{"id":2949,"date":"2020-05-11T15:44:17","date_gmt":"2020-05-11T14:44:17","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2949"},"modified":"2020-05-11T15:45:25","modified_gmt":"2020-05-11T14:45:25","slug":"comprendre-le-patriarcat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2949","title":{"rendered":"Comprendre le patriarcat"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/bell-hooks-Comprendre-le-patriarcat.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2950 size-medium\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/bell-hooks-Comprendre-le-patriarcat-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/bell-hooks-Comprendre-le-patriarcat-212x300.jpg 212w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/bell-hooks-Comprendre-le-patriarcat-768x1087.jpg 768w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/bell-hooks-Comprendre-le-patriarcat-724x1024.jpg 724w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/bell-hooks-Comprendre-le-patriarcat-565x800.jpg 565w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/bell-hooks-Comprendre-le-patriarcat.jpg 826w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce texte, extrait de son livre <i>The Will to Change\u00a0: Men, Masculinity, and Love<\/i>, bell hooks parle de son exp\u00e9rience personnelle du patriarcat, notamment dans son enfance, puis de comment il affecte les femmes <i>et<\/i> les hommes.<\/p>\n<p>bell hooks, 2004<br \/>\nEditions de l&rsquo;Ours sans drapeau, avril 2019<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/bell-hooks-Comprendre-le-patriarcat-cahier.pdf\">PDF mis en page<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/bell-hooks-Comprendre-le-patriarcat-pageparpage.pdf\">PDF page par page<\/a><\/p>\n<p>English <a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2957\">here<\/a><br \/>\nEspa\u00f1ol <a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2956\">aqui<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"texte-brochure\">\n<p>LE PATRIARCAT est la maladie sociale la plus meurtri\u00e8re qui s\u2019attaque aux m\u00e2les de notre soci\u00e9t\u00e9, dans leur corps et dans leur esprit. Pourtant, la plupart des hommes n\u2019utilisent pas le mot \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb dans la vie de tous les jours. La plupart des hommes ne pensent jamais au patriarcat \u2013 \u00e0 ce qu\u2019il signifie, \u00e0 comment il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 ni \u00e0 comment il se maintient. Beaucoup d\u2019hommes dans notre soci\u00e9t\u00e9 seraient incapables d\u2019\u00e9peler le mot ou de le prononcer correctement. Le mot \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb ne fait tout simplement pas partie de leurs pens\u00e9es ou de leurs discours quotidiens. Les hommes qui ont entendu et connaissent ce mot l\u2019associent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la lib\u00e9ration des femmes, au f\u00e9minisme, et le rejettent en le consid\u00e9rant comme sans rapport avec leurs propres exp\u00e9riences. Cela fait maintenant trente ans que je prends la parole pour parler du patriarcat. C\u2019est un mot que j\u2019utilise tous les jours et les hommes qui m\u2019entendent me demandent souvent ce que je veux dire quand je l\u2019emploie.<\/p>\n<p>Rien ne contredit mieux la vision antif\u00e9ministe qui pr\u00e9sente les hommes comme tout-puissants que la prise en compte de leur ignorance fondamentale d\u2019une facette majeure du syst\u00e8me politique qui fa\u00e7onne l\u2019identit\u00e9 et la subjectivit\u00e9 des m\u00e2les, de la naissance \u00e0 la mort. Il m\u2019arrive souvent d\u2019utiliser l\u2019expression \u00ab\u00a0patriarcat capitaliste, imp\u00e9rialiste et supr\u00e9matiste blanc\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire l\u2019imbrication de syst\u00e8mes politiques qui sont \u00e0 la base de la politique de notre soci\u00e9t\u00e9. Parmi ces syst\u00e8mes, celui qui a la plus grande influence sur nous pendant notre croissance est le syst\u00e8me patriarcal, m\u00eame si nous n\u2019en connaissons m\u00eame pas le nom, parce que des r\u00f4les de genre patriarcaux nous sont assign\u00e9s quand nous sommes enfants et que nous recevons en tout temps des directives sur la fa\u00e7on dont nous pouvons remplir au mieux ces r\u00f4les.<\/p>\n<p>Le patriarcat est un syst\u00e8me politico-social qui insiste sur le fait que les m\u00e2les sont intrins\u00e8quement dominants, sup\u00e9rieurs \u00e0 tout et \u00e0 tous ceux consid\u00e9r\u00e9s faibles, en particulier les femelles, et qu\u2019ils sont dot\u00e9s du droit de dominer et de gouverner les faibles et de maintenir cette domination par le biais de diverses formes de terrorisme psychologique et de violence. Quand mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 et moi sommes n\u00e9s avec une ann\u00e9e d\u2019\u00e9cart, le patriarcat a d\u00e9termin\u00e9 la mani\u00e8re dont chacun de nous serait consid\u00e9r\u00e9 par nos parents. Nos deux parents croyaient au patriarcat\u00a0; ils avaient appris la pens\u00e9e patriarcale au travers de la religion.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9glise, ils avaient appris que Dieu avait cr\u00e9\u00e9 l\u2019homme pour gouverner le monde et tout ce qu\u2019il contient et que c\u2019\u00e9tait le travail de femmes d\u2019aider les hommes \u00e0 accomplir ces t\u00e2ches, d\u2019ob\u00e9ir et de toujours adopter un r\u00f4le de subordonn\u00e9e \u00e0 un homme puissant. Ils y ont appris que Dieu \u00e9tait un m\u00e2le. Ces enseignements ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9s dans toutes les institutions qu\u2019ils ont rencontr\u00e9 \u2013 \u00e9coles, palais de justice, associations, clubs de sport et \u00e9glises. Adoptant la pens\u00e9e patriarcale, comme tous les autres autour d\u2019eux, ils l\u2019ont enseign\u00e9 \u00e0 leurs enfants parce que cela semblait \u00eatre une mani\u00e8re \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb d\u2019organiser la vie.<\/p>\n<p>En tant que fille, on m\u2019a appris que c\u2019\u00e9tait mon r\u00f4le de servir, d\u2019\u00eatre faible, d\u2019\u00eatre exempt\u00e9e d\u2019avoir \u00e0 penser, de m\u2019occuper du soin et de l\u2019\u00e9ducation des autres. Mon fr\u00e8re a appris que c\u2019\u00e9tait son r\u00f4le d\u2019\u00eatre servi, de pourvoir, d\u2019\u00eatre fort, de penser, d\u2019\u00e9laborer des strat\u00e9gies et de planifier, et de refuser de prendre soin ou d\u2019\u00e9duquer les autres. On m\u2019a appris qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas convenable qu\u2019une femme soit violente, que ce n\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0pas naturel\u00a0\u00bb. On a appris \u00e0 mon fr\u00e8re que sa valeur d\u00e9pendrait de sa volont\u00e9 de faire preuve de violence (quoique dans des contextes appropri\u00e9s). On lui a enseign\u00e9 que pour un gar\u00e7on, prendre plaisir \u00e0 la violence \u00e9tait une bonne chose (quoique dans des contextes appropri\u00e9s). On lui a appris qu\u2019un gar\u00e7on ne devait pas exprimer des sentiments. On m\u2019a appris que les filles pouvaient et devaient exprimer des sentiments, ou du moins un certain nombre d\u2019entre eux. Quand j\u2019ai r\u00e9agi avec col\u00e8re en me voyant refuser un jouet, ma famille patriarcale m\u2019a appris que la rage n\u2019\u00e9tait pas un sentiment appropri\u00e9 pour les femmes\u00a0; qu\u2019on ne devait pas seulement occulter son expression, mais qu\u2019il fallait encore l\u2019\u00e9radiquer. Quand mon fr\u00e8re a r\u00e9agi avec col\u00e8re en se voyant refuser un jouet, on lui a enseign\u00e9, dans un foyer patriarcal, que sa capacit\u00e9 \u00e0 exprimer sa col\u00e8re \u00e9tait bonne, mais qu\u2019il devait apprendre \u00e0 reconna\u00eetre les contextes appropri\u00e9s pour lib\u00e9rer son hostilit\u00e9\u00a0; qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas bon pour lui qu\u2019il utilise sa rage pour s\u2019opposer aux souhaits de ses parents, mais plus tard, lorsqu\u2019il a grandi, on lui a appris qu\u2019il \u00e9tait permis de recourir \u00e0 la rage, et que la violence provoqu\u00e9e par sa rage l\u2019aiderait \u00e0 prot\u00e9ger sa maison et sa nation.<\/p>\n<p>Nous vivions \u00e0 la campagne, isol\u00e9s des autres. La fa\u00e7on dont nous avons vu nos parents se comporter a fa\u00e7onn\u00e9 notre compr\u00e9hension des r\u00f4les associ\u00e9s aux genres. Mon fr\u00e8re et moi, nous nous souvenons de notre confusion \u00e0 propos du genre. En r\u00e9alit\u00e9, j\u2019\u00e9tais plus forte et plus violente que mon fr\u00e8re, et nous avons vite compris ce n\u2019\u00e9tait pas une bonne chose. Lui, c\u2019\u00e9tait un gar\u00e7on doux et pacifique\u00a0; et nous avons appris que c\u2019\u00e9tait une tr\u00e8s mauvaise chose. Malgr\u00e9 notre confusion, nous avions une certitude\u00a0: nous ne pouvions pas \u00eatre et agir comme nous le voulions, en faisant ce qui nous venait naturellement \u00e0 l\u2019esprit. Il \u00e9tait clair pour nous que notre comportement devait suivre un script genr\u00e9, pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9. Nous avons tous les deux appris le mot \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb seulement \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, lorsque nous avons appris que le script qui avait d\u00e9termin\u00e9 ce que nous devrions \u00eatre, les identit\u00e9s que nous devrions cr\u00e9er, \u00e9tait bas\u00e9 sur des valeurs patriarcales et des croyances relatives au genre.<\/p>\n<p>J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 plus tent\u00e9e que mon fr\u00e8re de d\u00e9fier le patriarcat parce que ce syst\u00e8me causait mon exclusion des choses dont je voulais faire partie. Dans notre vie familiale des ann\u00e9es 1950, jouer aux billes \u00e9tait un jeu de gar\u00e7on. Mon fr\u00e8re avait h\u00e9rit\u00e9 ses billes d\u2019hommes dans la famille\u00a0; il les conservait dans une boite m\u00e9tallique. De toutes tailles et formes, merveilleusement color\u00e9es, elles \u00e9taient \u00e0 mes yeux les plus beaux des objets. Nous jouions ensemble aux billes, et souvent je m\u2019accrochais agressivement aux billes qui me plaisaient le plus, refusant de partager. Quand notre p\u00e8re \u00e9tait au travail, notre m\u00e8re au foyer \u00e9tait assez contente de nous voir jouer aux billes ensemble. Pourtant, notre p\u00e8re, regardant notre jeu d\u2019un point de vue patriarcal, \u00e9tait d\u00e9rang\u00e9 par ce qu\u2019il voyait. Sa fille, agressive et comp\u00e9titive, \u00e9tait meilleure joueuse que son fils. Son fils \u00e9tait passif\u00a0; le gar\u00e7on ne semblait pas vraiment se pr\u00e9occuper de savoir qui gagnait et \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 donner des billes \u00e0 la demande. Notre p\u00e8re a d\u00e9cid\u00e9 que ce jeu devait cesser et que mon fr\u00e8re et moi devions apprendre une le\u00e7on sur les r\u00f4les de genre appropri\u00e9s.<\/p>\n<p>Un soir, mon p\u00e8re a donn\u00e9 la permission \u00e0 mon fr\u00e8re de sortir la bo\u00eete de billes. J\u2019ai exprim\u00e9 mon d\u00e9sir de jouer et mon fr\u00e8re m\u2019a dit que \u00ab\u00a0les filles ne jouaient pas aux billes\u00a0\u00bb, que c\u2019\u00e9tait un jeu de gar\u00e7on. Cela n\u2019avait aucun sens pour mon esprit de quatre ou cinq ans et j\u2019ai insist\u00e9 pour jouer en ramassant des billes et en commen\u00e7ant \u00e0 les tirer. Notre p\u00e8re est intervenu pour me dire d\u2019arr\u00eater. Je n\u2019ai pas \u00e9cout\u00e9. Sa voix est devenue de plus en plus forte. Puis, tout \u00e0 coup, il m\u2019a attrap\u00e9, a cass\u00e9 une planche de la porte et a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019utiliser pour me frapper en me disant\u00a0: \u00ab\u00a0Tu n\u2019es qu\u2019une petite fille. Quand je te dis de faire quelque chose, tu dois ob\u00e9ir.\u00a0\u00bb Il m\u2019a battu encore et encore, me demandant de reconna\u00eetre que j\u2019avais compris ce que j\u2019avais fait. Sa rage, sa violence a capt\u00e9 l\u2019attention de tout le monde. Notre famille est rest\u00e9e subjugu\u00e9e, absorb\u00e9e devant la pornographie de la violence patriarcale. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 battue, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 isol\u00e9e \u2013 oblig\u00e9e de rester seule dans le noir. Ma m\u00e8re est entr\u00e9e dans la chambre pour soulager ma douleur, me disant dans sa douce voix du sud\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai essay\u00e9 de te pr\u00e9venir. Tu dois accepter que tu n\u2019es qu\u2019une petite fille et que les filles ne peuvent pas faire ce que font les gar\u00e7ons\u00a0\u00bb. Au service du patriarcat, sa t\u00e2che \u00e9tait d\u2019ent\u00e9riner que mon p\u00e8re avait pris les bonnes d\u00e9cisions en me remettant \u00e0 ma place, en r\u00e9tablissant l\u2019ordre social naturel.<\/p>\n<p>Si je me souviens si bien de cet \u00e9v\u00e9nement traumatisant, c\u2019est parce que c\u2019est une histoire qui s\u2019est racont\u00e9e encore et encore au sein de notre famille. Personne ne se souciait du fait que raconter constamment cet \u00e9pisode puisse d\u00e9clencher un stress post-traumatique\u00a0; il \u00e9tait n\u00e9cessaire de r\u00e9p\u00e9ter cette histoire pour renforcer \u00e0 la fois le message et la m\u00e9moire de l\u2019\u00e9tat d\u2019impuissance absolue qui en r\u00e9sultait. Le souvenir de cette correction brutale d\u2019une petite fille par un homme grand et fort n\u2019a pas servi seulement \u00e0 me rappeler la place genr\u00e9e que j\u2019occupais, c\u2019\u00e9tait un rappel \u00e0 tou\u00b7te\u00b7s ce\u00b7lle\u00b7ux qui l\u2019ont vue et qui s\u2019en souviennent \u2013 \u00e0 tou\u00b7te\u00b7s mes fr\u00e8res et s\u0153urs, hommes et femmes, et \u00e0 notre m\u00e8re, une femme adulte \u2013 que notre p\u00e8re patriarcal \u00e9tait le chef de notre m\u00e9nage. Nous devions nous rappeler que si nous n\u2019ob\u00e9issions pas \u00e0 ses r\u00e8gles, nous serions puni\u00b7e\u00b7s, puni\u00b7e\u00b7s m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la mort. C\u2019est ainsi que le patriarcat s\u2019apprend, par l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience n\u2019a rien d\u2019unique, ni m\u00eame d\u2019exceptionnel. \u00c9coutez les voix des adultes, bless\u00e9s au cours de leur enfance en \u00e9tant \u00e9lev\u00e9s dans des foyers patriarcaux. Vous entendrez diff\u00e9rentes versions d\u2019un m\u00eame th\u00e8me sous-jacent\u00a0: celui de l\u2019utilisation de la violence pour renforcer notre endoctrinement et notre acceptation du patriarcat. Dans son livre <i>How Can I Get Through To You\u00a0?<\/i>, le th\u00e9rapeute familial Terrence Real raconte comment ses fils ont \u00e9t\u00e9 initi\u00e9s \u00e0 la pens\u00e9e patriarcale alors m\u00eame que leurs parents s\u2019effor\u00e7aient de cr\u00e9er un foyer aimant dans lequel des valeurs anti-patriarcales pr\u00e9valaient. Il raconte comment son jeune fils, Alexander, aimait s\u2019habiller en Barbie jusqu\u2019\u00e0 ce que des gar\u00e7ons jouant avec son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 le d\u00e9couvrent arborant le personnage de Barbie et lui fassent savoir, par leur regard et par leur silence choqu\u00e9 et d\u00e9sapprobateur, que son comportement \u00e9tait inacceptable\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Sans un soup\u00e7on de malveillance, le regard que mon fils a re\u00e7u a transmis un message. \u00ab\u00a0Tu ne dois pas faire \u00e7a.\u00a0\u00bb Et le message a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 \u00e0 travers une \u00e9motion redoutable\u00a0: la honte. \u00c0 trois ans, Alexander apprenait les r\u00e8gles. Une transaction silencieuse de dix secondes avait \u00e9t\u00e9 suffisamment puissante pour d\u00e9gouter \u00e0 ce moment pr\u00e9cis mon fils de ce qui avait \u00e9t\u00e9 une activit\u00e9 favorite. J\u2019appelle de pareils moments la \u00ab\u00a0traumatisation normale\u00a0\u00bb des gar\u00e7ons.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour endoctriner les gar\u00e7ons dans les r\u00e8gles du patriarcat, nous les for\u00e7ons \u00e0 ressentir de la douleur et \u00e0 nier leurs sentiments.<\/p>\n<p>Mes histoires ont eu lieu dans les ann\u00e9es 1950\u00a0; les histoires que Real raconte sont r\u00e9centes. Elles soulignent toutes la tyrannie de la pens\u00e9e patriarcale, le pouvoir qu\u2019a la culture patriarcale de nous garder captifs. Real est l\u2019un des penseurs les plus \u00e9clair\u00e9s sur le sujet de la masculinit\u00e9 patriarcale dans notre pays, et il laisse pourtant savoir aux lecteurs qu\u2019il n\u2019est pas en mesure de garder ses gar\u00e7ons hors de port\u00e9e du patriarcat. Comme tous les gar\u00e7ons et toutes les filles, ils en subissent les agressions \u00e0 un degr\u00e9 plus ou moins grand. Sans doute en cr\u00e9ant un foyer aimant qui n\u2019est pas patriarcal, Real offre au moins un choix \u00e0 ses gar\u00e7ons\u00a0: ils peuvent choisir d\u2019\u00eatre eux-m\u00eames ou choisir de se conformer aux r\u00f4les patriarcaux. Real utilise l\u2019expression \u00ab\u00a0patriarcat psychologique\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire la pens\u00e9e patriarcale commune aux femmes et aux hommes. En d\u00e9pit de la pens\u00e9e f\u00e9ministe contemporaine \u00e9clair\u00e9e qui montre clairement qu\u2019on n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre un homme pour penser de fa\u00e7on patriarcale, la plupart des gens continuent \u00e0 consid\u00e9rer les hommes comme le probl\u00e8me du patriarcat. Ce n\u2019est tout simplement pas le cas. Les femmes peuvent \u00eatre aussi attach\u00e9es que les hommes \u00e0 la pens\u00e9e et \u00e0 l\u2019action patriarcales.<\/p>\n<p>Le psychoth\u00e9rapeute John Bradshaw donne dans son livre <i>Creating Love<\/i> une d\u00e9finition utile du patriarcat\u00a0: \u00ab\u00a0Le dictionnaire d\u00e9finit &laquo;&nbsp;patriarcat&nbsp;&raquo; comme une &laquo;&nbsp;organisation sociale marqu\u00e9e par la supr\u00e9matie du p\u00e8re dans le clan ou dans la famille dans les fonctions domestiques et religieuses&nbsp;&raquo;.\u00a0\u00bb Le patriarcat est caract\u00e9ris\u00e9 par la domination et le pouvoir des hommes. Il ajoute que \u00ab\u00a0les r\u00e8gles patriarcales r\u00e9gissent encore la plupart des syst\u00e8mes religieux, scolaires et familiaux du monde\u00a0\u00bb. D\u00e9crivant les plus dommageables de ces r\u00e8gles, Bradshaw \u00e9num\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019ob\u00e9issance aveugle \u2013 le fondement sur lequel repose le patriarcat, la r\u00e9pression de toutes les \u00e9motions sauf la peur, la destruction de la volont\u00e9 individuelle, et la r\u00e9pression de toute forme de pens\u00e9e qui quitte celle de la figure d\u2019autorit\u00e9.\u00a0\u00bb La pens\u00e9e patriarcale fa\u00e7onne les valeurs de notre culture. Nous sommes socialis\u00e9\u00b7e\u00b7s dans ce syst\u00e8me, les femmes aussi bien que les hommes. La plupart d\u2019entre nous ont appris les attitudes patriarcales dans notre famille d\u2019origine, ce sont g\u00e9n\u00e9ralement nos m\u00e8res qui nous les ont enseign\u00e9es. Ces attitudes apprises ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es dans les \u00e9coles et les institutions religieuses.<\/p>\n<p>L\u2019existence aujourd\u2019hui de m\u00e9nages dirig\u00e9s par une femme a amen\u00e9 de nombreuses personnes \u00e0 supposer que les enfants de ces m\u00e9nages n\u2019apprendraient pas les valeurs patriarcales, car aucun homme ne serait pr\u00e9sent. Ces gens supposent que les hommes sont \u00e0 eux seuls porteurs de la pens\u00e9e patriarcale. Pourtant, de nombreux m\u00e9nages dirig\u00e9s par une femme adoptent et encouragent une pens\u00e9e patriarcale avec une passion bien plus grande que les m\u00e9nages biparentaux. Parce qu\u2019elles ne font pas l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 permettant de nuancer les fantasmes concernant les r\u00f4les genr\u00e9s, les femmes de ces m\u00e9nages sont beaucoup plus susceptibles d\u2019id\u00e9aliser le r\u00f4le patriarcal masculin et les hommes patriarcaux que les femmes qui vivent quotidiennement avec des hommes patriarcaux. Nous devons souligner le r\u00f4le que jouent les femmes dans la perp\u00e9tuation et le maintien de la culture patriarcale afin de reconna\u00eetre le patriarcat comme un syst\u00e8me que les femmes et les hommes soutiennent \u00e0 parts \u00e9gales, m\u00eame si les hommes en tirent plus de privil\u00e8ges. D\u00e9manteler et changer la culture patriarcale est un travail que les femmes et les hommes doivent faire ensemble.<\/p>\n<p>Il est clair que nous ne pouvons pas d\u00e9faire un syst\u00e8me tant que nous participons \u00e0 un d\u00e9ni collectif quant \u00e0 son impact sur nos vies. Le patriarcat exige la domination masculine par tous les moyens n\u00e9cessaires, et pour cela il autorise, promeut, et ferme d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les yeux sur la violence sexiste \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il l\u2019invisibilise et la pardonne. Le plus souvent quand nous entendons parler de violence sexiste dans l\u2019espace public, il s\u2019agit de viol ou d\u2019abus entre partenaires domestiques. Mais les formes les plus courantes de violence patriarcale se produisent au sein du foyer entre des parents patriarcaux et leurs enfants. L\u2019objectif de cette violence est g\u00e9n\u00e9ralement de renforcer un mod\u00e8le de domination, dans lequel il est estim\u00e9 que la figure d\u2019autorit\u00e9 gouverne ceux qui sont priv\u00e9s de pouvoir et poss\u00e8de le droit de maintenir le sien par des pratiques d\u2019assujettissement, de subordination et de soumission.<\/p>\n<p>Emp\u00eacher les hommes et les femmes [<i>males and females<\/i>] de dire la v\u00e9rit\u00e9 sur ce qui se passe dans leurs familles est une mani\u00e8re de maintenir la culture patriarcale. Une grande majorit\u00e9 des individus ob\u00e9issent \u00e0 une r\u00e8gle culturelle tacite qui exige que nous gardions les secrets du patriarcat, prot\u00e9geant ainsi le r\u00e8gne du p\u00e8re. Cette loi du silence est soutenue par cette culture qui refuse \u00e0 chacun un acc\u00e8s m\u00eame au mot de \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb. La plupart des enfants n\u2019apprennent pas \u00e0 nommer ce syst\u00e8me qui institutionnalise les r\u00f4les de genre, tant nous l\u2019\u00e9voquons rarement dans nos discussions quotidiennes. Ce silence favorise le d\u00e9ni. Et comment pourrions-nous nous organiser pour contester et transformer un syst\u00e8me que nous ne pouvons m\u00eame pas nommer\u00a0?<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas un hasard si les f\u00e9ministes ont commenc\u00e9 \u00e0 utiliser le mot \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb pour remplacer les termes \u00ab\u00a0chauvinisme masculin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sexisme\u00a0\u00bb, plus commun\u00e9ment utilis\u00e9s. Ces voix courageuses ont demand\u00e9 aux hommes et aux femmes de prendre davantage conscience de la mani\u00e8re dont le patriarcat nous affecte tou\u00b7te\u00b7s. Dans la culture populaire, le mot lui-m\u00eame \u00e9tait \u00e0 peine utilis\u00e9 \u00e0 l\u2019apog\u00e9e du f\u00e9minisme contemporain. Les activistes anti-m\u00e2les n\u2019\u00e9taient pas plus d\u00e9sireuses que leurs homologues sexistes m\u00e2les de mettre l\u2019accent sur le patriarcat et sur son fonctionnement. En effet, cela aurait automatiquement d\u00e9menti l\u2019id\u00e9e que les hommes \u00e9taient tout-puissants et les femmes impuissantes, que tous les hommes \u00e9taient des oppresseurs et les femmes toujours et seulement des victimes. En imputant la perp\u00e9tuation du sexisme aux hommes uniquement, ces femmes pouvaient ainsi maintenir leur propre all\u00e9geance au patriarcat, leur propre soif de pouvoir. Elles ont masqu\u00e9 leur aspiration \u00e0 \u00eatre elles-m\u00eames dominantes en se donnant le r\u00f4le de victime.<\/p>\n<p>Comme beaucoup de f\u00e9ministes radicales et \u00e9clair\u00e9es, j\u2019ai contest\u00e9 l\u2019id\u00e9e erron\u00e9e, avanc\u00e9e par des femmes qui en avaient assez de l\u2019exploitation et de l\u2019oppression masculines, selon laquelle les hommes \u00e9taient \u00ab\u00a0l\u2019ennemi\u00a0\u00bb. D\u00e8s 1984, j\u2019avais inclus dans mon livre <i>Th\u00e9orie f\u00e9ministe\u00a0: de la marge au centre<\/i>, un chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Hommes\u00a0: camarades de lutte\u00a0\u00bb, appelant les d\u00e9fenseur\u00b7euse\u00b7s des politiques f\u00e9ministes \u00e0 contester toute rh\u00e9torique qui imputerait la perp\u00e9tration du patriarcat et de la domination masculine aux hommes seulement.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Une id\u00e9ologie s\u00e9paratiste encourage les femmes \u00e0 ignorer l\u2019effet n\u00e9gatif du sexisme sur les hommes. Elle souligne la polarisation entre les sexes. Selon Joy Justice, les s\u00e9paratistes estiment qu\u2019il existe \u00ab\u00a0deux points de vue fondamentaux\u00a0\u00bb lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019identifier les victimes du sexisme\u00a0: \u00ab\u00a0Un point de vue note que les hommes oppriment les femmes. Et l\u2019autre point de vue observe que les gens sont des gens, et que nous sommes tou\u00b7te\u00b7s bless\u00e9\u00b7e\u00b7s par une conception rigide des r\u00f4les attribu\u00e9s aux sexes.\u00a0\u00bb Les deux perspectives d\u00e9crivent avec pr\u00e9cision le p\u00e9trin dans lequel nous nous trouvons. Les hommes oppriment les femmes. Des gens sont bless\u00e9s par des r\u00f4les sexistes rigides. Ces deux r\u00e9alit\u00e9s coexistent. L\u2019oppression des femmes par les hommes [<i>males<\/i>] ne peut pas \u00eatre excus\u00e9e par la reconnaissance du fait que les r\u00f4les sexistes rigides blessent aussi les hommes de certaines fa\u00e7ons. Les militant\u00b7e\u00b7s f\u00e9ministes devraient reconna\u00eetre cette blessure et travailler pour la changer, car elle existe. Cela ne supprime pas ni n\u2019att\u00e9nue la responsabilit\u00e9 des hommes qui soutiennent et perp\u00e9tuent leur pouvoir sous le r\u00e9gime du patriarcat pour exploiter et opprimer les femmes d\u2019une mani\u00e8re bien plus grave que le stress psychologique et la souffrance \u00e9motionnelle provoqu\u00e9e par le fait de se conformer, pour des hommes, \u00e0 des structures rigides de r\u00f4les sexistes.<\/p><\/blockquote>\n<p>Tout au long de cet essai, j\u2019ai insist\u00e9 sur le fait que des f\u00e9ministes se rendent complices de la souffrance des hommes bless\u00e9s par le patriarcat lorsqu\u2019iels les repr\u00e9sentent \u00e0 tort comme toujours et uniquement puissants, comme toujours et uniquement tirant des privil\u00e8ges de leur ob\u00e9issance au patriarcat. Je voudrais mettre l\u2019accent sur le lavage de cerveau que l\u2019id\u00e9ologie patriarcale inflige aux hommes en leur faisant croire que leur domination sur les femmes est \u00e0 leur avantage alors qu\u2019elle ne l\u2019est pas\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Souvent, les militant\u00b7e\u00b7s f\u00e9ministes corroborent cette id\u00e9e alors que nous devrions constamment nommer ces actions comme l\u2019expression de relations de pouvoir perverties, d\u2019un manque g\u00e9n\u00e9ral de contr\u00f4le de soi et de ses actions, d\u2019une impuissance \u00e9motionnelle, d\u2019une extr\u00eame irrationalit\u00e9 et, dans de nombreux cas, d\u2019une v\u00e9ritable insanit\u00e9. L\u2019absorption passive de l\u2019id\u00e9ologie sexiste permet aux hommes d\u2019interpr\u00e9ter \u00e0 tort leur comportement malsain comme positif. Tant que les hommes seront endoctrin\u00e9s \u00e0 assimiler la domination violente et l\u2019abus des femmes comme un privil\u00e8ge, ils ne comprendront pas les dommages caus\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames ni aux autres, et n\u2019auront aucune motivation \u00e0 changer.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le patriarcat exige des hommes qu\u2019ils deviennent et restent mutil\u00e9s, amput\u00e9s \u00e9motionnellement. Comme il s\u2019agit d\u2019un syst\u00e8me qui emp\u00eache les hommes de jouir pleinement de leur libert\u00e9 de vouloir, il est difficile pour un homme, quelle que soit sa classe sociale, de se rebeller contre le patriarcat, d\u2019\u00eatre d\u00e9loyal envers le parent patriarcal, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une m\u00e8re ou d\u2019un p\u00e8re.<\/p>\n<p>L\u2019homme qui a \u00e9t\u00e9 ma relation principale pendant plus de douze ans \u00e9tait traumatis\u00e9 par la dynamique patriarcale de sa famille d\u2019origine. Quand je l\u2019ai rencontr\u00e9, il avait une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Alors qu\u2019il avait pass\u00e9 ses plus jeunes ann\u00e9es en compagnie d\u2019un p\u00e8re violent et alcoolique, sa situation a chang\u00e9 lorsqu\u2019il avait douze ans et qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 vivre seul avec sa m\u00e8re. Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de notre relation, il parlait ouvertement de son hostilit\u00e9 et de sa rage envers son p\u00e8re abusif. Il ne voyait pas d\u2019int\u00e9r\u00eat dans le pardon ou dans la recherche de compr\u00e9hension des circonstances qui ont fa\u00e7onn\u00e9 et influenc\u00e9 la vie de son p\u00e8re, soit dans son enfance, soit dans sa vie professionnelle en tant que militaire.<\/p>\n<p>Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de notre relation, il \u00e9tait extr\u00eamement critique \u00e0 propos de la domination masculine [<i>male<\/i>] sur les femmes et les enfants. Bien qu\u2019il n\u2019ait pas utilis\u00e9 le mot \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb, il en avait compris le sens et y \u00e9tait oppos\u00e9. Ses mani\u00e8res douces et calmes amenaient souvent les gens \u00e0 l\u2019ignorer, \u00e0 le compter parmi les faibles et les personnes d\u00e9nu\u00e9es de pouvoir. Vers l\u2019\u00e2ge de trente ans, il a commenc\u00e9 \u00e0 adopter un caract\u00e8re plus macho, se rapprochant du mod\u00e8le dominant qu\u2019il avait autrefois critiqu\u00e9. En rev\u00eatant l\u2019habit du patriarche, il a gagn\u00e9 plus de respect et de visibilit\u00e9. Il a attir\u00e9 plus de femmes. Il a \u00e9t\u00e9 plus remarqu\u00e9 dans les sph\u00e8res publiques. Et sa critique de la domination masculine a cess\u00e9. Il a m\u00eame commenc\u00e9 \u00e0 adopter une rh\u00e9torique patriarcale, en disant le genre de choses sexistes qui l\u2019auraient r\u00e9volt\u00e9 auparavant.<\/p>\n<p>Ces changements de mentalit\u00e9 et de comportement ont \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9s par son d\u00e9sir d\u2019\u00eatre accept\u00e9 et soutenu dans un milieu de travail patriarcal, et rationalis\u00e9s par son d\u00e9sir d\u2019aller de l\u2019avant. Son histoire n\u2019a rien d\u2019inhabituel. Les gar\u00e7ons brutalis\u00e9s et victimis\u00e9s par le patriarcat deviennent le plus souvent patriarcaux, incarnant la masculinit\u00e9 patriarcale abusive qu\u2019ils avaient autrefois clairement reconnue comme malfaisante. Peu d\u2019hommes brutalement abus\u00e9s en tant que gar\u00e7ons au nom de la masculinit\u00e9 patriarcale r\u00e9sistent courageusement \u00e0 l\u2019endoctrinement et restent fid\u00e8les \u00e0 eux-m\u00eames. La plupart des hommes se conforment au patriarcat d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre.<\/p>\n<p>En effet, la critique f\u00e9ministe radicale du patriarcat a pratiquement \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite au silence dans notre culture. Elle est devenue un discours de sous-culture r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 des \u00e9lites bien \u00e9duqu\u00e9es. Et m\u00eame dans ces milieux, utiliser le mot \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb est consid\u00e9r\u00e9 comme d\u00e9pass\u00e9. Souvent, dans mes conf\u00e9rences, lorsque j\u2019utilise l\u2019expression \u00ab\u00a0patriarcat capitaliste, imp\u00e9rialiste et supr\u00e9matiste blanc\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire le syst\u00e8me politique de notre pays, le public rit. Personne n\u2019a jamais expliqu\u00e9 pourquoi nommer pr\u00e9cis\u00e9ment ce syst\u00e8me \u00e9tait amusant. Le rire est en soi une arme du terrorisme patriarcal\u00a0: il op\u00e8re un d\u00e9ni, mettant en doute l\u2019importance de ce qui est nomm\u00e9. Il sugg\u00e8re que les mots eux-m\u00eames sont probl\u00e9matiques et non le syst\u00e8me qu\u2019ils d\u00e9crivent. J\u2019interpr\u00e8te ce rire comme l\u2019expression du malaise du public au moment o\u00f9 je leur demande de s\u2019allier \u00e0 une critique anti-patriarcale d\u00e9sob\u00e9issante. Ce rire me rappelle que si j\u2019ose d\u00e9fier le patriarcat ouvertement, je risque de ne pas \u00eatre prise au s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Les citoyens de ce pays ont peur de contester le patriarcat, m\u00eame s\u2019ils n\u2019ont pas conscience qu\u2019ils ont peur, tant les r\u00e8gles du patriarcat sont profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans notre inconscient collectif. Je dis souvent \u00e0 mes auditeurs que si nous faisions du porte-\u00e0-porte pour demander si nous devons mettre fin aux violences masculines [<i>males<\/i>] envers les femmes, la plupart des gens nous donneraient leur soutien sans \u00e9quivoque. Mais si nous leur disions ensuite que nous pouvons seulement mettre fin \u00e0 la violence masculine [<i>male<\/i>] envers les femmes en mettant fin \u00e0 la domination masculine [<i>male<\/i>] et en \u00e9radiquant le patriarcat, ils commenceraient \u00e0 h\u00e9siter, \u00e0 changer d\u2019avis. En d\u00e9pit des nombreuses avanc\u00e9es du mouvement f\u00e9ministe contemporain \u2013 une plus grande \u00e9galit\u00e9 pour les femmes sur le march\u00e9 du travail, une plus grande tol\u00e9rance envers l\u2019abandon d\u2019une conception rigide des r\u00f4les de genre \u2013 le patriarcat en tant que syst\u00e8me reste intact et de nombreuses personnes continuent de croire qu\u2019il est n\u00e9cessaire pour la survie de l\u2019humanit\u00e9 en tant qu\u2019esp\u00e8ce. Cette croyance peut para\u00eetre ironique, \u00e9tant donn\u00e9 que les m\u00e9thodes patriarcales d\u2019organisation des nations, en particulier son insistance sur la violence comme moyen de contr\u00f4le social, ont en r\u00e9alit\u00e9 conduit au massacre de millions de personnes sur cette plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Tant que nous ne serons pas en mesure de reconna\u00eetre collectivement les dommages caus\u00e9s par le patriarcat et les souffrances qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re, nous ne pourrons pas nous attaquer \u00e0 la souffrance masculine\u00a0[<i>males<\/i>]. Nous ne pouvons pas lutter pour que les hommes aient le droit d\u2019\u00eatre entiers, d\u2019\u00eatre des donneurs de soins et des pourvoyeurs de vie. Il est \u00e9vident que certains hommes patriarcaux sont des soignants et des pourvoyeurs fiables et m\u00eame bienveillants, mais ils sont toujours emprisonn\u00e9s par un syst\u00e8me qui mine leur sant\u00e9 mentale.<\/p>\n<p>Le patriarcat est un terrain fertile au d\u00e9veloppement de la folie. Il est \u00e0 la base des probl\u00e8mes psychologiques qui touchent les hommes de notre pays. Cependant, il n\u2019y a pas d\u2019inqui\u00e9tude de masse concernant le sort des hommes. Dans son ouvrage <i>Stiffed\u00a0: The Betrayal of the American Man<\/i>, Susan Faludi \u00e9voque \u00e0 peine le patriarcat\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Demandez aux f\u00e9ministes de diagnostiquer les probl\u00e8mes des hommes et vous obtiendrez souvent une explication tr\u00e8s claire\u00a0: les hommes [<i>men<\/i>] sont en crise parce que les femmes mettent \u00e0 mal la domination des hommes [<i>males<\/i>]. Les femmes demandent aux hommes de partager les r\u00eanes de la vie publique et ceux-ci ne peuvent pas le supporter. Posez la m\u00eame question aux antif\u00e9ministes et vous obtiendrez un diagnostic qui est, dans un sens, similaire\u00a0: \u00ab\u00a0Les hommes sont troubl\u00e9s\u00a0\u00bb, diront des pontes conservateurs, \u00ab\u00a0parce que les femmes ont d\u00e9pass\u00e9 de loin leurs revendications d\u2019un traitement \u00e9galitaire et tentent d\u00e9sormais de d\u00e9rober le pouvoir et le contr\u00f4le des hommes\u2026\u00a0\u00bb Le message sous-jacent est le suivant\u00a0: les hommes ne peuvent pas \u00eatre des hommes, mais bien plut\u00f4t des eunuques, s\u2019ils n\u2019ont pas le contr\u00f4le. Ces points de vue f\u00e9ministe et antif\u00e9ministe sont tous deux enracin\u00e9s dans une perception am\u00e9ricaine particuli\u00e8rement moderne selon laquelle \u00eatre un homme signifie \u00eatre aux commandes et \u00e0 tout moment se sentir en contr\u00f4le.<\/p><\/blockquote>\n<p>Faludi n\u2019interroge jamais la notion de contr\u00f4le. Elle n\u2019envisage jamais la possibilit\u00e9 que soit fausse l\u2019id\u00e9e selon laquelle les hommes auraient eu un jour tout contr\u00f4le et tout pouvoir, et toute satisfaction au sujet de leurs vies, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9mergence du mouvement f\u00e9ministe contemporain.<\/p>\n<p>En tant que syst\u00e8me, le patriarcat a refus\u00e9 aux hommes l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un complet bien-\u00eatre \u00e9motionnel, ce qui est bien diff\u00e9rent que de se sentir reconnu, couronn\u00e9 de succ\u00e8s ou puissant en raison de sa capacit\u00e9 \u00e0 exercer son contr\u00f4le sur les autres. Pour v\u00e9ritablement faire face \u00e0 la souffrance et \u00e0 la crise masculine [<i>male pain and male crisis<\/i>], nous devons, en tant que nation, \u00eatre pr\u00eats \u00e0 mettre \u00e0 nu la dure r\u00e9alit\u00e9 du patriarcat qui a nui aux hommes par le pass\u00e9 et qui continue \u00e0 leur nuire aujourd\u2019hui. Si le patriarcat \u00e9tait vraiment gratifiant pour les hommes, la violence et les addictions, tellement omnipr\u00e9sentes dans la vie des familles, n\u2019existeraient pas. Cette violence n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par le f\u00e9minisme. Si le patriarcat \u00e9tait gratifiant, le m\u00e9contentement accablant ressenti par la plupart des hommes dans leur vie professionnelle \u2013 un m\u00e9contentement largement document\u00e9 dans le travail de Studs Terkel et repris dans le trait\u00e9 de Faludi \u2013 n\u2019existerait pas.<\/p>\n<p>De plusieurs fa\u00e7ons, <i>Stiffed<\/i> repr\u00e9sente encore une trahison de plus pour les hommes am\u00e9ricains, parce que Faludi passe tellement de temps \u00e0 \u00e9viter de d\u00e9fier le patriarcat qu\u2019elle ne parvient pas \u00e0 mettre en \u00e9vidence la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre fin au patriarcat si nous voulons lib\u00e9rer les hommes. Elle \u00e9crit plut\u00f4t\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Au lieu de me demander pourquoi les hommes r\u00e9sistent dans la lutte des femmes pour une vie plus libre et plus saine, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me demander pourquoi les hommes s\u2019abstiennent de s\u2019engager dans leur propre lutte. Pourquoi, malgr\u00e9 un crescendo de crises de col\u00e8re d\u00e9cousues, n\u2019ont-ils donn\u00e9 aucune r\u00e9ponse m\u00e9thodique et raisonn\u00e9e \u00e0 leur situation difficile\u00a0: \u00e9tant donn\u00e9 la nature insoutenable et insultante des exigences impos\u00e9es aux hommes pour faire leurs preuves dans notre culture, pourquoi les hommes ne se r\u00e9voltent-ils pas\u00a0? Pourquoi les hommes n\u2019ont-ils pas r\u00e9agi \u00e0 la s\u00e9rie de trahisons qui ont cours dans leur propre vie \u2013 aux manquements de leurs p\u00e8res \u00e0 tenir leurs promesses \u2013 avec quelque chose d\u2019\u00e9gal au f\u00e9minisme\u00a0?<\/p><\/blockquote>\n<p>Notez que Faludi n\u2019ose pas courir le risque de la col\u00e8re des femmes [<i>females<\/i>] f\u00e9ministes en sugg\u00e9rant que les hommes peuvent trouver leur salut dans le mouvement f\u00e9ministe, ni d\u2019\u00eatre rejet\u00e9e par de potentiels lecteurs masculins [<i>male<\/i>] fermement antif\u00e9ministes, en sugg\u00e9rant qu\u2019ils aient quelque chose \u00e0 gagner \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au f\u00e9minisme.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019ici, dans notre soci\u00e9t\u00e9, le mouvement f\u00e9ministe est la seule lutte pour la justice qui souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre fin au patriarcat. Aucun mouvement de masse unissant des femmes n\u2019a contest\u00e9 le patriarcat et aucun groupe d\u2019hommes ne s\u2019est r\u00e9uni pour mener cette lutte. La crise \u00e0 laquelle les hommes sont confront\u00e9s n\u2019est pas la crise de la masculinit\u00e9, c\u2019est la crise de la masculinit\u00e9 patriarcale. Tant que nous n\u2019aurons pas clarifi\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment cette distinction, les hommes continueront \u00e0 craindre que toute critique du patriarcat repr\u00e9sente pour eux une menace. Le th\u00e9rapeute Terrence Real, en faisant la distinction entre patriarcat politique et patriarcat psychologique, consid\u00e8re le premier comme \u00e9tant largement engag\u00e9 dans la lutte contre le sexisme, et explique clairement que le patriarcat qui nous blesse tous est ancr\u00e9 dans notre psychisme\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Le patriarcat psychologique est la dynamique entre ces qualit\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0masculines\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0f\u00e9minines\u00a0\u00bb, dans lesquelles la moiti\u00e9 de nos traits humains sont exalt\u00e9s pendant que l\u2019autre moiti\u00e9 est d\u00e9valu\u00e9e. Les hommes et les femmes participent tous deux \u00e0 ce syst\u00e8me de valeurs tortur\u00e9. Le patriarcat psychologique est une \u00ab\u00a0danse du m\u00e9pris\u00a0\u00bb, une forme de connexion perverse qui remplace la v\u00e9ritable intimit\u00e9 par des couches complexes et secr\u00e8tes de domination et de soumission, de collusion et de manipulation. C\u2019est ce paradigme relationnel massivement ignor\u00e9 qui a impr\u00e9gn\u00e9 la civilisation occidentale de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, d\u00e9formant les deux sexes et d\u00e9truisant le lien passionnel entre eux.<\/p><\/blockquote>\n<p>Insistant sur la notion de patriarcat psychologique, il appara\u00eet que tout le monde est parti prenant, ce qui nous lib\u00e8re de l\u2019id\u00e9e erron\u00e9e selon laquelle les hommes sont l\u2019ennemi. Pour mettre fin au patriarcat, nous devons remettre en question conjointement ses manifestations psychologiques et concr\u00e8tes dans la vie quotidienne. Il y a des gens qui sont capables de critiquer le patriarcat, mais incapables d\u2019agir de mani\u00e8re anti-patriarcale.<\/p>\n<p>Pour mettre fin \u00e0 la souffrance des hommes, pour r\u00e9pondre efficacement \u00e0 la crise masculine [<i>male<\/i>], nous devons nommer le probl\u00e8me. Nous devons reconna\u00eetre que le probl\u00e8me est le patriarcat et travailler pour y mettre fin. Terrence Real nous apporte une pr\u00e9cieuse id\u00e9e\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0La lutte pour la compl\u00e9tude est un processus encore plus complexe pour les hommes qu\u2019il ne l\u2019a \u00e9t\u00e9 pour les femmes, plus difficile et plus profond\u00e9ment mena\u00e7ant pour la culture en g\u00e9n\u00e9ral.\u00a0\u00bb Si les hommes veulent r\u00e9cup\u00e9rer la bont\u00e9 essentielle de l\u2019\u00eatre masculin [<i>male<\/i>], regagner le droit \u00e0 avoir un c\u0153ur ouvert et \u00e0 exprimer leurs \u00e9motions, ce qui est \u00e0 la base du bien-\u00eatre, nous devons imaginer des alternatives \u00e0 la masculinit\u00e9 patriarcale. Nous devons tou\u00b7te\u00b7s changer.<\/p>\n<p class=\"signature\"><span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?auteur569\">bell hooks<\/a><\/span><\/p>\n<p><strong>P.S.<\/strong><\/p>\n<p>Traduction en fran\u00e7ais par Arnaud Crutzen et Rachel Hoekendijk du texte &laquo;&nbsp;Understanding Patriarchy&nbsp;&raquo; de bell hooks, publi\u00e9 initialement dans le livre <i>The Will to Change\u00a0: Men, Masculinity, and Love<\/i> (New York, Atria Books, 2004).<\/p>\n<p>Ce texte a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2010 sous forme de brochure en version originale, dans une co-\u00e9dition de la Louisville Anarchist Federation (LAFF) et le collectif No Borders de Louisville (Kentucky).<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ce texte, extrait de son livre The Will to Change\u00a0: Men, Masculinity, and Love, bell hooks parle de son exp\u00e9rience personnelle du patriarcat, notamment dans son enfance, puis de comment il affecte les femmes et les hommes. bell hooks, &hellip; <a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2949\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2949","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-construction-des-masculinites"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2949","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2949"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2949\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2964,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2949\/revisions\/2964"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2949"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2949"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2949"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}