{"id":301,"date":"2014-09-07T12:06:12","date_gmt":"2014-09-07T11:06:12","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=301"},"modified":"2020-05-11T14:15:45","modified_gmt":"2020-05-11T13:15:45","slug":"a-propos-dautonomie-damitie-sexuelle-et-dheterosexualite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=301","title":{"rendered":"A propos d&rsquo;autonomie, d&rsquo;amitie sexuelle et d&rsquo;heterosexualite"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/a-propos-d-autonomie-d-amitie-sexuelle-et-d-heterosexualite.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-143 size-medium\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/a-propos-d-autonomie-d-amitie-sexuelle-et-d-heterosexualite-210x300.jpg\" alt=\"aproposMonT.indd\" width=\"210\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/a-propos-d-autonomie-d-amitie-sexuelle-et-d-heterosexualite-210x300.jpg 210w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/a-propos-d-autonomie-d-amitie-sexuelle-et-d-heterosexualite-716x1024.jpg 716w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/a-propos-d-autonomie-d-amitie-sexuelle-et-d-heterosexualite.jpg 1736w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/><\/a>Texte \u00e9crit par Corinne Monnet, extrait d\u2019Au-del\u00e0 du personnel, ouvrage collectif publi\u00e9 en 1997.<\/p>\n<p>Sommaire\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Les choix de vie relationnels, une histoire de go\u00fbt\u00a0?<br \/>\n&#8211; Autonomie et rapport \u00e0 l\u2019autre<br \/>\n&#8211; Pr\u00e9sentation du cadre de la non-monogamie responsable<br \/>\n&#8211; L\u2019amour exclusif<br \/>\n&#8211; Le paradigme de l\u2019amiti\u00e9<br \/>\n&#8211; La r\u00e9union de l\u2019amiti\u00e9 et du d\u00e9sir<br \/>\n&#8211; Amour et h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9<br \/>\n&#8211; Point de vue f\u00e9ministe<br \/>\n&#8211; Pascale Noizet et la fonction de l\u2019amour dans l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9<br \/>\n&#8211; Pour une pratique h\u00e9t\u00e9rosexuelle f\u00e9ministe<\/p>\n<p>Corinne Monnet<br \/>\nPubli\u00e9 par Infokiosques.net et Virb.com\/seditions<br \/>\n1997<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/a-propos-d-autonomie-d-amitie-sexuelle-et-d-heterosexualite.pdf\">PDF mis en page<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/01\/a-propos-d-autonomie-d-amitie-sexuelle-et-d-heterosexualite_ppp.pdf\">PDF page par page<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>&laquo;&nbsp;Lorsque je consid\u00e8re que le personnel est politique, je dis d\u2019une part que ce personnel est susceptible de changement puisque non d\u00e9termin\u00e9 biologiquement, et d\u2019autre part que le comportement affectif et sexuel est bien un comportement social. Autrement dit, le personnel fait partie de l\u2019ordre politique que je souhaite changer. Dire que le personnel est politique n\u2019est pas pour moi seulement dire que le politique influence le personnel mais bien plut\u00f4t que les choix et pratiques dans notre vie \u00ab\u00a0priv\u00e9e\u00a0\u00bb ont des significations politiques.&nbsp;&raquo;<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons est un processus, et cela est vrai de toutes les soci\u00e9t\u00e9s, m\u00eame de celles qui essayent de r\u00e9sister au changement. Une partie importante de la fonction du gouvernement consiste \u00e0 tenter d\u2019inhiber le processus de changement dans notre soci\u00e9t\u00e9. Mais le changement est possible et n\u00e9cessaire (il est, en effet, in\u00e9vitable), quelle qu\u2019en soit l\u2019\u00e9tendue que nous puissions pr\u00e9sentement r\u00e9aliser. Nous accroissons la viabilit\u00e9 de la r\u00e9volution en vivant maintenant en accord avec les principes anarchistes et f\u00e9ministes, quelle que soit notre situation environnante. Vivre la r\u00e9volution est, je crois, la phrase clef.\u00a0\u00bb<br \/>\nLisa Bendall\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab Anarchism and Feminism \u00bb dans Feminism, Anarchism, Women. The Raven 21,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>]<\/p><\/blockquote>\n<p>En guise d\u2019introduction \u00e0 ce texte, je souhaite \u00e9claircir quelques points afin de ne pas avoir \u00e0 revenir dessus tout au long. Ce texte est un texte personnel dans le sens que j\u2019y parle de ma fa\u00e7on de vivre mon f\u00e9minisme et mon anarchisme dans la sph\u00e8re relationnelle et affective. Ce n\u2019est heureusement pas la seule fa\u00e7on de les vivre.<\/p>\n<p>Ce texte doit donc \u00eatre lu dans sa juste mesure, que je d\u00e9finirais comme un t\u00e9moignage d\u2019un v\u00e9cu et d\u2019une exp\u00e9rience de femme anarcha-f\u00e9ministe, de 30 ans, blanche, RMIste et bisexuelle (\u00e0 long pass\u00e9 strictement h\u00e9t\u00e9rosexuel). D\u2019autre part, ce texte ne portant que sur mon exp\u00e9rience dans le domaine du \u00ab\u00a0priv\u00e9\u00a0\u00bb, il ne faudrait pas en d\u00e9duire, de mani\u00e8re abusive, que ma lutte contre cette soci\u00e9t\u00e9 se r\u00e9sumerait \u00e0 cela. Combattre \u00e0 ce niveau n\u2019abolira malheureusement ni le pouvoir dans sa globalit\u00e9, ni la domination, qu\u2019elle soit celle de l\u2019\u00c9tat ou celle de la classe sexuelle des hommes. Particuli\u00e8rement au niveau du patriarcat, nous savons qu\u2019il n\u2019y a pas de solution individuelle des femmes \u00e0 l\u2019oppression, et je ne cesserai de rappeler l\u2019importance de lutter, comme bien des f\u00e9ministes, pour un mouvement collectif autonome de femmes, m\u00eame si je n\u2019en parlerai pas ici, ceci n\u2019\u00e9tant pas le sujet.<\/p>\n<p>Aussi, je ne confonds pas le pouvoir individuel que j\u2019ai pu acqu\u00e9rir \u00e0 mon niveau personnel et le pouvoir des femmes en tant que groupe social, comme le font nombre d\u2019anarchistes, femmes et hommes, ce qui leur permet de nier la domination masculine dans son ampleur et de rendre les femmes seules responsables de leur situation, comme si elles la choisissaient. Qu\u2019il soit possible d\u2019avoir une marge de man\u0153uvre individuelle est une chose, nier le patriarcat en est une autre. S\u2019il y a des changements que je peux faire moi-m\u00eame, il en reste une bien plus grande partie sur laquelle je ne peux rien faire.<\/p>\n<p>Finalement, je pourrais dire que ce texte porte sur ma marge personnelle de man\u0153uvre, qui, si elle peut para\u00eetre assez \u00e9tendue, me semble \u00e0 moi-m\u00eame bien limit\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais lorsque je consid\u00e8re que le personnel est politique, je dis d\u2019une part que ce personnel est susceptible de changement puisque non d\u00e9termin\u00e9 biologiquement, et d\u2019autre part que le comportement affectif et sexuel est bien un comportement social. Autrement dit, le personnel fait partie de l\u2019ordre politique que je souhaite changer. Dire que le personnel est politique n\u2019est pas pour moi seulement dire que le politique influence le personnel mais bien plut\u00f4t que les choix et pratiques dans notre vie \u00ab\u00a0priv\u00e9e\u00a0\u00bb ont des significations politiques.<\/p>\n<p>Les rapports femmes\/hommes sont politiques, qu\u2019ils se d\u00e9roulent dans la rue ou dans un lit, puisque d\u2019une part ce sont les rapports sociaux de sexe structur\u00e9s par la domination masculine qui construisent les humains en \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0hommes\u00a0\u00bb et que, d\u2019autre part, le pouvoir des uns ne dispara\u00eet pas \u00e0 l\u2019antre de l\u2019affectif et du \u00ab\u00a0priv\u00e9\u00a0\u00bb. Alors que ma lutte pour un changement dans les rapports sociaux de sexe est multidimensionnelle, il ne sera donc question ici que de la dimension personnelle et interactive. Dimension, faut-il le rappeler, nettement rel\u00e9gu\u00e9e aux oubliettes par la plupart des anarchistes, pour ne pas parler des autres courants politiques. Le changement doit prendre place aussi bien au niveau des structures sociales que des interactions sociales et de l\u2019individue. Ainsi, si ma fa\u00e7on de vivre (et quelle qu\u2019elle soit) ne sera jamais une solution \u00e0 l\u2019oppression patriarcale, je la consid\u00e8re comme faisant toutefois partie du combat. De mon point de vue, ce n\u2019est qu\u2019une d\u00e9duction pratique du d\u00e9sir de vouloir agir sur la r\u00e9alit\u00e9 sociale\u00a0?\u00a0: la r\u00e9alit\u00e9 \u00ab\u00a0priv\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e9tant essentiellement sociale, il va de soi que je d\u00e9sire aussi agir sur cette r\u00e9alit\u00e9-l\u00e0.<\/p>\n<p>Je dois aussi rajouter que bien que parlant toujours de f\u00e9minisme tout court, ma perspective est clairement celle du courant f\u00e9ministe radical, dans sa tendance la plus anti-naturaliste, visant l\u2019abolition m\u00eame de la cat\u00e9gorisation sexuelle, afin que la distinction entre les sexes n\u2019ait plus aucune pertinence sociale, afin que le sexe ne donne plus lieu \u00e0 aucune classification\u00a0?\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Si vous d\u00e9sirez en savoir plus sur le f\u00e9minisme radical, je vous conseille\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>]<\/p>\n<p><strong>Les choix de vie relationnels, une histoire de go\u00fbt\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Nombre de personnes reconnaissent que l\u2019\u00e9ducation dicte la fa\u00e7on de penser, mais bien peu \u00e9largissent cette id\u00e9e au domaine \u00e9motionnel et sentimental. L\u2019utopique sph\u00e8re priv\u00e9e des sentiments et de la sexualit\u00e9, qui serait situ\u00e9e au-del\u00e0 de toute influence du pouvoir, en a pris un bon coup depuis le mouvement f\u00e9ministe des ann\u00e9es 1970 et sa fameuse d\u00e9couverte que le personnel est politique.<\/p>\n<p>Je choisis, depuis plusieurs ann\u00e9es, de vivre mes relations affectives sur le mode non-exclusif. Je parle de choix pour bien le diff\u00e9rencier d\u2019un go\u00fbt ou d\u2019une tendance que j\u2019aurais d\u00e9velopp\u00e9 au hasard d\u2019une rencontre ou d\u2019une situation. Ce mode d\u2019amour est pour moi le r\u00e9sultat d\u2019une longue r\u00e9flexion et d\u2019un non moins long travail fait sur moi-m\u00eame afin de pouvoir vivre aussi dans mes amours mes exigences d\u2019autonomie, de libert\u00e9, de qualit\u00e9 et d\u2019\u00e9panouissement.<\/p>\n<p>Si la pratique elle-m\u00eame est d\u00e9j\u00e0 cible de nombreuses critiques, le fait de donner les raisons de ce choix n\u2019a fait qu\u2019en rajouter. Si j\u2019avais pr\u00e9sent\u00e9 cette pratique comme un non-choix individuel et priv\u00e9, en disant par exemple que j\u2019avais plusieurs relations simplement parce que je ne pouvais choisir entre elles, je crois que personne ne se serait r\u00e9ellement senti attaqu\u00e9. R\u00e9guli\u00e8rement, on m\u2019a donc renvoy\u00e9 que, bien que je critique la norme actuelle s\u00e9vissant \u00e0 ce propos, je n\u2019avais finalement qu\u2019une seule envie\u00a0?\u00a0: celle de lui en restituer d\u2019autres. Bizarre de voir \u00e0 quel point, lorsque l\u2019on propose des alternatives \u00e0 un mode de vie dominant (que ce soit la monogamie ou l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 par exemple), celles\/ceux qui vivent pourtant selon ces normes dominantes (sans trop se poser de questions) crient alors \u00e0 la norme.<\/p>\n<p>Ici resurgit le bon vieux d\u00e9mon de l\u2019intouchabilit\u00e9 du priv\u00e9. Pourquoi, lorsque je dis que mon choix est politique et qu\u2019il se situe dans une optique globale, on me r\u00e9torque que je veux imposer de nouvelles normes\u00a0?? Pourquoi, d\u00e8s que l\u2019on ne se retire pas derri\u00e8re la sph\u00e8re du priv\u00e9, appara\u00eet toujours le probl\u00e8me de la norme\u00a0?? Il me semble que la division op\u00e9r\u00e9e entre le personnel et le politique arrange bien en ce qu\u2019elle permet d\u2019\u00e9viter de probl\u00e9matiser, en l\u2019occurrence ses propres comportements.<br \/>\nJe vais donc \u00eatre claire\u00a0: je ne souhaite imposer d\u2019aucune fa\u00e7on la non-exclusivit\u00e9, je souhaite seulement essayer de montrer, en me servant de mon exp\u00e9rience, que l\u2019on peut vivre hors la norme du couple et de la monogamie.<\/p>\n<p>Que l\u2019on peut cr\u00e9er un contre-pouvoir face \u00e0 la r\u00e9glementation sociale des sentiments et de la sexualit\u00e9. Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 patriarcale et autoritaire, les rapports affectifs sont normalis\u00e9s. La sexualit\u00e9, les rapports d\u2019un corps \u00e0 un autre sont r\u00e9gul\u00e9s comme le sont les formes relationnelles. Nous savons que le domaine sexuel est celui o\u00f9 la dimension socioculturelle domine le plus compl\u00e8tement le biologique. La forme de relation, de sexualit\u00e9, le choix de l\u2019objet sexuel sont soumis et esclaves des attentes et autres normes sociales. Le contr\u00f4le social s\u00e9vit et gare \u00e0 la r\u00e9pression si tu t\u2019avises de d\u00e9roger \u00e0 ces lois. La soci\u00e9t\u00e9 p\u00e8se de fa\u00e7on consid\u00e9rable sur nos relations affectives\/sexuelles.<\/p>\n<p>Et pas besoin d\u2019\u00eatre f\u00e9ministe pour voir qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce sch\u00e9ma subsistent d\u2019importantes dissym\u00e9tries selon la cat\u00e9gorie de sexe. Il me faut dire ici que je ne crois \u00e0 aucune opposition de nature entre la sexualit\u00e9 f\u00e9minine et masculine\u00a0?\u00a0; ce sont des constructions sociales qui, comme les cat\u00e9gories \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0hommes\u00a0\u00bb, sont produites par des rapports de domination, d\u2019in\u00e9galit\u00e9 et d\u2019exploitation. Contrairement \u00e0 la vision libertaire de la sexualit\u00e9, je ne pense donc pas par exemple la sexualit\u00e9 f\u00e9minine en seul terme de r\u00e9pression, mais bien d\u2019oppression. Aussi, les libertaires posent le consentement comme la seule valeur morale pertinente \u00e0 propos de la sexualit\u00e9. Ceci d\u00e9coulant bien s\u00fbr de leur n\u00e9gation de la domination masculine. Des f\u00e9ministes ont montr\u00e9 la relativit\u00e9 du consentement. Pour que cette valeur soit suffisante, encore faudrait-il que les personnes impliqu\u00e9es aient les m\u00eames informations et le m\u00eame pouvoir.<\/p>\n<p>D\u2019\u00e9normes efforts ont \u00e9t\u00e9 et sont toujours d\u00e9ploy\u00e9s pour contr\u00f4ler et policer la sexualit\u00e9 des femmes, pour la construire toujours \u00e0 l\u2019avantage des hommes. En tant qu\u2019\u00e9ternels objets du d\u00e9sir m\u00e2le, nous ne pouvons que difficilement d\u00e9velopper une sexualit\u00e9 libre, active et \u00e9panouissante d\u2019o\u00f9 nous puissions retirer \u00e9nergie et puissance. Celles qui seront parvenues \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 cette r\u00e9gulation seront gravement sanctionn\u00e9es, que ces sanctions d\u00e9rivent directement des hommes ou de la culpabilit\u00e9 que l\u2019on se renvoie alors (du \u00ab\u00a0je ne suis pas nor-m\u00e2le\u00a0\u00bb jusqu\u2019au fait de se consid\u00e9rer soi-m\u00eame, lorsque l\u2019on aime le sexe, comme malade et d\u00e9pendante du sexe. Je n\u2019ai jamais vu d\u2019hommes se tracasser sur une \u00e9ventuelle d\u00e9pendance sexuelle&#8230;). Le double standard est toujours en vigueur sur la moralit\u00e9 sexuelle\u00a0?\u00a0: si la sexualit\u00e9 est bonne pour les hommes, elle reste mauvaise pour les femmes, et une femme qui prend son pied comme elle l\u2019entend n\u2019est qu\u2019une salope (ce qui reste une des pires insultes concernant les femmes) et non un \u00eatre \u00e0 la recherche de son propre plaisir, d\u00e9fini par elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans ce contexte d\u00e9crit tr\u00e8s succinctement, que dire de nos comportements si l\u2019on ne questionne pas nos \u00ab\u00a0go\u00fbts\u00a0\u00bb affectifs et sexuels\u00a0?? Comment ne pas renforcer les normes et la morale ambiantes si l\u2019on s\u2019arr\u00eate \u00e0 consid\u00e9rer comme authentiques et libres des \u00e9motions qui ne sont en fait la plupart du temps que des r\u00e9sultats d\u2019int\u00e9riorisation des normes sociales\u00a0?? Et ceci est bien pris en compte quand il s\u2019agit par exemple d\u2019une femme qui dit aimer faire la vaisselle. Je le pense donc aussi en mati\u00e8re relationnelle. Les ressentis et sentiments \u00ab\u00a0spontan\u00e9s\u00a0\u00bb sont pour moi produits par l\u2019int\u00e9gration et l\u2019int\u00e9riorisation des valeurs g\u00e9n\u00e9rales dominantes et du r\u00f4le sexuel en particulier. Les \u00e9couter ne me semble donc pas pouvoir participer au d\u00e9veloppement de soi, surtout chez les femmes, pour lesquelles le r\u00f4le social f\u00e9minin est des plus restrictifs et limitatifs, et des plus antagonistes \u00e0 l\u2019autonomie individuelle et \u00e0 la r\u00e9alisation de soi. Nul doute d\u2019ailleurs que, dans une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, ce sont bien les hommes qui tireront profits et b\u00e9n\u00e9fices du fait de nous laisser aller \u00e0 nos int\u00e9riorisations, ce qui en soi donne d\u00e9j\u00e0 une bonne raison pour les interroger.<\/p>\n<p>Je suis donc pour l\u2019analyse et la discussion des go\u00fbts et des couleurs. Car si certaines pratiques contribuent \u00e0 maintenir la domination masculine par exemple et participent m\u00eame \u00e0 la construction d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 patriarcale, d\u2019autres peuvent la miner et \u0153uvrer \u00e0 sa d\u00e9construction.<\/p>\n<p><strong>Autonomie et rapport \u00e0 l\u2019autre<\/strong><\/p>\n<p>Il me semble important de d\u00e9velopper ma conception de l\u2019autonomie, \u00e9tant donn\u00e9 sa pr\u00e9sence continue dans ce texte. On y trouvera en creux, toujours au niveau individuel, une illustration de mon cheminement de l\u2019anarchisme \u00e0 l\u2019anarcha-f\u00e9minisme.<\/p>\n<p>En partant du postulat que l\u2019anarchisme a un r\u00e9el projet d\u2019\u00e9mancipation et de d\u00e9veloppement de l\u2019individue, le fait est qu\u2019il s\u2019est malheureusement cantonn\u00e9 \u00e0 une d\u00e9finition masculine de l\u2019individue. Face \u00e0 ce projet d\u2019\u00e9panouissement individuel, femmes et hommes ne sont pas \u00e0 la m\u00eame place. Si l\u2019individu m\u00e2le ne peut pleinement se d\u00e9velopper dans une soci\u00e9t\u00e9 autoritaire et capitaliste, que dire de l\u2019individue femelle dans une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, autoritaire et capitaliste\u00a0??<\/p>\n<p>Or, c\u2019est bien la forme patriarcale du pouvoir qui me rend femme et non individue \u00e0 part enti\u00e8re. Ce n\u2019est pas par hasard que nous parlons d\u2019oppression sp\u00e9cifique des femmes. Mais les anarchistes, comme tous les autres politiques, sont majoritairement des hommes. Arr\u00eater de nier cette oppression sp\u00e9cifique signifierait pour eux devoir se reconna\u00eetre de la classe dominante des hommes, du groupe oppresseur et de ceux qui profitent de la hi\u00e9rarchie des genres. Que les anarchistes en profitent aussi ne fait aucun doute, ce que d\u00e9montre bien leur attitude g\u00e9n\u00e9rale envers les f\u00e9ministes qui repr\u00e9sentent une v\u00e9ritable menace contre leurs privil\u00e8ges masculins. En dehors du fait qu\u2019ils ne remettent gu\u00e8re en cause la dichotomie personnel\/politique, m\u00eame sur leurs sujets (si l\u2019on prend le racisme par exemple, ils s\u2019attachent beaucoup plus \u00e0 le combattre chez les autres ou dans la soci\u00e9t\u00e9 que celui qu\u2019ils pourraient avoir int\u00e9rioris\u00e9), comment expliquer qu\u2019ils n\u2019aient jamais consid\u00e9r\u00e9 comme aussi important de lutter contre l\u2019oppression patriarcale que contre l\u2019oppression classiste ou raciste\u00a0??<\/p>\n<p>Ce qui fait souvent sourire dans l\u2019id\u00e9e d\u2019autonomie, c\u2019est qu\u2019on l\u2019associe (et pour cause\u00a0?!) \u00e0 l\u2019id\u00e9al masculin d\u2019auto-suffisance et de toute-puissance. En monopolisant cette potentialit\u00e9 humaine, ils l\u2019ont d\u00e9fini en fonction de leurs int\u00e9r\u00eats, de leur r\u00e9alit\u00e9 et de leurs fantasmes de dominants. Or, ne serait-ce que pour lutter contre la polarisation sexu\u00e9e, il est hors de question de leur laisser ce monopole. L\u2019autonomie, comme la rationalit\u00e9, sont des potentialit\u00e9s humaines, elles ne sont pas masculines par essence. Nous avons besoin de les red\u00e9finir, de les modifier\u00a0?\u00a0; non parce que en tant que femmes nous serions diff\u00e9rentes, mais parce que les hommes en ont corrompu le sens afin qu\u2019elles servent leur domination. Ou comment le \u00ab\u00a0pouvoir de\u00a0\u00bb, quand on est dominant, se transforme bien vite en \u00ab\u00a0pouvoir sur\u00a0\u00bb&#8230; Surtout que l\u2019ind\u00e9pendance masculine repose la plupart du temps sur la n\u00e9gation pure et simple d\u2019autrui, ou sur son esclavage, au moins au niveau des affections et des besoins. Ce qui n\u2019est pas sans rappeler que leur pr\u00e9sence dans la sph\u00e8re publique, ce sont les femmes qui la payent par le confinement dans la sph\u00e8re priv\u00e9e. Ce sont rarement eux qui s\u2019occupent de leurs propres besoins (domestiques, corporels, humains, affectifs&#8230;) mais ce sont bien eux dont les besoins sont pris en charge par d\u2019autres, des femmes en l\u2019occurrence. Comme il est alors facile de se concevoir ind\u00e9pendant et sans besoins quand ce sont les femmes qui y pensent et s\u2019en occupent \u00e0 leur place\u00a0?! Mais comment peut-on parler d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019autonomie quand on construit sa libert\u00e9 sur l\u2019esclavage d\u2019autrui\u00a0?? Pour moi, \u00e7a ne fait que les invalider. La conception de la libert\u00e9 qui repose sur une domination, comme celle de la rationalit\u00e9 qui repose sur l\u2019\u00e9touffement des sentiments ne sont pas les miennes.<\/p>\n<p>Que peut signifier sur le plan de la construction de soi la revendication d\u2019autonomie pour les femmes\u00a0?? Au-del\u00e0 de la strat\u00e9gie, j\u2019utilise assez peu le mot d\u2019\u00e9galit\u00e9, n\u2019\u00e9tant pas tr\u00e8s au clair sur sa compatibilit\u00e9 profonde avec l\u2019autonomie. L\u2019\u00e9galit\u00e9 suppose deux termes o\u00f9 l\u2019un va n\u00e9cessairement fonctionner comme mod\u00e8le ou r\u00e9f\u00e9rant. Que les hommes soient le r\u00e9f\u00e9rant ne peut \u00e9videmment m\u2019enchanter&#8230; puisque mon but politique final n\u2019est pas l\u2019am\u00e9lioration du statut social des femmes mais bien la destruction des cat\u00e9gories \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0hommes\u00a0\u00bb. Alors, seulement, on pourra parler de r\u00e9elle \u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>En tout cas, revendiquer l\u2019autonomie, c\u2019est revendiquer le fait de pouvoir se d\u00e9finir soi-m\u00eame dans les termes que l\u2019on choisit. C\u2019est revendiquer l\u2019autod\u00e9termination compl\u00e8te dans toutes les sph\u00e8res de notre existence\u00a0?\u00a0: politique, sociale, \u00e9conomique, sentimentale, intellectuelle et sexuelle. L\u2019autonomie, c\u2019est la libert\u00e9 de se d\u00e9terminer soi-m\u00eame, de vivre sa propre vie et de fixer ses propres buts.<\/p>\n<p>Ce qui a toujours d\u00e9fini les femmes, c\u2019est d\u2019avoir une identit\u00e9 subordonn\u00e9e \u00e0 leurs relations \u00e0 autrui. Fille de, femme de, m\u00e8re de&#8230; sont toujours l\u00e0 pour rappeler que les femmes sans hommes ne sont pas des poissons sans bicyclettes. On sait qu\u2019un des effets de structure sur le soi induit par le rapport domin\u00e9\/dominant se trouve dans la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une identit\u00e9 propre pour les domin\u00e9-e-s, puisqu\u2019elles et ils sont enferm\u00e9es dans une d\u00e9finition cat\u00e9gorielle d\u2019elles\/d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Se d\u00e9finir en fonction des besoins des hommes, chercher le sens de sa vie dans l\u2019adaptation aux d\u00e9sirs masculins ne peut pas permettre la r\u00e9alisation de soi. C\u2019est ce que des f\u00e9ministes psychologues ont bien \u00e9tudi\u00e9. Ainsi, comme l\u2019\u00e9crit Susan Sturdivant\u00a0?\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Susan Sturdivant, Les femmes et la psychoth\u00e9rapie. Une philosophie f\u00e9ministe\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>]\u00a0: \u00ab\u00a0une comparaison du r\u00f4le sexuel f\u00e9minin et de notre description de la r\u00e9alisation de soi montre qu\u2019ils sont logiquement incompatibles, pour ne pas dire mutuellement exclusifs.\u00a0\u00bb Ceci n\u2019est gu\u00e8re surprenant quand on ne croit \u00e0 aucune essence f\u00e9minine, mais que l\u2019on pense au contraire que les caract\u00e9ristiques dites f\u00e9minines (comme la d\u00e9pendance, le sur-d\u00e9veloppement de l\u2019affection, de la sensibilit\u00e9 \u00e9motionnelle, du soin des autres&#8230;) sont des cons\u00e9quences de l\u2019oppression et de la subordination.<\/p>\n<p>Il est n\u00e9cessaire d\u2019apprendre \u00ab\u00a0\u00e0 s\u2019accorder \u00e0 soi-m\u00eame la tendresse que les femmes ont traditionnellement nourrie pour les autres\u00a0?\u00a0\u00bb (Susan Sturdivant, 1992). Ce qui est extr\u00eamement difficile \u00e9tant donn\u00e9 que les actes de confiance en soi, d\u2019affirmation de soi, d\u2019autonomie et d\u2019ind\u00e9pendance ne signifient plus qu\u2019arrogance, agressivit\u00e9, \u00e9go\u00efsme et indiff\u00e9rence quand ce sont des femmes qui les posent. C\u2019est encore le double standard qui s\u00e9vit ici. Le m\u00eame comportement est per\u00e7u et interpr\u00e9t\u00e9 diff\u00e9remment selon le sexe de la personne et les assignations qu\u2019on y rapporte. \u00c9valuation diff\u00e9rentielle qui permet le maintien de la domination des hommes dans tous les domaines.<\/p>\n<p>Les femmes doivent donc se prendre comme objets de leurs pr\u00e9occupations et se rediriger vers elles-m\u00eames. L\u2019existence d\u2019une identit\u00e9 ind\u00e9pendante, c\u2019est-\u00e0-dire distincte des relations \u00e0 autrui, est la base n\u00e9cessaire pour avoir conscience de son propre moi afin d\u2019attribuer du sens \u00e0 ses propres exp\u00e9riences (Susan Sturdivant, 1992). Ainsi seulement les femmes pourront se cr\u00e9er comme sujets et devenir cr\u00e9atrices actives de leur propre existence. Quand la conscience de soi est noy\u00e9e par la conscience excessive des autres, on ne peut se cr\u00e9er sujet. Ceci, \u00e9videmment, est bien une cons\u00e9quence de l\u2019appropriation des femmes par les hommes. Colette Guillaumin\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Colette Guillaumin, Sexe, Race et Pratique du pouvoir. L\u2019id\u00e9e de Nature,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>], dans son analyse de l\u2019expression concr\u00e8te de l\u2019appropriation des femmes, nous parle aussi des effets de l\u2019appropriation sur l\u2019individualit\u00e9. On exige de la classe des femmes \u00ab\u00a0qu\u2019elle se dilue, mat\u00e9riellement et concr\u00e8tement, dans d\u2019autres individualit\u00e9s. Contrainte centrale dans les rapports de classes de sexe, la privation d\u2019individualit\u00e9 est la s\u00e9quelle ou la face cach\u00e9e de l\u2019appropriation mat\u00e9rielle de l\u2019individualit\u00e9\u00a0\u00bb. La constante proximit\u00e9 et charge physique des autres d\u00e9volue aux femmes \u00ab\u00a0est un puissant frein \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, \u00e0 l\u2019autonomie\u00a0?\u00a0; c\u2019est la source d\u2019une impossibilit\u00e9 \u00e0 discerner, et a fortiori \u00e0 mettre en \u0153uvre, des choix et des pratiques propres\u00a0\u00bb. Et puisque \u00ab\u00a0quand on est appropri\u00e9 mat\u00e9riellement on est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 mentalement de soi-m\u00eame\u00a0\u00bb, l\u2019appropriation mat\u00e9rielle nous d\u00e9poss\u00e8de de notre autonomie.<br \/>\nLa psychologie f\u00e9ministe, contrairement \u00e0 la psychologie classique, dont Susan Sturdivant nous donne un tr\u00e8s bon exemple, rejette \u00ab\u00a0les buts de conformit\u00e9 sociale adopt\u00e9s par les mod\u00e8les de sant\u00e9 mentale qui mettent l\u2019accent sur l\u2019adaptation\u00a0\u00bb et leur pr\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0des buts repr\u00e9sentant la d\u00e9finition personnelle de soi et la d\u00e9termination de soi\u00a0\u00bb. Et Sturdivant tient toujours compte de l\u2019adversit\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s sociales pour les femmes (ce qui lui \u00e9vite de croire par exemple aux solutions individuelles pour les femmes et lui fait prendre clairement position en faveur d\u2019une lutte collective autonome des femmes). C\u2019est que l\u2019on ne manquera pas de se faire traiter d\u2019anticonformiste (pour le moins), ce qui n\u2019est pas \u00e9vident \u00e0 g\u00e9rer quand la crainte de la marginalit\u00e9 est forte. J\u2019ai d\u00fb, pour ma part, me rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que je craignais bien moins la marginalit\u00e9 que de renoncer \u00e0 mes d\u00e9sirs, valeurs et choix de vie. M\u00eame lorsque ces choix me co\u00fbtent de l\u2019exclusion, de l\u2019isolement et de la stigmatisation (ce qui ne manque pas d\u2019arriver&#8230;), je veux bien assumer ces cons\u00e9quences puisqu\u2019elles me semblent \u00eatre aujourd\u2019hui malheureusement in\u00e9vitables pour une existence qui essaie de vivre d\u2019une fa\u00e7on non dominante. Depuis mes jeunes ann\u00e9es de punk jusqu\u2019au f\u00e9minisme, je n\u2019ai cess\u00e9 de me retrouver \u00e0 la marge (quand ce n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la marge de la marge&#8230;). Mais tant que je trouverai toute cette puissance et libert\u00e9, estime et confiance en moi-m\u00eame dans le fait de me d\u00e9finir comme je le choisis et de vivre ma propre vie, nul doute que je continuerai.<\/p>\n<p>Cette peur de la marginalit\u00e9 et de l\u2019isolement me semble \u00eatre un des grands freins \u00e0 la pratique f\u00e9ministe, m\u00eame dans les milieux anarchistes. On peut ne pas avoir envie d\u2019en rajouter quand on est d\u00e9j\u00e0 par ailleurs dans une situation marginale. Mais, comme le souligne Sturdivant, il semble pire de ne pas avoir de sens de soi-m\u00eame que de supporter les cons\u00e9quences de l\u2019\u00e9tiquette \u00ab\u00a0anticonformiste\u00a0\u00bb. Car si les souffrances peuvent co\u00fbter aussi cher dans les deux cas, on gagnera tout de m\u00eame un b\u00e9n\u00e9fice infiniment plus grand sur le plan de l\u2019estime de soi, de la libert\u00e9 et du potentiel de signification personnelle.<\/p>\n<p>Susan Sturdivant, s\u2019appuyant sur d\u2019autres psychologues, explore les cons\u00e9quences psychologiques qu\u2019entra\u00eene pour les femmes le fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9finies par leurs relations \u00e0 d\u2019autres et donc d\u2019\u00eatre dirig\u00e9es par les autres plut\u00f4t que par elles-m\u00eames. Non seulement cette \u00ab\u00a0direction par autrui\u00a0\u00bb engendre le doute de soi, alimente le besoin d\u2019approbation des autres mais, en \u00ab\u00a0investissant la plus grande partie de son identit\u00e9 dans les autres, on leur donne aussi le pouvoir de d\u00e9finir la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Comme ces autres sont souvent des hommes, on peut leur faire confiance l\u00e0-dessus, la r\u00e9alit\u00e9 ne manquera pas d\u2019\u00eatre patriarcale.<\/p>\n<p>J\u2019esp\u00e8re avoir suffisamment explicit\u00e9 ce que je mets dans le processus d\u2019autonomisation. Ce n\u2019est pas le m\u00eame pour les femmes que pour les hommes. Qu\u2019en l\u2019\u00e9tat actuel, l\u2019autonomie ne peut pas signifier la m\u00eame chose et qu\u2019elles et ils n\u2019en payent pas le m\u00eame prix. Que les femmes deviennent autonomes n\u00e9cessite qu\u2019elles prennent conscience de leur oppression, que la diff\u00e9rence dans laquelle on les enferme est la source de leur pi\u00e8tre estime de soi et de leur manque de confiance en soi\u00a0?\u00a0; qu\u2019elles aient la force et l\u2019\u00e9nergie pour travailler \u00e0 leur autonomisation, \u00e0 une d\u00e9finition de soi plus autonome, quand les obstacles sont nombreux et puissants, et que tout est fait pour que nous restions \u00e0 notre place. S\u2019identifier \u00e0 la classe des femmes, \u00e0 un groupe opprim\u00e9 n\u2019est pas facile. Mais si l\u2019on veut \u00e9largir ses choix et cr\u00e9er sa vie, il me semble bien n\u00e9cessaire d\u2019en passer un minimum par l\u00e0, afin de contr\u00f4ler et d\u2019esp\u00e9rer changer l\u2019influence que les attentes sociales et l\u2019appropriation exercent sur nous. L\u2019isolement classique des femmes entre elles fait bien entendu partie de l\u2019oppression, et il est donc une cible importante du f\u00e9minisme. En m\u00eame temps que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 cette ind\u00e9pendance psychique des hommes, le f\u00e9minisme m\u2019a permis de d\u00e9construire une grande partie de la misogynie que j\u2019avais int\u00e9gr\u00e9e (je ne dis pas toute, parce qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9 l\u2019ampleur et la force de celle-ci, je travaille toujours \u00e0 en d\u00e9truire des traces). M\u00eame en dehors du fait que c\u2019est bien le f\u00e9minisme qui m\u2019a r\u00e9ellement permis de d\u00e9sirer et d\u2019\u00e9prouver de forts sentiments pour des femmes, ou qui m\u2019a permis de d\u00e9velopper des relations qualitatives et affectives avec elles, de mon point de vue, le f\u00e9minisme d\u00e9veloppe aussi l\u2019importance de la qualit\u00e9 des relations entre femmes. Il ne se contente pas de critiquer les rapports femmes\/hommes mais donne aussi les moyens d\u2019apprendre \u00e0 rechercher et \u00e0 valoriser les relations avec des femmes. Ceci pour dire que depuis que je suis f\u00e9ministe, ces relations ont jou\u00e9 et jouent toujours un r\u00f4le tr\u00e8s important pour la qualit\u00e9 de ma vie, pour la joie et le plaisir que j\u2019en retire, mais aussi pour mon autonomie. Jamais je ne serais parvenue o\u00f9 j\u2019en suis, sans tous ces \u00e9changes dans les groupes non-mixtes, sans tous ces partages avec des copines, rajout\u00e9s aux discussions, au soutien et \u00e0 l\u2019affection de mes amies. Les groupes f\u00e9ministes ainsi que certaines relations m\u2019ont r\u00e9par\u00e9e de bien des souffrances et m\u2019ont permis d\u2019accro\u00eetre la confiance et l\u2019assurance dans mes projets et dans moi-m\u00eame. En r\u00e9sum\u00e9, je dois \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 cette resocialisation et sans elle, je n\u2019aurais jamais pu me d\u00e9velopper telle que je suis. Je pense avoir assez parl\u00e9 (et ce n\u2019est pas fini&#8230;) des effets n\u00e9gatifs et inhibants que peut avoir sur soi le fait de se r\u00e9f\u00e9rer prioritairement aux hommes, de compter principalement sur eux, ainsi que d\u2019en attendre beaucoup.<\/p>\n<p>Enfin donc, c\u2019est d\u2019abord dans le rapport \u00e0 l\u2019autre que se construit l\u2019autonomie, ce qui peut permettre justement de go\u00fbter \u00e0 l\u2019utopie d\u2019une interaction \u00e0 l\u2019autre existant au-del\u00e0 de l\u2019exploitation, du besoin, du pouvoir, de l\u2019ali\u00e9nation, et de la peur de la solitude. Cette nouvelle autonomie repose aussi sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un moi qui serait fondamentalement structur\u00e9 socialement. Si le patriarcat permet difficilement de concevoir ainsi l\u2019autonomie, c\u2019est parce que nous devons faire un effort d\u2019imagination pour pouvoir penser certaines potentialit\u00e9s humaines qui ne seraient pas construites par la domination, le pouvoir ou la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p>L\u2019autonomie n\u2019est pas donn\u00e9e. Elle est \u00e0 construire et \u00e0 cr\u00e9er.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sentation du cadre de la non-monogamie responsable<\/strong><\/p>\n<p>Lors de mon cheminement pour vivre d\u2019autres possibles que le couple exclusif, je me suis heurt\u00e9e \u00e0 une grande solitude. Partager, \u00e9changer avec les autres sur ce sujet \u00e9tait souvent impossible. J\u2019avais tant\u00f4t droit aux opinions les plus banales du style \u00ab\u00a0si tu n\u2019es pas fid\u00e8le, c\u2019est que tu n\u2019as pas rencontr\u00e9 l\u2019homme qu\u2019il te fallait\u00a0\u00bb, tant\u00f4t \u00e0 des moins courues mais qui ne disaient qu\u2019une seule chose finalement, que je me prenais vraiment trop la t\u00eate et que mes d\u00e9sirs, bien que chouettes, \u00e9taient irr\u00e9alisables. Quelques rares personnes \u00e9taient d\u2019accord sur les principes, mais ne le vivaient pas, ce qui ne pouvait m\u2019\u00eatre d\u2019une grande aide. Quand on sait combien dans cette pratique on a affaire justement \u00e0 des affects les plus profonds et les plus difficiles \u00e0 changer (sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, jalousie, manque de confiance en soi, d\u00e9sir de fusion&#8230;), l\u2019accord seulement th\u00e9orique semble bien creux. Ramer \u00e0 contrecourant est tr\u00e8s difficile, mais quand on n\u2019a aucun soutien de l\u2019entourage proche (hormis celles\/ceux avec qui l\u2019on vit ces relations non exclusives bien s\u00fbr) et qu\u2019on ne trouve dans les publications existantes ni mod\u00e8le, ni encouragements, reflets ou analyses pouvant nous soutenir dans notre d\u00e9marche, \u00e7a devient bien insupportable. Constamment j\u2019ai remis en cause mes choix et je n\u2019ai cess\u00e9 de me demander si les autres n\u2019avaient pas finalement raison. Comme si le couple et l\u2019affectif \u00e9taient des limites infranchissables et intouchables.<\/p>\n<p>Mais malgr\u00e9 quelques crises de doute, j\u2019ai continu\u00e9. Si je n\u2019ai pas abandonn\u00e9 mon projet devant tant d\u2019adversit\u00e9, c\u2019est surtout je pense pour quatre raisons.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, je suis relativement \u00ab\u00a0habitu\u00e9e\u00a0\u00bb au combat interne men\u00e9 contre la peur de la douleur, combat qui me semble d\u00e9cisif lorsque l\u2019on cherche \u00e0 vivre autrement et que l\u2019on est dans un processus d\u2019autonomisation, g\u00e9n\u00e9rant indubitablement au minimum de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9. D\u2019autre part, le travail sur soi que cela n\u00e9cessite ne peut pas s\u2019accompagner d\u2019une fuite devant la douleur.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Travailler sur\u00a0\u00bb est bien \u00e9loign\u00e9 de la simple \u00ab\u00a0conscience de\u00a0\u00bb\u00a0; la conscience n\u2019est que le pr\u00e9alable du travail qui, lui, demande un effort conscient, constant et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. Ce qui n\u2019est pas \u00e9vident l\u00e0-dedans, c\u2019est de penser qu\u2019on pourra survivre \u00e0 la douleur occasionn\u00e9e. Mais c\u2019est un sentiment profond de lib\u00e9ration qui fera suite \u00e0 cette douleur et m\u00eame si j\u2019en garde quelques marques, j\u2019ai \u00e0 chaque fois jug\u00e9 que \u00e7a en valait profond\u00e9ment la peine. Sans faire l\u2019\u00e9loge de la souffrance, comment peut-on, dans ce monde, prendre conscience d\u2019une oppression, aborder un processus d\u2019autonomisation de soi sans passer par la douleur\u00a0?? Est-il imaginable de prendre conscience de son objectification par exemple, et de vouloir y r\u00e9sister sans que \u00e7a nous fasse profond\u00e9ment souffrir\u00a0?? S\u2019y d\u00e9rober syst\u00e9matiquement gr\u00e2ce aux diverses strat\u00e9gies de d\u00e9fense, de refoulement et autres arrangements avec soi-m\u00eame ne peut pas conduire \u00e0 mieux se conna\u00eetre soi-m\u00eame et devenir plus libre.<\/p>\n<p>Ensuite, le troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment me paraissant n\u00e9cessaire est la confiance en soi, en ce que l\u2019on veut vivre ou au moins ne veut plus vivre. Confiance en moi-m\u00eame qui m\u2019a permis d\u2019aborder un processus d\u2019ind\u00e9pendance. Confiance en moi-m\u00eame, dans mes choix et mes valeurs, qui m\u2019a permis de ne pas attendre l\u2019approbation d\u2019autrui et des hommes en particulier, sur cette pratique comme sur d\u2019autres. Ayant tr\u00e8s t\u00f4t fait des choix d\u00e9sapprouv\u00e9s par mon entourage familial puis amical, j\u2019ai constat\u00e9 assez rapidement que la confiance en soi ne pouvait pas d\u00e9pendre de l\u2019estime des autres, mais plut\u00f4t de la sienne propre.<\/p>\n<p>Et ceci me semble d\u2019autant plus juste dans une vision f\u00e9ministe. La confiance en soi et l\u2019estime de soi sont assez rares chez les femmes, et pour cause.<\/p>\n<p>Comment cumuler l\u2019estime de soi avec les attentes des hommes \u00e0 notre \u00e9gard\u00a0?? Enfin, j\u2019avais un sentiment d\u2019individualit\u00e9 assez d\u00e9velopp\u00e9 qui m\u2019a permis de trouver la force de lutter contre les r\u00e8gles uniformisantes et autres subordinations de l\u2019individue aux r\u00e9glementations sociales. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 appris que lorsque l\u2019on souhaite \u00eatre cr\u00e9atrice de sa vie, et surtout en tant que femme, on a plut\u00f4t int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00eatre au clair sur les antinomies existantes entre son propre d\u00e9veloppement individuel et le genre qu\u2019on nous assigne. J\u2019ai fini aussi par rencontrer quelques femmes qui faisaient les m\u00eames choix dans leur vie, devant autant d\u2019adversit\u00e9. M\u00eame si ces rencontres ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, elles m\u2019ont r\u00e9confort\u00e9e et encourag\u00e9e dans ma pratique. Toutes ces r\u00e9flexions peuvent peut-\u00eatre para\u00eetre bien \u00e9loign\u00e9es du sujet de la non-exclusivit\u00e9. Toutefois, elles me semblaient avoir un sens pour essayer de communiquer le cadre dans lequel je m\u2019inscris, afin d\u2019\u00e9viter au maximum des incompr\u00e9hensions. Pour les m\u00eames raisons, je n\u2019emploie pas le terme d\u2019\u00ab\u00a0amour libre\u00a0\u00bb, trop connot\u00e9 de r\u00e9volution sexuelle (des hommes bien s\u00fbr) et d\u2019exp\u00e9riences foireuses o\u00f9 les femmes ont encore \u00e9t\u00e9 flou\u00e9es. J\u2019utilise par contre les termes de non-exclusivit\u00e9 et de non-monogamie sans diff\u00e9rence de signification. La non-exclusivit\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 ma fa\u00e7on\u00a0\u00bb, je ne l\u2019entends souhaitable et enrichissante que dans un certain cadre. Je r\u00e9p\u00e8te que ceci est mon exp\u00e9rience, je ne nie pas la possibilit\u00e9 d\u2019autres cadres, mais par rapport o\u00f9 j\u2019en suis, lui seul me semble pouvoir le mieux \u00ab\u00a0garantir\u00a0\u00bb que ce mode relationnel devienne une r\u00e9alit\u00e9 tangible, certes complexe et difficile, mais apportant joie sinc\u00e8re, qualit\u00e9 et \u00e9panouissement. Ce cadre est finalement ce qui diff\u00e9rencie pour moi la non-exclusivit\u00e9 responsable de l\u2019irresponsable (m\u00eame si, par commodit\u00e9, je ne rajoute pas toujours l\u2019adjectif). Je d\u00e9finirai donc ce cadre en disant qu\u2019il n\u00e9cessite au minimum\u00a0:<br \/>\nUne forte volont\u00e9 personnelle libre et choisie de vivre ainsi, pour soi-m\u00eame. Ce qui n\u00e9cessite d\u2019avoir d\u00e9fini ce que l\u2019on veut pour soi. Toute pression quelle qu\u2019elle soit venant de la\/du partenaire (et \u00e9videmment, surtout si c\u2019est un mec, m\u00eame antisexiste) me paraissant le meilleur moyen d\u2019\u00eatre d\u00e9go\u00fbt\u00e9e \u00e0 jamais de la non-monogamie. On ne peut pas vivre ainsi pour faire plaisir \u00e0 l\u2019autre ou par peur de la\/le perdre. Ni pour mettre du piquant dans la relation prioritaire, que ce soit pour attiser le d\u00e9sir ou pour r\u00e9gler des comptes en se faisant du mal. Je pense que l\u2019on a toutes de ces exemples en t\u00eate, et il ne me viendrait pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019appeler \u00e7a de la non-monogamie responsable.<br \/>\nUne parole libre et ouverte. Ne pas avoir peur et pouvoir exprimer \u00e0 ses partenaires ses \u00e9motions, ses doutes, ses difficult\u00e9s, ses douleurs&#8230; dans un climat de confiance et d\u2019\u00e9change. Mais aussi les joies et les plaisirs que l\u2019on prend avec les autres partenaires, ce qui n\u2019est pas moins difficile. Un d\u00e9sir de travail sur soi et sur les relations. La plus belle illusion \u00e9tant de croire que tout ceci peut se passer tout seul, facilement et spontan\u00e9ment. Ce qui est peut-\u00eatre possible dans un certain contexte, mais pour ce que j\u2019ai pu en voir, ce type de relation ne n\u00e9cessite effectivement que peu d\u2019effort et de travail, car il repose sur peu d\u2019investissement et d\u2019engagement, sur assez peu d\u2019intimit\u00e9 au fond, \u00e9tant peut-\u00eatre ax\u00e9 uniquement sur le plaisir et l\u2019agr\u00e9able d\u2019un moment partag\u00e9 ensemble, sans d\u00e9sir de construire ou d\u2019agir sur la relation. Je n\u2019en parlerai gu\u00e8re plus ici parce que trouvant ces relations trop partielles et souvent superficielles, je n\u2019en ai que peu v\u00e9cues. Mais je les consid\u00e8re toutefois comme un choix possible, d\u00e9pendant de ce que l\u2019on cherche dans les relations avec autrui.<\/p>\n<p>Le propre de la monogamie est que chaque couple en fixe les limites, pourvu qu\u2019elles existent. Dans le cas par exemple o\u00f9 un couple d\u00e9cide de donner la possibilit\u00e9 \u00e0 chaque partenaire d\u2019avoir des aventures sexuelles sans lendemain ou tout du moins sans affectif, il s\u2019agit pour moi d\u2019une non-monogamie sexuelle (comme il peut y avoir une non-exclusivit\u00e9 amicale, ou de vacances&#8230; mais ce sur quoi porte la libert\u00e9 octroy\u00e9e est bien nomm\u00e9)\u00a0?\u00a0; les limites \u00e0 d\u2019autres relations \u00e9tant bien pr\u00e9sentes, la monogamie s\u00e9vit toujours m\u00eame si elle peut para\u00eetre moins rigide. La non-monogamie responsable ne pose donc aucune limite, et les diverses relations, bien que n\u00e9cessairement diff\u00e9rentes gr\u00e2ce \u00e0 la singularit\u00e9 des individues, ne sont pas hi\u00e9rarchis\u00e9es en ordre d\u2019importance, du style \u00ab\u00a0nous vivons d\u2019autres relations tant qu\u2019elles ne mettent pas la n\u00f4tre en danger\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas une relation en cours qui d\u00e9cidera du contenu de ce que je vivrai avec une autre personne, quel qu\u2019en soit ce contenu. \u00c0 ce niveau, je ressens la libert\u00e9 dans le fait que rien n\u2019en soit fix\u00e9 \u00e0 l\u2019avance, ni limites, ni sc\u00e9nario, afin que la nouvelle relation ne soit pas biais\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9part et puisse se d\u00e9velopper dans toute sa richesse. Toutes les partenaires concern\u00e9es ayant librement choisi la non-monogamie responsable, les int\u00e9r\u00eats des diff\u00e9rentes individues sont pourtant pris en compte, contrairement \u00e0 la non-monogamie irresponsable. Vu les enjeux, tout ne se passe pas bien \u00e9videmment dans l\u2019harmonie, mais \u00e7a, ce n\u2019est pas propre \u00e0 la non-exclusivit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>L\u2019amour exclusif<\/strong><\/p>\n<p>Il y a plusieurs modes d\u2019aimer bien qu\u2019un seul soit conseill\u00e9, valoris\u00e9, donn\u00e9 comme possible et souhaitable et donc suivi. La soci\u00e9t\u00e9 n\u2019encourage qu\u2019un unique mode d\u2019amour\u00a0?\u00a0: l\u2019amour exclusif, o\u00f9 le couple fait structure, o\u00f9 la fid\u00e9lit\u00e9 devient valeur supr\u00eame et la jalousie une preuve et une garantie.<br \/>\nAmour de march\u00e9, o\u00f9 le verbe \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb se contorsionne en \u00ab\u00a0avoir\u00a0\u00bb et poss\u00e9der. Toute autre forme d\u2019amour est per\u00e7ue (quand elle n\u2019est pas tout simplement pas con\u00e7ue du tout\u00a0?!) comme non adulte, non v\u00e9ritable, non authentique. Ce mod\u00e8le ne permet pas d\u2019autres possibles. Tout au plus des n\u00e9gociations, qui bien \u00e9videmment ne cr\u00e9ent ni rupture, ni r\u00e9elle r\u00e9sistance, ni remise en cause ou destruction de la structure dominante et normative.<br \/>\nLe point le plus important me semble se situer au niveau du travail \u00e0 fournir pour la d\u00e9construction de notre vision de l\u2019amour. La non-exclusivit\u00e9 responsable et bien v\u00e9cue ne peut pas reposer sur les bases monogames de notre structure amoureuse. Il ne suffit pas de les recouvrir de douces id\u00e9es pour que \u00e7a fonctionne. Je me suis r\u00e9guli\u00e8rement aper\u00e7ue, surtout au d\u00e9but, que lorsque quelque chose coin\u00e7ait, la source en \u00e9tait souvent cette conception qui refaisait surface \u00e0 certains moments, les plus d\u00e9licats. Encore une fois, les id\u00e9es sont bien plus faciles \u00e0 changer que les \u00e9motions et les sentiments. Mais ce n\u2019est certainement que la pratique et l\u2019exp\u00e9rience suivies d\u2019un esprit critique qui peuvent nous montrer en quoi nous restons exclusives\/fs, et faire ainsi que nous le d\u00e9passions.<\/p>\n<p>Dans notre mythologie de l\u2019amour, il n\u2019y a pas de place pour une troisi\u00e8me personne. La monogamie est \u00e0 la base de notre structure affective et de nos esp\u00e9rances dans ce domaine.<\/p>\n<p>Le premier pas \u00e0 faire donc semble d\u00e9j\u00e0 se situer dans le fait de pouvoir cr\u00e9er la possibilit\u00e9 conceptuelle d\u2019aimer plus d\u2019une personne en m\u00eame temps. \u00c7a n\u2019a l\u2019air de rien comme \u00e7a, mais qui y croit profond\u00e9ment et sinc\u00e8rement\u00a0??<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 qu\u2019on voit le poids des normes. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019interdire formellement d\u2019avoir plusieurs relations, car on n\u2019envisage tout simplement pas de vivre autrement ses amoures. Pendant de longues ann\u00e9es, nous avons \u00ab\u00a0subi\u00a0\u00bb un long apprentissage sur le fait de n\u2019aimer qu\u2019une seule personne, si possible pour la vie, mais surtout dans le m\u00eame temps. On parle aujourd\u2019hui de monogamie s\u00e9rielle pour d\u00e9signer le fait que l\u2019on n\u2019a plus une seule partenaire au cours d\u2019une vie, mais que toute relation reste bien exclusive.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait na\u00efvement croire, cette monogamie s\u00e9rielle largement v\u00e9cue n\u2019invalide jamais l\u2019id\u00e9al monogame. On nous apprend que l\u2019amour doit se diriger vers une seule et unique personne \u00e0 la fois. Qu\u2019au mieux, si l\u2019on s\u2019avise \u00e0 aimer A et B en m\u00eame temps, A n\u2019aura que la moiti\u00e9 de l\u2019amour puisque B en aura l\u2019autre moiti\u00e9. Ou bien que l\u2019on donnera 40\u00a0?% \u00e0 A et 60\u00a0?% \u00e0 B. Derri\u00e8re l\u2019exclusivit\u00e9 se \u00ab\u00a0cache\u00a0\u00bb l\u2019id\u00e9e que la personne aim\u00e9e pourrait et devrait tout apporter \u00e0 l\u2019aimante. Combien de fois m\u2019a-t-on object\u00e9 que si je n\u2019\u00e9tais pas fid\u00e8le (dans le sens monogame), c\u2019\u00e9tait d\u00fb au fait que je n\u2019aurais pas trouv\u00e9 la personne ad\u00e9quate ou id\u00e9ale, comme une lesbienne n\u2019aurait pas trouv\u00e9 le bon mec qui aurait su lui faire aimer l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 (plus couramment entendu \u00ab\u00a0la faire jouir\u00a0\u00bb&#8230;). Si j\u2019\u00e9tais vraiment bien avec quelqu\u2019une, il para\u00eet que je n\u2019aurais pas besoin d\u2019aller voir ailleurs ce qui s\u2019y passe.<\/p>\n<p>Par d\u00e9finition, deux personnes qui s\u2019aiment et qui n\u2019ont pas de probl\u00e8me majeur dans leur relation forment un couple fid\u00e8le. Point. Toute d\u00e9rogation sera le sympt\u00f4me de quelque chose qui ne va pas, et d\u2019un manque par rapport \u00e0 l\u2019autre plus s\u00fbrement. Or, si quelque chose m\u2019a bien manqu\u00e9 dans mes premi\u00e8res exp\u00e9riences de couple h\u00e9t\u00e9ro, c\u2019est ma libert\u00e9 et mon \u00e9panouissement et non le fait que mon copain ne m\u2019apporte pas tout. (Car \u00e0 la fin, qu\u2019est-ce que ce tout\u00a0? Ce dont les hommes ont d\u00e9cid\u00e9 que les femmes avaient besoin\u00a0?) Comment serait-il m\u00eame possible de le penser quant ce tout signifie pour soi bien autre chose que ce qu\u2019une relation de couple peut apporter, que ses propres exigences sur sa vie visent justement \u00e0 d\u2019autres pr\u00e9tentions que celles qui peuvent \u00eatre r\u00e9alis\u00e9es par le couple\u00a0?<br \/>\nLa culture du couple donne \u00e0 penser que celui-ci r\u00e9soudra tous nos probl\u00e8mes, manques, insuffisances, besoins ou d\u00e9sirs. Le couple d\u00e9tient toujours le parangon du bonheur et du bien-\u00eatre, alors \u00e9videmment, tout ce qui n\u2019est pas lui sera per\u00e7u comme ne pouvant amener tout au plus qu\u2019un simili-bonheur ou un bonheur substitutif.<\/p>\n<p>Qu\u2019une personne pense qu\u2019elle puisse tout apporter \u00e0 une autre est pour le moins suspect. \u00c7a me semble pourtant un des pr\u00e9suppos\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 avoir pour vivre en couple sans penser que l\u2019on prive l\u2019autre de bien des plaisirs et richesses. Des personnes m\u2019ont exprim\u00e9 qu\u2019elles ne pouvaient soutenir cette opinion, mais qu\u2019elles vivaient comme si, afin d\u2019\u00e9viter la remise en question du couple.<\/p>\n<p>En restant dans cette logique de l\u2019apport, pourquoi ne pense-t-on pas que deux relations apporteront deux fois tout, ce qui serait encore mieux, non\u00a0?<br \/>\nParce qu\u2019il n\u2019existe qu\u2019un seul \u00eatre pouvant tout apporter \u00e0 une personne donn\u00e9e et \u00e0 un moment donn\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Le paradigme de l\u2019amiti\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Pour m\u2019aider \u00e0 sortir de l\u2019irrationalit\u00e9 courante attach\u00e9e \u00e0 l\u2019amour, je me suis personnellement servie du paradigme de l\u2019amiti\u00e9. Ayant remarqu\u00e9 combien les sentiments amoureux pouvaient aller \u00e0 l\u2019encontre de mon d\u00e9sir d\u2019autonomie et d\u2019ind\u00e9pendance, j\u2019ai donc essay\u00e9 de trouver une fa\u00e7on d\u2019aimer qui corresponde mieux \u00e0 mon projet d\u2019existence et c\u2019est ce mod\u00e8le de l\u2019amiti\u00e9 qui, de fa\u00e7on concr\u00e8te, m\u2019a permis de la r\u00e9aliser. Il m\u2019a aussi permis de me rendre compte \u00e0 quel point l\u2019amour classique pouvait \u00eatre ali\u00e9nant et appauvrissant et de croire en une alternative affective en m\u2019ouvrant d\u2019autres horizons.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le de l\u2019amiti\u00e9 dont je me sers est certainement, dans les repr\u00e9sentations, plus un mod\u00e8le masculin que f\u00e9minin. Ceci n\u2019est gu\u00e8re surprenant\u00a0?\u00a0: la r\u00e9alisation de ce mod\u00e8le exige des personnalit\u00e9s autonomes se consid\u00e9rant sujets de leur vie. Les hommes ont depuis longtemps \u00e9t\u00e9 d\u00e9finis comme sujets, c\u2019est-\u00e0-dire comme pouvant se d\u00e9finir par leurs activit\u00e9s, en fonction du travail qu\u2019ils r\u00e9alisent, contrairement aux femmes, qui, assign\u00e9es objets, sont d\u00e9finies plut\u00f4t par les activit\u00e9s des sujets \u00e0 leurs \u00e9gards, c\u2019est-\u00e0-dire que leur identit\u00e9 repose sur leur relation \u00e0 ces sujets. Ainsi, la socialisation masculine permettra aux hommes de se d\u00e9velopper comme ind\u00e9pendants et autonomes tandis qu\u2019on le refusera aux femmes. Je vous renvoie \u00e0 ma partie sur l\u2019autonomie pour plus d\u2019explicitation \u00e0 ce propos. Toutefois, dans la r\u00e9alit\u00e9, les hommes s\u2019\u00e9panouissent plut\u00f4t dans le travail (ou le statut social, ou la militance) que dans les relations, amicales ou amoureuses. D\u2019autre part, l\u2019ind\u00e9pendance masculine telle qu\u2019elle est v\u00e9cue majoritairement par les hommes doit aussi \u00eatre modifi\u00e9e pour vivre une amiti\u00e9, ceci d\u00e9coulant de leur pratique de l\u2019autonomie, que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9e plus avant.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du refus d\u2019\u00e9prouver des sentiments, leur peur de l\u2019intimit\u00e9, leur refus de parler de leurs sentiments et d\u2019eux-m\u00eames, du relationnel, leur refus d\u2019exprimer leurs \u00e9motions, de d\u00e9voiler le plus personnel d\u2019eux-m\u00eames ne permet pas non plus une forte relation amicale. Et ceci est malheureusement loin d\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9\u00a0?\u00a0; encore aujourd\u2019hui, ce que les femmes non f\u00e9ministes reprochent le plus aux hommes concerne leur absence de parole de l\u2019intime.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 les succ\u00e8s faramineux des livres portant sur la (l\u2019in)communication femmes\/hommes, qui ont remplac\u00e9 ceux sur la sexualit\u00e9 sur les rayons de librairie concernant les rapports femmes\/hommes. Livres qui, faut-il le dire, ne remettent jamais en question la domination des hommes dans la conversation puisque les relations de pouvoir sont neutralis\u00e9es. La solution aux frustrations des femmes (bien constat\u00e9es) r\u00e9side dans la compr\u00e9hension mutuelle&#8230; ce qui a pour effet de l\u00e9gitimer l\u2019\u00e9tat actuel des rapports femmes\/ hommes. Si ce message est d\u00e9politis\u00e9 au possible, il n\u2019est \u00e9videmment pas neutre politiquement. J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 dans un texte la r\u00e9partition des t\u00e2ches entre les femmes et les hommes dans le travail conversationnel\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab La r\u00e9partition des t\u00e2ches entre femmes et hommes dans le travail\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>]. La conversation, contrairement aux apparences, n\u00e9cessite de fournir un travail afin qu\u2019elle puisse se r\u00e9aliser. En principe \u00e9galitaire, la conversation mixte comporte en r\u00e9alit\u00e9 de nombreuses asym\u00e9tries. La division du travail est des plus in\u00e9galitaire. Alors que ce sont les femmes qui produisent principalement la conversation, les hommes la dirigent et la contr\u00f4lent. (Il n\u2019y a donc rien de tr\u00e8s surprenant \u00e0 ce que l\u2019id\u00e9e qu\u2019on se fait de la conversation soit exempte de celle de travail. Nous sommes habitu\u00e9es au fait que le travail fourni par les femmes ne soit jamais analys\u00e9 comme travail, puisque toujours renvoy\u00e9 \u00e0 leur pr\u00e9tendue nature. Les femmes sont, elles ne font pas. Cette naturalisation de leur travail l\u2019obscurcit pour mieux le nier afin de cacher la domination masculine. Ce sont toujours des f\u00e9ministes qui ont rendu visible le travail effectu\u00e9 par les femmes, qu\u2019il soit domestique ou relationnel.)<br \/>\nPersonnellement, je parle de refus de la part des hommes et non d\u2019incapacit\u00e9 de parler de soi et de l\u2019intime, parce que je pense que si les hommes \u00e9prouvent des difficult\u00e9s dans leur relation \u00e0 autrui, induites par leur non-expression de leurs \u00e9motions et non-parole sur l\u2019intime, ce n\u2019est pas d\u00fb \u00e0 la seule socialisation masculine (\u00ab\u00a0un gar\u00e7on ne pleure pas\u00a0\u00bb, etc.) mais aussi \u00e0 leur d\u00e9sir de dominer. Exprimer ses \u00e9motions tend fortement \u00e0 r\u00e9duire sa position de pouvoir, le pouvoir ayant de forts liens avec la non-expression de la vuln\u00e9rabilit\u00e9. Les hommes ne sont pas des agents passifs du patriarcat, mais bien actifs.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le de l\u2019amiti\u00e9 me semble donc aussi difficile \u00e0 r\u00e9aliser pour les femmes que pour les hommes, bien qu\u2019elles et ils soient \u00e0 des places bien diff\u00e9rentes. La coupure op\u00e9r\u00e9e entre l\u2019amour et l\u2019amiti\u00e9 est loin d\u2019\u00eatre innocente. Pourtant, ce qui est bon pour l\u2019amiti\u00e9 me semble aussi pouvoir \u00eatre bon pour l\u2019amour. Mais sur de nombreux points, l\u2019amiti\u00e9 s\u2019oppose \u00e0 ce qu\u2019on appelle commun\u00e9ment l\u2019amour, m\u00eame s\u2019il me semble assez \u00e9vident qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019une forme d\u2019amour. F. Alberoni l\u2019appelle \u00ab\u00a0la forme \u00e9thique de l\u2019amour\u00a0\u00bb, ce qui me semble bien lui convenir.<\/p>\n<p>Pour rentrer un peu dans les d\u00e9tails, je dirais tout d\u2019abord que l\u2019amiti\u00e9 est une inclination s\u00e9lective entre deux personnes. Elle implique un choix\u00a0?\u00a0: je vais \u00e9lire une amie en fonction de crit\u00e8res qui m\u2019importent, en grande partie \u00e9thiques. Or, cette id\u00e9e de choix, de s\u00e9lection subvertit d\u00e9j\u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019amour. Il est bien connu que l\u2019\u00ab\u00a0on ne choisit pas qui on aime\u00a0\u00bb, que les explications que l\u2019on en donne sont d\u2019ordre psychologique, c\u2019est-\u00e0-dire faisant intervenir l\u2019inconscient ou d\u2019ordre irrationnel. On peut constater que, la plupart du temps, les crit\u00e8res que nous avons pour choisir une amie ne valent plus pour l\u2019aim\u00e9e. Si dans le premier cas il est clair que ce que je pense de la personne pr\u00e9existe \u00e0 mon sentiment amical et en est la source, il n\u2019en va pas de m\u00eame dans l\u2019amour o\u00f9, l\u00e0, on va attribuer une valeur \u00e0 ce que l\u2019on d\u00e9couvre chez l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0Je t\u2019aime, tu es bleu, donc j\u2019adore le bleu.\u00a0\u00bb Quand on n\u2019a pas envie de vivre n\u2019importe quoi, n\u2019importe comment et avec n\u2019importe qui, mieux vaut inverser cette proposition.<\/p>\n<p>L\u2019amour brouille fortement la lucidit\u00e9 de jugement, tout le monde en a maints exemples. \u00ab\u00a0L\u2019amour est aveugle\u00a0\u00bb, mais pourquoi ne pas lutter contre cet aveuglement\u00a0? Je sais que, malgr\u00e9 toutes les d\u00e9terminations conscientes que l\u2019on pourrait essayer d\u2019introduire dans notre amour, je ne me fais aucun souci, il en restera toujours quelque chose qui nous \u00e9chappe. Mais m\u00eame dans ce bateau de l\u2019amour, je ne laisserai pas l\u2019inconscient et les affects seuls ma\u00eetres \u00e0 bord. Et si j\u2019op\u00e8re ici un d\u00e9coupage entre la raison et les affects, c\u2019est seulement pour la clart\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0; je ne me vis pas de fa\u00e7on si tranch\u00e9e, cherchant justement \u00e0 rendre chez moi cet antagonisme le plus caduc possible. Que ce soit l\u2019inconscient qui d\u00e9termine en grande partie notre fa\u00e7on d\u2019aimer n\u2019enl\u00e8ve en rien la pertinence d\u2019essayer de comprendre consciemment ce qui se joue ici afin de pouvoir agir dessus, mieux se conna\u00eetre soi-m\u00eame et devenir plus libre.<\/p>\n<p>Pour continuer sur l\u2019amiti\u00e9, elle semble aussi rattacher les personnes sous le signe de l\u2019\u00e9galit\u00e9. Estime de l\u2019autre, respect de sa libert\u00e9, s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, confiance, proximit\u00e9, r\u00e9ciprocit\u00e9, sinc\u00e9rit\u00e9, bienveillance en sont ces \u00e9l\u00e9ments les plus essentiels. Lequel d\u2019entre eux pourrait-il pr\u00e9tendre \u00eatre n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019affection amoureuse\u00a0? Si l\u2019amiti\u00e9 est exigeante, l\u2019amour lui se contente de beaucoup moins, faisant souvent preuve d\u2019une grande complaisance. Rien ne semble le faire vaciller. Ni la b\u00eatise de l\u2019autre, ni une m\u00e9diocrit\u00e9 relationnelle. Nul obstacle \u00e0 l\u2019amour. Que la relation soit des plus in\u00e9galitaires, qu\u2019elle engendre de fortes souffrances n\u2019est pas grave, l\u2019important \u00e9tant de s\u2019aimer\u00a0! Le temps pass\u00e9 ensemble fait preuve, et l\u2019estime que le couple peut tirer de la relation semble souvent se situer uniquement sur le plan de la dur\u00e9e. Aussi, et peut-\u00eatre plus fondamentalement encore, on cherche en g\u00e9n\u00e9ral le bien pour son amie, on souhaite son bonheur et on est pr\u00eat \u00e0 la\/le soutenir dans ce sens, \u00e0 l\u2019aider dans la satisfaction de ses d\u00e9sirs propres, on s\u2019emploie \u00e0 lui procurer avantages et plaisirs. On est heureuse\/x de sa joie et triste de son malheur. On d\u00e9sire et favorise son individualit\u00e9 et sa libert\u00e9. L\u2019amour, l\u00e0 encore, ne tient pas la comparaison.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019instar des philosophes qui ont souvent c\u00e9l\u00e9br\u00e9 l\u2019amiti\u00e9 comme unique forme enviable d\u2019attachement \u00e0 autrui, les libertaires feraient bien d\u2019en faire de m\u00eame. L\u2019amour n\u2019a rien d\u2019anarchiste, car il ne respecte que trop de lois. O\u00f9 est la boh\u00e8me\u00a0? Il ne passe pas les barri\u00e8res sociales (homogamie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e), il cherche \u00e0 asservir l\u2019autre plut\u00f4t que la\/le lib\u00e9rer et entretient des relations hi\u00e9rarchis\u00e9es (hommes-femmes bien s\u00fbr mais aussi p\u00e8res-fils par exemple). L\u2019amour rime avec la passion (au sens latin de supporter, souffrir), l\u2019abn\u00e9gation et la soumission. Il peut all\u00e8grement se passer de r\u00e9ciprocit\u00e9, alors que l\u2019amiti\u00e9 est r\u00e9ciproque ou n\u2019est pas. Elle ne cherche pas la fusion, ni le contr\u00f4le mental et physique de l\u2019autre. Elle d\u00e9teste la souffrance et ne semble pas supporter la domination.<\/p>\n<p>Enfin, l\u2019amiti\u00e9 n\u2019est pas un sentiment exclusif. Une nouvelle amie ne fait pas d\u00e9laisser l\u2019ancienne, et je suis heureuse qu\u2019elle\/il en ait d\u2019autres que moi.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9union de l\u2019amiti\u00e9 et du d\u00e9sir<\/strong><\/p>\n<p>Lors de discussions sur ce sujet, quelques personnes semblaient \u00eatre contrari\u00e9es par l\u2019aspect un peu froid de la chose, la sagesse ou la raison apparaissant malheureusement souvent, sur le plan relationnel comme sur d\u2019autres, comme un frein \u00e0 l\u2019intensit\u00e9. Si l\u2019intensit\u00e9 est trouv\u00e9e dans l\u2019ali\u00e9nation de soi et\/ou le pouvoir exerc\u00e9 sur d\u2019autres, il va sans dire que je lutterai contre cette intensit\u00e9 l\u00e0, comme devrait en principe le faire toute anarchiste.<\/p>\n<p>Mais peut-\u00eatre que ces personnes visaient plus pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019aspect sexuel, g\u00e9n\u00e9ralement absent de l\u2019amiti\u00e9. Il faudrait qu\u2019on m\u2019explique en quoi l\u2019exigence qualitative diminuerait le d\u00e9sir sexuel pour l\u2019autre ou le plaisir. La sexualit\u00e9 entre amies me semble \u00eatre une des plus \u00e9panouissantes qui soit, pour toutes les raisons donn\u00e9es auparavant. \u00c0 moins, bien s\u00fbr, que le plaisir sexuel n\u00e9cessite des relations de domination. Si ceci me semble assez juste malheureusement pour la plupart des hommes, m\u00eame anarchistes, puisque la sexualit\u00e9 masculine est d\u2019abord construite sur le d\u00e9sir de dominer, je ne crois pas que \u00e7a le soit pour la majorit\u00e9 des femmes, anarchistes ou pas. Remplacer une base passionnelle par une base amicale me semblerait permettre beaucoup plus de libert\u00e9 sexuelle pour les femmes, dans l\u2019affirmation de leurs plaisirs et d\u00e9sirs propres, plut\u00f4t que dans la satisfaction, pour les h\u00e9t\u00e9rosexuelles, de ceux des hommes. En tout cas, dans mon histoire h\u00e9t\u00e9rosexuelle, ma sexualit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 beaucoup plus \u00e9panouissante et enrichissante avec des amants qui \u00e9taient des amis qu\u2019avec des amoureux.<br \/>\nRien n\u2019a \u00e9t\u00e9 pour moi plus riche, plus fort et plus puissant que cette amiti\u00e9 sexuelle non monogame. C\u2019est elle qui m\u2019a permis de conjuguer la rationalit\u00e9 avec les sentiments, et surtout l\u2019ind\u00e9pendance avec une profonde intimit\u00e9. Autre point fondamental pour moi\u00a0: je n\u2019ai jamais pu trouver dans l\u2019amour toute la force et l\u2019\u00e9nergie que j\u2019ai trouv\u00e9e dans l\u2019amiti\u00e9 sexuelle, la force de faire autre chose, de m\u2019affirmer et me r\u00e9aliser ailleurs que dans ces relations affectives. L\u2019amour permet-il cela\u00a0? Rien ne me para\u00eet moins s\u00fbr puisqu\u2019il demande au final, surtout pour les femmes h\u00e9t\u00e9rosexuelles, de faire plus attention \u00e0 l\u2019autre qu\u2019\u00e0 soi. Pour cette raison aussi, je ne vois pas comment j\u2019aurais pu concilier mon projet de construction de soi (bas\u00e9 sur l\u2019autonomie et le d\u00e9veloppement de soi) avec l\u2019amour, qui m\u2019aurait demand\u00e9 de faire maintes concessions et compromis.<\/p>\n<p>Il est vrai que l\u2019amiti\u00e9 sexuelle n\u00e9cessite de pouvoir dissocier la sexualit\u00e9 de l\u2019amour, dissociation que le patriarcat interdit aux femmes et permet aux hommes sur le seul mode de l\u2019objectification de l\u2019autre. Mod\u00e8le qui ne peut donc pas me servir puisque je me situe dans une relation de sujet \u00e0 sujet, m\u00eame dans le cas d\u2019une rencontre qui serait uniquement sexuelle. Comme dans le cas de l\u2019autonomie ou de la rationalit\u00e9, il faut penser autrement cette potentialit\u00e9 de dissociation\u00a0; car de la m\u00eame fa\u00e7on, si les hommes la combinent avec la n\u00e9gation ou l\u2019objectification de l\u2019autre, ce n\u2019est pas inh\u00e9rent au fait de pouvoir dissocier la sexualit\u00e9 de l\u2019amour, mais bien plut\u00f4t \u00e0 leur d\u00e9sir de dominer.<\/p>\n<p>Le rapport sexuel sans affection est rarement d\u00e9sir\u00e9 par les femmes. Ceci d\u00e9coulant encore pour moi du double standard sur la sexualit\u00e9. Si les femmes doivent justifier leur sexualit\u00e9 par leurs sentiments, cela montre bien \u00e0 quel point on n\u2019accepte pas que les femmes aient une sexualit\u00e9 pour elle-m\u00eame. La sexualit\u00e9 reste bien ill\u00e9gitime pour elles, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on essaye de nous faire croire. Elle n\u2019est accept\u00e9e que si elle peut \u00eatre justifi\u00e9e par la procr\u00e9ation ou l\u2019amour. Cette int\u00e9riorisation de l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 du sexe sans sentiments est si forte qu\u2019elle est pr\u00e9sente m\u00eame chez les femmes qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0pro-sexe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si Sallie Tisdale\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"Sallie Tisdale, Parlons cul, Editions Dagorno, 1997.\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb6\" rel=\"footnote\">6<\/a>] par exemple \u00ab\u00a0souhaite analyser le sexe ind\u00e9pendamment de la structure de la relation durable\u00a0\u00bb, elle constate toutefois\u00a0?\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai beau r\u00eaver \u2013 et Dieu sait si mon corps r\u00eave \u2013 d\u2019une sexualit\u00e9 d\u00e9pourvue de relations ou de sentiments, d\u2019une sexualit\u00e9 qui serait r\u00e9duite \u00e0 l\u2019acte sexuel, je suis incapable de la vivre.?\u00a0\u00bb Elle ne garde alors que l\u2019espoir d\u2019une sexualit\u00e9 d\u00e9barrass\u00e9e \u00ab\u00a0de tout cet incroyable bagage n\u00e9 de pressions sociales et sexuelles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019on commence \u00e0 l\u00e2cher les cases hi\u00e9rarchis\u00e9es, octroy\u00e9es par la culture du couple, entre ses amies et ses amantes, on se rend compte \u00e0 quel point ces barri\u00e8res emp\u00eachaient de v\u00e9ritables interactions libres. Car je crois que si j\u2019ai choisi la non-monogamie responsable comme principe de vie, c\u2019est parce qu\u2019elle me semblait la mieux \u00e0 m\u00eame de r\u00e9pondre \u00e0 mon exigence d\u2019interactions libres. Des relations ouvertes, bas\u00e9es sur la r\u00e9ciprocit\u00e9, le d\u00e9sir et la qualit\u00e9, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de celles ferm\u00e9es, bas\u00e9es sur le besoin, l\u2019attachement et la d\u00e9pendance. Des relations o\u00f9 aucun sc\u00e9nario n\u2019est fix\u00e9 \u00e0 l\u2019avance, o\u00f9 l\u2019on re-d\u00e9cide et re-choisit tout le temps ce que l\u2019on veut vivre, sans sentiment du devoir \u00e0 accomplir, sans \u00e9vidences jamais interrog\u00e9es, sans habitudes non questionn\u00e9es. Des relations o\u00f9 l\u2019on se sent libre de ren\u00e9gocier la r\u00e9alit\u00e9 relationnelle quand on le d\u00e9sire.<\/p>\n<p>Mais pourquoi m\u2019\u00e9vertuer \u00e0 vouloir comparer l\u2019amour et l\u2019amiti\u00e9\u00a0? Pour mieux faire appara\u00eetre peut-\u00eatre qu\u2019ils ne sont pas \u00ab\u00a0destin\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 remplir les m\u00eames fonctions&#8230;<\/p>\n<p><strong>Amour et h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9.<br \/>\nPoint de vue f\u00e9ministe<\/strong><\/p>\n<p>Durant cette premi\u00e8re partie, j\u2019ai surtout retrac\u00e9 mes ressentis et r\u00e9flexions avant que je ne sois f\u00e9ministe. C\u2019est pour cette raison que j\u2019ai parl\u00e9 de l\u2019amour de fa\u00e7on indiff\u00e9renci\u00e9e par rapport au genre, et aussi par rapport \u00e0 l\u2019orientation sexuelle.<\/p>\n<p>Je vais maintenant essayer de montrer en quoi mon f\u00e9minisme m\u2019a confort\u00e9e et soutenue dans mon projet de vie non-monogame et dans mon questionnement au sujet de la fonction de l\u2019amour. Cette partie portera explicitement sur les relations h\u00e9t\u00e9rosexuelles, que les femmes et les hommes impliqu\u00e9es soient bisexuelles ou h\u00e9t\u00e9rosexuelles. Aussi, je n\u2019y parlerai donc que de mon versant h\u00e9t\u00e9rosexuel.<\/p>\n<p>Une des difficult\u00e9s qui se pose aux femmes pour prendre conscience de leur oppression, en regard par exemple des oppressions racistes et classistes, se trouve dans le fait que la plupart du temps, les femmes cohabitent avec des hommes, que ceux-ci soient leur p\u00e8re, leur(s) fr\u00e8re(s), leur(s) copain(s), leurs coll\u00e8gues de travail, leur conjoint ou leur(s) fils. Cette promiscuit\u00e9 avec les hommes est ce qui rend tr\u00e8s difficile la projection d\u2019une image ennemie sur des personnes que l\u2019on c\u00f4toie quotidiennement, avec qui on peut avoir des relations tr\u00e8s intimes et que l\u2019on aime.<\/p>\n<p>Ne serait-ce que sur le plan psychologique, la non-mixit\u00e9 m\u2019appara\u00eet n\u00e9cessaire \u00e0 la lutte f\u00e9ministe. Et ceci parce que je crois que seule une distance physique et psychique vis-\u00e0-vis des hommes peut permettre la rupture psychologique n\u00e9cessaire afin de prendre conscience de l\u2019ampleur de leur domination et de d\u00e9velopper un regard tr\u00e8s critique face \u00e0 cet \u00e9tat de fait. Ma participation \u00e0 des r\u00e9unions non mixtes a \u00e9t\u00e9 pour moi tr\u00e8s riche d\u2019enseignement sur la r\u00e9alit\u00e9 profond\u00e9ment in\u00e9galitaire de la mixit\u00e9 et la place des femmes dans celle-ci. Il m\u2019est \u00e9vident aujourd\u2019hui que je n\u2019aurais jamais d\u00e9velopp\u00e9 une analyse aussi critique de la mixit\u00e9 (d\u2019un groupe politique, de la rue, de l\u2019\u00e9cole, d\u2019une f\u00eate&#8230;) si je n\u2019avais pas go\u00fbt\u00e9 \u00e0 la non-mixit\u00e9. Elle m\u2019a aussi permis de voir que de nombreuses femmes \u00e9taient beaucoup plus inventives, offensives et radicales qu\u2019elles ne le sont en mixit\u00e9. Et ce n\u2019est pas par hasard que nombre de critiques de fond f\u00e9ministes, les plus fortes et les plus radicales, se soient d\u00e9velopp\u00e9es en non-mixit\u00e9. La non-mixit\u00e9 politique est une force (in)consid\u00e9rable pour les femmes. Les hommes en ont bien conscience\u00a0?\u00a0: il suffit de voir la violence et la n\u00e9gativit\u00e9 des r\u00e9actions que les espaces non mixtes f\u00e9ministes suscitent chez eux. La non-mixit\u00e9 dans les cuisines ne leur a jamais pos\u00e9 le moindre probl\u00e8me, bien au contraire. Mais ils per\u00e7oivent bien o\u00f9 est le danger pour leur dominance. Comme j\u2019ai entendu une femme (qui passait la plus grande partie de son temps en mixit\u00e9) le dire, tout se passe comme si, quand on entrait en mixit\u00e9, notre regard se voilait. La routine nous prend tr\u00e8s vite, notre vigilance et notre perspicacit\u00e9 intellectuelle vis-\u00e0-vis de la domination masculine s\u2019estompent petit \u00e0 petit. Je me suis toujours demand\u00e9e comment garder une conscience aigu\u00eb des rapports femmes\/hommes en passant avec des hommes la plus grande partie de notre temps&#8230;<\/p>\n<p>Aussi, ce qui m\u2019est tr\u00e8s important dans cette mise \u00e0 distance des dominants, c\u2019est qu\u2019elle permet ou favorise le conflit avec eux. Notre socialisation f\u00e9minine nous pousse \u00e0 toujours \u00e9viter ou fuir les conflits\u00a0: on prend sur soi, on comprend, on s\u2019adapte, on se sacrifie, on r\u00e9prime notre col\u00e8re, on a peur, on \u00e9prouve de l\u2019empathie, on est sensible, protectrice&#8230; ce que je rattacherai \u00e0 l\u2019\u00e9thique du soin, l\u2019\u00e9thique de la sollicitude, si pr\u00e9sente chez les femmes, si absente chez les hommes et qui leur b\u00e9n\u00e9ficie tant. Ce n\u2019est pas le souci pour autrui que je critique, bien pr\u00e9sent dans cette \u00e9thique, mais le fait qu\u2019il passe chez de nombreuses femmes par le sacrifice de soi et l\u2019indulgence excessive. Certaines f\u00e9ministes ont observ\u00e9 que si cette \u00e9thique de la sollicitude \u00e9tait bien dans un sens f\u00e9minine, elle n\u2019en \u00e9tait pas pour autant f\u00e9ministe, le f\u00e9minisme rejetant souvent la notion de f\u00e9minin\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Alison M. Jaggar, \u00ab F\u00e9minisme ? : l\u2019\u00e9thique de la sollicitude \u00bb dans Magazine\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb7\" rel=\"footnote\">7<\/a>]. Quelles ressources par exemple l\u2019\u00e9thique de la sollicitude donne-t-elle afin de critiquer la domination masculine\u00a0? Prodiguer des soins \u00e0 une personne qui vous exploite rel\u00e8ve-t-il d\u2019une qualit\u00e9 morale\u00a0? Ne faudrait-il pas faire une distinction entre sollicitude appropri\u00e9e et inappropri\u00e9e, afin que le souci pour autrui ne se conjugue pas avec l\u2019abn\u00e9gation de soi\u00a0?<\/p>\n<p>Si le conflit me para\u00eet si n\u00e9cessaire, c\u2019est qu\u2019en l\u2019\u00e9tat actuel des rapports entre les sexes, je ne vois pas bien comment nous pourrions, en tant que femmes, essayer de d\u00e9velopper des relations \u00e9galitaires avec les hommes sans rentrer en conflit avec eux. Le conflit n\u2019est pas la haine, ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils le disent que c\u2019est juste. Ils ont simplement tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00e9viter le conflit, puisque le conflit ouvert peut permettre la ren\u00e9gociation de la r\u00e9alit\u00e9. Que ce soit dans mes relations intimes avec eux ou dans mes relations militantes, c\u2019est bien le conflit qui m\u2019a permis, quand je ne me suis pas fait jeter, d\u2019acc\u00e9der au statut de sujet. Il est par exemple \u00e9vident que mon exigence de non-monogamie (parmi d\u2019autres) a provoqu\u00e9 de fortes tensions et caus\u00e9 des douleurs chez des hommes. Mais comment croire \u00e0 l\u2019instauration d\u2019une relation de sujet \u00e0 sujet sans que les hommes y perdent quelque chose\u00a0?<\/p>\n<p>Je ne veux pas de relation avec eux qui soit in\u00e9galitaire. Et il ne suffit pas de le dire pour qu\u2019elle ne le soit pas dans les faits. Je n\u2019ai pas non plus envie d\u2019attendre la r\u00e9volution (laquelle\u00a0? pour qui\u00a0?) qui, para\u00eet-il, pourrait abolir les classes de sexe. \u00c9viter tout compromis conscient avec la domination masculine est un souci toujours pr\u00e9sent dans mes relations aux hommes et j\u2019essaie d\u2019\u00eatre la plus vigilante possible \u00e0 ce propos.<\/p>\n<p>Tout ceci d\u00e9coule simplement pour moi de l\u2019id\u00e9e que les dominants, les hommes donc dans ce cas-l\u00e0, ne changeront pas d\u2019eux-m\u00eames et ne l\u00e2cheront pas leur pouvoir \u00ab\u00a0spontan\u00e9ment\u00a0\u00bb. Je ne vais donc pas attendre qu\u2019ils m\u2019octroient quelques libert\u00e9s selon leur bon vouloir, les prenant tout \u00ab\u00a0simplement\u00a0\u00bb quoi qu\u2019il arrive. De toute fa\u00e7on, ces quelques hommes qui ont fait, font ou feront un bout de chemin avec moi savent d\u00e8s le d\u00e9part \u00e0 quoi s\u2019en tenir, puisque je suis tout de suite tr\u00e8s claire \u00e0 ce sujet&#8230; si \u00e7a ne leur convient pas, rien ne les retient\u00a0!<\/p>\n<p>Ceci dit, j\u2019ai essay\u00e9 de retracer que mon profond doute au sujet de l\u2019amour ne date pas de mon f\u00e9minisme. \u00c7a me semblait plus honn\u00eate de le dire, par rapport \u00e0 moi et par rapport aux autres. Psychologiquement, je pense que c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ce pass\u00e9 que j\u2019ai pu entendre certaines critiques f\u00e9ministes du couple h\u00e9t\u00e9ro. Elles ne sont pas venues se poser sur un vide ou sur une attache forte \u00e0 l\u2019amour, mais sur des questionnements et des pratiques qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0, m\u00eame si dans une moindre mesure, subversives.<\/p>\n<p>Il m\u2019est \u00e9videmment difficile de distinguer l\u2019amour de la monogamie. L\u2019amour tel que nous apprenons \u00e0 le d\u00e9sirer ne fait pas de concessions sur la monogamie, en tout cas du c\u00f4t\u00e9 des femmes. Du c\u00f4t\u00e9 des hommes, il va sans dire que leur rapport \u00e0 l\u2019amour est bien diff\u00e9rent de celui des femmes, contrairement \u00e0 ma premi\u00e8re pr\u00e9sentation \u00ab\u00a0neutre\u00a0\u00bb de l\u2019amour. La dissym\u00e9trie des positions sexu\u00e9es se retrouve aussi dans l\u2019amour. L\u2019id\u00e9e que la fusion va au profit de l\u2019homme et que c\u2019est la femme qui en paye le prix est assez courante. Des \u00e9tudes en psychologie\u00a0[<a id=\"nh8\" class=\"spip_note\" title=\"Susan Sturdivant, op. cit.\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb8\" rel=\"footnote\">8<\/a>] ont montr\u00e9 combien le mariage pouvait \u00eatre mauvais pour les femmes, sur le plan de leur sant\u00e9 mentale en particulier.<\/p>\n<p>Des effets d\u00e9pressifs au risque accru de d\u00e9sordre psychologique pour les femmes, le mariage offre en revanche une protection aux hommes. \u00ab\u00a0En fait, de tous les groupes \u00e9tudi\u00e9s (c\u00e9libataires, mari\u00e9s, veufs et divorc\u00e9s des deux sexes), les femmes mari\u00e9es pr\u00e9sentent la plus haute incidence de maladie mentale.\u00a0\u00bb Parmi les c\u00e9libataires, ce sont les hommes qui pr\u00e9sentent un risque sup\u00e9rieur de maladie mentale\u00a0!<\/p>\n<p>Dans ce syst\u00e8me h\u00e9t\u00e9ropatriarcal, la monogamie sert le groupe des hommes, construit la d\u00e9pendance des femmes \u00e0 un homme et renforce l\u2019appropriation du corps et du travail des femmes par les hommes. Or mon f\u00e9minisme signifie bien sortir de la d\u00e9pendance des hommes en g\u00e9n\u00e9ral et d\u2019un homme en particulier. Pour moi, le chemin le plus s\u00fbr pour ce faire a donc \u00e9t\u00e9 la non-monogamie. C\u2019est mon histoire mais les derni\u00e8res d\u00e9pendances que je pouvais avoir vis-\u00e0-vis des hommes dans mes exp\u00e9riences monogames se sont alors bris\u00e9es. N\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 certaines, je ne suis pas tomb\u00e9e dans une d\u00e9pendance \u00e9largie \u00e0 deux ou trois mecs plut\u00f4t qu\u2019un. Ce qui me concerne, c\u2019est que je n\u2019ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre totalement ind\u00e9pendante en couple, f\u00fbt-il ouvert (c\u2019est-\u00e0-dire ne fonctionnant pas sur la fusion et permettant de go\u00fbter \u00e0 d\u2019autres relations si elles restent hi\u00e9rarchis\u00e9es inf\u00e9rieurement). C\u2019est certainement ce qui m\u2019a fait pousser ma r\u00e9flexion sur le rapport entre la monogamie (ou l\u2019amour) et la d\u00e9pendance. Ce n\u2019est pas faute d\u2019avoir essay\u00e9 un temps de m\u2019arranger en me disant que je n\u2019avais qu\u2019\u00e0 prendre les c\u00f4t\u00e9s reconnus positifs de l\u2019amour sans les n\u00e9gatifs. Exp\u00e9rimentalement, j\u2019en suis donc arriv\u00e9e \u00e0 la conclusion que je ne pourrais me d\u00e9faire totalement de \u00e7a dans une relation h\u00e9t\u00e9ro-couple. Ce qui m\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 chercher ailleurs ce que je voulais\u00a0: dans l\u2019amiti\u00e9 sexuelle non monogame. J\u2019ai donc trouv\u00e9 ici tout ce que je pouvais d\u00e9sirer des relations\u00a0: la tendresse, la qualit\u00e9, l\u2019\u00e9change, la reconnaissance mutuelle, le soutien r\u00e9ciproque, l\u2019intimit\u00e9, l\u2019espace n\u00e9cessaire \u00e0 mon d\u00e9veloppement personnel, etc., sans ce reste qui fait l\u2019amour\u00a0: l\u2019id\u00e9alisation de l\u2019autre, la d\u00e9pendance, l\u2019irrationalit\u00e9, la hi\u00e9rarchie, la possessivit\u00e9, le repli sur le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, l\u2019abn\u00e9gation de soi, etc. Si je prends d\u2019autres fonctions reconnues positives de l\u2019amour\u00a0[<a id=\"nh9\" class=\"spip_note\" title=\"Fran\u00e7ois De Singly, Le soi, le couple et la famille, Nathan,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb9\" rel=\"footnote\">9<\/a>], comme la construction de l\u2019identit\u00e9 adulte, ou la validation de soi par un proche familier (dans ses diverses dimensions comme donner le sentiment d\u2019unit\u00e9 au soi, de coh\u00e9rence, de r\u00e9v\u00e9lation de soi et de totalit\u00e9), je comprends bien la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une relation forte d\u2019intimit\u00e9 et d\u2019une certaine stabilit\u00e9. En revanche, je ne vois pas pourquoi elle devrait \u00eatre exclusive. Le soi peut bien se r\u00e9aliser \u00ab\u00a0dans sa triple qu\u00eate\u00a0: la d\u00e9couverte de ses ressources cach\u00e9es, l\u2019unit\u00e9, et la stabilit\u00e9\u00a0\u00bb, m\u00eame dans l\u2019amiti\u00e9 sexuelle non-monogame. Je crois que l\u2019opposition constante dans ce texte entre l\u2019amour et l\u2019autonomie vient bien de mon v\u00e9cu de femme dans une soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9t\u00e9ropatriarcale, o\u00f9 l\u2019amour tel qu\u2019il est con\u00e7u et v\u00e9cu me semble difficilement pouvoir \u00eatre source de grande \u00e9mancipation pour les femmes. Ainsi, mon exp\u00e9rience m\u2019a conduite \u00e0 penser que ce n\u2019\u00e9tait pas tant l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 en soi qui permettait \u00e0 l\u2019homme de dominer aussi dans la sph\u00e8re dite priv\u00e9e, mais bien l\u2019amour. En tout cas, il me semble important de d\u00e9finir exactement ce que l\u2019on critique dans l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9. La pens\u00e9e queer nous montre que l\u2019on peut bien la prendre comme premi\u00e8re cible d\u2019attaque sans que \u00e7a ne d\u00e9range grand-chose \u00e0 la hi\u00e9rarchie des sexes.<\/p>\n<p>On pourrait me faire l\u2019objection que si l\u2019amour asservit les femmes, \u00e7a ne signifie pas pour autant que ce soit inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019amour. Certaines f\u00e9ministes pensent plut\u00f4t que c\u2019est l\u2019in\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes qui conduit au fait que l\u2019amour asservisse les femmes. Alors, l\u2019amour est-il seulement corrompu par le patriarcat\u00a0? L\u2019amour existerait-il dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il n\u2019y aurait ni cat\u00e9gorisation sexuelle, ni contrainte \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, ni contrainte \u00e0 la monogamie\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Pascale Noizet et la fonction de l\u2019amour dans l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Je vais recourir \u00e0 Pascale Noizet pour donner quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse.<br \/>\nDans l\u2019id\u00e9e moderne d\u2019amour\u00a0[<a id=\"nh10\" class=\"spip_note\" title=\"Pascale Noizet, L\u2019id\u00e9e moderne d\u2019amour. Entre sexe et genre ? : vers une\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb10\" rel=\"footnote\">10<\/a>], elle analyse de fa\u00e7on mat\u00e9rialiste l\u2019amour et la logique h\u00e9t\u00e9rosociale sur laquelle il repose. \u00ab\u00a0Notre probl\u00e9matique d\u2019ensemble vise \u00e0 d\u00e9couvrir la nature et la fonction de l\u2019amour dans le rapport h\u00e9t\u00e9rosexuel tel qu\u2019il est repr\u00e9sent\u00e9 dans un ensemble de textes homog\u00e8nes.\u00a0\u00bb Il s\u2019agit donc d\u2019amour h\u00e9t\u00e9rosexuel, m\u00eame si Pascale Noizet pense que les lesbiennes subissent aussi les contradictions de cette id\u00e9e moderne d\u2019amour.<\/p>\n<p>Aussi, parler des connexions homosexuelles de l\u2019amour \u00ab\u00a0\u00e9vacuerait le fonctionnement social dominant et l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de sa repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb. Je ne peux que recommander vivement la lecture de cet ouvrage et j\u2019esp\u00e8re vous en donner l\u2019envie. L\u2019\u00e9vidence de l\u2019amour est enfin travaill\u00e9e et analys\u00e9e et, de surcro\u00eet, avec grande pertinence et intelligence. Rares sont les \u00e9crits f\u00e9ministes ou lesbiens qui ont os\u00e9 s\u2019attaquer de cette fa\u00e7on \u00e0 l\u2019amour, les critiques portant g\u00e9n\u00e9ralement plut\u00f4t sur la sexualit\u00e9 h\u00e9t\u00e9ro ou sur la contrainte \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, sans \u00e9tudier la fonction de l\u2019amour. Je ne r\u00e9sume pas son livre, ni ne fais un compte-rendu exhaustif mais me limite \u00e0 en ressortir quelques points me semblant plus en rapport avec les questions de ce texte. Il va sans dire que ce livre contient d\u2019autres analyses tout aussi int\u00e9ressantes mais je m\u2019axerai donc sur deux points\u00a0?\u00a0: le fait que Noizet rende visible la relation de pouvoir d\u2019o\u00f9 \u00e9merge l\u2019amour et le fait que l\u2019amour se soit impos\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9ment structural de la f\u00e9minit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019a tout d\u2019abord plu chez Pascale Noizet, c\u2019est qu\u2019elle rend visibles les rapports qui d\u00e9terminent l\u2019oppression des femmes. Ainsi, elle ne tombe pas dans l\u2019\u00e9cueil des nombreux \u00e9crits traitant de la d\u00e9pendance affective des femmes ou de leur passivit\u00e9 comme des donn\u00e9es de faits, comme si elles existaient en dehors de tout rapport social, et qui focalisent donc sur les femmes en oubliant qu\u2019elles subissent un rapport d\u2019oppression. Noizet est tr\u00e8s claire\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 notre avis, il ne s\u2019agit nullement d\u2019un \u00e9tat ou d\u2019une d\u00e9pendance mais bien d\u2019un proc\u00e8s de diff\u00e9renciation qui fonde l\u2019oppression des femmes.\u00a0\u00bb \u00c0 l\u2019aide d\u2019un corpus romanesque, Pascale Noizet va montrer que \u00ab\u00a0l\u2019amour est un construit social qui organise significativement l\u2019oppression des femmes\u00a0\u00bb. Le XVIIIe si\u00e8cle op\u00e8re une coupure dans les histoires sentimentales. Auparavant, l\u2019amour \u00e9tait souvent impossible et les obstacles \u00e0 sa r\u00e9alisation venaient de l\u2019ext\u00e9rieur, de la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 partir du XVIIIe, les obstacles viennent de l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019amour ne sera donc plus un \u00e9l\u00e9ment de transgression sociale mais bien un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019ordre social.<br \/>\nEn analysant la mise en forme de la relation amoureuse dans Pamela ou la vertu r\u00e9compens\u00e9e, \u00e9crit par Samuel Richardson en 1740, Pascale Noizet montre que le rapport de pouvoir est alors explicite entre les deux protagonistes. La relation amoureuse est inscrite au sein d\u2019un rapport de forces, o\u00f9 la victime est bien l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Avant de tomber amoureuse, Pamela essaye de r\u00e9sister au v\u00e9ritable harc\u00e8lement sexuel qu\u2019elle subit de la part du h\u00e9ros (s\u00e9questration, rapt, tentative de viol&#8230;). Harc\u00e8lement qui se finira donc dans la r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019amour, puis le mariage d\u2019amour. Si aujourd\u2019hui l\u2019id\u00e9e d\u2019amour nous fait croire que tout en lui est choix et libert\u00e9, force est de constater qu\u2019il n\u2019en a donc pas toujours \u00e9t\u00e9 de m\u00eame\u00a0! Ici, c\u2019est explicitement une pratique coercitive qui va contraindre l\u2019h\u00e9ro\u00efne \u00e0 l\u2019amour h\u00e9t\u00e9rosexuel. Pamela d\u2019ailleurs place bien le sentiment amoureux \u00ab\u00a0dans l\u2019\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale d\u2019un rapport d\u2019oppression\u00a0\u00bb puisque sa lucidit\u00e9, encore pr\u00e9sente au d\u00e9but, lui fera dire cette fameuse phrase\u00a0: \u00ab\u00a0Comment suis-je arriv\u00e9e \u00e0 aimer l\u2019ennemi\u00a0?\u00a0\u00bb Mais cette conscience ne durera pas parce que \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9mergence du sentiment provoque une dislocation du sujet en ce sens qu\u2019il ne r\u00e9siste plus\u00a0\u00bb. C\u2019est donc bien l\u2019amour qui va d\u00e9truire chez l\u2019h\u00e9ro\u00efne la conscience du rapport d\u2019oppression.<\/p>\n<p>Pascale Noizet distingue l\u2019amour des agressions et de l\u2019appropriation physique pour le rattacher \u00e0 l\u2019appropriation mentale, qui \u00ab\u00a0paralyse la conscience f\u00e9minine\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0concerne en premier lieu l\u2019espace occup\u00e9 de la conscience\u00a0\u00bb. Ainsi, elle en arrive \u00e0 trouver \u00ab\u00a0l\u2019une des fonctions essentielles de l\u2019amour, \u00e0 savoir effectuer un brouillage de la relation dans laquelle il prend forme\u00a0\u00bb. Relation, on l\u2019a vu, d\u2019oppression. Avec l\u2019apparition du sentiment va aussi appara\u00eetre la maladie d\u2019amour, faite de signes corporels tels que l\u2019insomnie, l\u2019inapp\u00e9tence ou les vertiges, qui ancrera l\u2019amour dans le domaine de la nature. La fonction de cette naturalisation de l\u2019amour est de faire croire ainsi que cet amour h\u00e9t\u00e9rosexuel est une relation naturelle et non sociale. \u00e9videmment, l\u2019amour n\u2019affecte jamais de la m\u00eame fa\u00e7on l\u2019h\u00e9ro\u00efne et le h\u00e9ros. Cette situation est bien plus pernicieuse et plus dangereuse que celle du harc\u00e8lement, car \u00ab\u00a0le sentiment prend racine, il s\u2019ancre au corps m\u00eame de l\u2019h\u00e9ro\u00efne qui devient le d\u00e9terminant incontournable de la relation amoureuse\u00a0\u00bb. Cette vision ne d\u00e9crit plus un rapport concret o\u00f9 l\u2019homme est lui-m\u00eame impliqu\u00e9. Ainsi, on a \u00ab\u00a0le primat d\u2019une biologisation du sentiment qui se cristallise sur l\u2019h\u00e9ro\u00efne en \u00e9cartant son vis-\u00e0-vis masculin\u00a0\u00bb. Le sentiment devient alors quasi autonome \u00ab\u00a0en s\u2019agen\u00e7ant par ramifications \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019h\u00e9ro\u00efne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019amour a donc bien un sexe, puisqu\u2019il \u00ab\u00a0s\u2019impose comme un dogme qui n\u2019inclut qu\u2019une cat\u00e9gorie de sexe\u00a0\u00bb. L\u2019emprise du sentiment ne touche pas l\u2019homme dans sa vie int\u00e9rieure, comme il ne contraint pas la formation de son identit\u00e9. Pascale Noizet parle alors de l\u2019amour comme d\u2019un principe de cat\u00e9gorisation entre les sexes \u00ab\u00a0qui a la fonction pr\u00e9cise de d\u00e9finir les femmes dans une diff\u00e9rence amoureuse sur laquelle s\u2019organise leur appropriation h\u00e9t\u00e9rosociale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019amour n\u2019a m\u00eame pas besoin de justifier le rapport de pouvoir puisqu\u2019il l\u2019invisibilise totalement. On pourra donc parler ensuite tranquillement de compl\u00e9mentarit\u00e9 naturelle entre les sexes, nier que l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 soit un r\u00e9gime politique, et croire que les femmes sont destin\u00e9es \u00e0 l\u2019amour. Ainsi, \u00ab\u00a0l\u2019amour construit ce qui dans l\u2019histoire reste unique\u00a0: un rapport de domination o\u00f9 le domin\u00e9 doit aimer le dominant\u00a0\u00bb. Mais si Pamela n\u2019avait pas subi cette fragmentation du sujet, si sa comp\u00e9tence \u00e0 analyser une situation concr\u00e8te d\u2019oppression n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 brouill\u00e9e par l\u2019amour\u00a0? Si \u00ab\u00a0l\u2019amour est l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux qui vise la construction h\u00e9t\u00e9rosociale\u00a0\u00bb, personnellement, je pense aussi que le non-amour peut viser la d\u00e9construction h\u00e9t\u00e9rosociale. C\u2019est bien entendu une interpr\u00e9tation de bisexuelle, mais je crois que si l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 patriarcale participe \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de la hi\u00e9rarchie, une h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 f\u00e9ministe doit pouvoir la miner quelque peu.<\/p>\n<p><strong>Pour une pratique h\u00e9t\u00e9rosexuelle f\u00e9ministe<\/strong><\/p>\n<p>Je ne r\u00e9argumenterai pas la critique globale de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexisme, ni les liens entre sexisme et h\u00e9t\u00e9rosexisme, si bien d\u00e9velopp\u00e9s dans Le point de vue lesbien dans les \u00e9tudes f\u00e9ministes que nous republions. Je dirais donc seulement que, bien qu\u2019ayant toujours eu des relations intimes avec des hommes, la critique de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 fait enti\u00e8rement partie de mon engagement f\u00e9ministe et me para\u00eet fondamentale. L\u2019institution h\u00e9t\u00e9rosexuelle doit devenir une cible s\u00e9rieuse d\u2019action politique, afin de permettre entre autres la visibilit\u00e9 des lesbiennes dans le mouvement f\u00e9ministe. Cette probl\u00e9matisation de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 a principalement \u00e9t\u00e9 faite par des lesbiennes f\u00e9ministes. Toutefois, lesbiennes comme bies et h\u00e9t\u00e9ros \u00ab\u00a0h\u00e9sitent encore aujourd\u2019hui \u00e0 s\u2019aventurer sur ce terrain min\u00e9\u00a0[<a id=\"nh11\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab \u00c9ditorial \u00bb, Nouvelles Questions F\u00e9ministes, 1996, Vol 17, n\u00b0 3. Les NQF ont\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb11\" rel=\"footnote\">11<\/a>]\u00a0\u00bb. L\u2019une des raisons qui a s\u00fbrement jou\u00e9 un r\u00f4le important pour ma prise de position en faveur d\u2019une critique de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, c\u2019est que la norme de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 n\u2019est pas dommageable pour les lesbiennes uniquement, m\u00eame si ce sont elles qui la subissent de la fa\u00e7on la plus violente, mais aussi pour les bisexuelles, les h\u00e9t\u00e9rosexuelles et les c\u00e9libataires. L\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 opprime toutes les femmes\u00a0; m\u00eame si cette oppression semble cro\u00eetre \u00e0 la mesure de l\u2019ind\u00e9pendance des femmes envers les hommes, d\u2019o\u00f9 la double oppression des lesbiennes. D\u00e9fendre le lesbianisme doit faire partie int\u00e9grante du f\u00e9minisme, qui lutte pour l\u2019autonomie des femmes, donc pour l\u2019autod\u00e9termination de soi, le choix de sa vie et de ses propres buts. On n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre lesbienne pour lutter contre l\u2019oppression sp\u00e9cifique des lesbiennes.<\/p>\n<p>Th\u00e9oriquement, il suffit d\u2019\u00eatre pour l\u2019autonomie des femmes et de combattre les d\u00e9finitions des femmes donn\u00e9es par les hommes. Malheureusement, dans la r\u00e9alit\u00e9, \u00e7a semble beaucoup plus compliqu\u00e9 vu le poids de l\u2019int\u00e9riorisation de la lesbophobie.<\/p>\n<p>Nombre de codes et normes de conduite sont dict\u00e9s par l\u2019institution h\u00e9t\u00e9rosexuelle. Il est assez facile de s\u2019en rendre compte quand on ne rentre pas dans le moule h\u00e9t\u00e9ro pr\u00e9vu&#8230; Car ne pas se conformer aux attentes genr\u00e9es montre toujours \u00e0 quel point elles existent et doivent \u00eatre entretenues. Sans ces normes, aurais-je mis tant d\u2019ann\u00e9es \u00e0 d\u00e9construire en moi tout ce qu\u2019avait construit l\u2019amour et la monogamie\u00a0? Aurais-je d\u00fb fournir tant d\u2019efforts pour arriver \u00e0 ne plus d\u00e9sirer la cohabitation avec mes amants\u00a0? Aurais-je pay\u00e9 si cher le fait de lutter contre mon objectification dans mes relations aux hommes\u00a0? Aurais-je eu besoin de reconstruire une sexualit\u00e9 fond\u00e9e sur le plaisir et l\u2019affirmation plut\u00f4t que le pouvoir et la passivit\u00e9\u00a0? Je ne sais pas si c\u2019est le fait d\u2019avoir une pratique h\u00e9t\u00e9ro non conforme qui m\u2019a permis de comprendre combien l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 est normative et oppressive, combien elle maintient et renforce le pouvoir des hommes. Mais force a \u00e9t\u00e9 de constater que, malgr\u00e9 des d\u00e9rogations \u00e0 l\u2019institution h\u00e9t\u00e9rosexuelle, il me restait encore des points \u00e0 interroger s\u00e9rieusement. J\u2019ai v\u00e9cu alors une p\u00e9riode de culpabilisation, suivie d\u2019un v\u00e9cu franchement d\u00e9chirant et douloureux. Ma question principale portait \u00e9videmment sur la contradiction (qui m\u2019a tout d\u2019abord sembl\u00e9 assez \u00e9vidente) entre mon f\u00e9minisme et mon h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019avais \u00e0 ce moment de fortes relations amicales, affectives et sexuelles suivies avec deux hommes. Une partie du travail n\u00e9cessaire \u00e0 mon autonomisation \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 faite gr\u00e2ce \u00e0 mon \u00e9thique anarchiste\u00a0: ind\u00e9pendante \u00e9conomiquement, affectivement, je ne cohabitais pas avec eux et ne leur dispensais ni services domestiques, ni services sexuels. J\u2019avais mes propres activit\u00e9s, mes propres amiti\u00e9s, qui, les unes comme les autres, concernaient de plus en plus exclusivement des femmes, lesbiennes, bies et h\u00e9t\u00e9ros. Mais malgr\u00e9 cette position privil\u00e9gi\u00e9e (qui m\u2019a tout de m\u00eame certainement permis d\u2019aller encore plus loin), il m\u2019a fallu du temps pour comprendre et analyser profond\u00e9ment la question, et la confronter \u00e0 mon v\u00e9cu. Cheminement que je ne peux retracer ici, mais si je suis \u00e0 peu pr\u00e8s claire avec moi-m\u00eame aujourd\u2019hui sur mes relations h\u00e9t\u00e9ros et mon f\u00e9minisme, il n\u2019en a pas toujours \u00e9t\u00e9 ainsi, d\u2019o\u00f9 ce sentiment de d\u00e9chirure. J\u2019ai donc r\u00e9fl\u00e9chi aux arguments que j\u2019avais pu lire chez les lesbiennes f\u00e9ministes, allant des privil\u00e8ges h\u00e9t\u00e9rosexuels\u00a0[<a id=\"nh12\" class=\"spip_note\" title=\"Voir \u00e0 ce sujet l\u2019article \u00ab Femmes bisexuelles, politique f\u00e9ministe \u00bb dans\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb12\" rel=\"footnote\">12<\/a>] \u00e0 la question de la p\u00e9n\u00e9tration, les prenant tous d\u2019embl\u00e9e comme int\u00e9ressants, m\u00eame ceux qu\u2019aujourd\u2019hui je rejette vivement (mais il me fallait bien me mettre au clair sur le pourquoi de ce rejet). Les rares textes que j\u2019avais alors d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexuelles f\u00e9ministes d\u00e9fendant leur pratique me semblaient bien l\u00e9gers et inconsistants, et ne faisaient finalement que renforcer mon profond doute sur la possibilit\u00e9 d\u2019une compatibilit\u00e9 honn\u00eate et int\u00e8gre entre mon f\u00e9minisme et mes relations h\u00e9t\u00e9ros.<\/p>\n<p>\u00c0 titre d\u2019exemple, je pourrais donner le domaine du plaisir. Si je n\u2019avais pas de probl\u00e8mes vis-\u00e0-vis des arguments portant sur le manque de plaisir pour les femmes dans les relations h\u00e9t\u00e9ros, car j\u2019\u00e9prouvais bien des plaisirs, la question de la nature de ce plaisir \u00e9tait bien moins facile. Non contente de m\u2019\u00eatre d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matisation de la construction de nos d\u00e9sirs dans une soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9t\u00e9ropatriarcale, me voil\u00e0 embarqu\u00e9e sur la question du plaisir lui-m\u00eame. Autre exemple, le domaine des services \u00e9motionnels que je pouvais encore dispenser \u00e0 mes partenaires. Eh bien, termin\u00e9. Le terme de service est assez \u00e9loquent, qu\u2019on le comprenne comme l\u2019obligation de servir une autorit\u00e9 ou comme le fait de se mettre \u00e0 la disposition de quelqu\u2019un.<br \/>\nSusan Sturdivant cite une analyse de divers aspects de la relation entre groupe dominant et groupe subordonn\u00e9. Un des caract\u00e8res se trouve dans le fait qu\u2019\u00ab\u00a0en d\u00e9signant un ou plusieurs r\u00f4les \u2018\u2018acceptables\u2019\u2019, les dominants tentent de d\u00e9nier d\u2019autres domaines de d\u00e9veloppement aux groupes moins puissants. Les r\u00f4les acceptables fournissent g\u00e9n\u00e9ralement un \u2018\u2018service\u2019\u2019 que le groupe dominant ne choisit pas de se rendre \u00e0 lui-m\u00eame, ou n\u2019est pas capable de se rendre \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0\u00bb. Je pense ne pas avoir besoin d\u2019expliciter plus en quoi cette caract\u00e9ristique convient parfaitement aux rapports sociaux de sexe.<\/p>\n<p>Mon \u00e9nergie ne passera pas dans les services traditionnels r\u00e9clam\u00e9s par les hommes aux femmes, quels qu\u2019ils soient. Je ne les maternerai pas ni ne leur octroierai tout ce soutien qui leur para\u00eet tant aller de soi et qu\u2019ils reconnaissent si peu. Je suis \u00e9go\u00efste\u00a0? Indiff\u00e9rente\u00a0? Je l\u2019ai trop entendu celle-l\u00e0&#8230; \u00e7a ne marche plus. Non, seulement et simplement, je sais mieux que les hommes ce qui me convient, et \u00ab\u00a0je vis ma propre vie, non la vie de quelque homme que j\u2019aiderais \u00e0 s\u2019en sortir\u00a0[<a id=\"nh13\" class=\"spip_note\" title=\"Ellen Burstyn, lors d\u2019une interview cit\u00e9e par Susan Sturdivant.\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb13\" rel=\"footnote\">13<\/a>]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ne supportant pas la contradiction entre mes id\u00e9es et mon comportement, il fallait bien que je trouve des solutions. Pr\u00e9f\u00e9rant toujours dans ces moments-l\u00e0 assortir mon comportement \u00e0 mes id\u00e9es plut\u00f4t que l\u2019inverse, je me suis pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019arr\u00eater les relations h\u00e9t\u00e9ros si elles ne pouvaient pas s\u2019assortir \u00e0 mon f\u00e9minisme. Vu mon fonctionnement, tout le plaisir et la joie que je pouvais ressortir de ces relations auraient \u00e9t\u00e9 g\u00e2ch\u00e9s par ce ressenti de contradiction. D\u2019o\u00f9 la perspective de devenir exclusivement lesbienne qui m\u2019apparaissait alors tout \u00e0 fait envisageable et souhaitable. Suis-je esclave de mes id\u00e9es, comme on a pu me le sugg\u00e9rer\u00a0? Encore faut-il croire \u00e0 la dichotomie id\u00e9es\/comportement comme pouvant \u00eatre viable \u00e0 long terme. Pour ce que j\u2019ai pu en voir en moi et autour de moi, si l\u2019on ne parvient pas \u00e0 changer son comportement, ce sont les id\u00e9es qui changeront&#8230; Quant au pire, je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre esclave de mes propres id\u00e9es et valeurs qu\u2019esclave de celles des hommes\u00a0!<\/p>\n<p>J\u2019aurais pu aussi g\u00e9rer le probl\u00e8me gr\u00e2ce \u00e0 un comportement \u00ab\u00a0schizophr\u00e8ne\u00a0\u00bb qui m\u2019aurait fait me d\u00e9couper en vie sociale f\u00e9ministe et vie personnelle non f\u00e9ministe, mais \u00e9tant donn\u00e9 ce que je pense du personnel, \u00e7a m\u2019aurait \u00e9t\u00e9 encore bien plus difficile \u00e0 vivre. Je sais que des f\u00e9ministes bisexuelles ou h\u00e9t\u00e9rosexuelles le g\u00e8rent ainsi, trouvant trop difficile ou impossible de modifier ce niveau. Ce que je peux facilement comprendre, en regard de mon exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Je suis donc finalement arriv\u00e9e \u00e0 consid\u00e9rer que, s\u2019agissant de ma pratique h\u00e9t\u00e9ro, elle n\u2019avait plus grand-chose \u00e0 voir avec une h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 patriarcale. Ce qui ne signifie absolument pas que la critique de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 ne soit plus juste pour moi puisque, bien au contraire, c\u2019est elle qui me permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des relations h\u00e9t\u00e9ros volontaires et f\u00e9ministes. Car voil\u00e0, vivre une relation h\u00e9t\u00e9ro affective et sexuelle, fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9change, l\u2019amiti\u00e9, le d\u00e9sir, la r\u00e9ciprocit\u00e9, l\u2019encouragement mutuel, la tendresse, l\u2019autonomie, l\u2019affirmation et l\u2019estime mutuelle ne peut pas \u00eatre le fruit du hasard. Elle demande du travail, travail effectu\u00e9 par les deux personnes, m\u00eame si l\u2019initiative en revient plus aux femmes. Mais les hommes doivent assumer leur part de responsabilit\u00e9 dans les relations affectives, je me h\u00e2te de leur rappeler car je ne le ferai pas \u00e0 leur place. De plus, on ne peut pas se reposer sur ses lauriers, arriver \u00e0 un point o\u00f9 l\u2019on pourrait se dire \u00ab\u00a0c\u2019est bon, maintenant on peut se laisser aller\u00a0\u00bb, sinon, je pense que l\u2019on peut retomber tr\u00e8s vite dans un sch\u00e9ma plus classique de couple et de domination.<\/p>\n<p>Mais n\u2019est-ce pas le propre de tout travail effectu\u00e9 sur soi\u00a0?? C\u2019est ainsi que pour ma part je le consid\u00e8re toujours\u00a0?\u00a0: malgr\u00e9 les avanc\u00e9es certaines qu\u2019il m\u2019a permises, les nombreuses joies et libert\u00e9s qu\u2019il m\u2019a apport\u00e9es, j\u2019ai coutume de penser qu\u2019en la mati\u00e8re, rien n\u2019est jamais acquis. La vigilance et la prudence s\u2019imposent car la garantie \u00e0 ce sujet n\u2019existe pas. Humilit\u00e9 \u00e0 laquelle mon exp\u00e9rience m\u2019a conduite&#8230; Je peux \u00e9tendre cela \u00e0 tout ce que je consid\u00e8re comme pr\u00e9cieux d\u2019ailleurs, que ce soit mon autonomie, mon anarchaf\u00e9minisme ou une relation d\u2019amiti\u00e9 sexuelle. Parce qu\u2019il ne faut pas sous-estimer la force des normes et attentes culturelles, des int\u00e9riorisations diverses de l\u2019oppression et du pouvoir, ainsi que la difficult\u00e9 de vivre \u00e0 leur encontre, quand il est tellement plus simple et facile de ne pas les remettre en question.<\/p>\n<p>Si je crois \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019une pratique h\u00e9t\u00e9rosexuelle non oppressive, ce que j\u2019appelle une pratique f\u00e9ministe h\u00e9t\u00e9rosexuelle, diff\u00e9rant donc de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 patriarcale, ce n\u2019est qu\u2019une fois fait le proc\u00e8s de l\u2019institution h\u00e9t\u00e9rosexuelle. Cette condition n\u2019est certainement pas suffisante, mais elle est n\u00e9cessaire. Je me sens responsable de mon versant h\u00e9t\u00e9rosexuel, m\u00eame dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 contrainte h\u00e9t\u00e9rosexuelle.<\/p>\n<p>Si, dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la contrainte \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 s\u00e9vit si fortement, c\u2019est franchement difficile de penser choisir r\u00e9ellement une pratique h\u00e9t\u00e9rosexuelle, c\u2019est pourtant ce que j\u2019ose aujourd\u2019hui affirmer. Attention toutefois \u00e0 ne pas me faire dire ce que je ne dis pas\u00a0: je le diff\u00e9rencie bien entendu du choix lesbien. Et je crois d\u2019ailleurs que politiser la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0h\u00e9t\u00e9rosexuelles\u00a0\u00bb pourrait permettre que les h\u00e9t\u00e9rosexuelles s\u2019interrogent plus sur leur pratique (plut\u00f4t que de la consid\u00e9rer si \u00e9vidente qu\u2019elles ne la nomment m\u00eame pas) et \u00e9viter bien des \u00e9cueils lesbophobes, en particulier celui de d\u00e9politiser la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0lesbiennes\u00a0\u00bb en la consid\u00e9rant comme simple pr\u00e9f\u00e9rence sexuelle.<\/p>\n<p>Quel plaisir de lire le texte de Stevi Jackson R\u00e9cents d\u00e9bats sur l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9\u00a0?\u00a0: une approche f\u00e9ministe mat\u00e9rialiste\u00a0[<a id=\"nh14\" class=\"spip_note\" title=\"NQF, vol. 17, 1996, n\u00b0 3.\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb14\" rel=\"footnote\">14<\/a>]. Si j\u2019avais pu en avoir la connaissance \u00e0 l\u2019\u00e9poque de mon exp\u00e9rience d\u00e9chirante, \u00e7a m\u2019aurait \u00e9vit\u00e9 quelques affres. Je renvoie donc \u00e0 ce texte celles qui voudraient une approche plus pouss\u00e9e et plus th\u00e9orique sur ce sujet. Stevi Jackson, bien que d\u00e9veloppant une perspective f\u00e9ministe mat\u00e9rialiste critique sur l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, estime qu\u2019elle doit \u00ab\u00a0\u00eatre analys\u00e9e comme une institution patriarcale mais qu\u2019il faut \u00e9viter d\u2019associer l\u2019institution avec la pratique et l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9\u00a0\u00bb. Elle part du concept de genre \u00ab\u00a0en tant que construction sociale produite par un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique patriarcal\u00a0\u00bb et le pose comme fondamental pour toute analyse de la sexualit\u00e9. L\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 est con\u00e7ue comme hi\u00e9rarchie des genres, et non seulement comme construction normative du d\u00e9sir d\u2019un sexe pour l\u2019autre, \u00ab\u00a0elle n\u2019est pas uniquement fond\u00e9e sur un lien entre genre et sexualit\u00e9, mais sur l\u2019appropriation du corps et du travail des femmes\u00a0\u00bb. Mais Stevi Jackson ne nie pas aux h\u00e9t\u00e9rosexuelles la possibilit\u00e9 d\u2019une autonomie d\u2019action \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre patriarcal. Ce qui lui \u00e9vite de consid\u00e9rer les femmes h\u00e9t\u00e9ros en termes de victimes ou de complices, comme bien d\u2019autres l\u2019ont fait. Si la structure de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 est oppressive, les relations \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur peuvent varier. Stevi Jackson conclut son article sur la vigilance \u00e0 accorder au fait que \u00ab\u00a0l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et le lesbianisme sont des notions dont l\u2019existence d\u00e9pend directement de la hi\u00e9rarchie du genre\u00a0\u00bb et elle me semble aussi remettre les choses \u00e0 leur place en disant que la sexualit\u00e9 n\u2019est pas le seul \u00ab\u00a0terrain de lutte contre cette hi\u00e9rarchie (&#8230;) de m\u00eame que la sexualit\u00e9 n\u2019est pas la seule base de la subordination des femmes\u00a0\u00bb. Bon, c\u2019est bien beau tout \u00e7a, mais il y a le revers de la m\u00e9daille qui n\u2019est pas des moindres. C\u2019est que pour vivre cette pratique f\u00e9ministe de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, il nous faut trouver des hommes non seulement pr\u00eats \u00e0 s\u2019embarquer pour des contr\u00e9es si dangereuses pour eux mais pr\u00eats aussi \u00e0 participer activement \u00e0 la cr\u00e9ation de cette relation o\u00f9 nous avons tant \u00e0 d\u00e9construire et \u00e0 inventer. Quand, de surcro\u00eet, on pense que la non-monogamie responsable et l\u2019amiti\u00e9 sexuelle font partie int\u00e9grante de cette pratique h\u00e9t\u00e9rosexuelle f\u00e9ministe, \u00e7a ne simplifie rien. Mais je laisse la simplicit\u00e9, la facilit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 ces sc\u00e9narios fix\u00e9s et \u00e0 ces chemins tout trac\u00e9s par le patriarcat. La raret\u00e9 de ces hommes peut poser \u00e0 nouveau un probl\u00e8me de d\u00e9pendance. M\u00eame si je reste prudente \u00e0 ce propos, mon exp\u00e9rience m\u2019a montr\u00e9 que si l\u2019on est sortie de la d\u00e9pendance g\u00e9n\u00e9rale des hommes, que si nous sommes mat\u00e9riellement et psychiquement ind\u00e9pendantes d\u2019eux, il me semble difficile de tomber dans cette d\u00e9pendance particuli\u00e8re, pour peu qu\u2019on ne s\u2019en d\u00e9fende pas trop a priori, et qu\u2019on y fasse attention.<\/p>\n<p>Il est malheureusement plus facile de rencontrer des hommes qui se disent antisexistes ou pro-f\u00e9ministes que des hommes avec qui on peut vivre une relation de sujet \u00e0 sujet. Parce que cela n\u00e9cessite, et que nous puissions l\u2019\u00eatre, et qu\u2019ils le soient aussi, \u00e0 la lumi\u00e8re des red\u00e9finitions de l\u2019autonomie et de l\u2019ind\u00e9pendance que j\u2019ai pu esquisser dans ce texte.<\/p>\n<p>Par rapport \u00e0 cette raret\u00e9 donc, c\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019\u00eatre bisexuelle peut \u00eatre un atout majeur\u00a0! J\u2019ai peu parl\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat de la bisexualit\u00e9 dans une perspective f\u00e9ministe, mais j\u2019ai tendance \u00e0 la penser aussi comme importante dans la revendication du choix volontaire et f\u00e9ministe d\u2019une pratique h\u00e9t\u00e9rosexuelle. Si le choix signifie qu\u2019il y ait plusieurs options valables pour pouvoir en choisir une, il faut bien voir que ces autres options sont soit le c\u00e9libat, soit les relations lesbiennes. Et comme le dit Mariana Valverde\u00a0[<a id=\"nh15\" class=\"spip_note\" title=\"Mariana Valverde, Sexe, pouvoir et plaisir, Les \u00e9ditions du Remue-M\u00e9nage.\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nb15\" rel=\"footnote\">15<\/a>], \u00ab\u00a0parmi les femmes h\u00e9t\u00e9rosexuelles que je connais, les plus heureuses semblent \u00eatre celles qui ont une attitude ouverte par rapport aux partenaires sexuels et au plaisir sexuel en g\u00e9n\u00e9ral, sans trop compter sur leur partenaire ou les hommes dans l\u2019ensemble\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comme tout \u00e9crit, mon t\u00e9moignage est le reflet de mes r\u00e9flexions et de mon v\u00e9cu qui ne cesseront d\u2019\u00e9voluer au fil des rencontres et des exp\u00e9riences. Aussi, je vous invite \u00e0 me faire partager vos critiques, id\u00e9es ou t\u00e9moignages de vos propres pratiques de r\u00e9sistance contre la domination masculine en m\u2019\u00e9crivant \u00e0 l\u2019adresse de l\u2019<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/article.php3?id_article=143\" rel=\"external\">ACL<\/a>.<\/p>\n<p class=\"signature\"><span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/spip.php?auteur255\">Corinne Monnet<\/a><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>[<a id=\"nb1\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] \u00ab\u00a0Anarchism and Feminism\u00a0\u00bb dans <i>Feminism, Anarchism, Women<\/i>. The Raven 21, janvier\/mars 1993, Londres, Freedom Press.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb2\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] Si vous d\u00e9sirez en savoir plus sur le f\u00e9minisme radical, je vous conseille vivement la revue <i>Nouvelles Questions F\u00e9ministes<\/i>, qui est la plus ancienne et principale revue d\u2019\u00e9tudes f\u00e9ministes en langue fran\u00e7aise, et qui se consacre \u00e0 la diffusion et au d\u00e9veloppement de la r\u00e9flexion n\u00e9e des mouvements f\u00e9ministes &#8211; <a class=\"spip_url spip_out\" href=\"http:\/\/www2.unil.ch\/liege\/nqf\/\" rel=\"external\">http:\/\/www2.unil.ch\/liege\/nqf\/<\/a>.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb3\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>] Susan Sturdivant, <i>Les femmes et la psychoth\u00e9rapie. Une philosophie f\u00e9ministe du traitement<\/i>, Pierre Mardaga \u00e9diteur, 1992.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb4\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>] Colette Guillaumin, <i>Sexe, Race et Pratique du pouvoir. L\u2019id\u00e9e de Nature<\/i>, C\u00f4t\u00e9-femmes \u00e9ditions, 1992.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb5\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>] \u00ab\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?article239\" rel=\"external\">La r\u00e9partition des t\u00e2ches entre femmes et hommes dans le travail conversationnel<\/a>\u00a0\u00bb dans <i>Nouvelles Questions F\u00e9ministes<\/i>, volume 19, 1998.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb6\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh6\" rev=\"footnote\">6<\/a>] Sallie Tisdale, <i>Parlons cul<\/i>, Editions Dagorno, 1997.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb7\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh7\" rev=\"footnote\">7<\/a>] Alison M.\u00a0Jaggar, \u00ab\u00a0F\u00e9minisme\u00a0?\u00a0: l\u2019\u00e9thique de la sollicitude\u00a0\u00bb dans <i>Magazine litt\u00e9raire<\/i>, \u00ab\u00a0Le souci. Ethique de l\u2019individualiste\u00a0\u00bb, \u00e9t\u00e9 1996.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb8\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 8\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh8\" rev=\"footnote\">8<\/a>] Susan Sturdivant, <i>op. cit.<\/i><\/p>\n<p>[<a id=\"nb9\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 9\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh9\" rev=\"footnote\">9<\/a>] Fran\u00e7ois De Singly, <i>Le soi, le couple et la famille<\/i>, Nathan, 1996.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb10\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 10\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh10\" rev=\"footnote\">10<\/a>] Pascale Noizet, <i>L\u2019id\u00e9e moderne d\u2019amour. Entre sexe et genre\u00a0?\u00a0: vers une th\u00e9orie du sexolog\u00e8me<\/i>, Editions Kim\u00e9, Paris, 1996.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb11\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 11\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh11\" rev=\"footnote\">11<\/a>] \u00ab\u00a0\u00c9ditorial\u00a0\u00bb, <i>Nouvelles Questions F\u00e9ministes<\/i>, 1996, Vol 17, n\u00b0\u00a03. Les NQF ont toujours r\u00e9serv\u00e9 un int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce sujet \u00e9pineux.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb12\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 12\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh12\" rev=\"footnote\">12<\/a>] Voir \u00e0 ce sujet l\u2019article \u00ab\u00a0Femmes bisexuelles, politique f\u00e9ministe\u00a0\u00bb dans l\u2019ouvrage (<i><a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/infokiosques.net\/IMG\/pdf\/Audela.pdf\" rel=\"external\">Au-del\u00e0 du personnel<\/a><\/i>).<\/p>\n<p>[<a id=\"nb13\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 13\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh13\" rev=\"footnote\">13<\/a>] Ellen Burstyn, lors d\u2019une interview cit\u00e9e par Susan Sturdivant.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb14\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 14\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh14\" rev=\"footnote\">14<\/a>] <i>NQF<\/i>, vol. 17, 1996, n\u00b0\u00a03.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb15\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 15\" href=\"https:\/\/www.infokiosques.net\/lire.php?id_article=473#nh15\" rev=\"footnote\">15<\/a>] Mariana Valverde, <i>Sexe, pouvoir et plaisir<\/i>, Les \u00e9ditions du Remue-M\u00e9nage. 1989.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte \u00e9crit par Corinne Monnet, extrait d\u2019Au-del\u00e0 du personnel, ouvrage collectif publi\u00e9 en 1997. Sommaire\u00a0: &#8211; Les choix de vie relationnels, une histoire de go\u00fbt\u00a0? &#8211; Autonomie et rapport \u00e0 l\u2019autre &#8211; Pr\u00e9sentation du cadre de la non-monogamie responsable &#8211; &hellip; <a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=301\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-301","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-relations-affectives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/301","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=301"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/301\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2928,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/301\/revisions\/2928"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=301"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=301"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=301"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}