{"id":2938,"date":"2020-05-11T14:48:52","date_gmt":"2020-05-11T13:48:52","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2938"},"modified":"2020-05-11T14:48:52","modified_gmt":"2020-05-11T13:48:52","slug":"si-lon-ne-nait-pas-femme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2938","title":{"rendered":"Si l&rsquo;on ne na\u00eet pas femme&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Si_l_on_ne_nait_pas_femme.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2939 size-medium\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Si_l_on_ne_nait_pas_femme-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Si_l_on_ne_nait_pas_femme-212x300.jpg 212w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Si_l_on_ne_nait_pas_femme-565x800.jpg 565w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Si_l_on_ne_nait_pas_femme.jpg 583w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quels sont les r\u00f4les de la m\u00e9decine dans la fabrique d&rsquo;individu.es de genre f\u00e9minin?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parce que c\u2019est la m\u00e9decine qui cr\u00e9e la fronti\u00e8re entre les \u201chommes\u201d et les \u201cfemmes\u201d. Parce que la science m\u00e9dicale se fonde sur une repr\u00e9sentation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de la femme et y conforme tous les \u00eatres dot\u00e9.es d\u2019un ut\u00e9rus, ou de seins, ou d\u2019ovaires. Parce qu\u2019 \u00ab \u00eatre une femme \u00bb n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019un r\u00f4le dont on a plus ou moins bien int\u00e9gr\u00e9 le texte. Enfin, parce que rien de tout cela n\u2019est plus naturel apr\u00e8s des milliers d\u2019ann\u00e9es de civilisation.<br \/>\nParce que je sens combien la m\u00e9decine fournit les moyens techniques nous permettant de remettre ind\u00e9finiment \u00e0 demain la r\u00e9volution de tous les rapports auxquels nous sommes confront\u00e9.es quotidiennement, m\u00eame lorsque nous nous y sentons pi\u00e9tin\u00e9.es, m\u00e9pris\u00e9.es ou avili.es.<\/p>\n<p>paru en juin 2014 dans la revue &laquo;&nbsp;Sans Rem\u00e8de&nbsp;&raquo;.<br \/>\nMis en page par Les \u00e9pineuses en mai 2017.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Si_l_on_ne_nait_pas_femme_mep.pdf\">PDF mis en page<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Si_l_on_ne_nait_pas_femme_ppp.pdf\">PDF page par page<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3 class=\"spip\">Une pr\u00e9face<\/h3>\n<p>Si l\u2019on ne na\u00eet pas femme est un texte anonyme paru originellement sous forme d\u2019article dans la revue <i>Sans Rem\u00e8de<\/i>. Il a par la suite tourn\u00e9 en brochure, de la main \u00e0 la main et de mani\u00e8re assez confidentielle. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on a eu l\u2019occasion de le lire pour la premi\u00e8re fois. On a aujourd\u2019hui choisi de le rediffuser, avec l\u2019envie de donner un nouveau souffle qui vienne gonfler ses voiles et le porte un peu plus au large.<\/p>\n<p>L\u2019auteure \u00e9voque dans ce texte des exp\u00e9riences de confrontation \u00e0 la psychiatrie et \u00e0 la gyn\u00e9cologie, deux disciplines m\u00e9dicales qui ont, \u00e0 diff\u00e9rents moments de son existence, particip\u00e9 \u00e0 son enfermement dans des identit\u00e9s de \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0d\u00e9pressive\u00a0\u00bb. Sans pr\u00e9tention d\u2019offrir de r\u00e9ponse(s) ou de traiter un sujet dans sa totalit\u00e9, elle file des billes pour d\u00e9celer et refuser les m\u00e9canismes qui am\u00e8nent bien des personnes assign\u00e9es femmes \u00e0 ne pas prendre en compte ou \u00e0 m\u00e9priser leurs corps (et \u00e9ventuellement d\u2019en culpabiliser), ou bien \u00e0 devoir lutter pour s\u2019en pr\u00e9occuper (et l\u00e0 encore \u00e9ventuellement d\u2019en culpabiliser). De l\u00e0, elle d\u00e9roule une critique profonde de la m\u00e9decine comme science de la s\u00e9paration (homme\/femme mais aussi vivantE\/mortE, normalE\/anormalE\u2026) et comme outil de gestion d\u2019une population et de reproduction d\u2019un ordre social \u00e9tabli. Si ce texte d\u00e9cortique particuli\u00e8rement la mani\u00e8re dont l\u2019emprise m\u00e9dicale s\u2019appuie sur les dominations patriarcales et h\u00e9t\u00e9rosexuelles pour mieux les perp\u00e9tuer, il saute rapidement aux yeux que cette analyse s\u2019inscrit dans une critique plus vaste d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 autoritaire o\u00f9 le pouvoir tente de nous \u00e9craser par ses structures et de nous asphyxier par ses normes. \u00c0 cela, l\u2019auteure oppose la force des mots, ceux qu\u2019elle a r\u00e9ussi \u00e0 poser sur son propre parcours et sur ce qui l\u2019a construit comme individue. Des mots qu\u2019elle a tiss\u00e9 d\u2019exp\u00e9riences, d\u2019\u00e9changes et d\u2019analyses. Des mots ac\u00e9r\u00e9s par la critique et offert en partage \u00e0 qui ne souhaite plus rester de marbre face \u00e0 l\u2019asservissement des corps et des esprits par la science m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>Si l\u2019on ne na\u00eet pas femme, c\u2019est \u00e0 nos yeux un de ces textes nourrissants qui font des allers-retours entre le quotidien et le structurel, entre une oppression sp\u00e9cifique et la soci\u00e9t\u00e9 qui la produit, entre diff\u00e9rentes facettes de la domination. Ces textes que l\u2019on aime lire et diffuser, car tout en aiguisant notre regard pour mieux d\u00e9celer les rouages qui jouent sous la surface de ce monde, ils attisent et orientent notre rage. Une rage qui ne s\u2019exprime pas uniquement dans le feu et l\u2019\u00e9meute bien qu\u2019elle ne s\u2019assouvisse que de destruction. Aussi bien celle des structures \u00e9tatiques institutionnelles que celle des rapports sociaux autoritaires, du pouvoir qui s\u2019immisce dans les relations quotidiennes.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Une autre pr\u00e9face<\/h3>\n<p>En guise de pr\u00e9face, d\u2019introduction, de pr\u00e9ambule, de ci ou de \u00e7a\u2026 Juste une envie d\u2019\u00e9crire sur pourquoi quelques personnes veulent partager ce texte. Pas dans un d\u00e9sir de commenter, de juger (si c\u2019est l\u2019impression que \u00e7a donne&#8230;loup\u00e9), mais juste parce que parfois c\u2019est super agr\u00e9able de diffuser une brochure, en expliquant pourquoi t\u2019as kiff\u00e9 ou pas, ce qui parle ou pas\u00a0!<\/p>\n<p>Si l\u2019on ne na\u00eet pas femme est \u00e0 la fois un t\u00e9moignage et une r\u00e9flexion qui participent \u00e0 faire un lien entre une perspective f\u00e9ministe et le p\u00eale-m\u00eale des nombreuses autres dominations. Cela part de v\u00e9cus, de situations o\u00f9 l\u2019auteure a du faire face \u00e0 l\u2019acharnement de la gyn\u00e9cologie, de la psychiatrie et de la m\u00e9decine en g\u00e9n\u00e9ral. Elle analyse comment ces institutions \u00e9rigent des barbel\u00e9s entre les individu.es, pour ensuite plus facilement les stocker et les \u00e9tiqueter dans des tubes \u00e0 essai, le tout fourni et entretenu par les pouvoirs.<\/p>\n<p>Ce texte ne se focalise pas sur un axe\u00a0: il r\u00e9v\u00e8le quelques uns des multiples engrenages de ce monde patriarcal, autoritaire et h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9. Cela t\u00e9moigne de comment la gyn\u00e9co conditionne et encourage la norme, l\u2019assignation \u00e0 un r\u00f4le et \u00e0 un genre, la culpabilisation\u2026\u00a0; de comment la psy \u00e9crase de son emprise, \u00e0 base de m\u00e9docs (prescrits et\/ou gav\u00e9s de force), gr\u00e2ce \u00e0 des blouses blanches qui se plaisent dans leur r\u00f4le de semi-pr\u00eatre.sses, semi-maton.nes.<\/p>\n<p>L\u2019auteure parle aussi du fait que la m\u00e9decine, sous pr\u00e9texte de savoir, maltraite, ne laisse aucune prise, aucun choix sur nos corps, nos r\u00e9flexions, nos questionnements, nos refus. Que les machines de la \u00ab\u00a0sant\u00e9\u00a0\u00bb distribuent l\u2019ignorance afin de g\u00e9rer nos corps et nos existences.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas ici pour autant un \u00ab\u00a0meilleur\u00a0\u00bb syst\u00e8me m\u00e9dical qui est r\u00e9clam\u00e9, qui soignerait avec plus de consentement et des plantes\u2026<\/p>\n<p>Ce texte n\u2019a pas la pr\u00e9tention de faire le tour de la question. Il am\u00e8ne \u00e0 d\u2019autres probl\u00e9matiques comme la critique du progr\u00e8s, de l\u2019enfermement, de l\u2019\u00c9tat et de ses multiples outils de contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Si l\u2019on ne na\u00eet pas femme, qu\u2019aucun pouvoir ne nous oblige \u00e0 le devenir\u00a0!<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Si l\u2019on ne na\u00eet pas femme<\/h3>\n<p>PARCE que j\u2019ai dysfonctionn\u00e9 dans ce monde, on m\u2019a envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019HP. J\u2019en suis ressortie avec une identit\u00e9 bien ficel\u00e9e de d\u00e9pressive suicidaire. Certaine, pendant plusieurs ann\u00e9es, que ce terme recouvrait toute la r\u00e9alit\u00e9 de mon \u00eatre. Cela m\u2019a pris un temps \u201cfou\u201d pour m\u2019en d\u00e9partir.<\/p>\n<p>Parce que cela va faire cinq ans que je n\u2019ai plus eu de rapports avec un psychiatre ou avec l\u2019institution\u2026 Parce que les ami.es qui m\u2019entourent ne me regardent pas comme \u00e7a, mes identit\u00e9s de d\u00e9pressive puis de psychiatris\u00e9e se sont dissip\u00e9es, lentement. R\u00e9veill\u00e9e, sortie de la ouate brumeuse des psychotropes, j\u2019ai eu le loisir de consid\u00e9rer les nouvelles places que j\u2019occupe dans ce monde et ce qui vient les fabriquer. Une des places qui m\u2019\u00e9choit, par pur hasard, est celle d\u2019\u00ab\u00a0\u00eatre une femme\u00a0\u00bb. Par \u201cfemme\u201d j\u2019entends que je suis de ces \u00eatres dot\u00e9es d\u2019un appareil g\u00e9nital de gestation, donc tenue de vivre dans ce monde bard\u00e9e des ali\u00e9nations d\u00e9volues \u00e0 mes semblables. La biologie, en m\u2019assignant \u00e0 un sexe, permet au monde social dans lequel j\u2019\u00e9volue de me coincer dans un genre.<\/p>\n<p>Anatomiquement parlant, il est ind\u00e9niable que je poss\u00e8de un ut\u00e9rus, un vagin, des trompes de Fallope, un clitoris, etc\u2026 Et, comme de bien entendu, il existe tout un pan de la m\u00e9decine qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 moi uniquement pour \u00e7a.<\/p>\n<p>Et si, parce que je suis biologiquement une \u201cfemme\u201d, la m\u00e9decine s\u2019int\u00e9resse \u00e0 moi, il me semble \u00e9vident que je dois m\u2019int\u00e9resser \u00e0 la m\u00e9decine, aussi, en tant que femme.<\/p>\n<p>Le point de d\u00e9part de cette passion de critiquer tous les aspects de la science m\u00e9dicale est simple. Les m\u00e9decins ont un r\u00f4le social \u00e9vident, parce que la science qu\u2019ils appliquent selon divers contextes historiques, culturels, g\u00e9ographiques, est un tank \u00e0 cr\u00e9er des fronti\u00e8res scientifiquement assises entre les individu.es. C\u2019est la science m\u00e9dicale qui cr\u00e9e et valide les cat\u00e9gories binaires entre sains et fous, f\u00e9conds et st\u00e9riles, hommes et femmes, vivants et morts\u2026 Pour le dire net et clair, c\u2019est de la m\u00e9decine que naissent les lignes de d\u00e9marcation entre ce qui rel\u00e8ve du normal et ce qui rel\u00e8ve du pathologique. Or, quelle organisation sociale et politique peut se passer de trier les personnes qui sont \u00e0 m\u00eame de participer \u00e0 la vie publique de la mani\u00e8re que l\u2019on attend d\u2019elles, de celles qu\u2019il est judicieux ou n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9carter\u00a0? Avoir une population \u00e0 g\u00e9rer implique de savoir la trier pour l\u2019administrer le plus efficacement possible, dans les buts qu\u2019un pouvoir se fixe. Comment dire mieux qu\u2019il est crucial, pour n\u2019importe quel pouvoir qui pr\u00e9tend g\u00e9rer une population, de s\u2019assurer de l\u2019appui d\u2019un corps m\u00e9dical fort et coh\u00e9rent. Donc de lui r\u00e9server une place de choix, une place honorifique autant qu\u2019influente, pour l\u2019aider \u00e0 cr\u00e9er, maintenir et perp\u00e9tuer un ordre social \u00e9tabli.<\/p>\n<p>Du coup, je m\u2019int\u00e9resse moins aux professionnels qui composent le corps m\u00e9dical, qu\u2019\u00e0 la fonction sociale qu\u2019ils remplissent. Parce que je suis intimement persuad\u00e9e que les fonctions que nous occupons dans le monde et surtout celles que nous occupons avec succ\u00e8s d\u00e9teignent sur nous, au point de nous conformer \u00e0 elles. On me dira qu\u2019il existe des gyn\u00e9cologues tout \u00e0 fait sympathiques, comme il existe des psychiatres critiques de leurs pratiques, je ne le nie pas, je le sais bien, simplement, je m\u2019en bats l\u2019\u0153il. Parce que \u00e7a ne m\u2019aide pas du tout \u00e0 penser ce qui structure ce monde. Ce qui m\u2019int\u00e9resse, c\u2019est le ciment de ce bordel, c\u2019est comment la m\u00e9decine soutient des ambitions politiques en termes de gestion de population\u00a0? Comment la m\u00e9decine se fait garante d\u2019un ordre social et contribue \u00e0 le valider\u00a0? Et surtout, quel impact cela a sur chacun.e des patient.es que nous sommes\u00a0? En bref, comment les rapports m\u00e9dicaux nous conforment au r\u00f4le utile que l\u2019on attend de nous\u00a0?<\/p>\n<p>Je dirai rapidement que si je m\u2019attache parfois dans ce texte \u00e0 marquer que l\u2019on peut consulter indiff\u00e9remment des gyn\u00e9cologues hommes ou femmes, tous et toutes pour moi, ind\u00e9pendamment de leur assignation genr\u00e9e, servent les int\u00e9r\u00eats de la m\u00e9decine donc de leur classe sociale, avant de servir ou de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de leur classe de sexe.<\/p>\n<p>Face aux m\u00e9decins, je ne suis qu\u2019une individue. Tout ce qui m\u2019arrive semble contenu uniquement dans mon \u00eatre, abstraction faite de la vie que je m\u00e8ne. Comme si je n\u2019existais qu\u2019en tant que moi. Comme si mes conditions de vie ou les rapports que j\u2019entretiens avec les autres pouvaient n\u2019avoir aucun impact sur l\u2019\u00e9mergence de sympt\u00f4mes \u00e0 \u00e9radiquer. Pourtant \u00e0 mon \u00e2ge, je sais trop bien que grincer des dents la nuit et avoir la m\u00e2choire crisp\u00e9e en permanence n\u2019est pas qu\u2019un probl\u00e8me orthodontique. J\u2019ai beau vivre dans un joli petit bourg du pi\u00e9mont pyr\u00e9n\u00e9en, des centrales nucl\u00e9aires se construisent \u00e0 tout va, des sans-pap\u2019 sont rafl\u00e9.es quotidiennement, des fachos manifestent \u00e0 tous les coins de rues en donnant leur avis sur comment je dois faire bon usage de mon ventre, je dois voler ma bouffe pour pouvoir bien manger, les chambres d\u2019isolement des h\u00f4pitaux de France et de Navarre sont pleines \u00e0 craquer\u2026 et plus encore. Mais rien de tout cela ne me ferait serrer les dents.<\/p>\n<p>Pourtant n\u2019\u00eatre qu\u2019une individue serait presque enviable en termes de rapports avec les m\u00e9decins. Parce que face \u00e0 un technicien de la m\u00e9decine, je me sens surtout une esp\u00e8ce d\u2019amas d\u2019organes saucissonables, en ce que je suis alternativement et s\u00e9par\u00e9ment surtout, des dents, un estomac, une peau ou des poumons et le plus souvent un sexe.<\/p>\n<p>Un sexe parce que je fais partie de cette cat\u00e9gorie d\u2019\u00eatres d\u00e9sign\u00e9es comme f\u00e9minins par la biologie.<\/p>\n<p>Et en tant qu\u2019\u00eatre f\u00e9minin, je consulte un m\u00e9decin plus souvent qu\u2019\u00e0 mon tour, et ce pour aucune pathologie d\u2019aucun ordre, si ce n\u2019est celle d\u2019\u00eatre n\u00e9e dot\u00e9e d\u2019un clitoris plut\u00f4t que d\u2019un p\u00e9nis, et ce faisant de l\u2019immense charge de perp\u00e9tuer notre d\u00e9licieuse esp\u00e8ce. \u00c0 ce titre, je suis log\u00e9e \u00e0 la m\u00eame enseigne que la moiti\u00e9 de la population fran\u00e7aise, \u00e0 la louche.<\/p>\n<p>Alors je me demande si, et si oui comment, les m\u00e9decins qui exercent leur science gyn\u00e9cologique sur nous nous conforment \u00e0 ce r\u00f4le social peu enviable qu\u2019est celui d\u2019 \u00ab\u00a0\u00eatre une femme\u00a0\u00bb et par quels biais. Quelles sont les ali\u00e9nations sp\u00e9cifiquement f\u00e9minines que les m\u00e9decins reconduisent chez nous, afin que nous connaissions sur le bout des doigts ce r\u00f4le, historiquement fond\u00e9 par la m\u00e9decine occidentale, de mineures \u00e9ternelles, d\u2019inf\u00e9rieures par nature, qui nous est inculqu\u00e9 de toutes parts\u00a0?<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i> Les malades de constitution<\/i><\/h3>\n<p>En France, nous sommes particuli\u00e8rement m\u00e9diqu\u00e9es. Nous prenons plus de somnif\u00e8res, d\u2019anxiolytiques, de neuroleptiques, de r\u00e9gulateurs de l\u2019humeur que les hommes. Et il est important de noter qu\u2019\u00e0 sympt\u00f4mes similaires avec les hommes, c\u2019est \u00e0 nous qu\u2019on refile le plus souvent des psychotropes.<\/p>\n<p>Et puis nous prenons fr\u00e9quemment des m\u00e9dicaments pour nous soulager des douleurs de nos r\u00e8gles. Nous prenons des antidouleurs pour pouvoir g\u00e9rer de front un moment bien particulier de notre cycle menstruel et nos engagements. Prendre ces m\u00e9docs nous permet de travailler alors que nos corps sont prioritairement occup\u00e9s \u00e0 tout autre chose. De surcro\u00eet, prendre des antidouleurs nous permet de faire comme si de rien n\u2019\u00e9tait, de taffer tout en vivant la desquamation de nos endom\u00e8tres, dans le silence. Et avec le sourire. Parce que nous n\u2019avons pas le choix. Toutes nous travaillons, pour une bo\u00eete, comme artisanes, \u00e0 \u00e9lever des enfants, \u00e0 tenir une vie domestique, bref nous vivons ici-bas\u2026 Et nous devons rester actives et performantes trente jours par mois, comme les hommes. Parce que nous sommes n\u00e9es dans un monde dont les hommes sont la r\u00e9f\u00e9rence. Parce que le mod\u00e8le masculin est l\u2019\u00e9talon de performance auquel nous devons nous conformer. Or cet id\u00e9al de pr\u00e9sence au monde, ce mod\u00e8le de performance masculine trois cent soixante-cinq jours par an, nie nos particularit\u00e9s. Plus retords encore, on nous enjoint \u00e0 nous conformer \u00e0 ce mod\u00e8le masculin en instillant en nous un d\u00e9sir d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes. Une des \u00e9normes supercheries de notre \u00e9poque. Moi je ne veux pas \u00eatre l\u2019\u00e9gale d\u2019un homme, je m\u2019en contrefous. Je veux valoir pareil qu\u2019un homme. Je ne veux pas \u00eatre diff\u00e9rente et pouvoir pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 si je la mendie ou si je l\u2019exige. Je ne veux \u00eatre ni inf\u00e9rieure, ni sup\u00e9rieure, ni \u00e9gale. Je veux \u00eatre semblable. Je veux pouvoir vivre les particularit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 mon anatomie, et mes r\u00e8gles entre autres, comme de banales particularit\u00e9s. Si j\u2019ai longtemps v\u00e9cu mes r\u00e8gles comme une \u00e9preuve handicapante, diminuante, comme un truc un peu d\u00e9gueu, c\u2019est parce que je vis dans un monde organis\u00e9 par, pour et \u00e0 la mesure des hommes, qui par d\u00e9finition n\u2019ont pas de r\u00e8gles. Parce que je ne me sens pas humili\u00e9e par bien d\u2019autres de mes particularit\u00e9s physiques quand je dois les assumer. Quand au soleil, certaines copines se dorent le visage, les bras, la poitrine alors que je m\u2019ensevelis sous des lunettes, chapeaux et foultitude de couches de tissu parce que ma peau est claire, je ne me sens pas en d\u00e9faut, juste particuli\u00e8re dans une situation donn\u00e9e.<\/p>\n<p>Donc, contrairement \u00e0 ce que Freud voudrait me faire avaler, je ne d\u00e9sire pas ardemment \u00eatre dot\u00e9e d\u2019un p\u00e9nis. Si je souffre d\u2019\u00eatre une femme, ce n\u2019est pas parce que je voudrais \u00eatre un homme. C\u2019est absurde. C\u2019est parce que c\u2019est dur d\u2019\u00eatre une femme dans un monde \u00e0 mesure masculine. Comme ce doit \u00eatre dur d\u2019\u00eatre noire dans un monde de blanches. Comme ce doit \u00eatre dur de n\u2019avoir pas de jambes dans un monde de bip\u00e8des. Comme c\u2019est dur d\u2019\u00eatre une enfant dans un monde d\u2019adultes. Comme ce doit \u00eatre dur d\u2019\u00eatre un cochon dans un monde o\u00f9 \u00e7a passe son temps \u00e0 bouffer de la charcuterie. Si je souffre d\u2019\u00eatre une femme, c\u2019est surtout parce que le fait de poss\u00e9der ce super organe qu\u2019est mon clitoris r\u00e9duit mon \u00eatre tr\u00e8s notablement. Parce que je poss\u00e8de un ut\u00e9rus, je devrais \u00eatre diff\u00e9rente. Et diff\u00e9rente, quand on est une femme, revient \u00e0 dire inf\u00e9rieure, ou au mieux compl\u00e9mentaire d\u2019un homme. Bref, n\u2019existant pas en soi. N\u2019ayant pas de valeur intrins\u00e8que. C\u2019est bien plus \u00e7a qui m\u2019assomme, de devoir me comparer \u00e0, ou m\u2019allier \u00e0, ou servir des hommes pour avoir une valeur. Je ne veux pas \u00eatre cantonn\u00e9e par une simple sp\u00e9cificit\u00e9 anatomique \u00e0 une vie de compagne, \u00e0 une vie domestique et maternelle. Parce que ce n\u2019est pas le fait de poss\u00e9der un clitoris qui fait de moi cet \u00eatre doux, fragile, r\u00e9serv\u00e9, enthousiaste \u00e0 l\u2019id\u00e9e de passer une journ\u00e9e \u00e0 ranger la baraque ou \u00e0 garder des enfants, ou \u00e0 m\u2019occuper des bobos des autres ou \u00e0 les \u00e9couter d\u2019une oreille attentive et r\u00e9confortante, ou tout \u00e0 la fois. Non, c\u2019est la mani\u00e8re dont on m\u2019a enseign\u00e9 que je devais me conduire parce que je poss\u00e8de un clitoris qui fait de moi cette caricature de femme.<\/p>\n<p>Ceci \u00e9tant dit, je commence seulement \u00e0 concevoir combien ce personnage de femme m\u2019enferme et me nie. Ce personnage f\u00e9minin que l\u2019on a activement nourri en moi de toutes parts, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, dans la rue, dans la famille, dans le m\u00e9tro, dans des soir\u00e9es, dans mes histoires amoureuses, au cin\u00e9ma, dans la litt\u00e9rature\u2026 Et je ne fais que pressentir combien ce personnage a \u00e9t\u00e9 activement fabriqu\u00e9, aussi, par la mani\u00e8re dont je suis consid\u00e9r\u00e9e par la m\u00e9decine et trait\u00e9e par ses praticiens.<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i> Fabrique de l\u2019ignorance et contraception<\/i><\/h3>\n<p>Aux alentours de mes seize ans, parce que j\u2019ai une histoire \u201cs\u00e9rieuse\u201d avec un gar\u00e7on, je vais pour la premi\u00e8re fois voir une m\u00e9decin alors que je ne suis pas malade. J\u2019y vais en pr\u00e9vention, je n\u2019ai encore jamais \u201cfait l\u2019amour\u201d avec qui que ce soit. J\u2019y vais parce que je suis une \u201cfemme\u201d, et que sur le point d\u2019entrer dans ma \u201cvie sexuelle active\u201d, je passe par la case gyn\u00e9co. Une esp\u00e8ce de rituel de confirmation de ma condition. Quand nous ferons l\u2019amour avec ce gar\u00e7on, et parce que c\u2019est notre premi\u00e8re fois \u00e0 tous les deux, parce que nous nous croyons prot\u00e9g\u00e9s des MST, il n\u2019utilisera pas de capote. Il n\u2019aura aucune question \u00e0 se poser. Je suis contrac\u00e9pt\u00e9e. La question de notre f\u00e9condit\u00e9 n\u2019est pas la sienne. Elle m\u2019\u00e9choit \u00e0 moi, parce que je suis celle qui poss\u00e8de l\u2019ut\u00e9rus.<\/p>\n<p>Plusieurs choses m\u2019apparaissent aujourd\u2019hui tr\u00e8s fort en relisant ce moment-l\u00e0 de ma vie d\u2019adolescente.<\/p>\n<p>D\u2019abord, qu\u2019une \u201cvie sexuelle active\u201d semble devoir \u00eatre faite de rapports f\u00e9condants. Donc de rapports de p\u00e9n\u00e9tration h\u00e9t\u00e9rosexuels selon un sch\u00e9ma d\u2019un classicisme d\u00e9routant. Un homme p\u00e9n\u00e8tre une femme et \u00e9jacule dans son vagin. La contraception ne semble pas avoir d\u2019autre fonction que de nous prot\u00e9ger des cons\u00e9quences de rapports sexuels excessivement conformes. Donc de nous rendre disponibles \u00e0 ce genre de rapports, sans aucune excuse.<\/p>\n<p>Ensuite que la m\u00e9decine, en lib\u00e9rant certaines femmes du joug de la maternit\u00e9 non-choisie, en leur autorisant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une contraception m\u00e9dicale, a pour \u201ceffet secondaire\u201d de soulager tous les hommes de cette question. La contraception sous sa forme actuelle, m\u00e9dicalis\u00e9e, l\u00e9gif\u00e9r\u00e9e, organis\u00e9e, vient asseoir un sch\u00e9ma de rapports h\u00e9t\u00e9rosexuels sans nuances ni imagination ni partage de la prise en charge des risques de grossesse. Combien d\u2019hommes, aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de leurs premi\u00e8res \u00e9jaculations, se font prendre \u00e0 part par des plus experiment\u00e9.es pour s\u2019entendre dire qu\u2019\u00e0 partir de ce moment, ils sont f\u00e9conds\u00a0? Donc qu\u2019ils peuvent lors de rapports sexuels avec p\u00e9n\u00e9tration mettre enceintes leurs amies, et qu\u2019ils en seront responsables au moins pour moiti\u00e9. Parce que c\u2019est quand m\u00eame \u00e9tonnant de pratiquer une contraception pour deux. Et non que chacun.e prenne en charge ses envies ou d\u00e9sirs de se reproduire ou non.<\/p>\n<p>Mais de cette exp\u00e9rience, j\u2019apprends surtout que je ne suis pas un \u00eatre particulier, parce que j\u2019ai seize ans, on me propose la pilule. Que je sois oublieuse \u00e0 souhait n\u2019entre \u00e0 aucun moment en ligne de compte. Quelques mois plus tard, quand je serai terroris\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre enceinte parce que je me suis retrouv\u00e9e au bout d\u2019une plaquette avec deux pilules non ing\u00e9r\u00e9es, j\u2019en concevrai une honte et une culpabilit\u00e9 terribles. De cette consultation j\u2019apprends que je suis un type de femme, le type \u201cjeune ado\u201d entra\u00eenant automatiquement une prescription de pilule.<\/p>\n<p>Mais surtout, je compte si peu que l\u2019on se permet de modifier toute la structure hormonale de mon \u00eatre en omettant purement et simplement de me tenir au courant du fonctionnement de la pilule sur ma physiologie. On ne me dit pas que la pilule fonctionne sur le mod\u00e8le hormonal du d\u00e9veloppement d\u2019un f\u0153tus dans mon organisme. Ou si l\u2019on estime que les quelques heures de SVT consacr\u00e9es \u00e0 la question sont suffisantes, on se cache derri\u00e8re son petit doigt. Aujourd\u2019hui, je constate que quantit\u00e9 de femmes ne savent pas que leur contraception fonctionne en faisant croire \u00e0 leur corps qu\u2019elles sont enceintes. Le plus grave \u00e9tant qu\u2019elles l\u2019ignorent. Bien s\u00fbr que je pense que le choix d\u2019une contraception hormonale est forc\u00e9ment le bon s\u2019il convient \u00e0 la personne qui le fait. Mais je pense aussi qu\u2019un vrai choix ne peut se faire qu\u2019en connaissance de cause. Et moi je n\u2019aime pas tellement d\u00e9couvrir toute seule apr\u00e8s dix ans de pilule que je me fais croire que je suis enceinte et puis non, boum, une autre hormone dans ta tronche tout compte fait, allez hop, et comme \u00e7a tous les mois depuis dix ans. Et je ne dis pas que j\u2019aurai refus\u00e9 la pilule \u00e0 cette \u00e9poque en le sachant. Je ne dis m\u00eame pas que je ne reprendrai pas la pilule dans ma vie. Je dis juste que j\u2019aurais bien aim\u00e9 \u00eatre au courant. En fait, je dis que c\u2019est la moindre des choses. Je dis que mon ignorance crasse de mon corps a \u00e9t\u00e9 nourrie aussi \u00e0 ce moment-l\u00e0 de ma vie. Je dis que si des centaines de femmes ignorent comment fonctionne leur contraception, ce n\u2019est pas parce qu\u2019elles sont compl\u00e8tement ignares ou inaccessibles \u00e0 la raison. Personnellement, j\u2019ai subi comme une \u00e9vidence le chambardement hormonal de tout mon \u00eatre pour que mes amants n\u2019aient jamais \u00e0 se poser la question de leur f\u00e9condit\u00e9. Et je dis que le m\u00e9pris de mon int\u00e9grit\u00e9 physique, en regard de mon investissement actif dans le bien-\u00eatre et le confort des hommes qui m\u2019entourent, a \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9 par mon rapport \u00e0 la contraception.<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i>Fabrique de la culpabilit\u00e9 et \u00e9radication de nos exigences<\/i><\/h3>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert ce que je me faisais en prenant la pilule, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s humili\u00e9e de mon ignorance, apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de prise de psychotropes de toutes sortes li\u00e9s \u00e0 mon parcours psychiatrique, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de vivre un peu dans mon vrai corps. C\u2019est-\u00e0-dire un corps non modifi\u00e9 chimiquement. J\u2019ai donc pris la d\u00e9cision de me faire poser un st\u00e9rilet au cuivre. Et je me suis rendue compte qu\u2019alors m\u00eame que je n\u2019\u00e9tais plus psychiatris\u00e9e, il \u00e9tait difficile d\u2019amener une m\u00e9decin \u00e0 consid\u00e9rer comme valables mes imp\u00e9ratifs et mes singularit\u00e9s, ma vraie vie. Une vraie vie qui donc ne peut pas correspondre parfaitement aux r\u00e9sultats de tests en laboratoires sur l\u2019efficacit\u00e9 en soi de m\u00e9thodes contraceptives. Parce que si la pilule test\u00e9e en laboratoire est efficace \u00e0 99%, c\u2019est tant mieux, mais il faut arriver\u00a0\u00e0 consid\u00e9rer que je ne vis pas dans un laboratoire. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 dur de faire entendre \u00e0 cette gyn\u00e9co que j\u2019avais le droit de faire des choix, m\u00eame s\u2019ils \u00e9taient un peu d\u00e9cal\u00e9s par rapport \u00e0 sa conception ferme et d\u00e9finitive de la meilleure contraception indiqu\u00e9e dans tel moment de ma vie, vue ma situation.<\/p>\n<p><i>Je ne veux plus d\u2019hormones, je veux un st\u00e9rilet au cuivre. J\u2019ai 28 ans, oui, je suis en couple depuis des ann\u00e9es, avec un type tr\u00e8s chouette et ma situation est aussi stable que j\u2019en suis capable. Non, cependant je ne pense pas faire d\u2019enfants dans les temps qui viennent. Non, \u00e7a n\u2019est pas du tout une pr\u00e9occupation dans ma vie actuellement. Oui, \u00e9videmment, il est au courant. Non, je ne reviendrai pas dans deux mois en ayant chang\u00e9 d\u2019avis.<\/i> Mais c\u2019est quoi ce plan\u00a0? Oui, je suis une \u201cfemme\u201d, et je sais prendre une d\u00e9cision qui m\u2019engage sur plus d\u2019une demi-seconde. En revanche, si on finit par accepter de me mettre un petit bout de cuivre dans l\u2019ut\u00e9rus, pardon d\u2019exister pour de vrai, mais j\u2019esp\u00e8re bien pouvoir dire dans l\u2019heure ou la semaine qui suit qu\u2019en fait non, \u00e7a me g\u00eane ou \u00e7a me terrorise, ou \u00e7a m\u2019obnubile tellement que je ne peux pas le supporter. Du coup, j\u2019ai endur\u00e9 des r\u00e8gles en continu pendant pr\u00e8s de dix mois. Mais c\u2019est vrai que je ne vois pas bien comment la pression qu\u2019il y a vraiment int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que \u00e7a le fasse pour quelque chose que l\u2019on n\u2019a jamais \u00e9prouv\u00e9 peut aider \u00e0 vivre sereinement un choix de contraception dans un minimum de respect et d\u2019intelligence de son corps. Surtout quand on trimbale, comme moi, un m\u00e9pris de son corps bien arrim\u00e9. J\u2019ai fini par me faire retirer ce st\u00e9rilet au bout de deux ann\u00e9es de cohabitation douloureuse et diminuante.<\/p>\n<p>Il est vrai que j\u2019en avais entendu des atroces pr\u00e9ventions. Faites pour une bonne part d\u2019approximations \u00e9hont\u00e9es et de pr\u00e9jug\u00e9s contenus tout entier dans l\u2019appellation de st\u00e9rilet. Et qu\u2019attention, je peux vivre une grossesse extra-ut\u00e9rine. Et que je me pr\u00e9pare \u00e0 vivre une inflammation quotidienne de mon ut\u00e9rus. Et que mes r\u00e8gles risquent d\u2019\u00eatre beaucoup plus abondantes et beaucoup plus douloureuses que lorsque j\u2019\u00e9tais sous pilule\u2026 Et que j\u2019accepte de prendre le risque, certes infime, mais tout de m\u00eame il faut le savoir, de devenir st\u00e9rile. R\u00e9trospectivement, je trouve signifiant que pour une prescription de pilule on ne m\u2019ait jamais demand\u00e9 si j\u2019\u00e9tais une fumeuse inv\u00e9t\u00e9r\u00e9e, s\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019\u00e9ventuelles interactions m\u00e9dicamenteuses foireuses avec tous les psychotropes que j\u2019ingurgitais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, si cela ne faisait pas dix ans que je prenais les m\u00eames hormones au quotidien\u2026 Non, \u00e0 l\u2019\u00e9poque tout le monde \u00e9tait surtout soulag\u00e9 qu\u2019une suicidaire comme moi soit bien gard\u00e9e de la possibilit\u00e9 de produire un pauvre gosse qu\u2019elle n\u2019aurait pas pu \u00e9lever convenablement. Alors qu\u2019aujourd\u2019hui, dans ma situation, accepter de prendre le risque de devenir st\u00e9rile constitue un d\u00e9but d\u2019anormalit\u00e9. Et puis tout \u00e0 fait ind\u00e9pendamment de la question qui nous pr\u00e9occupe, un st\u00e9rilet, c\u2019est malheureux, mais \u00e7a ne remplit tous les mois les caisses des labos fran\u00e7ais qui sont plus que bien plac\u00e9s sur le march\u00e9 de la pilule.<\/p>\n<p>Dans ce rapport gyn\u00e9cologique pr\u00e9cis, le choix du st\u00e9rilet au cuivre, j\u2019ai bien conscience d\u2019avoir accept\u00e9 pour obtenir la contraception de mon choix, de me sentir coupable et g\u00ean\u00e9e d\u2019avoir des exigences personnelles. J\u2019ai senti que j\u2019avais \u00e0 me justifier, ou du moins \u00e0 m\u2019expliquer sur des choses qui ne regardent personne d\u2019autre que moi. J\u2019ai su que j\u2019avais r\u00e9ussi l\u2019entretien, que j\u2019allais avoir ce que je voulais. Il est heureux que j\u2019aie su articuler mes exigences un peu clairement, et que je me sois sentie assez en forme ce jour-l\u00e0. Sous Loxapac, par exemple, je n\u2019en aurais s\u00fbrement pas \u00e9t\u00e9 capable. En revanche, je n\u2019ai pas eu la force d\u2019avoir des exigences au long cours. Je n\u2019ai pas su estimer assez mon corps pour affirmer qu\u2019on a le droit d\u2019essayer autre chose que ce qui nous est propos\u00e9 d\u2019embl\u00e9e, sans avoir \u00e0 le payer si cher. Pour reconna\u00eetre que je n\u2019\u00e9tais pas forc\u00e9ment la derni\u00e8re des connes, des chieuses haute cat\u00e9gorie d\u2019avoir tent\u00e9. Parce que je ne pouvais pas le savoir, avant de l\u2019avoir \u00e9prouv\u00e9, que je n\u2019allais pas le supporter ce petit bout de truc qui fait de mon ut\u00e9rus une terre hostile aux spermatozo\u00efdes.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les deux entretiens avec la gyn\u00e9co ont quand m\u00eame eu le m\u00e9rite de me mettre sous les yeux un m\u00e9canisme assez int\u00e9ressant du rapport gyn\u00e9cologique. Les rapports que nous entretenons avec les m\u00e9decins charg\u00e9s de prescrire nos contraceptions et certains de nos avortements sont \u00e9videment assez particuliers. Une de ces particularit\u00e9s r\u00e9side dans le fait que nous allons, dans ces cas-l\u00e0, consulter des gyn\u00e9cos alors que nous ne sommes pas malades. Nous venons chercher la solution m\u00e9dicale et l\u00e9gale \u00e0 une d\u00e9cision que nous avons prise. Ce n\u2019est pas commun, \u00e0 bien y regarder, d\u2019aller chez le m\u00e9decin et d\u2019y chercher principalement un technicien capable, autoris\u00e9 l\u00e9galement \u00e0 nous faire ou \u00e0 nous prescrire ce dont nous seules validons l\u2019utilit\u00e9 et la pertinence. Ce n\u2019est pas exactement la m\u00eame chose lorsque nous nous rendons chez le dermato par exemple. Si je vais consulter parce que j\u2019ai un dr\u00f4le de truc sur le bras, je ne suis qu\u2019une question, une demande, une attente, une douleur aussi ou une crainte. Je ne suis d\u00e9cisionnaire de rien de ce qui va se jouer. Ce sera \u00e0 l\u2019expert de m\u2019informer de ce dont je souffre et des m\u00e9thodes dont le corps m\u00e9dical dispose pour \u00e9radiquer mon sympt\u00f4me. Lorsque je vais chez le gyn\u00e9co pour une contraception ou une demande d\u2019IVG, le plus souvent je sais ce qui m\u2019arrive, je sais comment cela s\u2019appelle, j\u2019ai produit mon diagnostic, et je sais ce que je veux comme solution. Si j\u2019h\u00e9site, c\u2019est principalement sur la m\u00e9thode. Je fais moi-m\u00eame mon indication th\u00e9rapeutique. Or, les m\u00e9decins de par leur formation et dans leur pratique quotidienne, entretiennent peu ce genre de rapports avec leurs patient.es. Je comprends ainsi les justifications que l\u2019on m\u2019oblige \u00e0 \u00e9grener\u00a0: comme un moyen pour les praticiens de reprendre le contr\u00f4le de la situation, de r\u00e9affirmer leur pouvoir dans le rapport soignant-soign\u00e9e, tout en m\u2019abreuvant des st\u00e9r\u00e9otypes dont ils sont p\u00e9tris jusqu\u2019\u00e0 la moelle.<\/p>\n<p>Et moi, du coup, cela me r\u00e9-assigne \u00e0 la place de femme qui m\u2019est d\u00e9volue. Cela contribue \u00e0 me faire int\u00e9grer qu\u2019une femme n\u2019a le droit d\u2019exister qu\u2019en s\u2019excusant et en se justifiant de ses choix. Surtout lorsque mes choix ne sont pas tout \u00e0 fait conformes \u00e0 ceux que l\u2019on attend du type de femme auquel je suis suppos\u00e9e correspondre. Et si je me suis gour\u00e9e, le terrain est bien pr\u00e9par\u00e9 pour que je sois dispos\u00e9e \u00e0 les payer de ma personne, ces choix pas dans la ligne.<\/p>\n<p>Et surtout, il me faut toujours garder \u00e0 l\u2019esprit la repr\u00e9sentation de la femme et ne pas trop m\u2019en \u00e9carter si je veux obtenir ce que je d\u00e9sire dans une consultation gyn\u00e9cologique. Il faut que je m\u2019attache \u00e0 policer en moi ce qui n\u2019est pas de l\u2019ordre du st\u00e9r\u00e9otype f\u00e9minin si je veux arriver \u00e0 mes fins. Parce qu\u2019une \u201cfemme\u201d ne peut vouloir se r\u00e9aliser qu\u2019au sein d\u2019un couple stable et avoir des enfants autour de trente ans. Une \u201cfemme\u201d ne se demande pas, quand elle est en \u00e2ge de se reproduire et que les conditions sont r\u00e9unies, si tout compte fait, elle ne voudrait pas plut\u00f4t devenir dompteuse de lion, passer son permis poids lourd ou devenir ferronni\u00e8re par exemple et au hasard. Non pas que ce soit impossible, pas du tout, c\u2019est bien pire. Parce que ce serait tout \u00e0 fait incongru.<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i>Fabrique de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et de la maternit\u00e9<\/i><\/h3>\n<p>Consulter un gyn\u00e9cologue, c\u2019est aussi avoir int\u00e9gr\u00e9 bon nombre d\u2019ali\u00e9nations typiquement f\u00e9minines. C\u2019est d\u2019une certaine mani\u00e8re, dans ce monde d\u2019hommes, \u00eatre une femme qui a r\u00e9ussi. J\u2019entends par l\u00e0, r\u00e9ussi \u00e0 devenir la femme que l\u2019on attend, que l\u2019on esp\u00e8re en chaque femme. Parce qu\u2019aller consulter un gyn\u00e9cologue veut trop souvent dire \u00eatre h\u00e9t\u00e9rosexuelle, install\u00e9e dans un rapport de couple, et prendre en charge les d\u00e9sirs de non-reproduction ou de reproduction de deux \u00eatres pratiquant des rapports sexuels f\u00e9condants.<\/p>\n<p>Une amie m\u2019a racont\u00e9 avoir subi chez une gyn\u00e9cologue un la\u00efus culpabilisant sur le mode c\u2019est quand m\u00eame pas croyable, de nos jours d\u2019\u00eatre \u00e0 ce point irresponsable. Vous \u00eates au courant bon sang qu\u2019il faut absolument avoir un moyen de contraception quand on a des rapports sexuels r\u00e9guliers. L\u2019id\u00e9e m\u00eame que cette amie puisse avoir des rapports homosexuels ne l\u2019a pas effleur\u00e9e une seconde. La m\u00e9decin lui a m\u00eame demand\u00e9 ce qu\u2019elle pouvait bien faire pour elle.<\/p>\n<p>Parce que nous avons \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9es par ce monde, et que l\u2019existence m\u00eame d\u2019un corps de m\u00e9tier comme la gyn\u00e9cologie organise notre ignorance donc notre d\u00e9pendance, toutes, quels que soient nos choix en termes de pratiques sexuelles, quelles que soient nos particularit\u00e9s physiques, nous pouvons tomber dans la n\u00e9cessit\u00e9 de consulter un professionnel. Parce que certaines peuvent d\u00e9velopper un cancer du col de l\u2019ut\u00e9rus. Parce que certaines ont des seins, certaines ont des r\u00e8gles, parce que si nous avons un vagin nous pouvons \u00eatre viol\u00e9es, et tomber enceintes si nous sommes fertiles\u2026 et que rien de tout cela n\u2019a \u00e0 voir avec le fait d\u2019\u00eatre de vraies femmes, ou d\u2019\u00eatre h\u00e9t\u00e9rosexuelles, ou charg\u00e9es de contraception\u2026 M\u00eame si l\u2019on nous essentialise \u00e0 grand renfort de d\u00e9monstrations m\u00e9dicales vaseuses sur les fonctions anatomiques naturelles de nos corps, qui confortent trop souvent un sentiment d\u2019anormalit\u00e9, toutes nous avons des corps diff\u00e9rents les unes des autres, quoi que l\u2019on veuille nous faire croire. Mais nous restons construites pour d\u00e9pendre d\u2019une m\u00e9decine sp\u00e9cifique \u00e0 nos corps de porteuses d\u2019ut\u00e9rus, f\u00e9conds ou non. Et comme une bonne partie de nos \u00e9tats, de nos choix, sont m\u00e9dicalis\u00e9s \u2013 faire du sexe, ne pas se reproduire, attendre un enfant, se d\u00e9charger du poids d\u2019une grossesse avant l\u2019abandon ou l\u2019infanticide\u2026 Nous devons parfois remettre des choix tous personnels entre les mains de professionnels. C\u2019est regrettable, \u00e7a n\u2019est pas de tout temps ni de toutes cultures. Mais ici et maintenant, c\u2019est comme \u00e7a.<\/p>\n<p>Et il est \u00e9vident en papotant avec des copines aux orientations et aux pratiques sexuelles moins norm\u00e9es, que la gyn\u00e9cologie n\u2019est pas pour elles. La gyn\u00e9cologie est faite pour r\u00e9pondre \u00e0 des probl\u00e9matiques de gestion, m\u00eame si elle permet de solutionner des probl\u00e8mes individuels. Ce n\u2019est pas du tout incompatible. La gyn\u00e9cologie semble avoir pour fonction sociale principale d\u2019encourager les \u00eatres biologiquement f\u00e9minins \u00e0 int\u00e9grer, gr\u00e2ce \u00e0 tous les appuis et secours de la science, une id\u00e9e de leur nature. Et de nous conformer au r\u00f4le qui en d\u00e9coule. La gyn\u00e9cologie fabrique tr\u00e8s notablement des femmes bien norm\u00e9es en \u00e9tant officiellement une m\u00e9decine de toutes les femmes mais en ne s\u2019adressant qu\u2019\u00e0 ses bonnes \u00e9l\u00e8ves, celles qui ont des rapports f\u00e9condants, celles qui sont responsables de leur contraception, celles qui font le choix de la maternit\u00e9 dans les cadres sociaux valoris\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>La gyn\u00e9cologie impose notamment aux individues qui rentrent dans son champ d\u2019action la probl\u00e9matique de la maternit\u00e9 comme une \u00e9vidence du fait de poss\u00e9der un appareil reproducteur de gestation de f\u0153tus. Parce que socialement la femme n\u2019a d\u2019int\u00e9r\u00eat que lorsqu\u2019on peut la contenir dans son essence reproductrice. Parce que cette fonction lie nos vies \u00e0 un destin tout \u00e9crit de m\u00e8re. Parce que cette fonction nous contient dans le sillon trac\u00e9 de la production et de l\u2019\u00e9levage d\u2019enfants. Et ce r\u00f4le justifie historiquement, \u00e9conomiquement et socialement notre mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la vie publique, de la vie politique. En exterminant simplement en nous tout d\u00e9sir d\u2019existence autod\u00e9termin\u00e9e. \u201cL\u2019effet secondaire\u201d est imm\u00e9diat, les hommes ont la place pour tout le reste.<\/p>\n<p>Mettre au monde un enfant semble \u00eatre \u00e0 mille \u00e9gards pour certaines une exp\u00e9rience particuli\u00e8rement riche, bouleversante et tout et tout\u2026 Mais je connais aussi des femmes qui ont rempli leur vie d\u2019une foultitude d\u2019exp\u00e9riences riches sans enfanter et sans en concevoir de manque particulier, pas plus que de n\u2019\u00eatre pas devenue chanteuse de bluegrass, experte en vinyles originaux des Rolling Stones ou reproductrice de bl\u00e9s anciens vou\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre.<\/p>\n<p>Parce que c\u2019est inqui\u00e9tant de voir resurgir en Espagne, avec la proposition de loi visant \u00e0 restreindre terriblement les conditions de l\u2019avortement\u00a0; parce que c\u2019est inqui\u00e9tant de lire entre les lignes ou en toutes lettres dans les manifs d\u2019int\u00e9gristes de tous poils\u00a0; parce que c\u2019est choquant d\u2019entendre dans les r\u00e9actions face \u00e0 la question de l\u2019infanticide\u00a0: que les femmes doivent savoir effacer leurs exigences, leurs d\u00e9sirs, leurs ambitions, pour faire passer le produit de leurs rapports sexuels f\u00e9condants avant elles. Et peu importe visiblement que ces rapports sexuels f\u00e9condants aient pu \u00eatre violents, subis, contraints, marchand\u00e9s, obtenus par chantage affectif ou financier\u2026 Les embryons, les non-n\u00e9.es, les potentiel.les enfants, ont une place \u00e9norme en regard de la place accord\u00e9e aux personnes bien vivantes, existantes que sont leurs \u00e9ventuelles g\u00e9nitrices.<\/p>\n<p>Et parce que c\u2019est trop souvent en prouvant, en justifiant de l\u2019impossibilit\u00e9 de pouvoir bien accueillir un enfant que l\u2019on est le mieux trait\u00e9es par les techniciens qui se chargent de nos IVG ou de nous prescrire des moyens de contraception. Nous devons faire \u00e9tat d\u2019une situation de couple instable, d\u2019une grande pr\u00e9carit\u00e9 financi\u00e8re, d\u2019une trop grande jeunesse, ou d\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 des enfants. Parfois, on voudra m\u00eame savoir si notre \u00ab\u00a0compagnon\u00a0\u00bb, qui donc ne pratique vraisemblablement aucun moyen de contraception, est au courant, s\u2019il est d\u2019accord\u2026 On exige de nous la d\u00e9monstration convaincante d\u2019\u00f4 combien ce refus de l\u2019\u00e9tape indiscut\u00e9e, in\u00e9vitable et par d\u00e9finition \u00e9panouissante de la condition f\u00e9minine qu\u2019est la maternit\u00e9 est due \u00e0 une d\u00e9tresse. Ou une incapacit\u00e9. Et cette d\u00e9tresse comme cette incapacit\u00e9 doivent \u00eatre validables par un homme, par un adulte si nous sommes mineures, et dans tous les cas par des m\u00e9decins.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas question de nier qu\u2019un avortement puisse \u00eatre une \u00e9tape tr\u00e8s douloureuse de la vie d\u2019une personne. Il est question de dire que d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 la \u00ab\u00a0d\u00e9tresse\u00a0\u00bb devient une norme attendue, il faut la questionner. Il est question de dire que si nous \u00e9prouvons de la honte, de la culpabilit\u00e9 ou un sentiment d\u2019\u00e9chec parce que nous avortons\u2026 nous devrions savoir nous f\u00e9liciter tous les autres mois des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes et \u00e0 venir o\u00f9 nous ne sommes pas tomb\u00e9es enceintes. Donc reconna\u00eetre que de choisir quand et comment nous nous reproduisons reste, m\u00eame en 2014, m\u00eame en France, un combat. Ardu. De chaque mois.<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i>Reconduction de soumissions sp\u00e9cifiques<\/i><\/h3>\n<p>Enfin, si la question de la maternit\u00e9 ou de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 saute aux yeux quand on parle de gyn\u00e9cologie, je vois d\u2019autres m\u00e9canismes de fabrication de la condition f\u00e9minine qui sont reconduits par les rapports que nous entretenons avec nos experts. Et pas des moindres.<\/p>\n<p>Chez le gyn\u00e9cologue, nous avons appris que nos exigences, nos petites particularit\u00e9s, nos m\u00e9canismes de protection \u00e9taient au mieux ridicules, sinon compl\u00e8tement exub\u00e9rants quand nous avons essay\u00e9 de savoir, par g\u00eane, par pudeur, par timidit\u00e9, s\u2019il ne serait pas possible s\u2019il vous pla\u00eet de garder le tee-shirt pendant le frottis ou de remettre la culotte pendant la palpation des seins. Non, mais on peut garder nos chaussettes. Bon, du coup, quand on me dit apr\u00e8s, vous avez des questions\u00a0? il va de soi que je n\u2019en ai pas. Si les m\u00e9decins que je consulte pour prendre soin du rapport que j\u2019entretiens avec mon sexe n\u2019ont pas trente secondes \u00e0 perdre en d\u00e9shabillage ou rhabillage qui suffiraient \u00e0 me mettre un peu moins mal \u00e0 l\u2019aise, je me vois mal exposer en confiance toutes les craintes, les doutes et les questions qui me squattent l\u2019enc\u00e9phale. La fabrique de l\u2019ignorance et la honte de notre ignorance puis la d\u00e9testation de notre faiblesse s\u2019ancre aussi dans de tout petits d\u00e9tails. Chez le gyn\u00e9cologue, nous avons aussi appris tr\u00e8s concr\u00e8tement \u00e0 nous abstraire de nos sexes. Nous avons appris tr\u00e8s simplement, par exp\u00e9rience, que nous pouvions \u00eatre mortes aux sensations lors de l\u2019intrusion d\u2019un speculum par exemple. Et nous avons aussi appris \u00e0 taire les tiraillements, la g\u00eane physique de l\u2019intrusion, les sensations d\u00e9sagr\u00e9ables de peur de faire chier le m\u00e9decin. De peur aussi de lui faire perdre son temps pr\u00e9cieux. Et peut-\u00eatre parce que nous pensions que toutes les autres le vivaient bien et que nous devions \u00eatre la seule \u00e0 \u00eatre aussi douillette. Ou simplement parce que nous avons d\u00e9j\u00e0 bien int\u00e9gr\u00e9 que les \u201cfemmes\u201d sont par d\u00e9finition trop douillettes. Et que c\u2019est le comble du ridicule d\u2019avoir mal dans le sexe, et surtout, c\u2019est la honte de le dire. D\u2019ailleurs, c\u2019est ce que l\u2019on nous a dit \u00ab\u00a0mais non, \u00e7a ne fait pas mal\u2026\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c\u2019est fini, vous n\u2019avez d\u00e9j\u00e0 plus mal\u00a0\u00bb. Et apr\u00e8s quand j\u2019ai fait l\u2019amour avec des hommes en en concevant de l\u2019ennui ou de la g\u00eane, ou de la douleur, j\u2019ai su l\u2019endurer. Je savais le subir en me coupant de mon sexe, j\u2019avais appris \u00e0 le faire et j\u2019ai trouv\u00e9 cela normal. Aussi parce que j\u2019avais appris que j\u2019en \u00e9tais capable. Et pas uniquement th\u00e9oriquement. Physiquement. Et jamais je n\u2019en \u00e9tais morte d\u2019autre chose que de honte, alors\u2026 En discutant avec des amies, des copines, j\u2019ai entendu cette phrase \u00ab\u00a0moi, chez le gyn\u00e9co, je me coupe en deux\/je m\u2019abstrais\/j\u2019arrive \u00e0 ne plus y penser\u00a0\u00bb beaucoup trop de fois pour ne pas la relever comme \u00e9tant particuli\u00e8rement signifiante.<\/p>\n<p>Et si ensuite nous nous croyons frigides, ou nous nous d\u00e9couvrons faibles et concevons une bien pi\u00e8tre estime de nous-m\u00eames et de nos corps, et si on se d\u00e9go\u00fbte, si on a envie de pleurer, si on ne se sent pas bien du tout, on nous enverra chercher une explication chez Freud ou chez un psy. Et l\u2019on nous racontera que nous ne sommes pas assez matures sexuellement, ou que nous sommes d\u00e9prim\u00e9es, ou que nous souffrons d\u2019un trouble du d\u00e9sir sexuel hypoactif. Par bonheur, des labos bossent \u00e0 nous concocter une pilule miracle pour rebooster tout \u00e7a. Tout ce qui dysfonctionne chez les femmes, si myst\u00e9rieuses, soumises aux humeurs de leurs ut\u00e9rus. Les femmes qui sont int\u00e9gralement r\u00e9ductibles \u00e0 leur sexe, d\u00e9termin\u00e9es par leurs seules hormones\u2026 Les femmes qui, donc, sont r\u00e9gulables.<\/p>\n<p>Quand une amie m\u2019a racont\u00e9 que la sage-femme qu\u2019elle voyait pour son suivi de grossesse lui demandait de lui dire quand elle \u00e9tait pr\u00eate pour le toucher vaginal, je suis une fois de plus tomb\u00e9e dans un ab\u00eeme de perplexit\u00e9 et de souvenirs humiliants. Tout au long de mes rapports avec des gyn\u00e9cologues, je me suis laiss\u00e9e p\u00e9n\u00e9trer et je n\u2019ai pas le souvenir d\u2019avoir jamais eu \u00e0 donner le signal moi-m\u00eame que c\u2019\u00e9tait bon pour moi. Et apr\u00e8s, dans la vie de tous les jours, dans ma vie civile de femme, je me suis sentie coupable et cruche et une pauvre merde de ne pas arriver \u00e0 dire\u00a0:\u00a0non pas maintenant, non pas comme \u00e7a, non c\u2019est trop t\u00f4t, ou non, tout compte fait, \u00e7a ne me le fait pas, retire-toi, je ne veux plus. Pauvre gourde, faible et responsable par-dessus le march\u00e9 d\u2019avoir su int\u00e9grer tr\u00e8s vite que son corps ne lui appartient pas, que tout un tas de choses allait pouvoir y rentrer en se passant de son avis, qu\u2019elle n\u2019a pas dans ce monde \u00e0 exiger d\u2019exister dans un corps int\u00e8gre qui a une valeur en soi. Alors quand on affirme qu\u2019en d\u00e9pit de tout contexte, une femme doit avoir le droit de dire \u201cnon\u201d m\u00eame quand elle est nue, au lit avec un homme ou une femme \u2026 \u00e7a me fait doucement rigoler. Parce que chez bien des m\u00e9decins \u00e7a ne se passe pas comme \u00e7a. \u00c0 l\u2019endroit m\u00eame, dans le rapport pr\u00e9cis o\u00f9 nous sommes cens\u00e9es prendre soin de nos corps et de notre sexualit\u00e9. Bien s\u00fbr qu\u2019on le sait quand on va chez le gyn\u00e9co qu\u2019on va se prendre un speculum dans la chatte. Mais le consentement qui n\u2019est jamais que l\u2019autorisation ou l\u2019accord donn\u00e9 \u00e0 un acte, ne peut \u00eatre tacite, par d\u00e9finition. Elle n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas mirobolante cette libert\u00e9 qui consiste \u00e0 avoir encore le droit d\u2019\u00e9ventuellement pouvoir donner son accord \u00e0 une proposition. Alors si nos m\u00e9decins s\u2019en passent comme d\u2019une formalit\u00e9 de bas \u00e9tage, il n\u2019y a pas beaucoup de chemin \u00e0 parcourir pour admettre comme un fait que dans notre monde, le consentement des femmes n\u2019est effectivement qu\u2019une formalit\u00e9 de bas \u00e9tage.<\/p>\n<p>Parce que non, nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9es, loin s\u2019en faut, dans la m\u00e9fiance des m\u00e9canismes de domination que nous aurions \u00e0 subir de la part des hommes. Nous n\u2019avons m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9es \u00e0 les remarquer\u2026 alors les m\u00e9canismes de prise de pouvoir par les m\u00e9decins sur nos corps\u2026<\/p>\n<p>Parce que les hommes sont construits pour \u00eatre sujets de leurs vies, tandis que nous devrions rester de jolis objets, doux au toucher, destin\u00e9s \u00e0 leur rendre l\u2019existence moins merdique. Parce que, de fait, la critique est l\u2019apanage d\u2019hommes blancs et bourgeois, et en tous cas pas des \u201cfemmes\u201d, et encore moins des prolotes. Parce que la technique est plut\u00f4t l\u2019apanage des hommes, parce que le discours est plut\u00f4t l\u2019apanage des hommes, parce que la politique, la vie sociale et publique, l\u2019activit\u00e9 choisie, l\u2019ind\u00e9pendance affective, l\u2019autod\u00e9termination sont plut\u00f4t l\u2019apanage des hommes\u2026<\/p>\n<p>Parce que c\u2019est la m\u00e9decine qui cr\u00e9e la fronti\u00e8re entre les \u201chommes\u201d et les \u201cfemmes\u201d\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Note des \u00c9pineuses (Nd\u00c9) : Tel qu\u2019on le comprend, il ne s\u2019agit pas de la\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1524#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>]. Parce que la science m\u00e9dicale se fonde sur une repr\u00e9sentation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de la femme et y conforme tous les \u00eatres dot\u00e9.es d\u2019un ut\u00e9rus, ou de seins, ou d\u2019ovaires. Parce qu\u2019 \u00ab\u00a0\u00eatre une femme\u00a0\u00bb n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019un r\u00f4le dont on a plus ou moins bien int\u00e9gr\u00e9 le texte. Enfin, parce que rien de tout cela n\u2019est plus naturel apr\u00e8s des milliers d\u2019ann\u00e9es de civilisation.<\/p>\n<p>Parce que je sens combien la m\u00e9decine fournit les moyens techniques nous permettant de remettre ind\u00e9finiment \u00e0 demain la r\u00e9volution de tous les rapports auxquels nous sommes confront\u00e9.es quotidiennement, m\u00eame lorsque nous nous y sentons pi\u00e9tin\u00e9.es, m\u00e9pris\u00e9.es ou avili.es.<\/p>\n<p>Nous devrions nous saisir de tous les moments de nous parler, pour construire une critique des mani\u00e8res dont on nous conforme \u00e0 ce r\u00f4le enfermant et niant qu\u2019est celui d\u2019 \u00ab\u00a0\u00eatre une femme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il y a encore tellement de textes \u00e0 \u00e9crire qui pourraient commencer par \u00ab\u00a0si l\u2019on ne na\u00eet pas femme\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il reste tant de choses \u00e0 raconter et \u00e0 d\u00e9crire, de la pathologisation des grossesses, de la m\u00e9dicalisation des naissances, des intersexualit\u00e9s, des choix d\u2019une contraception d\u00e9finitive, des transsexualit\u00e9s, des m\u00e9nopauses, des cancers, des vieillesses dans des corps de \u201cfemme\u201d\u2026<\/p>\n<p>Et \u00e7a n\u2019est pas si compliqu\u00e9, vous verrez, de se dire \u00ab\u00a0t\u2019es all\u00e9e chez le gyn\u00e9co derni\u00e8rement\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Puis de voir s\u2019\u00e9panouir ce dont nos paroles sont capables, sans comprendre pourquoi on n\u2019a pas essay\u00e9 plus t\u00f4t. Parce qu\u2019une fois qu\u2019on le leur permet, nos mots sont tout \u00e0 la fois une bo\u00eete de Pandore et une corne d\u2019abondance qui ne se tarit jamais.<\/p>\n<p>C.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Aux amies de chacune de mes journ\u00e9es, \u00e0 celles qui ne sont pas du quotidien mais qui inspirent chaque jour n\u00e9anmoins, aux copines d\u2019une unique conversation passionnante, aux amies des voyages, des d\u00e9tours, des visites, \u00e0 mes frangines, \u00e0 nos grand-m\u00e8res, et \u00e0 Catherine. (\u00c0 quelques hommes aussi, rares et tri\u00e9s sur le volet). \u00c0 celles avec lesquelles nous avons su construire ces moments complices, confiants, dr\u00f4les, tendres, d\u2019intelligence partag\u00e9e, de non-mixit\u00e9. Ce texte est tiss\u00e9 de vos mots, sa mati\u00e8re est nos histoires, et son intention la poursuite de nos amiti\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 ce que nos vies deviennent des existences. Et encore apr\u00e8s\u2026<\/p><\/blockquote>\n<h3 class=\"spip\">Pour poursuivre la route<\/h3>\n<p>On t\u2019invite \u00e0 bouquiner la brochure S\u2019armer jusqu\u2019aux l\u00e8vres qui constitue une bonne bo\u00eete \u00e0 outils pour aller affronter un rendez-vous choisi ou subi avec unE gyn\u00e9cologue. On te met le texte de pr\u00e9sentation de la brochure, qui est trouvable sur le site infokiosques.net\u2009. Et puis parce que c\u2019est important \u00e0 nos yeux de faire appara\u00eetre des articulations possibles entre pens\u00e9e et action, tu trouveras \u00e0 la suite diff\u00e9rents communiqu\u00e9s trouv\u00e9s sur internet revendiquant des attaques contre l\u2019ordre patriarcal.<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i>S\u2019armer jusqu\u2019aux l\u00e8vres\u00a0: Quelques outils d\u2019auto-d\u00e9fense gyn\u00e9cologique \u00e0 l\u2019usage de toutes les femmes\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Et \u00e0 toute personne qui a un vagin et qui a besoin de s\u2019adresser parfois \u00e0\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1524#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>]<\/i><\/h3>\n<p>Nous sommes tr\u00e8s nombreuses \u00e0 vivre nos consultations gyn\u00e9cologiques comme des moments p\u00e9nibles, culpabilisants, ou m\u00eame humiliants. Nous sommes nombreuses \u00e0 y avoir subi des gestes d\u00e9plac\u00e9s, douloureux, des remarques choquantes, des attitudes blessantes, voire des abus notoires.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, dans l\u2019histoire de notre corps, les gyn\u00e9cologues sont parfois les premi\u00e8res personnes \u00e0 toucher et \u00e0 observer notre sexe, avant m\u00eame que nous l\u2019ayons nous-m\u00eames explor\u00e9, avant m\u00eame que des personnes que nous avons choisi-es le regardent, le touchent, lui apportent de la tendresse, du plaisir. Pourtant, on n\u2019en parle pas souvent. On s\u2019habitue \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une surveillance r\u00e9guli\u00e8re, d\u2019un passage obligatoire sur les \u00e9triers. On se croit alors parfois oblig\u00e9es, lors des consultations gyn\u00e9cologiques, de subir certaines pratiques brutales, certaines violences d\u00e9guis\u00e9es en protocoles m\u00e9dicaux, et on finit par les consid\u00e9rer comme banales, ordinaires.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de cette brochure est n\u00e9e de rencontres entre des femmes qui cherchent \u00e0 se r\u00e9approprier leur corps en \u00e9changeant ensemble des connaissances, des pratiques d\u2019autonomie et des discussions autour de la sexualit\u00e9 et de la sant\u00e9. Des femmes qui en ont eu ras-le-bol des m\u00e9decins et des labos pharmaceutiques. Des personnes qui partagent un commun f\u00e9ministe et cherchent \u00e0 r\u00e9sister contre toutes les formes de domination (li\u00e9e aux diff\u00e9rences de genre, de classe, de couleur, de sexualit\u00e9, de force physique, de bagage culturel et linguistique, d\u2019\u00e2ge, de lieu, de mode de vie, etc.).<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i>Barcelone\u00a0: Attaque contre la Fondation Vidal i Barraquer<\/i><\/h3>\n<p>La nuit derni\u00e8re (du 9 au 10 f\u00e9vrier 2014) nous avons bris\u00e9 toutes les vitres de la Fundaci\u00f3n Vidal i Barraquer, dans le quartier de Sant Gervasi \u00e0 Barcelone en raison de leur complicit\u00e9 avec la Conf\u00e9rence \u00c9piscopale pour emp\u00eacher les avortements. Nous participons ainsi aux journ\u00e9es de lutte du f\u00e9minisme autonome contre la nouvelle loi et pour l\u2019avortement libre et gratuit.<\/p>\n<p>Nous savons qu\u2019une action n\u2019impliquant que du verre bris\u00e9 n\u2019est pas en soi une r\u00e9volution, mais la somme de tous les verres bris\u00e9s cette semaine-ci et de toutes les actions qui viendront contre la nouvelle loi sont une expression \u00e9vidente de la rage qui monte \u00e0 l\u2019encontre de tous ceux qui pr\u00e9tendent d\u00e9cider de nos corps, que ce soient les partis politiques, l\u2019\u00c9glise ou quelque autre institution du m\u00eame genre. La Fundaci\u00f3n Vidal i Barraquer est une de ces institutions dites &nbsp;&raquo; en faveur de la vie&nbsp;&raquo; incluse dans le Dioc\u00e8se de la Conf\u00e9rence \u00c9piscopale, et qui, sous couvert de \u00ab\u00a0m\u00e9diation\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0soutien juridique\u00a0\u00bb, se charge de manipuler les femmes que lui envoie Pro Vie Catalogne, pour qu\u2019elles n\u2019avortent pas.<\/p>\n<p>Son r\u00f4le fait partie du m\u00e9canisme d\u2019oppression qui condamne de nombreuses femmes \u00e0 \u00eatre m\u00e8res, alors qu\u2019elles ne le d\u00e9sirent pas ou ne peuvent pas se le permettre. Leur id\u00e9e de la famille perp\u00e9tue le syst\u00e8me patriarcal, ce m\u00eame syst\u00e8me qui provoque les abus contre des enfants et la soumission au macho, avec des cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices et trop souvent la mort au bout&#8230; Pro-Vie\u00a0? C\u2019est pourquoi nous les ciblons, et des vitres bris\u00e9es nous semblent une bonne forme d\u2019expression. D\u00e9sormais nous n\u2019allons plus rester calmes.<\/p>\n<p>Finie la paix sociale\u00a0!<\/p>\n<p>Pour la radicalisation et la g\u00e9n\u00e9ralisation des expressions de rage, y compris \u00e0 partir du f\u00e9minisme\u00a0!<\/p>\n<p>Pour la mort du patriarcat sous toutes ses formes\u00a0!<\/p>\n<p>La semaine de lutte n\u2019a fait que commencer pour se transformer en cauchemar pour eux toute l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Ni Dieu, Ni ma\u00eetre , Ni Etat, Ni Mari, Ni Parti\u00a0!<\/p>\n<p>[Traduit de l\u2019espagnol d\u2019Indy Barcelone, 10 f\u00e9vrier 2014]<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i>Barcelone\u00a0: Attaque du local de &laquo;&nbsp;Familia Unida&nbsp;&raquo;<\/i><\/h3>\n<p>La semaine derni\u00e8re, dans le cadre de l\u2019appel ouvert \u00e0 des actions lors d\u2019une semaine de lutte en d\u00e9fense de l\u2019avortement libre et s\u00fbr, un groupe de femmes, lesbiennes et trans a attaqu\u00e9 le local utilis\u00e9 par &laquo;&nbsp;Familia Unida&nbsp;&raquo; situ\u00e9 Gran V\u00eda de les Corts Catalanes n\u00ba 318.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents cadenas de leur local ont \u00e9t\u00e9 p\u00e9t\u00e9s, des slogans en faveur de l\u2019avortement ont \u00e9t\u00e9 tagu\u00e9s et leur enseigne a \u00e9t\u00e9 remplie de peinture.<\/p>\n<p>Entre autres horreurs, Familia Unida est connue pour tenter de &laquo;&nbsp;soigner&nbsp;&raquo; de &laquo;&nbsp;leur lesbianisme&nbsp;&raquo; les femmes et les lesbiennes du quartier de Sants (et tout le monde, en r\u00e9alit\u00e9&#8230;).<\/p>\n<p>Du coup, \u00e0 travers cette action symbolique, nous pr\u00e9tendons montrer notre refus le plus absolu de cette \u00e9ni\u00e8me pi\u00e8ce du puzzle du syst\u00e8me r\u00e9trograde, patriarcal et lesbophobe que nous voulons, et ferons tomber\u00a0!<\/p>\n<p>Contre leur oppression, action\u00a0!<\/p>\n<p>Si vous occupez nos corps, nous occuperons vos temples\u00a0! (ou vos locaux, ou&#8230;) fdo. quelques unes des tant et tant f\u00e9ministes autonomes qui sont descendues dans la rue, et continueront de le faire de toutes les mani\u00e8res possibles contre ce syst\u00e8me patriarcal, qui pr\u00e9tend maintenant nous refuser de d\u00e9cider de nos corps\u00a0!<\/p>\n<p>Avortement libre et gratuit\u00a0!<\/p>\n<p>[Traduit de l\u2019espagnol d\u2019Indy Barcelone, 13 f\u00e9vrier 2014]<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i>Barcelone\u00a0: Attaque contre Radio Estel<\/i><\/h3>\n<p>Lors de cette semaine d\u2019actions autonomes contre l\u2019ill\u00e9galisation de l\u2019avortement, nous sommes sorties dans la rue pour ajouter notre expression de rage. Le jeudi 6 au matin, nous avons attaqu\u00e9 [8 vitres bris\u00e9es] les bureaux de Radio Estel (radio de l\u2019archev\u00each\u00e9 de Barcelone) et si\u00e8ge de la revue Catalunya Cristiana, au croisement des rues Puggar\u00ed et Comtes de Bell.lloc, dans le quartier de Sants.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019agir contre cette radio parce qu\u2019elle est un moyen de communication au service de la Conf\u00e9rence \u00c9piscopale, qui sous couvert d\u2019information tente d\u2019endoctriner et de manipuler avec &laquo;&nbsp;cat\u00e9chisme&nbsp;&raquo;, en d\u00e9fendant le mod\u00e8le social patriarcal, misogyne et normatif contre lequel nous luttons. C\u2019est pour cela qu\u2019en d\u00e9fense de la lutte f\u00e9ministe et en auto-d\u00e9fense de nos vies, nos id\u00e9es et nos propres corps, nous avons bris\u00e9 les vitres et laiss\u00e9 un tag\u00a0: \u201cEl meu cos, la meva decisio\u201d [&laquo;&nbsp;Mon corps ma d\u00e9cision&nbsp;&raquo;, NdT].<\/p>\n<p>Leur morale catholique pourrie nous d\u00e9becte, au m\u00eame titre que nous d\u00e9testons l\u2019\u00c9tat et ses artifices politiques et l\u00e9galistes. Une fois de plus, le rapport entre les deux institutions, l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat, pour maintenir leur autorit\u00e9 et leur pouvoir patriarcal, est \u00e9vident. Ils veulent arracher notre autonomie, notre capacit\u00e9 de d\u00e9cision, de penser par nous-m\u00eames et d\u2019agir en cons\u00e9quence avec ce que nous avons besoin et ressentons. Le choix de ne pas \u00eatre m\u00e8re deviendra un luxe que seules les riches pourront se permettre ou un risque pour la sant\u00e9 et la vie de celles qui ne pourront pas se payer une clinique clandestine s\u00fbre.<\/p>\n<p>Nous ne sommes pas dispos\u00e9es \u00e0 permettre qu\u2019ils tentent de nous poss\u00e9der. Jamais nous n\u2019accepterons qu\u2019ils d\u00e9cident \u00e0 notre place et nous continuerons de nous d\u00e9fendre contre tous ceux qui veulent nous contraindre \u00e0 n\u2019\u00eatre que des reproductrices de leur syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Ni Dieu, ni \u00c9tat, ni Mari<\/p>\n<p>Mort au patriarcat<\/p>\n<p>[Traduit de l\u2019espagnol d\u2019Indy Barcelone, 09 f\u00e9vrier 2014]<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i>Toulouse\u00a0: Nues, ivres ou isol\u00e9es, nous ne sommes pas des proies\u00a0!<\/i><\/h3>\n<p>Dans la nuit du 28 au 29 [avril 2016, Nd\u00c9], les locaux de la D\u00e9p\u00eache Interactive ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s.<\/p>\n<p>La D\u00e9p\u00eache n\u2019est pas une forteresse inattaquable. Tous les grands groupes ont leurs faiblesses, \u00e0 nous d\u2019\u00eatre inventives, rus\u00e9es et suffisamment perspicaces pour les trouver. La D\u00e9p\u00eache Interactive est une branche du groupe La D\u00e9p\u00eache. Cela suffit \u00e0 nous en faire une cible.<\/p>\n<p>Les raisons de nuire aux m\u00e9dias ne se comptent plus. C\u2019est m\u00eame un discours plut\u00f4t r\u00e9pandu chez celles et ceux qui ont compris que l\u2019opinion publique ne sera jamais notre amie. Cette attaque est une r\u00e9action \u00e0 la publication d\u2019un article\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"L\u2019article en question relate l\u2019arrestation d\u2019une femme nue place du Capitole\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1524#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>]\u00a0propageant l\u2019id\u00e9e que &laquo;&nbsp;nous, femmes&nbsp;&raquo; cr\u00e9ons les conditions de nos agressions, en n\u2019incarnant pas le mod\u00e8le fa\u00e7onn\u00e9 par les d\u00e9sirs des hommes, qui nous veut silencieuses, soumises, ob\u00e9issantes, et objet de consommation.<\/p>\n<p>Les marteaux qui cette fois visent des vitres &#8211; comme ils pourraient viser des t\u00eates &#8211; arment notre rage envers toutes celles et ceux qui renforce la culture du viol. Cette action est une foul\u00e9e de plus dans le chemin sans fin de notre lib\u00e9ration de toutes les oppressions. Nous ne le r\u00e9p\u00e9terons visiblement jamais assez, le viol n\u2019est pas l\u2019acte isol\u00e9 d\u2019un dangereux individu qui guetterait au coin d\u2019une ruelle, mais bien, sinon une arme, souvent la menace et la punition corrective pour toutes les meufs qui ont fait de la r\u00e9bellion leur vie ou simplement cherchent \u00e0 sortir de la cage qu\u2019est le patriarcat. Et c\u2019est toujours le reflet d\u2019un monde qui envisage les femmes comme des objets \u00e0 soumettre.<\/p>\n<p>Les m\u00e9dias nous instrumentalisent pour distiller la peur, en cr\u00e9ant un besoin de s\u00e9curit\u00e9 auquel il faudrait r\u00e9pondre, dans l\u2019urgence, par toujours plus de contr\u00f4le sur nos vies, de cameras, de relev\u00e9s ADN. Illes ne cherchent pas \u00e0 nous prot\u00e9ger, ce discours est un leurre pour augmenter leur domination.<\/p>\n<p>Nous ne voulons pas d\u00e9l\u00e9guer notre protection, mais essayons de nous organiser pour nous d\u00e9fendre, et attaquer est une fa\u00e7on de le faire.<\/p>\n<p>Sous entendre, comme le fait Jean Cohadon dans son article, que l\u2019alcool et la drogue sont des probl\u00e8mes r\u00e9currents chez les meufs qui ne peuvent \u00eatre dissoci\u00e9s des viols et autres agressions dont elles font l\u2019objet, c\u2019est tenir leurs jambes \u00e9cart\u00e9es pendant que les bourreaux font leurs affaires. Ce journaleux m\u00e9diocre, passionn\u00e9 de faits divers et d\u2019intervention polici\u00e8res et un des milliers de complices impuni.e.s auxquel.le.s personne ne songe, ou n\u2019ose, s\u2019attaquer. La D\u00e9p\u00eache, publiant son article dans leur torchon inf\u00e2me, en est une autre.<\/p>\n<p>Nous nous organisons, entre meufs, pour qu\u2019un jour nous ne nous en prenions plus seulement \u00e0 des vitres et \u00e0 des murs mais bien aux gens et gentes qui se cachent derri\u00e8re, et qui sont celles et ceux qui font l\u2019objet de notre haine. Nous voulons qu\u2019illes aient peur, qu\u2019illes sachent que leurs agissement ne resteront pas toujours sans r\u00e9ponse. Nous voulons qu\u2019illes pensent \u00e0 toutes ces meufs v\u00e9n\u00e8res qui les guettent au coin d\u2019une ruelle, et qui r\u00eavent d\u2019un jour leur enfoncer un marteau dans le coeur. Illes veulent nous rendre responsables des horreurs qu\u2019ils nous font subir, nous voulons que la peur change de camp.<\/p>\n<p>Cette action est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 toutes les meufs \u00e9nerv\u00e9es, nous esp\u00e9rons par l\u00e0 chauffer vos c\u0153urs.<\/p>\n<p>Que les actions contre le patriarcat se multiplient\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c0 vos marteaux&#8230; Pr\u00eates\u00a0? Partez\u00a0!<\/p>\n<h3 class=\"spip\"><i>Rennes\u00a0: Petit retour de b\u00e2ton chez Bagelstein<\/i><\/h3>\n<p>Cette nuit, comme toutes les nuits, on avait la rage.<\/p>\n<p>Et cette fois, dans la nuit de dimanche \u00e0 lundi [5 juin 2017, Nd\u00c9], on a \u00e9t\u00e9 d\u00e9foncer les vitrines du Bagelstein\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Dont le connard de patron, soutenu par ses potes keufs et juge, ont foutu 4\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1524#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>].<\/p>\n<p>Bagelstein, cible parmi d\u2019autres, qui voudrait contr\u00f4ler avec qui et comment on baise, \u00e0 quoi devrait ressembler nos corps, qui voudrait que le blanc soit une couleur sup\u00e9rieure, et tant d\u2019autres merdes qui nous enferment au quotidien.<\/p>\n<p>On l\u2019a fait aussi parce que cette marche de la gay pride nous laisse un go\u00fbt amer, polic\u00e9 et fade.<\/p>\n<p>Alors ce geste, c\u2019est pour kiffer notre fin de week-end. Pour nous, d\u2019abord, et aussi pour les autres queers, les putes, les p\u00e9d\u00e9s, les moches, les travelos, les arabes, les gros.ses, les fous, les noir.es, les gouines, les roms, les pas normal.e.s &#8230; qu\u2019on pas envie de s\u2019int\u00e9grer mais de d\u00e9foncer toutes les cases.<\/p>\n<p>Sortons notre rage du placard\u00a0!<\/p>\n<p>P.S\u00a0: Des salons d\u2019esth\u00e9ticiennes jusqu\u2019aux \u00e9glises, des m\u00e9dias aux h\u00f4pitaux psy, du connard qui mate dans la rue aux matons&#8230; vous \u00eates dans notre ligne de mire\u00a0!<\/p>\n<p class=\"signature\"><span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?auteur2\">Anonyme<\/a><\/span>, <span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?auteur735\">Les \u00c9pineuses<\/a><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>[<a id=\"nb1\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1524#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Note des \u00c9pineuses (Nd\u00c9)\u00a0: Tel qu\u2019on le comprend, il ne s\u2019agit pas de la m\u00e9decine comme corps professionnel mais plus largement, comme \u00e9voqu\u00e9 au d\u00e9but du texte, de \u00ab\u00a0la science m\u00e9dicale qui cr\u00e9e et valide les cat\u00e9gories binaires entre sains et fous, f\u00e9conds et st\u00e9riles, hommes et femmes, vivants et morts\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[<a id=\"nb2\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1524#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] Et \u00e0 toute personne qui a un vagin et qui a besoin de s\u2019adresser parfois \u00e0 un(e) gyn\u00e9cologue.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb3\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1524#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>] L\u2019article en question relate l\u2019arrestation d\u2019une femme nue place du Capitole le 17 avril \u00e0 3h du matin. Il se termine ainsi\u00a0: C\u00f4t\u00e9 s\u00e9curit\u00e9 publique, personne ne veut sombrer dans la psychose sur la piste d\u2019hypoth\u00e9tiques individus qui pi\u00e9geraient les verres des jeunes femmes en soir\u00e9e. \u00ab\u00a0Cela est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 \u00e0 Toulouse mais il y a plusieurs ann\u00e9es, note un enqu\u00eateur. La r\u00e9alit\u00e9, plus terre \u00e0 terre, c\u2019est une surconsommation d\u2019alcool. Les filles, surtout, boivent vite, beaucoup et elles sombrent, font n\u2019importe quoi et apr\u00e8s elles ne se souviennent plus de rien. Le lendemain, le r\u00e9veil est brutal.\u00a0\u00bb Quand il n\u2019est pas dramatique. Voil\u00e0 un an, une \u00e9tudiante polonaise, apr\u00e8s une soir\u00e9e trop arros\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e par un individu qui a profit\u00e9 de la situation.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb4\" class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1524#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>] Dont le connard de patron, soutenu par ses potes keufs et juge, ont foutu 4 personnes en taule pour avoir coll\u00e9 un autocollant contre le sexisme l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Rennes. Un trou, quelques \u00e9clats, comme un retours de b\u00e2ton dans ta face de collabo\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quels sont les r\u00f4les de la m\u00e9decine dans la fabrique d&rsquo;individu.es de genre f\u00e9minin? Parce que c\u2019est la m\u00e9decine qui cr\u00e9e la fronti\u00e8re entre les \u201chommes\u201d et les \u201cfemmes\u201d. 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