots ou avec des gestes. D\u00e9fendons-nous et attaquons, en r\u00e9futant la condition de victime que le patriarcat voudrait nous donner.<\/p>\n<p>Pour tout \u00e7a, nous devons transformer nos ongles en griffes et d\u00e9fier les attaques sans jamais les sous-estimer. La solidarit\u00e9 est une arme qui peut relancer la lutte contre le sexisme dans la rue, dans la soci\u00e9t\u00e9 et chez nous, dans notre milieu, parce malheureusement aussi dans les milieux anti-autoritaires se niche trop souvent du sexisme plus ou moins \u00e9vident.<\/p>\n<p>Aiguisons notre force de dire non, aiguisons notre force de faire respecter notre non. Aiguisons notre force de riposter. Pour d\u00e9truire l\u2019inertie sur laquelle se base le sexisme. Pour d\u00e9truire les r\u00f4les sur lesquels se base le patriarcat. Pour d\u00e9truire l\u2019exploitation sur laquelle se base cette soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Et danser sur les cendres des mannequins br\u00fbl\u00e9s.<\/p>\n<p>Danser sur les cendres de ceux qui les ont utilis\u00e9s, d\u00e9fendus et cr\u00e9\u00e9s.<\/p>\n<p><i>2011<\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">Eh merde<\/h3>\n<p>On \u00e9tait dans une rencontre qui avait lieu dans un \u00e9norme squat, et tout se passait bien, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une copine tombe sur un pochoir et nous le montre, et on se retrouve face \u00e0 une image sur le mur qui d\u00e9passe tout\u00a0: une meuf debout, avec des jambes de gazelle, \u00e9cart\u00e9es, de longs cheveux, pli\u00e9e en deux, vue de derri\u00e8re, \u00e0 poil, en train d\u2019\u00e9carter les l\u00e8vres de sa chatte avec sa main, et \u00e9crit en dessus\u00a0: pi\u00f9 sborra, meno sbirri, = plus de sperme, moins de flics.<\/p>\n<p>L\u2019une d\u2019entre nous avait d\u00e9j\u00e0 discut\u00e9 avec des gens de la maison de ce pochoir, qui avait apparemment donn\u00e9 lieu \u00e0 de fortes r\u00e9actions quand il \u00e9tait apparu sur les murs de la ville, mais ils ont d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait bien, et puis, sborra, \u00e7a rime avec sbirri.<\/p>\n<p>Bref, la suite\u00a0: des marqueurs nous tombent dans les mains et on s\u2019exprime, nous aussi sur le mur, s\u2019en suit engueulades, discussions, menaces, pas vraiment besoin de vous d\u00e9tailler ce qui se passe lorsqu\u2019on \u00e9crit dans un squat.<\/p>\n<p>Y a de la fatigue, celle d\u2019arriver dans un lieu qui s\u2019affiche en tant qu\u2019anti-sexiste, de tomber sur un pochoir qui n\u2019a d\u2019autre r\u00f4le que de repr\u00e9senter la femme comme foutoir \u00e0 sperme, son plaisir repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019\u00e9jaculation, sa passivit\u00e9, sa beaut\u00e9 selon les canons de tomb raider, l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexisme omnipr\u00e9sent, le sperme tour \u00e0 tour comme outil de lutte violent contre les flics, ou comme \u00ab\u00a0source de la vie\u00a0\u00bb (super\u00a0!), association plus que douteuse entre flics et sexualit\u00e9 et de se voir expliquer que l\u2019agression est dans les yeux de ceux (celles) qui la voient, qu\u2019on doit \u00eatre frustr\u00e9es que ce qu\u2019on a fait c\u2019est de la censure, et qu\u2019ils barrent m\u00eame pas les croix gamm\u00e9es, que quand ce pochoir a fait des vagues en villes, pour arranger le coup, ils en ont fait deux autres, un avec un mec (sa bite fait la moiti\u00e9 de la longueur de sa cuisse) et un avec un trans (veux pas savoir comment ils l\u2019ont repr\u00e9sent\u00e9), et que \u00ab\u00a0quand JE cause, regarde MOI dans les yeux\u00a0\u00bb, que l\u00e0 il est encore calme (gesticule \u00e0 3 cm de ton visage et hurle), mais que si \u00e7a continue \u00e7a va changer, etc.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il reste au final\u00a0:<\/p>\n<p><strong>On \u00e9tait l\u00e9gitimes de se sentir agress\u00e9es par ce pochoir\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p><strong>On est l\u00e9gitimes d\u2019\u00eatre fatigu\u00e9es d\u2019en revenir \u00e0 des trucs aussi basiques qui n\u2019ont rien \u00e0 envier aux flyers du bureau des autos et autres pubs pour la t\u00e9l\u00e9phonie mobile\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p><strong>On \u00e9tait l\u00e9gitimes de penser que la violence ou la menace de violence est inacceptable et de la mettre au premier plan\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p><strong> On \u00e9tait l\u00e9gitimes de faire nos tags\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p><i>re\u00e7u en 2012<\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">T\u00e9moignage collectif en non-mixit\u00e9<\/h3>\n<p><strong>Le t\u00e9moignage suivant est le r\u00e9sultat d\u2019un ap\u00e9ro-discussion en non-mixit\u00e9 qui a eu lieu entre une dizaine de meufs autour du th\u00e8me des violences sexistes dans notre milieu. Ce t\u00e9moignage r\u00e9unit donc des meufs avec des opinions diff\u00e9rentes, des v\u00e9cus diff\u00e9rents et des histoires \u00e0 raconter\u2026 <\/strong><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Il y a des trucs b\u00eates et cons qui peuvent se passer dans les soir\u00e9es. Des fois, on ne voit m\u00eame pas que c\u2019est des agressions.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0A une \u00e9poque j\u2019\u00e9tais beaucoup l\u00e0, je bois pas beaucoup et je vois les soir\u00e9es d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. Je p\u00e8te un plomb. Des comportements relous, de mes potes aussi et d\u2019autres. Des fois j\u2019ai pas le courage d\u2019aller dans les soir\u00e9es et de voir ces trucs\u2026 c\u2019est comme si je sortais au Bleu L\u00e9zard. Tu ne sais pas chez qui te tourner quand ces choses se passent. C\u2019est jamais gravissime mais c\u2019est lourd. Quand je le dis aux autres je me sens un peu con car je me dis\u00a0: c\u2019est parce que t\u2019es f\u00e9ministe, tu vois le mal partout, t\u2019exag\u00e8res. Des fois ma soir\u00e9e a \u00e9t\u00e9 p\u00e9t\u00e9e par un gars qui me touche le sein durant un pogo. Mais je ne veux pas faire un scandale. Des fois aussi mes potes sont bourr\u00e9s et ils r\u00e9agissent envers la personne et tu ne veux pas porter \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Quand t\u2019es bourr\u00e9e tes limites elles sont autres. Soit tu minimises ce qui se passe soit au contraire tu exag\u00e8res. Tu peux partir en vrille aussi\u00a0! L\u2019alcool n\u2019aide pas \u00e0 \u00eatre malin. Pour quelqu\u2019un qui ne boit pas, \u00e7a peut devenir assez chiant.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Dans une soir\u00e9e un gars est pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi et m\u2019a l\u00e9ch\u00e9 le cou. Je le connais juste pas\u00a0! Moi mon soutien c\u2019\u00e9tait qu\u2019il y avait des copines autour et on l\u2019a envoy\u00e9 chier ensemble. On \u00e9tait plus fortes, je n\u2019\u00e9tais pas toute seule. Il est parti la queue entre les jambes. C\u2019est fou&#8230; je me suis pas sentie en danger, \u00e7a m\u2019a juste fait chier\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Je ne me suis jamais sentie en danger dans les soir\u00e9es, j\u2019ai mes potes ici, j\u2019ai les comp\u00e9tences. Mais je pense toujours que moi j\u2019ai \u00e7a, mais toutes les meufs qui viennent ne l\u2019ont pas.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Moi des fois je ne sors pas \u00e0 une soir\u00e9e car j\u2019ai pas l\u2019\u00e9nergie de g\u00e9rer cette violence latente. Je ne sais pas si les mecs ressentent \u00e7a parfois\u2026\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0C\u2019est surtout une histoire de confiance entre meufs. Comment on partage des choses qui arrivent sans que \u00e7a parte trop loin et sans que \u00e7a soit minimis\u00e9\u00a0? Comment r\u00e9agir ensemble m\u00eame pour un petit truc\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Si le f\u00e9minisme \u00e9tait davantage pris en compte dans les soir\u00e9es, \u00e7a serait plus facile.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0C\u2019est pas \u00e9vident d\u2019expliquer ses propres limites ni \u00e0 soi ni aux autres. J\u2019ai dit stop \u00e0 un copain avec qui je rigolais et avec qui je dansais et qui m\u2019avait pris les poignets. Il m\u2019a dit que je n\u2019\u00e9tais pas dr\u00f4le. Mais pourquoi je serais dr\u00f4le\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0C\u2019est pas facile d\u2019avoir le r\u00f4le d\u2019\u00eatre celle qui dit \u00ab\u00a0l\u00e0, je ne rigole pas\u00a0\u00bb. Mais on a juste pas le choix de le faire.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i> \u00ab\u00a0Moi j\u2019aime pas le mot \u00ab\u00a0limites\u00a0\u00bb car si tu dois les poser c\u2019est que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 trop tard&#8230; c\u2019est que quelque chose me fait d\u00e9j\u00e0 chier. Je ne devrais pas avoir \u00e0 le faire\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0C\u2019est difficile de savoir comment r\u00e9agir. Ce qui est cool, c\u2019est d\u2019avoir des gens autour pour pouvoir dire ce qu\u2019on a ressenti. La chasse \u00e0 la drague \u00e7a para\u00eet un peu dur\u2026\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0C\u2019est pas de la drague\u00a0! On n\u2019agit pas comme \u00e7a quand on drague\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Des fois la drague peut passer par des trucs presque de violence, comme dans un pogo etc. Le pogo peut \u00eatre une forme de drague mais \u00e7a d\u00e9pend, si c\u2019est partag\u00e9. Si c\u2019est un jeu \u00e0 deux \u00e7a change la donne.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Est-ce qu\u2019il y a une mont\u00e9e de violence dans notre milieu ces temps\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Certaines personnes avec qui on parle pensent que oui mais c\u2019est difficile de leur faire comprendre qu\u2019avec les mecs, cette violence je l\u2019ai toujours sentie. On est sur des longueurs d\u2019ondes diff\u00e9rentes.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Il existe dans des maisons des affiches qui nomment des choses autour du consentement. Est-ce que dans les f\u00eates les gens prennent en compte si l\u2019autre est int\u00e9ress\u00e9\u00a0? Ou que mes actes peuvent emmerder quelqu\u2019un\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0J\u2019ai des vieux exemples de comment les choses ont pu se r\u00e9gler dans des soir\u00e9es avec des mecs relous. Par exemple, des potes mecs qui vont draguer le mec relou et il se casse\u2026 c\u2019est assez efficace. Il y avait aussi parfois des gens autour qui r\u00e9agissaient spontan\u00e9ment. Mais c\u2019\u00e9tait aussi quand le milieu \u00e9tait plus petit.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0J\u2019ai v\u00e9cu une fois le truc o\u00f9 il y a deux potes qui m\u2019ont \u00ab\u00a0aid\u00e9e\u00a0\u00bb quand un mec \u00e9tait relou. Mais j\u2019ai pas aim\u00e9 car \u00e7a m\u2019a compl\u00e9tement d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e de mon truc. C\u2019\u00e9tait sympa mais en m\u2019aidant ils ont aussi fait un truc relou\u00a0! C\u2019est complexe. C\u2019est la fa\u00e7on de r\u00e9agir qui m\u2019a d\u00e9plu.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Et t\u2019es souvent mise de c\u00f4t\u00e9 car ce n\u2019est pas ton registre.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0O\u00f9 c\u2019est vraiment dur, c\u2019est quand c\u2019est pas des \u00ab\u00a0relous\u00a0\u00bb mais tes potes qui sont lourds ou agressifs. \u00c7a implique plein de choses.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Oui, quand c\u2019est les potes c\u2019est pas facile, surtout quand c\u2019est pas des actes \u00ab\u00a0spectaculaires\u00a0\u00bb mais des petites agressions de tous les jours.\u00a0\u00bb <\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Il y a eu des crises de violence en couple dans des soir\u00e9es et les gens s\u2019interposaient mais justement c\u2019\u00e9tait plus \u00ab\u00a0spectaculaire\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Tu peux habiter avec des psychopathes, mais tu fais quoi\u00a0? Surtout quand tout le monde dit que ce n\u2019est pas grave\u00a0! Avec des histoires de couple c\u2019est super glauque\u2026 tu fais quoi\u00a0? T\u2019essaies de faire un travail en amont et tu mets tes barri\u00e8res, mais tu te fais chier dessus\u2026 c\u2019est difficile. Tu fais avec, car plein de potes ne voient rien. L\u2019amiti\u00e9 c\u2019est bien mais \u00e7a ne suffit pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0T\u2019as envie de dire\u00a0: c\u2019est pas parce que t\u2019habites avec le gars que tu dois le d\u00e9fendre. Et merde, sois un peu objectif\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0On entend souvent l\u2019id\u00e9e que dans nos milieux, on est seul contre le monde, qu\u2019il ne faut pas qu\u2019on se divise.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Il y a le mythe rock n\u2019 roll&#8230; faut \u00eatre trash.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Tu peux \u00eatre f\u00e9ministe et rock n\u2019roll aussi merde\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0\u00c7a se passe dans d\u2019autres maisons aussi. C\u2019est tellement dur. T\u2019as pas envie car t\u2019aime bien la personne mais les choses se passent mal.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0On peut rentrer dans des comportements de \u00ab\u00a0meute\u00a0\u00bb aussi. On prend la d\u00e9fense des potes et on arrive \u00e0 cacher comment ils agissent. C\u2019est comme si on doit \u00ab\u00a0d\u00e9fendre\u00a0\u00bb notre pote.\u00a0\u00bb <\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Ce qui est dur c\u2019est de vivre des \u00e9v\u00e9nements comme des agressions mais que personne n\u2019a rien vu\u2026 surtout les mecs.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Il y a eu une histoire d\u2019une fille qui a \u00e9tait viol\u00e9e dans les WC dans un festival de nos milieux. C\u2019est tellement violent, \u00e7a d\u00e9rape compl\u00e8tement. Comment c\u2019est possible\u00a0? Est- ce que personne ne s\u2019est rendu compte\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Dans les soir\u00e9es, \u00e7a m\u2019arrive de checker les gens qui descendent dans les chiottes\u2026 juste pour \u00eatre s\u00fbre que tout va bien, qu\u2019il n\u2019y a pas de risque pour les nanas.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Je trouve que quand c\u2019est des potes tu peux agir et quand c\u2019est des gens de l\u2019ext\u00e9rieur du milieu, tu peux les virer des soir\u00e9es. Mais quand c\u2019est des copains que tu connais sans bien conna\u00eetre c\u2019est super dur.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Malgr\u00e9 tout il y a un moment o\u00f9 on doit se mettre entre femmes et dire les choses. M\u00eame s\u2019il y aussi des mecs qui r\u00e9fl\u00e9chissent et qui sont pro-f\u00e9ministes.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0La non-mixit\u00e9 pose souvent probl\u00e8me pour les gens. C\u2019est p\u00e9nible\u2026\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Dans les sleepings on devrait faire plus gaffe avec les femmes. Comme proposer un endroit pour qu\u2019elles se sentent en s\u00e9curit\u00e9 si elles le souhaitent.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Moi il y a des fois o\u00f9 j\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 dormir dans des sleepings parce qu\u2019il y a des mecs que tu ne sens pas forc\u00e9ment.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Oui, une pote \u00e0 moi s\u2019est fait agress\u00e9e dans un squat et \u00e7a s\u2019est mal pass\u00e9 avec les autres qui habitaient l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Si on en parlait plus de tout \u00e7a, les mecs aussi pourraient porter ces m\u00eames messages.\u00a0\u00bb <\/i><\/p>\n<p><i>2011-2012 <\/i><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">| L\u2019exposition | SOUS LE TAPIS LE PAVE<\/h3>\n<p><strong>En parall\u00e8le \u00e0 cette brochure, nous avons mont\u00e9 une exposition qui r\u00e9unit des contributions artistiques de femmes\u00a0: sculptures, dessins, vid\u00e9o, perfo, gravures, roman photo\u2026 Ces contributions ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9colt\u00e9es en m\u00eame temps que les t\u00e9moignages que vous venez de lire. L\u2019expo a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 l\u2019espace autog\u00e9r\u00e9 de Lausanne en septembre 2012. Cette exposition se veut itin\u00e9rante, elle est disponible pour \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e dans d\u2019autres lieux. Selon nos disponibilit\u00e9s, nous sommes pr\u00eates \u00e0 accompagner l\u2019expo afin de participer \u00e0 un \u00e9ventuel d\u00e9bat, discussion, lectures, mixte ou non-mixte (tout d\u00e9pend du contexte). Nous pouvons \u00e9galement envisager de faire voyager l\u2019expo sans nous. Alors, si tu es int\u00e9ress\u00e9-e \u00e9cris-nous \u00e0 <i>lafurie. collective@ immerda.ch<\/i> <\/strong><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">|R\u00e9seaux|<\/h3>\n<p><strong> Afin de se d\u00e9fendre contre ces violences sexistes, nous sommes convaincues de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019espaces collectifs f\u00e9ministes. Espaces qui permettent de cr\u00e9er ensemble \u2013 entre femmes -des outils, des postures verbales et corporelles, pour se reconstruire et reprendre confiance en soi suite \u00e0 une agression.<\/strong><\/p>\n<p>Le collectif qui a cr\u00e9\u00e9 cette brochure n\u2019a pas eu un contact direct avec toutes les institutions ou associations list\u00e9es ici. On trouvait important de fournir ces informations mais on ne peut pas garantir que les accompagnements mis en place dans ces endroits prennent en compte une vision f\u00e9ministe de la violence. Tous les endroits list\u00e9s ne sont pas non plus sp\u00e9cifiquement pr\u00e9vus pour les femmes ou en non-mixit\u00e9. On conseille donc aux femmes de se renseigner sur les valeurs et les positions d\u00e9fendues par chaque structure, pour \u00e9viter des mauvaises surprises\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Cette liste est non-exhaustive. Elle concerne surtout la Suisse romande, et plus sp\u00e9cifiquement Lausanne.<\/strong><\/p>\n<h3 class=\"spip\">En Suisse romande<\/h3>\n<p><strong>Femdochi\u00a0:<\/strong> Autod\u00e9fense pour femmes et adolescentes enseign\u00e9e par les femmes <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.femdochi.ch\" rel=\"nofollow external\">www.femdochi.ch<\/a> Viol-secours.<\/p>\n<p><strong>Aide, soutien, accompagnement aux femmes ayant v\u00e9cu des violences sexuelles.<\/strong> Pl. des Charmilles 3, 1203 Gen\u00e8ve, 022\/345 20 20. <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.viol-secours.ch\" rel=\"nofollow external\">www.viol-secours.ch<\/a> Solidarit\u00e9 Femmes.<\/p>\n<p><strong>Ecoute, soutien, informations sociales et juridiques, h\u00e9bergement pour femmes victimes de violence conjugale, seules ou avec enfants<\/strong><\/p>\n<p><strong> Neuch\u00e2tel\u00a0:<\/strong> Place du March\u00e9 8, 2300 La Chaux-de-Fonds, 032\/886 46 36. <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.sfne.ch\" rel=\"nofollow external\">www.sfne.ch<\/a><\/p>\n<p><strong>Fribourg\u00a0:<\/strong> Case postale 1400, 1701 Fribourg, 026\/322 22 02. <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.sf-lavi.ch\" rel=\"nofollow external\">www.sf-lavi.ch<\/a><\/p>\n<p><strong> R\u00e9gion biennoise\u00a0:<\/strong> R. du Contr\u00f4le 12, 2503 Bienne, 032\/322 02 44. <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.solfemmes.ch\" rel=\"nofollow external\">www.solfemmes.ch<\/a><\/p>\n<h3 class=\"spip\">\u00c0 Lausanne<\/h3>\n<p><strong> Urgences. CHUV<\/strong>, 24\/24h, 144. Unit\u00e9 de m\u00e9decine des violences.<\/p>\n<p><strong>Constat m\u00e9dical<\/strong>, Bugnon 44, 1011 Lausanne, 021\/314 14 14. Les Bor\u00e9ales.<\/p>\n<p><strong> Centre de consultation. Maltraitance(s) familiale(s)<\/strong> Av. Recordon 40, 1004 Lausanne, 021\/314 66 33.<\/p>\n<p><strong>Centre d\u2019accueil Malley Prairie.<\/strong> Pour les femmes victimes de violence conjugale avec ou sans enfant (\u00e9coute et refuge). Ch. de la Prairie 34, 1007 Lausanne, 021\/620 76 76 (24\/24h). <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.malleyprairie.ch\" rel=\"nofollow external\">www.malleyprairie.ch<\/a><\/p>\n<p><strong> Centre de consultation LAVI.<\/strong> (Loi sur l\u2019aide aux victimes d\u2019infractions). Pl. Bel-Air 2, 1003 Lausanne, 021\/320 32 00. <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.aide-aux-victimes.ch\" rel=\"nofollow external\">www.aide-aux-victimes.ch<\/a><\/p>\n<p><strong>La Fraternit\u00e9 du CSP.<\/strong>Question sur les permis de s\u00e9jours.Pl. Arlaud 2, 1003 Lausanne, 021\/213 03 53. <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.csp.ch\/fraternite\" rel=\"nofollow external\">www.csp.ch\/fraternite<\/a> ViFa.<\/p>\n<p><strong> Aide aux auteur-e-s de violence.<\/strong> Av. Vinet 19, 1004 Lausanne, 021\/644 20 45.<\/p>\n<p><strong>Faire le pas.<\/strong>Aide aux adultes ayant \u00e9t\u00e9 abus\u00e9-e-s sexuellement dans leur enfance ou leur adolescence. Av. de Rumine 2, 1005 Lausanne, 021\/329 19 19. <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.fairelepas.ch\" rel=\"nofollow external\">www.fairelepas.ch<\/a><\/p>\n<p><strong>Bureau cantonal de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes.<\/strong> Rue Caroline 4, 1014 Lausanne, 021\/316 61 24.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Sites internet<\/h3>\n<p><i><a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.violencequefaire.ch\" rel=\"nofollow external\">www.violencequefaire.ch<\/a><\/i> Site o\u00f9 on trouve des informations et des adresses en Suisse romande sur la violence et plus sp\u00e9cifiquement la violence conjugale.<\/p>\n<p><i><a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.comeva.ch\" rel=\"nofollow external\">www.comeva.ch<\/a><\/i> Site pour les jeunes avec informations et adresses.<\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 class=\"spip\">|Impressum|<\/h3>\n<p>Cette brochure a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9e \u00e0 Lausanne par le collectif SOUS LE TAPIS LE PAV\u00c9 en septembre 2012.<\/p>\n<p>Pour avoir des infos sur l\u2019expo itin\u00e9rante r\u00e9alis\u00e9e en parall\u00e8le \u00e0 cette brochure et pour toutes autres infos, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 nous \u00e9crire \u00e0\u00a0: lafurie.collective@immerda.ch<\/p>\n<p>Pour t\u00e9l\u00e9charger la brochure\u00a0:<\/p>\n<p><i><a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www.infokiosques.net\" rel=\"nofollow external\">www.infokiosques.net<\/a> <\/i><\/p>\n<p class=\"signature\"><span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?auteur511\">Collectif Sous le tapis le pav\u00e9<\/a><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>[<a id=\"nb1\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=989#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Bureau cantonal de l\u2019\u00e9galit\u00e9, Vaud, Suisse, chiffres 2006-2011.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb2\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=989#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] Service Universitaire de Psychiatrie de l\u2019Enfant et de l\u2019Adolescent, Centre Hospitalier Universitaire Vaudois.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les violences sexistes dans les milieux militants qui se revendiquent anti-sexistes et anti-autoritaires De la remarque insistante en soir\u00e9e \u00e0 une agressivit\u00e9 latente, d\u2019un machisme gentiment \u00e9touffant \u00e0 une main au cul, les violences sexistes sont multiples et prennent plusieurs &hellip; <a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=394\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":["post-394","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-violences-sexistes-et-sexuelles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/394","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=394"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/394\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2914,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/394\/revisions\/2914"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=394"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=394"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=394"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}