{"id":292,"date":"2014-09-04T23:53:18","date_gmt":"2014-09-04T22:53:18","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=292"},"modified":"2020-05-11T14:17:22","modified_gmt":"2020-05-11T13:17:22","slug":"transsexualite-et-privilege-masculin-fiction-ou-realite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=292","title":{"rendered":"Transsexualit\u00e9 et privil\u00e8ges masculins"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-139\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/Transsexualite_et_privilege_masculin_fiction_ou_realite-209x300.jpg\" alt=\"Transsexualite_et_privilege_masculin_fiction_ou_realite\" width=\"209\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/Transsexualite_et_privilege_masculin_fiction_ou_realite-209x300.jpg 209w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/Transsexualite_et_privilege_masculin_fiction_ou_realite.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 209px) 100vw, 209px\" \/><strong>Fiction ou r\u00e9alit\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la d\u00e9nonciation de ces privil\u00e8ges masculins est n\u00e9cessaire \u00e0 partir d&rsquo;uneperspective f\u00e9ministe &#8211; que j&rsquo;endosse &#8211; afin de faire advenir une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire,le fait de savoir si les hommes transsexuels en profitent pleinement \u00e0 partir du momento\u00f9 ils sont reconnus comme faisant partie du groupe des hommes n&rsquo;est pas aussi\u00e9vident. Cet article se focalise donc sur la question suivante : comment les hommestranssexuels b\u00e9n\u00e9ficient-ils des privil\u00e8ges de la masculinit\u00e9 dans des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 leshommes repr\u00e9sentent un groupe avantag\u00e9 tant au plan social, culturel, politiquequ&rsquo;\u00e9conomique ? Les r\u00e9ponses \u00e0 cette question divergent : alors qu&rsquo;une partie de lalitt\u00e9rature sur le sujet montre que les hommes transsexuels sont privil\u00e9gi\u00e9s par leurtransition de sexe et qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une raison importante expliquant leur motivation,d&rsquo;autres auteur-es soutiennent que ces hommes ne profitent pas de ces privil\u00e8ges etd&rsquo;autres encore examinent comment l&rsquo;accessibilit\u00e9 \u00e0 ces privil\u00e8ges est diff\u00e9renteselon les conjonctures v\u00e9cues par ces hommes. Ce texte explore ces prises deposition th\u00e9oriques et conclut sur la n\u00e9cessit\u00e9 de concilier les perspectives f\u00e9ministeset trans en proposant une approche transf\u00e9ministe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tir\u00e9 du livre <em>Diversit\u00e9 sexuelle et constructions de genre<br \/>\n<\/em>sous la direction de Line Chamberland, Blye W. Frank, Janice Ristock<br \/>\nmai 2013<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/Transsexualite_et_privilege_masculin_fiction_ou_realite.pdf\">PDF mis en page<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3 class=\"spip\"><strong>TRANSSEXUALIT\u00c9 ET PRIVIL\u00c8GES MASCULINS<\/strong><\/h3>\n<h3 class=\"spip\"><strong>Fiction ou r\u00e9alit\u00e9\u00a0?<\/strong> <a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote1sym#sdfootnote1sym\"><strong>*<\/strong><\/a><\/h3>\n<p><strong> Alexandre BARIL<\/strong><\/p>\n<p>Les f\u00e9ministes ont analys\u00e9, au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, des notions comme celles de sexe, de genre, d\u2019identit\u00e9 sexuelle, etc. Ces m\u00eames notions se trouvent au c\u0153ur du ph\u00e9nom\u00e8ne transsexuel, d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de certaines f\u00e9ministes de l\u2019\u00e9tudier. Bien que plusieurs analyses f\u00e9ministes pr\u00e9sentent une interpr\u00e9tation positive et une attitude d\u2019ouverture par rapport \u00e0 la transsexualit\u00e9 (Halberstam, 1998\u00a0; Bourcier, 1999\u00a0; Heyes, 2002\u00a0; Butler, 2006\u00a0; Elliot, 2009), d\u2019autres manifestent leurs r\u00e9ticences et leurs critiques \u00e0 son \u00e9gard (Raymond, 1977\u00a0; 1981\u00a0;Yudkin, 1978\u00a0; Millot, 1983\u00a0; Eichler, 1989\u00a0; Jeffreys, 1997\u00a0; 2003). Ces derni\u00e8res consid\u00e8rent que la transsexualit\u00e9 r\u00e9sulte des st\u00e9r\u00e9otypes sexuels et voient les personnes transsexuelles comme responsables de leur perp\u00e9tuation. Quelques f\u00e9ministes tr\u00e8s critiques vont jusqu\u2019\u00e0 se demander s\u2019il n\u2019existe des hommes transsexuels que dans la mesure o\u00f9 certaines femmes tenteraient d\u2019\u00e9chapper individuellement au syst\u00e8me patriarcal pour profiter des privil\u00e8ges li\u00e9s \u00e0 la masculinit\u00e9 dans des soci\u00e9t\u00e9s sexistes. Raymond (1977\u00a0; 1981) et Jeffreys (1997\u00a0; 2003) soutiennent que ces privil\u00e8ges sont centraux dans le ph\u00e9nom\u00e8ne transsexuel\u00a0: alors que les femmes transsexuelles ont profit\u00e9 de privil\u00e8ges masculins dans leur vie pr\u00e9transitoire, les hommes transsexuels acc\u00e8dent \u00e0 ces privil\u00e8ges d\u00e8s lors qu\u2019ils entreprennent leur processus de r\u00e9assignation sexuelle. Elles affirment qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une raison d\u00e9terminante de leur d\u00e9cision. Ils sont ainsi accus\u00e9s d\u2019opter pour une solution individualiste afin de sortir de l\u2019oppression patriarcale.<br \/>\nSi la d\u00e9nonciation de ces privil\u00e8ges masculins est n\u00e9cessaire \u00e0 partir d\u2019une perspective f\u00e9ministe &#8211; que j\u2019endosse &#8211; afin de faire advenir une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire, le fait de savoir si les hommes transsexuels en profitent pleinement \u00e0 partir du moment o\u00f9 ils sont reconnus comme faisant partie du groupe des hommes n\u2019est pas aussi \u00e9vident. Cet article se focalise donc sur la question suivante\u00a0: comment les hommes transsexuels b\u00e9n\u00e9ficient-ils des privil\u00e8ges de la masculinit\u00e9 dans des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 les hommes repr\u00e9sentent un groupe avantag\u00e9 tant au plan social, culturel, politique qu\u2019\u00e9conomique\u00a0? Les r\u00e9ponses \u00e0 cette question divergent\u00a0: alors qu\u2019une partie de la litt\u00e9rature sur le sujet montre que les hommes transsexuels sont privil\u00e9gi\u00e9s par leur transition de sexe et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une raison importante expliquant leur motivation, d\u2019autres auteur-es soutiennent que ces hommes ne profitent pas de ces privil\u00e8ges et d\u2019autres encore examinent comment l\u2019accessibilit\u00e9 \u00e0 ces privil\u00e8ges est diff\u00e9rente selon les conjonctures v\u00e9cues par ces hommes. Ce texte explore ces prises de position th\u00e9oriques et conclut sur la n\u00e9cessit\u00e9 de concilier les perspectives f\u00e9ministes et trans en proposant une approche transf\u00e9ministe.<\/p>\n<p><strong>1. La Transsexualit\u00e9 et la notion de privil\u00e8ges<br \/>\n<\/strong> <strong>1.1. Les transidentit\u00e9s\u00a0: quelques d\u00e9finitions<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat populaire et scientifique pour les transidentit\u00e9s<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote2sym#sdfootnote2sym\">1<\/a> est r\u00e9cent dans l\u2019histoire. Bien que certaines manifestations de transsexualisme et de transgenrisme aient exist\u00e9 \u00e0 plusieurs \u00e9poques, ce n\u2019est que durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle que s\u2019est constitu\u00e9 le champ des \u00e9tudes trans. Le transsexualisme et le transgenrisme sont deux formes de pratiques et d\u2019identit\u00e9s centrales dans le champ des transidentit\u00e9s, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance de les d\u00e9finir. Le transgenrisme peut rev\u00eatir deux significations. La premi\u00e8re acception du terme transgenre renvoie aux personnes qui vivent au quotidien dans une identit\u00e9 genr\u00e9e qui diff\u00e8re de leur sexe attribu\u00e9 \u00e0 la naissance. La seconde acception du terme est moins sp\u00e9cifique. Elle est utilis\u00e9e, de fa\u00e7on plus r\u00e9cente, pour d\u00e9crire l\u2019\u00e9ventail possible des transidentit\u00e9s. Le transgenrisme, dans ce contexte, devient en quelque sorte un synonyme de l\u2019identit\u00e9 queer revendiqu\u00e9e par certaines personnes (Stryker, 2006b, p. 254-255)<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote3sym#sdfootnote3sym\">2<\/a>. Dans cette perspective, le transsexualisme appara\u00eet comme une forme plus particuli\u00e8re de transgenrisme, consistant \u00e0 transformer le corps \u00e0 l\u2019aide de techniques m\u00e9dicales et scientifiques ainsi que l\u2019identit\u00e9 de sexe\/genre aux plans l\u00e9gal et social. Stryker (2006b, p. 255) d\u00e9finit la transsexualit\u00e9 ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0[&#8230;] <i>transsexuality is considered to be a culturally and historically specific transgender practice\/identity through which a transgendered subject enters into a relationship with medical, psychotherapeutic, and juridical institutions in order to gain access to certain hormonal and surgical technologies for enacting and embodying itself <\/i>\u00a0\u00bb. <i>[La transsexualit\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e comme une pratique\/identit\u00e9 transgenre sp\u00e9cifique culturellement et historiquement \u00e0 travers laquelle un sujet transgenre entre en relation avec les institutions m\u00e9dicales, psychoth\u00e9rapeutiques et juridiques afin d\u2019obtenir l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certaines technologies hormonales et chirurgicales pour se repr\u00e9senter et s\u2019incarner.]<\/i><br \/>\nCette d\u00e9finition, bien qu\u2019elle ne soit pas adopt\u00e9e de fa\u00e7on unanime, fait g\u00e9n\u00e9ralement consensus chez les auteur-es<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote4sym#sdfootnote4sym\">3<\/a>. Enfin, on d\u00e9nombre deux types de personnes transsexuelles, soit de femme \u00e0 homme (FtoM, FTM, F2M, homme transsexuel, transhomme, transsexuel&#8230;) ou d\u2019homme \u00e0 femme (MtoF, MTF, M2F, femme transsexuelle, transfemme, transsexuelle&#8230;)<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote5sym#sdfootnote5sym\">4<\/a>.<\/p>\n<p><strong>1.2. La notion de privil\u00e8ges des groupes dominants<\/strong><\/p>\n<p>Selon certaines f\u00e9ministes qui s\u2019opposent \u00e0 la transsexualit\u00e9, la question des privil\u00e8ges masculins est indissociable d\u2019une analyse de cette r\u00e9alit\u00e9. Comme le souligne Koyama (2009), plusieurs personnes transsexuelles sont accus\u00e9es d\u2019avoir profit\u00e9 et\/ou de profiter de ces b\u00e9n\u00e9fices li\u00e9s au statut d\u2019homme\u00a0:<\/p>\n<p><i>Some feminists, particularly radical lesbian feminists, have accused trans women and men of benefiting from male privilege. Male-to-female transsexuals, they argue, are socialized as boy and thus given male privilege\u00a0; female-to-male transsexuals on the other hand are characterized as traitors who have abandoned their sisters in a pathetic attempt to acquire male privilege. Transfeminism must respond to this criticism, because it has been used to justify discrimination against trans women and men within some feminist circles.<\/i><br \/>\n[Certaines f\u00e9ministes, en particuliers des f\u00e9ministes lesbiennes radicales, ont accus\u00e9 les femmes et hommes trans de b\u00e9n\u00e9ficier de privil\u00e8ges masculins. Elles argumentent que les MtF ont eu une socialisation de gar\u00e7on et donc ont acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des privil\u00e8ges masculins\u00a0; les FtM, de leur c\u00f4t\u00e9, sont consid\u00e9r\u00e9s comme des traitres qui ont abandonn\u00e9 leurs soeurs dans une tentative path\u00e9tique d\u2019acc\u00e9der au privil\u00e8ge masculin. Le transf\u00e9minisme doit r\u00e9pondre \u00e0 cette critique, parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour justifier des discriminations envers des femmes et des hommes trans \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de certains milieux f\u00e9ministes.]<\/p>\n<p>Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, la notion de privil\u00e8ges a \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9e dans le champ des \u00e9tudes f\u00e9ministes, des \u00e9tudes critiques sur l\u2019ethnicit\u00e9 et des \u00e9tudes gaies, lesbiennes et trans. Le concept de privil\u00e8ges est souvent associ\u00e9 \u00e0 celui d\u2019oppression, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance de d\u00e9finir ce concept. L\u2019oppression est une notion \u00e0 laquelle se r\u00e9f\u00e8re un certain nombre de mouvements sociaux qui revendiquent une plus grande justice sociale (Young, 1990, p. 42). Un avantage \u00e0 employer cette notion plut\u00f4t que d\u2019autres expressions plus sp\u00e9cifiques (racisme, homophobie, sexisme, rappons sociaux de sexe, etc.) r\u00e9side dans le fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un terme g\u00e9n\u00e9ral qui peut \u00e9voquer de multiples formes d\u2019oppression. C\u2019est d\u2019ailleurs en ce sens que l\u2019utilise Young (1990, p. 40), qui donne cette d\u00e9finition minimale de l\u2019oppression\u00a0: \u00ab\u00a0<i>In the most general sense, all oppressed people suffer some inhibition of their ability to develop and exercise their capacities and express their needs, thoughts, and feelings. <\/i>\u00a0\u00bb <i>[D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, toutes les personnes opprim\u00e9es souffrent d\u2019inhibition de leurs capacit\u00e9s \u00e0 d\u00e9velopper et exercer leurs aptitudes et \u00e0 exprimer leurs besoins, pens\u00e9es et sentiments.] <\/i>Pour Young (1990, p. 40- 41), ce qui caract\u00e9rise l\u2019oppression, c\u2019est qu\u2019elle s\u2019applique \u00e0 un groupe, de mani\u00e8re syst\u00e9mique et quotidienne. Young (1990, p. 41) ne pense pas uniquement l\u2019oppression comme le r\u00e9sultat d\u2019actions d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es et intentionnelles d\u2019un groupe sur un autre et c\u2019est en ce sens qu\u2019elle est structurelle\u00a0: l\u2019oppression ne provient pas d\u2019un groupe sp\u00e9cifique, mais se loge dans l\u2019ensemble des institutions, des lois, des discours, des normes, etc. De cette fa\u00e7on, beaucoup de personnes participent, souvent sans m\u00eame en \u00eatre conscientes, \u00e0 la reconduction des oppressions envers certains groupes \u00e0 travers leurs actions r\u00e9guli\u00e8res, bien que certaines le fassent de fa\u00e7on consciente et intentionnelle<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote6sym#sdfootnote6sym\">5<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que la notion de privil\u00e8ges intervient. En effet, bien que plusieurs personnes n\u2019aient pas l\u2019intention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u2019opprimer d\u2019autres personnes, leur simple appartenance \u00e0 certains groupes (exemples\u00a0: blanc, homme, h\u00e9t\u00e9rosexuel&#8230;) et leurs interactions quotidiennes renforcent l\u2019oppression d\u2019autres groupes, \u00e0 travers notamment l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des privil\u00e8ges non m\u00e9rit\u00e9s dont elles b\u00e9n\u00e9ficient et qui sont d\u00e9ni\u00e9s aux groupes opprim\u00e9s. En ce sens, les groupes avantag\u00e9s ont un certain int\u00e9r\u00eat \u00e0 reconduire l\u2019oppression pour conserver leurs privil\u00e8ges (Young, 1990, p. 42). C\u2019est pour ces raisons que plusieurs auteures (Bailey, 1998, p. 104\u00a0; Lemay, Bastien Charlebois et Waddell, 2009) affirment qu\u2019une conceptualisation des oppressions qui ne tiendrait pas compte des privil\u00e8ges serait partielle. De plus, les analyses intersectionnelles sur l\u2019identit\u00e9, qui ont montr\u00e9 l\u2019imbrication de diverses composantes dans la structuration identitaire (ethnicit\u00e9, classe, sexe, orientation sexuelle&#8230;), ont montr\u00e9 que le fait d\u2019\u00eatre opprim\u00e9 et d\u2019\u00eatre privil\u00e9gi\u00e9 ne sont pas des r\u00e9alit\u00e9s exclusives. En effet, une personne peut \u00e0 la fois faire partie d\u2019un groupe privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une de ses facettes identitaires et d\u2019un groupe opprim\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une autre (Bailey, 1998, p. 106\u00a0; Lemay et al., 2009). La notion de privil\u00e8ges, telle qu\u2019elle est utilis\u00e9e ici et par les diff\u00e9rents mouvements sociaux, se distingue du sens traditionnel qui lui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9\u00a0: <i> Historically, the term privilege was initially used to denote individual exemptions from the law. The term derives from the Latin words privus (private) and legis (laws). In Rome, a privilegium was a special ordinance referring to an individual, and often providing an exemption from the normal requirements of the law. Within medieval and premodern Europe, the term continued to have strong legal connotations <\/i> (Kruks, 2005, p. l80)<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote7sym#sdfootnote7sym\"><i>6<\/i><\/a>.<br \/>\n[Historiquement, le terme privil\u00e8ge a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 initialement pour d\u00e9noter les exc\u00e9ptions individuelles \u00e0 la loi. Le terme vient des mots latin \u201cprivus\u201d (priv\u00e9e) et \u201clegis\u201d (loi). A Rome, un \u201cprivilegium\u201d \u00e9tait une ordonnance sp\u00e9ciale concernant unE individuE et permettant souvent une exception par rapport aux conditions normales de la loi. Dans l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale et pr\u00e9-moderne, le terme continua d\u2019avoir une forte connotation l\u00e9gale.]<\/p>\n<p>Cette signification sous-tend une vision positive de la notion de privil\u00e8ges, selon laquelle c\u2019est un droit m\u00e9rit\u00e9 dont on jouit (Bailey, 1998\u00a0; McIntosh, 2009). Elle implique que les privil\u00e8ges ne s\u2019appliquent qu\u2019\u00e0 un petit nombre d\u2019individus. L\u2019arriv\u00e9e des mouvements sociaux a permis une red\u00e9finition du vocable\u00a0: les privil\u00e8ges ne concernent plus des individus isol\u00e9s, mais bien la majorit\u00e9 et sont non m\u00e9rit\u00e9s, car leur jouissance se r\u00e9alise au d\u00e9triment de groupes d\u00e9savantag\u00e9s (Kruks, 2005, p. 180-181). Alors que certains privil\u00e8ges devraient s\u2019appliquer \u00e0 tout le monde afin d\u2019\u00eatre justes, d\u2019autres sont injustes et devraient \u00eatre abolis (Bailey, 1998\u00a0; McIntosh, 2009). Selon Bailey (1998, p. 108), la notion de privil\u00e8ges se caract\u00e9rise par les quatre \u00e9l\u00e9ments suivants\u00a0:<\/p>\n<p><i>[&#8230;] (1) benefits granted by privilege are always unearned and conferred systematically to members of dominant social groups\u00a0; (2) privilege granted to members of dominant groups simply because they are members of these groups is almost never justifiable\u00a0; (3) most privilege is invisible to, or not recognized as such, by those who have it\u00a0; and (4) privilege has an unconditional &laquo;&nbsp;wild card&nbsp;&raquo; quality that extends benefits to cover a wide variety of circumstances and conditions. <\/i><br \/>\n[(1) Les avantages acquis par le biais des privil\u00e8ges sont toujours imm\u00e9rit\u00e9s et accord\u00e9s syst\u00e9matiquement aux membres des groupes sociaux dominants\u00a0; (2) les privil\u00e8ges dont b\u00e9n\u00e9ficient les membres de groupes dominants, simplement parce qu\u2019illes sont membres de ces groupes, ne peuvent presque jamais \u00eatre justifi\u00e9s\u00a0; (3) La plupart des privil\u00e8ges sont invisibles ou ne sont pas reconnus comme tels par celleux qui les ont\u00a0; et (4) le privil\u00e8ge a une qualit\u00e9 de \u201cjoker\u201d inconditionnelle qui \u00e9tend ses avantages pour couvrir une large vari\u00e9t\u00e9 de circonstances et de conditions.]<\/p>\n<p>Les privil\u00e8ges, soutiennent plusieurs auteur-es (Tirrell, 1993\u00a0; Bailey, 1998\u00a0; Kebabza, 2006\u00a0; Dupuis-D\u00e9ri, 2008\u00a0; Lemay et al., 2009\u00a0; McIntosh, 2009), se mat\u00e9rialisent, que les personnes qui en b\u00e9n\u00e9ficient en soient conscientes ou non, qu\u2019elles veulent les obtenir ou non. Une importante th\u00e9oricienne du concept de privil\u00e8ges est McIntosh (2009) qui, d\u00e8s 1988, a publi\u00e9 une liste de cinquante privil\u00e8ges blancs<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote8sym#sdfootnote8sym\">7<\/a>. Depuis, de nombreuses listes similaires sont apparues sur le Web. Il est possible aujourd\u2019hui de d\u00e9nombrer des listes de privil\u00e8ges de divers groupes sociaux, tels que les privil\u00e8ges h\u00e9t\u00e9rosexuels, cissexuels<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote9sym#sdfootnote9sym\">8<\/a>, masculins, de classe, etc. (Kruks, 2005, p. 180). Ces privil\u00e8ges, de la part des groupes qui en tirent profit, ont tendance \u00e0 \u00eatre sous-estim\u00e9s ou ni\u00e9s, ce qui leur permet de se conforter dans une position dominante (Tirrell, 1993\u00a0; Bailey, 1998\u00a0; Kebabza 2006\u00a0; Dupuis-Deri, 2008\u00a0; Lemay et al., 2009\u00a0; McIntosh, 2009). Cela d\u00e9montre l\u2019importance de les mettre en lumi\u00e8re et de les d\u00e9noncer<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote10sym#sdfootnote10sym\">9<\/a>, non pour verser dans une moralisation et une culpabilisation des groupes dominants, mais bien pour leur permettre d\u2019\u00e9laborer une \u00e9thique et une politique de responsabilisation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de groupes opprim\u00e9s<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote11sym#sdfootnote11sym\">10<\/a>. Ainsi, oppression\/discrimination d\u2019un groupe domin\u00e9 et privil\u00e8ges d\u2019un groupe dominant constituent les deux faces d\u2019une m\u00eame m\u00e9daille. Pour illustrer ce ph\u00e9nom\u00e8ne, prenons l\u2019exemple suivant. Pour un m\u00eame type de r\u00e9paration, un m\u00e9canicien et une m\u00e9canicienne \u00e9chouent \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me. Dans le cas de la femme, plusieurs attribueront cette erreur au sexe de la personne, ce qui constitue une forme de discrimination directe. Dans le cas de l\u2019homme, la client\u00e8le ne se questionnera pas \u00e0 savoir si c\u2019est \u00e0 cause de son sexe que le probl\u00e8me n\u2019est pas r\u00e9solu, mais cherchera d\u2019autres explications (probl\u00e8me m\u00e9canique complexe&#8230;). Ce non-questionnement constitue une forme de privil\u00e8ge masculin trop peu reconnu. En somme, ces avantages quotidiens dont profite le groupe social des hommes sont souvent sous-th\u00e9oris\u00e9s lorsqu\u2019il est question d\u2019oppression. Quels sont justement ces b\u00e9n\u00e9fices li\u00e9s \u00e0 la masculinit\u00e9 et auxquels les hommes transsexuels pourraient avoir acc\u00e8s\u00a0? Dupuis-D\u00e9ri (2008, p. 151-152) d\u00e9nombre plusieurs de ces privil\u00e8ges des hommes cissexuels\u00a0:<\/p>\n<p>Toutes choses \u00e9gales d\u2019ailleurs, un homme a plus de chances qu\u2019une femme d\u2019atteindre les sommets des diverses structures hi\u00e9rarchiques dans la sph\u00e8re politique, \u00e9conomique, m\u00e9diatique, culturelle, militaire et polici\u00e8re, scientifique et religieuse, ainsi que dans les puissants r\u00e9seaux criminels. L\u2019homme sera en g\u00e9n\u00e9ral consid\u00e9r\u00e9 comme plus comp\u00e9tent qu\u2019une femme pour des emplois prestigieux et bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. Un homme h\u00e9t\u00e9rosexuel vivra g\u00e9n\u00e9ralement en relation avec une femme qui dispose de moins d\u2019argent que lui. Il aura donc plus d\u2019autonomie dans le march\u00e9 et plus de facilit\u00e9 qu\u2019une femme \u00e0 para\u00eetre cr\u00e9dible lorsqu\u2019il sera question de brasser des affaires. La parole d\u2019un homme sera consid\u00e9r\u00e9e comme plus cr\u00e9dible que celle d\u2019une femme. [. . .] Un homme n\u2019aura en g\u00e9n\u00e9ral pas peur de marcher seul dans la rue ou de voyager seul dans divers pays et pourra profiter du r\u00f4le de protecteur \u00e0 l\u2019\u00e9gard de femmes craignant de se d\u00e9placer dans l\u2019espace public<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote12sym#sdfootnote12sym\">11<\/a>.<\/p>\n<p><strong> 1.3. Les hypoth\u00e8ses explicatives de quelques f\u00e9ministes sur les transitions FTM<\/strong><\/p>\n<p>Certaines f\u00e9ministes pensent que les personnes transsexuelles sont dupes du syst\u00e8me patriarcal, en endossant les normes d\u2019un postulat o\u00f9 sexe et genre devraient concorder (Yudkin, 1978, p. 100\u00a0; Millot, 1983, p. 15\u00a0; Eichler, 1989, p. 289). Ici, le patriarcat repr\u00e9sente la condition de possibilit\u00e9 de la transsexualit\u00e9, son \u00ab\u00a0contexte sociopolitique\u00a0\u00bb d\u2019\u00e9mergence (Raymond, 1981, p. 13-48). La transsexualit\u00e9 et le patriarcat sont th\u00e9oris\u00e9s en termes causaux\u00a0: la transsexualit\u00e9 appara\u00eet comme l\u2019effet d\u2019une cause primordiale qu\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur le sexisme. Raymond (1981, p. 18-19) soutient\u00a0:<\/p>\n<p>En fait, fondamentalement, une soci\u00e9t\u00e9 qui assigne un r\u00f4le st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 \u00e0 chacun des deux sexes ne peut qu\u2019engendrer le transsexualisme. [&#8230;] \u00c0 mon avis, la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale [sic] et ses d\u00e9finitions de la masculinit\u00e9 et de la f\u00e9minit\u00e9 constituent la cause premi\u00e8re de l\u2019existence du transsexualisme. [&#8230;] Au sein d\u2019une telle soci\u00e9t\u00e9, le transsexuel ne fait qu\u2019\u00e9changer un st\u00e9r\u00e9otype contre un autre, et renforce ainsi les maillons qui maintiennent la soci\u00e9t\u00e9 sexiste [&#8230;]<\/p>\n<p>Pour ces quelques auteures f\u00e9ministes, bien que les personnes transsexuelles soient les victimes du syst\u00e8me patriarcal, elles reproduisent simultan\u00e9ment ses sch\u00e8mes d\u2019oppression. Dans ce contexte, la transsexualit\u00e9 FTM est souvent con\u00e7ue comme une solution individualiste pour pallier un probl\u00e8me syst\u00e9mique, celui du patriarcat. qui devrait \u00eatre r\u00e9solu \u00e0 travers une lutte politique<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote13sym#sdfootnote13sym\">12<\/a>. Raymond (1981, p. 21-27, 57-58) soutient que les hommes transsexuels sont des \u00ab\u00a0alibis\u00a0\u00bb du syst\u00e8me patriarcal et du transsexualisme qui permettent de faire croire qu\u2019i1 s\u2019agit d\u2019une probl\u00e9matique humaine, universelle et non d\u2019une invasion des hommes sur le territoire des femmes. Elle dit (Raymond, 1981, p. 57-58)\u00a0:<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, je sugg\u00e9rerais que, soumis \u00e0 l\u2019obligation de devoir d\u00e9montrer que le transsexualisme n\u2019est pas en fait r\u00e9serv\u00e9 aux seuls hommes, l\u2019empire m\u00e9dical int\u00e8gre les candidates au changement de sexe, mais toujours en fixant ses propres conditions. [. . .] Ce syst\u00e8me [de \u00ab\u00a0caution-alibi\u00a0\u00bb] exige que l\u2019afflux d\u2019\u00e9l\u00e9ments \u00e9trangers au sein du groupe soit soumis \u00e0 un quota, calcul\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 cr\u00e9er l\u2019illusion d\u2019une inclusion. C\u2019est exactement ce que se passe chez les transsexuels. [&#8230;] En outre, cette pr\u00e9sence-alibi des femmes dans tous les domaines du monde transsexuel suffit aux experts en la mati\u00e8re pour pr\u00e9tendre que le transsexualisme n\u2019est pas sexiste.<\/p>\n<p>Pour Raymond, ces hommes transsexuels ont aussi eux-m\u00eames int\u00e9gr\u00e9 le sexisme et la misogynie, pensant que le vrai pouvoir se trouve du c\u00f4t\u00e9 des hommes, d\u2019o\u00f9 leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire une transition de sexe (Raymond, 1981, p. 23). Jeffreys (1997\u00a0; 2003), elle, conceptualise les hommes transsexuels comme des lesbiennes victimes du syst\u00e8me h\u00e9t\u00e9rosexiste. Elle stipule que la transsexualit\u00e9 des FTM repr\u00e9sente une \u00ab\u00a0[&#8230;] <i>vigorus form of lesbian oppression <\/i>\u00a0\u00bb (Jeffreys, 1997, p. 72). Selon elle, une raison d\u00e9terminante qui explique le passage femmes vers hommes est une contrainte sociale \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, une homophobie int\u00e9rioris\u00e9e (Jeffreys, 1997, p. 61, 69\u00a0; 2003, p. 122-143). Jeffreys propose \u00e9galement de voir la transsexualit\u00e9 comme une fa\u00e7on, pour certaines lesbiennes victimes de violences sexuelles, d\u2019\u00e9chapper \u00e0 leur condition d\u2019opprim\u00e9es, car leur corpor\u00e9it\u00e9 f\u00e9minine leur rappelle trop leurs souffrances. Elle \u00e9crit (Jeffreys, 2003, p. 138-l39)\u00a0:<\/p>\n<p><i>FTMs do not usually mention child sexual abuse as a reason for their desire to transition, probably because this would not support the notion that they were &laquo;&nbsp;really&nbsp;&raquo; men, or engaged in a positive transformation. But many accounts of transitioning make it clear that child sexual abuse plays an important role. I have argued elsewhere that transsexual surgery needs to be understood as a form of self-mutilation by proxy, in which self-mutilators engage someone else to perform the mutilation [&#8230;] The transsexualism of these abused lesbians originated in a desire to exit the body that was associated with abuse, the female body, and aspiration to the body of the abuser that represented power<\/i><a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote14sym#sdfootnote14sym\"><i>13<\/i><\/a>.<br \/>\n[Habituellement les FtM ne mentionnent pas les abus sexuels subis dans l\u2019enfance comme une raison de leur d\u00e9sir de transition, probablement parce que cela va \u00e0 l\u2019encontre du sentiment qu\u2019ils \u00e9taient \u201cvraiment\u201d hommes, ou qu\u2019ils sont engag\u00e9s dans une transformation positive. Mais plusieurs r\u00e9cits de transition rendent \u00e9vident que les abus sexuels subis dans l\u2019enfance jouent un r\u00f4le important. J\u2019ai argument\u00e9 ailleurs que la chirurgie transsexuelle doit \u00eatre comprise comme une forme d\u2019automutilation par procuration, dans laquelle les auto-mutil\u00e9s engagent quelqu\u2019un-e d\u2019autre pour ex\u00e9cuter la mutilation [&#8230;] Le transsexualisme de ces lesbiennes abus\u00e9es, a pour origine le d\u00e9sir de sortir du corps qui a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 l\u2019agression, le corps femelle, et l\u2019aspiration d\u2019avoir le corps de l\u2019agresseur, qui repr\u00e9sente le pouvoir.]<\/p>\n<p>Pour Jeffreys (2003, p. 142), il appara\u00eet clairement que les femmes qui effectuent une transition vers l\u2019identit\u00e9 masculine le font pour fuir la soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9t\u00e9rosexiste opprimante\u00a0: \u00ab\u00a0<i>The reasons listed here show that the lesbians who transition do so because they wish to escape women\u2019s subordination. <\/i>\u00a0\u00bb <i>[Les raisons list\u00e9es ici montrent que les lesbiennes qui transitionnent le font parce qu\u2019elles esp\u00e8rent \u00e9chapper \u00e0 la position subordonn\u00e9e des femmes.] <\/i>De plus, leur objectif est en partie atteint puisque les FTM b\u00e9n\u00e9ficient, \u00e0 son avis, des privil\u00e8ges inh\u00e9rents \u00e0 la masculinit\u00e9, tels que la libert\u00e9 de mouvement et d\u2019action dans la sph\u00e8re publique et le fait de pouvoir dominer les femmes dans les relations quotidiennes qu\u2019ils entretiennent (Jeffreys, 2003, p. 143). Les transitions sexuelles des FTM, dans les propos de ces quelques f\u00e9ministes, sont surinvestis de vis\u00e9es politiques\u00a0: leur transition camouflerait un d\u00e9sir de tirer profit des privil\u00e8ges masculins et, plut\u00f4t que de tenter d\u2019\u00e9liminer le sexisme pour pouvoir \u00e9ventuellement jouir d\u2019une libert\u00e9, ils pr\u00e9f\u00e8rent d\u00e8s maintenant l\u2019endosser en passant dans le \u00ab\u00a0camp ennemi<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote15sym#sdfootnote15sym\">14<\/a>\u00a0\u00bb (Raymond, 1977\u00a0; 1981\u00a0; Jeffreys, 1997\u00a0; 2003). Rubin (2003, p. 143) r\u00e9sume cette th\u00e8se\u00a0: <i> Non-transsexuals may even believe that women become men to access male privilege. [&#8230;] FTMs seem calculating and post-feminists to non-transsexuals because some privileges accrue to them. An [sic] FTM may appear to be taking rash personal actions to address a social problem that would be better tackled by political action. But the FTMs were not in pursuit of male privilege. <\/i><br \/>\n[Des non-transsexuel-les peuvent m\u00eame croire que des femmes deviennent hommes pour acc\u00e9der \u00e0 des privil\u00e8ges masculins.[&#8230;] Les FtM semblent calculateurs et post-f\u00e9ministes aux non transsexuel-les parce qu\u2019ils obtiennent des privil\u00e8ges. Un [sic] FtM semble agir de mani\u00e8re personnelle et irr\u00e9fl\u00e9chie pour r\u00e9pondre \u00e0 un probl\u00e8me social qui serait mieux combattu par des actions politiques. Mais les FtM ne sont pas \u00e0 la recherche de privil\u00e8ges masculins.]<\/p>\n<p>Par ailleurs, l\u2019affirmation selon laquelle la raison premi\u00e8re qui pousserait les transsexuels \u00e0 effectuer une transition serait la prise en consid\u00e9ration des avantages qu\u2019ils tireront de leur nouveau statut est ais\u00e9ment r\u00e9futable (Cromwell, 1999, p. 8-12). D\u2019une part, cela laisse dans l\u2019ombre les raisons qui poussent les transsexuelles \u00e0 faire une transition et qui n\u2019ont rien \u00e0 gagner \u00e0 d\u00e9laisser leur statut masculin pour int\u00e9grer la cat\u00e9gorie femmes. D\u2019autre part, les diverses \u00e9tudes effectu\u00e9es (Devor, 1997\u00a0; Cromwell, 1999\u00a0; Namaste, 2000\u00a0; Califia, 2003\u00a0; Rubin, 2003\u00a0; Green, 2004\u00a0; Dozier, 2005) ont d\u00e9montr\u00e9 que les facteurs conduisant \u00e0 une transition de sexe sont nombreux et difficiles \u00e0 isoler. Pr\u00e9tendre ainsi trouver la cause d\u2019une transition de sexe des FTM &#8211; l\u2019acquisition des privil\u00e8ges li\u00e9s \u00e0 la masculinit\u00e9 &#8211; est donc simpliste. Butler (2006, p. 114-115) d\u00e9nonce cette lecture r\u00e9ductrice\u00a0:<\/p>\n<p>Certaines analyses grossi\u00e8res sugg\u00e8rent qu\u2019il n\u2019y a des FTM que parce qu\u2019il est plus facile socialement d\u2019\u00eatre un homme qu\u2019une femme. Mais ces analyses n\u2019interrogent pas s\u2019il est plus facile d\u2019\u00eatre trans plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre per\u00e7u comme bio genr\u00e9, soit d\u2019un genre qui semble \u00ab\u00a0suivre\u00a0\u00bb le sexe de naissance. Si les b\u00e9n\u00e9fices sociaux pr\u00e9sidaient \u00e0 toutes ces d\u00e9cisions de mani\u00e8re unilat\u00e9rale, les forces en faveur de la conformit\u00e9 prendraient s\u00fbrement le dessus.<\/p>\n<p>Interpr\u00e9ter les transitions FTM dans une optique d\u2019\u00e9vitement de la domination h\u00e9t\u00e9rosexiste et d\u2019accaparement des privil\u00e8ges masculins est donc une perspective qui passe sous silence de nombreux facteurs (Halberstam, 1998, p. 149-150\u00a0; Bourcier, 1999\u00a0; Cromwell, 1999. p. 7-8, 60 63\u00a0; Rubin, 2003, p. 143\u00a0; Green, 2004, p. 72\u00a0; Feinberg, 2006, p. 207). Les transitions s\u2019effectuent habituellement sur la base d\u2019un besoin individuel profond qui concerne la corpor\u00e9it\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 sexuelle (Dozier, 2005, p. 310-311). Le but n\u2019est pas d\u2019occulter le fait que les facteurs sociaux et politiques influencent les d\u00e9sirs individuels. Comme le stipule Koyama (2009), \u00ab\u00a0[&#8230;] <i>no one is completely free from the existing social and cultural dynamics of the institutionalized gender system. When we make any decisions regarding our gender identity or expression, we cannot escape the fact that we do so in the context of the patriarchal binary gender system<\/i>\u00a0\u00bb. <i>[personne n\u2019est compl\u00e8tement libre face aux dynamiques existantes sociales et culturelles du syst\u00e8me de genres institutionnalis\u00e9. Quand nous prenons des d\u00e9cisions \u00e0 propos de notre identit\u00e9 ou expression de genre, nous ne pouvons \u00e9chapper au fait que nous les faisons dans le contexte d\u2019un syst\u00e8me patriarcal et binaire.] <\/i>Le sexe demeure indissociable de la charge politique et sociale qu\u2019il porte et donc des avantages ou d\u00e9savantages qui lui sont associ\u00e9s (Butler, 2006, p. 113-115). Les transitions de sexe impliquent ainsi d\u2019accepter de vivre. avec les aspects positifs et\/ou n\u00e9gatifs associ\u00e9s \u00e0 la masculinit\u00e9 et \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9. Bref, il est vrai d\u2019affirmer que la prise en consid\u00e9ration des avantages li\u00e9s \u00e0 la masculinit\u00e9 par les transsexuels avant d\u2019effectuer leur transition peut influencer leur d\u00e9cision, <i>mais c\u2019est une tout autre chose que d\u2019affirmer que c\u2019est cette volont\u00e9 qui d\u00e9termine leur choix ou de soutenir qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un facteur pr\u00e9pond\u00e9rant dans leur d\u00e9cision.<\/i><br \/>\nBourcier, qui pr\u00e9sente et critique trois paradigmes interpr\u00e9tatifs du travestissement f\u00e9minin, dont celui qu\u2019elle nomme le \u00ab\u00a0mod\u00e8le de la lib\u00e9ration\u00a0\u00bb (Bourcier, 1999, p. 1 18), parvient \u00e0 une conclusion similaire. Selon ce paradigme, les motifs qui poussent les femmes dans de telles pratiques puisent leur source dans les interdits qui p\u00e8sent sur elles dans une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale et qui sont lev\u00e9s lorsqu\u2019elles sont identifi\u00e9es comme hommes (Bourcier, 1999, p. 123-124). Ce mod\u00e8le, qui n\u2019est pas \u00e9tranger aux explications f\u00e9ministes de la transsexualit\u00e9 FTM susmentionn\u00e9es, stipule que les pratiques de travestissement, de transgenrisme et de transsexualisme des femmes seraient \u00e9limin\u00e9es dans des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes\/femmes serait atteinte (Bourcier, 1999, p. 124-125). En plus d\u2019\u00eatre probl\u00e9matique parce qu\u2019elle tend \u00e0 politiser des pratiques qui ne le sont pas toujours, cette hypoth\u00e8se conduit \u00e0 un certain effacement et \u00e0 une invisibilisation de la r\u00e9alit\u00e9 des lesbiennes et des hommes transsexuels (Bourcier, 1999, p. 125\u00a0; Cromwell, 1999, p. 9-12\u00a0; Namaste, 2000). Cela contribue \u00e0 saper leur autod\u00e9termination et leurs droits de parole (Cromwell, 1999, p. 60\u00a0; Butler, 2006\u00a0; Stone, 2006). Plusieurs hommes transsexuels rapportent de fait qu\u2019ils n\u2019effectuent pas leur transition pour \u00e9chapper \u00e0 leur condition de femme, ce qui invalide ce cadre interpr\u00e9tatif. Cela n\u2019exclut pas n\u00e9anmoins le fait que certaines personnes puissent agir avec cette intention (Halberstam, 1998). Apr\u00e8s tout, plusieurs personnes reconnaissent que les hommes transsexuels acc\u00e8dent \u00e0 des privil\u00e8ges qu\u2019ils n\u2019avaient pas avant, ce qui soul\u00e8ve, comme le souligne Halberstam (1998, p. 143), la question des implications sociales, politiques, etc., de leur choix\u00a0:<\/p>\n<p><i>The recent visibility of female-to-male transsexuals has immensely complicated the discussions around transsexuality because gender transition from female to male allows biological women to access male privilege within their reassigned genders. Although few commentators would be so foolish as to ascribe FTM transition solely to the aspiration for mobility within a gender hierarchy, the fact is that gender reassignment for FTMS does have social and political consequences.<\/i><br \/>\n[La visibilit\u00e9 r\u00e9cente des FtM a fort compliqu\u00e9 les discussions autour de la transsexualit\u00e9 parce que la transition de femme vers homme permet \u00e0 des femmes biologiques d\u2019obtenir des privil\u00e8ges masculins dans leur genre r\u00e9assign\u00e9. Bien que quelques chercheur-es ont \u00e9t\u00e9 si idiot-es pour attribuer les transitions FtM au simple d\u00e9sir d\u2019ascension dans la hi\u00e9rarchie de genre, le fait est que le r\u00e9assignement de genre pour les FtM a des cons\u00e9quences sociales et politiques.]<\/p>\n<p>Les auteures parlent ainsi de mobilit\u00e9 ascendante dans l\u2019\u00e9chelle hi\u00e9rarchique genr\u00e9e pour d\u00e9crire le processus que vivent les transsexuels (Shapiro, 1991, p. 269-270\u00a0; Halberstam 1998). La prochaine section permet d\u2019explorer cet aspect sociopolitique des transitions FTM.<\/p>\n<p><strong>2. Les hommes transsexuels et les privil\u00e8ges masculins\u00a0: Fiction ou r\u00e9alit\u00e9\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>2.1. Les privil\u00e8ges masculins chez les hommes transsexuels\u00a0: des perspectives divergentes<\/strong><\/p>\n<p>Les privil\u00e8ges masculins tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits pr\u00e9c\u00e9demment sont-ils applicables aux hommes transsexuels\u00a0? Les r\u00e9ponses \u00e0 cette question divergent. Certaines f\u00e9ministes analys\u00e9es plus t\u00f4t \u00e9mettent l\u2019hypoth\u00e8se que ces hommes effectuent une transition de sexe dans cette intention et soutiennent qu\u2019ils les obtiennent. Par ailleurs, du c\u00f4t\u00e9 de la litt\u00e9rature dans le champ des \u00e9tudes trans, deux positions th\u00e9oriques se dessinent\u00a0: 1) une premi\u00e8re affirme que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces privil\u00e8ges est tr\u00e8s restreint et pr\u00e9caire, sur la base de la socialisation de femme qu\u2019ont re\u00e7u ces hommes et de leur condition transsexuelle\u00a0; 2) une seconde r\u00e9pertorie les diff\u00e9rents privil\u00e8ges masculins dont profitent ces hommes, mais d\u00e9montre comment ces avantages s\u2019articulent diff\u00e9remment en fonction d\u2019autres composantes identitaires, \u00e0 savoir l\u2019ethnicit\u00e9, l\u2019orientation sexuelle, l\u2019apparence, etc.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re position, expos\u00e9e par Cromwell, s\u2019inspire d\u2019une r\u00e9flexion de Green<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote16sym#sdfootnote16sym\">15<\/a>. Cromwell (1999) soutient d\u2019abord que les transsexuels ne sont pas des hommes comme les autres. Ainsi, leur acc\u00e8s aux privil\u00e8ges masculins ne peut \u00eatre identique. Puis, il affirme que les FTM ne b\u00e9n\u00e9ficient pas ou que de fa\u00e7on tr\u00e8s limit\u00e9e d\u2019une mobilit\u00e9 ascendante et de ces privil\u00e8ges \u00e0 partir de quatre arguments bas\u00e9s sur l\u2019\u00e9ducation que ces hommes ont eue et sur leur statut transsexuel (Cromwell, 1999, p. 90)<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote17sym#sdfootnote17sym\">16<\/a>\u00a0:<\/p>\n<p><i>because of socialization as female-bodied people, transmen and FTMs are &laquo;&nbsp;not prepared to become captains of industry &nbsp;&raquo;\u00a0; (2) hormones do not change a person\u2019s socialization, and therefore FTMs and transmen may not know how to &laquo;&nbsp;play male hierarchy games&nbsp;&raquo;\u00a0; (3) transmen and FTMs generally do not have the education needed for occupations that require &laquo;&nbsp;success as men &nbsp;&raquo;\u00a0; and (4) if they are known as FTMs or as transmen they are subject to job discrimination.<\/i><br \/>\n[(1) A cause de la socialisation de personnes n\u00e9es femmes, les hommes trans et FtM ne sont pas pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 devenir des chefs d\u2019entreprise\u00a0; (2) Les hormones ne changent pas la socialisation d\u2019une personne et par cons\u00e9quent les FtM et les hommes trans ne peuvent pas savoir comment \u201cjouer aux jeux de la hi\u00e9rarchie des hommes\u201d\u00a0; (3) Les hommes trans et les FtM n\u2019ont g\u00e9n\u00e9ralement pas l\u2019\u00e9ducation requise pour des m\u00e9tiers o\u00f9 on r\u00e9ussit en tant qu\u2019hommes\u201d\u00a0; et (4) s\u2019ils sont connus comme FtM ou comme hommes trans, ils sont sujets \u00e0 des discriminations au travail.]<\/p>\n<p>Les arguments de Cromwell ne sont pas totalement faux. Cependant, les analyses qui suivront permettront de les nuancer. En ce qui concerne le premier argument, bien que la socialisation influence une personne, cela ne la d\u00e9termine pas, sans quoi l\u2019agentivit\u00e9 serait impensable. La socialisation d\u2019une personne peut ne pas l\u2019avoir \u00ab\u00a0conditionn\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 \u00eatre violente par exemple, mais pour diverses raisons elle peut le devenir. Il est vrai par ailleurs que les traitements hormonaux ne transforment pas le pass\u00e9 d\u2019une personne, et donc son \u00e9ducation sociale. En revanche, cela ne permet pas de valider la seconde partie de l\u2019argument\u00a0: ce n\u2019est pas parce que les femmes n\u2019ont pas appris \u00e0 se comporter comme les hommes qu\u2019elles ne le feront jamais. Cela est d\u2019autant plus vrai pour les transsexuels. Quant au troisi\u00e8me argument, sa v\u00e9racit\u00e9 varie en fonction de facteurs temporels et g\u00e9ographiques\u00a0: dans des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 les femmes ont un acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation identique \u00e0 celui des hommes &#8211; m\u00eame si des disparit\u00e9s subsistent\u00a0-, il est possible de penser que les transsexuels issus de ces soci\u00e9t\u00e9s auront un niveau d\u2019\u00e9ducation similaire \u00e0 celui des hommes cissexuels. De surcro\u00eet, certaines \u00e9tudes (Schilt, 2006, p. 480-483) d\u00e9montrent que les transsexuels s\u2019instruisent davantage \u00e0 la suite de leur transition. Il est enfin pertinent de noter que certains des privil\u00e8ges masculins ne s\u2019appliquent pas aux FTM.\u00a0Je pense ici notamment aux privil\u00e8ges qui concernent la sexualit\u00e9, par exemple le fait que l\u2019orgasme masculin implique habituellement la fin d\u2019un rapport sexuel h\u00e9t\u00e9rosexuel (Dupuis-D\u00e9ri, 2008, p. 152), ou encore de ne pas avoir \u00e0 se soucier de tomber enceint. En effet, les corps hybrides des transsexuels peuvent rester f\u00e9condables et peu importe les chirurgies subies, ils ne peuvent pas avoir d\u2019\u00e9rections naturelles et d\u2019\u00e9jaculations, ce qui rend impossible l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ce genre de privil\u00e8ges. La seconde position th\u00e9orique estime que les transsexuels b\u00e9n\u00e9ficient des privil\u00e8ges de la masculinit\u00e9 et le champ du travail constitue un endroit cl\u00e9 pour analyser cette r\u00e9alit\u00e9. On y remarque que les femmes transsexuelles voient leurs avantages d\u00e9cro\u00eetre alors que les hommes transsexuels ont acc\u00e8s \u00e0 de nouvelles formes de b\u00e9n\u00e9fices gr\u00e2ce \u00e0 leur transition (Bourcier, 1999, p. 122\u00a0; Schilt et Wiswall, 2008). Les conclusions de l\u2019\u00e9tude de Schilt et Wiswall (2008, p. 2-3, l7-l9) sont claires\u00a0: les MTF subissent des torts (perte de salaire, discrimination, harc\u00e8lement sexuel, etc.) en emploi alors que les FTM jouissent d\u2019une mobilit\u00e9 ascendante. Schilt (2006) analyse d\u2019ailleurs le type de privil\u00e8ges qu\u2019acqui\u00e8rent certains hommes transsexuels dans leur milieu de travail apr\u00e8s leur transition. Le terme \u00ab\u00a0certains\u00a0\u00bb est important puisque la conclusion de sa recherche d\u00e9montre que ce sont ceux qui sont de grande taille et blancs qui profitent le plus de ces privil\u00e8ges (Schilt, 2006, p. 469). Cette conclusion repose sur les th\u00e9ories de Connell (1995) voulant qu\u2019il existe une masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique qui se construit au d\u00e9triment des femmes et des masculinit\u00e9s subordonn\u00e9es en fonction de la classe, de l\u2019ethnicit\u00e9, de l\u2019orientation sexuelle, etc. ll est possible de d\u00e9nombrer quatre niveaux o\u00f9 les FTM profitent de nouveaux privil\u00e8ges en emploi (Schilt, 2006, p. 475-482). Premi\u00e8rement, ils jouissent d\u2019une plus grande reconnaissance de leur autorit\u00e9 et de leurs comp\u00e9tences (Schilt, 2006, p. 478). Deuxi\u00e8mement, ils sont plus respect\u00e9s et plus reconnus dans le cadre de leur emploi pour le travail qu\u2019ils effectuent (Schilt, 2006, p. 478-479). Troisi\u00e8mement, ces hommes constatent un plus grand respect de leur int\u00e9grit\u00e9 corporelle et sexuelle (Schilt, 2006, p. 479-480), mais cet avantage ne s\u2019applique qu\u2019aux transsexuels dont l\u2019identit\u00e9 sexuelle est non r\u00e9v\u00e9l\u00e9 (<i>stealth<\/i>) (Schilt, 2006, p. 480)\u00a0:<\/p>\n<p><i>Transitioning for stealth FTMs can bring with it physical autonomy and respect, as men workers, in general, encounter less touching, groping, and sexualized comments at work than women. Open FTMs, however are not as able to access this type of privilege, as coworkers often ask invasive questions about their genitals and sexual practices. <\/i><br \/>\n[Transitionner pour des FtM dont l\u2019identit\u00e9 sexuelle est non r\u00e9v\u00e9l\u00e9e peut apporter une autonomie physique et un respect, en tant que travailleurs (hommes), en g\u00e9n\u00e9ral, ils ont moins de contacts physiques, d\u2019attouchements, de remarques sexuelles au travail que des femmes. Les FtM visibles n\u2019ont pas la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 ce type de privil\u00e8ges, car leurs coll\u00e8gues de travail leur posent souvent des questions intrusives \u00e0 propos de leurs organes g\u00e9nitaux et de leurs pratiques sexuelles.]<\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, ils ont de meilleures opportunit\u00e9s sur le plan \u00e9conomique et statutaire \u00e0 partir de leur nouvelle identit\u00e9 masculine\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Several FTMs who are stealth also reported a sense that transition had brought with it economic opportunities that would not have been available to them as women, particularly as masculine women<\/i><a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote18sym#sdfootnote18sym\">17<\/a>\u00a0\u00bb <i>[Plusieurs FtM dont l\u2019identit\u00e9 sexuelle est non r\u00e9v\u00e9l\u00e9e ont \u00e9galement rapport\u00e9 la sensation que la transition leur a apport\u00e9 des opportunit\u00e9s \u00e9conomiques qui ne leur auraient pas \u00e9t\u00e9 accessibles en tant que femmes, particuli\u00e8rement en tant que femmes masculines.] <\/i>(Schilt. 2006, p. 480). Dozier (2005, p. 309) souligne aussi que les transitions FTM favorisent, en emploi, un acc\u00e8s \u00e0 un statut plus \u00e9lev\u00e9, \u00e0 un meilleur traitement, de m\u00eame qu\u2019\u00e0 une condition \u00e9conomique plus favorable.<\/p>\n<p>Ces quatre formes de gains exp\u00e9riment\u00e9s en emploi s\u2019observent dans la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Par rapport \u00e0 leur statut de femme, les hommes transsexuels rapportent que leur statut d\u2019homme les avantage, leur permettant une plus grande libert\u00e9 d\u2019action, au niveau des attitudes et des comporte-ments, et des d\u00e9placements dans la sph\u00e8re publique en toute s\u00e9curit\u00e9 (Devor, 1997, p. 540-541). On note aussi que plusieurs hommes transsexuels se sentent plus respect\u00e9s socialement (dans les diff\u00e9rents services \u00e0 la client\u00e8le) et ont un espace de parole &#8211; et une tribune d\u2019\u00e9coute &#8211; plus important (Devor, 1997, p. 541-542\u00a0; Green, 2004, p. 35\u00a0; Dozier, 2005, p. 307-308). Devor (1997, p. 543) r\u00e9sume ainsi les propos de ses r\u00e9pondants\u00a0: \u00ab\u00a0<i>In sum, close to half (46 percent) of those participants who had experienced life both as men and women felt that men were the more privileged of the two genders because men were more respected, better paid, and more physically and socially powerful. <\/i>\u00a0\u00bb <i>[En somme, presque la moiti\u00e9 des participant-es (46%) qui ont exp\u00e9riment\u00e9 une vie \u00e0 la fois en tant qu\u2019homme et en tant que femme ont senti que les hommes sont les plus privil\u00e9gi\u00e9s des deux genres parce que les hommes sont plus respect\u00e9s, mieux pay\u00e9s et plus puissants physiquement et socialement.] <\/i>De plus, lorsque ces hommes d\u00e9noncent le sexisme, ils sont per\u00e7us positivement par les femmes et r\u00e9compens\u00e9s pour leur attitude \u00e9galitaire, plus que si c\u2019\u00e9taient des femmes qui exposaient le m\u00eame point de vue (Dozier, 2005, p. 308).<\/p>\n<p>Par ailleurs, tous ces privil\u00e8ges ne sont pas accessibles \u00e0 l\u2019ensemble des transsexuels sans distinction. Schilt (2006, p. 483-485) rappelle les limitations \u00e0 ces privil\u00e8ges. D\u2019une part, ceux qui ne sont pas sous hormonoth\u00e9rapie et qui ne sont pas per\u00e7us comme des hommes par les autres ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de ces privil\u00e8ges. D\u2019autre part, dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de leur transition, plusieurs semblent beaucoup plus jeunes qu\u2019ils ne le sont (voix qui mue, apparition graduelle de la barbe, acn\u00e9&#8230;), de telle sorte qu\u2019ils sont souvent consid\u00e9r\u00e9s comme des adolescents<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote19sym#sdfootnote19sym\">18<\/a>. Sur le march\u00e9 du travail notamment, cette apparence ne donne pas acc\u00e8s aux privil\u00e8ges (autorit\u00e9, respect&#8230;). De surcro\u00eet, ces privil\u00e8ges sont modalis\u00e9s en fonction d\u2019autres facteurs, tels que la taille (les petits hommes, comme la majorit\u00e9 des transsexuels le sont, ne font pas partie de la norme dominante masculine) ou encore d\u2019autres appartenances identitaires, comme l\u2019ethnicit\u00e9 (Green, 2004, p. 71-72\u00a0; Dozier, 2005, p. 309-311\u00a0; Schilt, 2006). Schilt (2006, p. 485) conclut\u00a0: \u00ab\u00a0[&#8230;] <i>that white, tall men often see greater returns from the patriarchal dividend than short men, young men and men of color<\/i>\u00a0\u00bb. <i>[que les hommes blancs et grands tirent souvent de meilleurs profits des avantages du patriarcat que les hommes petits, les hommes jeunes et les hommes racis\u00e9s.] <\/i>En plus du facteur ethnique, l\u2019identit\u00e9 sexuelle\/transsexuelle interf\u00e8re dans ce processus d\u2019acquisition des privil\u00e8ges. Le fait par exemple d\u2019\u00eatre identifi\u00e9 comme homme transsexuel \u00e0 partir de son identit\u00e9 l\u00e9gale ou encore de son pass\u00e9 (exemple\u00a0: lorsqu\u2019un employeur v\u00e9rifie les r\u00e9f\u00e9rences ou dipl\u00f4mes de la personne, son ancienne identit\u00e9 peut \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9e) peut s\u2019av\u00e9rer pr\u00e9judiciable et l\u2019exposer \u00e0 des formes de discriminations r\u00e9sultant de la transphobie<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote20sym#sdfootnote20sym\">19<\/a> (Dozier, 2005, p. 309). Une autre probl\u00e9matique finalement concerne l\u2019orientation sexuelle. Dans des soci\u00e9t\u00e9s h\u00e9t\u00e9ronormatives, l\u2019homosexualit\u00e9, la bisexualit\u00e9, etc., sont marginalis\u00e9es. Or, d\u2019une part, on retrouve chez les FTM une diversit\u00e9 de pratiques et d\u2019orientations sexuelles (Bockting, 1999, p. 4-5\u00a0; Cromwell, 1999\u00a0; Dozier, 2005\u00a0; Butler, 2006, p. 99-100\u00a0; Rubin, 2006, p. 478-480). D\u2019autre part, un certain nombre d\u2019entre eux, qui conservent des caract\u00e9ristiques physiques ou des comportements associ\u00e9s \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9, sont victimes d\u2019homophobie, \u00e9tant per\u00e7us \u00e0 partir de ces signes comme des homosexuels (Dozier, 2005, p. 310)<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote21sym#sdfootnote21sym\">20<\/a>. En somme, toutes les formes de masculinit\u00e9s ne sont pas \u00e9quivalentes (Connell, 1995\u00a0; Halberstam, 1998)\u00a0: en marge de la masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique se trouvent diverses masculinit\u00e9s subordonn\u00e9es et d\u00e9valu\u00e9es \u00e0 l\u2019aune de cet id\u00e9al normatif. Le but n\u2019est pas de d\u00e9montrer que les privil\u00e8ges masculins dont profitent les FTM sont annihil\u00e9s par les formes d\u2019oppression qu\u2019ils vivent sur la base d\u2019autres facteurs. Une telle logique m\u00e8nerait \u00e0 un relativisme et \u00e0 une invalidation des analyses des syst\u00e8mes d\u2019oppression puisque chaque groupe pourrait se d\u00e9finir comme opprim\u00e9 par rapport \u00e0 d\u2019autres, nier les privil\u00e8ges dont il b\u00e9n\u00e9ficie et ainsi clamer son \u00ab\u00a0innocence\u00a0\u00bb (Lemay et al., 2009, p. 6)<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote22sym#sdfootnote22sym\">21<\/a>. Ainsi, tout en reconnaissant les privil\u00e8ges dont tirent profit les transsexuels, il faut nommer les pr\u00e9judices dont ils souffrent, \u00e0 partir d\u2019autres composantes de leur identit\u00e9 ou en tant que personnes transsexuelles.<\/p>\n<p><strong>2.2. Le d\u00e9bat sur la notions de passing\u00a0: Trans (in)visibles<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019accessibilit\u00e9 des transsexuels aux privil\u00e8ges masculins soul\u00e8ve par ailleurs la probl\u00e9matique de la visibilit\u00e9 transsexuelle. Comme il a \u00e9t\u00e9 possible de le constater, les privil\u00e8ges s\u2019articulent diff\u00e9remment selon que ces hommes s\u2019identifient &#8211; et sont reconnus &#8211; comme personne transsexuelle ou comme homme cissexuel. \u00c9videmment, m\u00eame dans les cas o\u00f9 des FTM s\u2019identifient comme transsexuel, au travail, dans leurs cercles sociaux ou ailleurs, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019\u00e0 certaines occasions, ils ne seront pas per\u00e7us comme des hommes transsexuels malgr\u00e9 leur d\u00e9sir de visibilit\u00e9, mais bien comme des hommes cissexuels avec les privil\u00e8ges que ce statut implique (exemples\u00a0: dans les transports en commun, dans les magasins), et ce, pour deux raisons. D\u2019une part, leur condition transsexuelle ne sera pas visible dans la majorit\u00e9 des cas et, d\u2019autre part, ils n\u2019entreront pas en contact avec les gens en mentionnant \u00ab\u00a0Je suis transsexuel\u00a0\u00bb. N\u00e9anmoins, lorsque les FTM sont visibles, leur accessibilit\u00e9 aux privil\u00e8ges masculins est diff\u00e9rente en fonction de cette condition. Plusieurs auteur-es (Cromwell, 1999\u00a0; Dozier, 2005\u00a0; Serano, 2007) soutiennent en effet que la visibilit\u00e9 modifie l\u2019acc\u00e8s aux privil\u00e8ges, puisque les FTM ne sont pas, \u00e0 partir de certains points de vue, consid\u00e9r\u00e9s comme de \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb hommes. Serano (2007), dans son analyse des privil\u00e8ges cissexuels, soutient que les personnes transsexuelles acc\u00e8dent \u00e0 ces privil\u00e8ges mais de fa\u00e7on conditionnelle. Lorsque les personnes transsexuelles \u00ab\u00a0passent\u00a0\u00bb pour des hommes et des femmes cissexuels, elles se voient attribuer ce m\u00eame type de privil\u00e8ges, mais de mani\u00e8re diff\u00e9rente. Quand leur statut de personnes transsexuelles est d\u00e9voil\u00e9, ces privil\u00e8ges sont souvent confisqu\u00e9s. C\u2019est ce que Serano (2007, p. 169) nomme les \u00ab\u00a0privil\u00e8ges cissexuels conditionnels\u00a0\u00bb. En fait, d\u00e8s que la condition transsexuelle est visible, un ensemble de processus discriminatoires se mettent \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Certains sont directs, comme le fait de perdre son emploi, d\u2019autres sont indirects. Par exemple, certaines personnes, lorsqu\u2019elles savent qu\u2019un homme est transsexuel, tenteront de trouver, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son apparence physique et de ses attitudes, des vestiges de sa \u00ab\u00a0f\u00e9minit\u00e9\u00a0\u00bb, d\u00e9l\u00e9gitimant son identit\u00e9 et sa corpor\u00e9it\u00e9 masculines (Califia, 2003\u00a0; Serano, 2007). Ce nouveau regard \u00ab\u00a0n\u00e9gatif\u00a0\u00bb avec lequel sont scrut\u00e9es les personnes transsexuelles n\u2019est pas \u00e0 l\u2019\u0153uvre pour les personnes cissexuelles et il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un privil\u00e8ge dont elles profitent. Serano (2007, p. 172) parle ainsi d\u2019une \u00ab\u00a0artificialisation du genre\u00a0\u00bb des personnes transsexuelles ainsi que d\u2019un \u00ab\u00a0processus de d\u00e9gend\u00e9risation (<i>ungendering<\/i>)\u00a0\u00bb. \u00c0 partir du moment o\u00f9 un FTM n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb homme, il est peu probable qu\u2019il jouisse des avantages li\u00e9s \u00e0 ce statut. ll est donc n\u00e9cessaire de th\u00e9oriser les privil\u00e8ges masculins des FTM en tenant compte de la notion de <i>passing<\/i>.<\/p>\n<p>Voici comment Stone (2006, p. 231) d\u00e9finit le passing\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Passing means to live successfully in the gender of choice, to be accepted as a &laquo;&nbsp;natural&nbsp;&raquo; member of that gender. Passing means the denial of mixture<\/i><a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote23sym#sdfootnote23sym\">22<\/a>.\u00a0\u00bb [\u201cPasser\u201d signifie vivre avec succ\u00e8s dans le genre choisi, d\u2019\u00eatre accept\u00e9-e comme un-e membre \u201cnaturel-le\u201d de ce genre. \u201cPasser\u201d c\u2019est emp\u00eacher le m\u00e9lange.] Il est vrai que le fait de \u00ab\u00a0passer\u00a0\u00bb permet d\u2019\u00e9viter des situations d\u00e9plorables, voire dangereuses (Cromwell, 1999\u00a0; Namaste, 2000\u00a0; Roen, 2002\u00a0; Green, 2004). La volont\u00e9 de passing est donc parfois un r\u00e9flexe de survie ou un besoin de vivre une vie un peu plus r\u00e9guli\u00e8re. Elle constitue un refuge contre diff\u00e9rents types de discriminations, d\u2019agressions, de marginalisations. En ce sens, le passing est n\u00e9cessaire. Cependant, un certain nombre de FTM consid\u00e8rent qu\u2019il est important de s\u2019identifier comme transsexuels. Selon plusieurs, l\u2019invisibilit\u00e9 (ou passing) correspond \u00e0 un effacement de son pass\u00e9 et donc de son identit\u00e9 et de son cheminement (Cromwell. 1999\u00a0; Green, 2004\u00a0; Feinberg, 2006\u00a0; Stone, 2006). Rester cach\u00e9-es et non identifi\u00e9-es ne sert pas la cause transsexuelle, au contraire, c\u2019est ne pas mettre \u00e0 la lumi\u00e8re du jour des r\u00e9alit\u00e9s qui sont bien pr\u00e9sentes, mais qui tardent \u00e0 \u00eatre accept\u00e9es socialement, politiquement, juridiquement (Stone, 2006, p. 232). Cela encourage les pr\u00e9jug\u00e9s et la discrimination, d\u00e9courage le travail de sensibilisation, etc. (Green 2004). De surcro\u00eet, le silence est lourd \u00e0 porter, il est \u00e0 l\u2019origine de la peur constante d\u2019\u00eatre d\u00e9couvert-es et ainsi rejet\u00e9es (Green, 2004\u00a0; Feinberg, 2006, p. 207\u00a0; Stone, 2006, p. 232. 235). Bref. pour ces auteur-es, le passing favorise l\u2019isolement parce qu\u2019il coupe les personnes transsexuelles des ressources, des appuis et du support \u00e9motif et informationnel qu\u2019elles pourraient trouver au sein de la communaut\u00e9 trans (Green, 2004).<br \/>\nPar ailleurs, la visibilit\u00e9 des personnes transsexuelles peut entra\u00eener des r\u00e9flexions sur les syst\u00e8mes d\u2019oppression \u00e0 travers leur non-conformit\u00e9 aux normes dominantes<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote24sym#sdfootnote24sym\">23<\/a>. En effet, la masculinit\u00e9 transsexuelle alternative peut concurrencer la masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique (Halberstam, 1998, p. 154-173\u00a0; Rubin, 2003). Plut\u00f4t que de percevoir, comme certaines f\u00e9ministes, une forme de reproduction des syst\u00e8mes dominants dans la transsexualit\u00e9, certaines personnes insistent sur l\u2019aspect ambivalent de celle-ci par rapport \u00e0 la consolidation des normes en vigueur. Ainsi, la transsexualit\u00e9 n\u2019est pas con\u00e7ue en el1e-m\u00eame comme une forme de domination, ni en elle-m\u00eame subversive, mais ce sont plut\u00f4t les contextes de r\u00e9alisation et de r\u00e9ception<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote25sym#sdfootnote25sym\">24<\/a> qui d\u00e9terminent le degr\u00e9 de subversion ou non par rapport au sexisme, \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9, etc. (Halberstam, 1998, p. 40, 146, 160\u00a0; Butler, 1993\u00a0; 2006). La masculinit\u00e9 transsexuelle, par sa trajectoire divergente de la masculinit\u00e9 traditionnelle, de m\u00eame que par son affirmation positive de corps diff\u00e9rents (exemple\u00a0: des hommes sans p\u00e9nis), peut ainsi contribuer \u00e0 red\u00e9finir les d\u00e9finitions usuelles de la masculinit\u00e9. Rubin (2003, p. 145) mentionne\u00a0:<\/p>\n<p><i>Transsexualism itself does not necessarily subvert or affirm dominant forms of masculinity. Transsexual men have the potential to generate either alternative or hegemonic forms of masculinity. Altering their bodies to fit this cultural expectation, these men have an opportunity, though they do not always take it, to resignify what it means to behave like a man.<\/i><br \/>\n[Le transsexualisme en soi ne subvertit ni n\u2019affirme n\u00e9cessairement des formes de masculinit\u00e9s dominantes. Les hommes transsexuels ont la possibilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rer l\u2019une ou l\u2019autre des formes alternative ou h\u00e9g\u00e9monique de la masculinit\u00e9. En changeant leurs corps pour correspondre \u00e0 cette attente culturelle, ces hommes ont une opportunit\u00e9, m\u00eame s\u2019ils ne la prennent pas tous, de resignifier ce que veut dire agir comme un homme.]<\/p>\n<p>En somme, bien que le <i>passing<\/i> s\u2019av\u00e8re essentiel dans certains contextes, plusieurs disent que la visibilit\u00e9 transsexuelle offre une opportunit\u00e9 int\u00e9ressante pour d\u00e9construire les syst\u00e8mes dominants, notamment le sexisme et la transphobie analys\u00e9s dans la prochaine section<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote26sym#sdfootnote26sym\">25<\/a>.<\/p>\n<p><strong>3. La transphobie et les privil\u00e8ges cissexuels\/cisgenr\u00e9s<\/strong><br \/>\n<strong>3.1. L\u2019enchev\u00eatrement des oppressions et des luttes\u00a0: transphobie et sexisme<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de ces informations, il faut toutefois se garder de verser dans une vision id\u00e9alis\u00e9e des transsexuels, tous per\u00e7us comme des f\u00e9ministes accomplis ou potentiels. En effet, certains ne sont pas f\u00e9ministes et endossent une masculinit\u00e9 dominante. Cette communaut\u00e9 est h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne\u00a0: bien que ces hommes profitent collectivement des privil\u00e8ges inh\u00e9rents \u00e0 la masculinit\u00e9 (et donc qu\u2019ils contribuent ainsi en partie au renforcement du sexisme), il existe des transsexuels qui d\u00e9sirent \u00eatre \u00e9galitaires et d\u2019autres qui sont dominants. Une explication d\u00e9velopp\u00e9e par Rubin (2003, p. 165-173) concernant la masculinit\u00e9 dominante chez les FTM stipule qu\u2019elle proviendrait d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9action d\u00e9fensive\u00a0\u00bb \u00e0 une menace quant \u00e0 la validit\u00e9 de leur masculinit\u00e9. Il s\u2019agirait d\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9fense psychologique activ\u00e9 au contact d\u2019une transphobie o\u00f9 la masculinit\u00e9 de ces hommes n\u2019est pas reconnue<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote27sym#sdfootnote27sym\">26<\/a>. Bien que cela n\u2019explique pas tous leurs comportements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et dominants &#8211; et surtout ne les justifient pas\u00a0-, je pense, \u00e0 l\u2019instar de Rubin, que cette hypoth\u00e8se peut fournir un nouvel \u00e9clairage sur certaines de ces attitudes et contribuer \u00e0 un autre type d\u2019analyse structurelle d\u2019une forme d\u2019oppression syst\u00e9mique, celle de la transphobie et des privil\u00e8ges cissexuels.<\/p>\n<p>Cela nous conduit \u00e0 analyser la transphobie et son corollaire, les privil\u00e8ges cisgenr\u00e9s et cissexuels<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote28sym#sdfootnote28sym\">27<\/a>. Les n\u00e9ologismes cissexuel et cisgenr\u00e9 sont apparus dans les ann\u00e9es 1990 chez des transactivistes pour d\u00e9signer les personnes non transsexuelles. Comme nous l\u2019indiquent les dictionnaires de langue fran\u00e7aise, en sciences pures, l\u2019adjectif <i>cis<\/i> est employ\u00e9 comme antonyme de <i>trans<\/i>, le premier r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment qui est du m\u00eame c\u00f4t\u00e9, le second, qui, dans ses origines latines, signifie \u00ab\u00a0par-del\u00e0\u00a0\u00bb, r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment appartenant aux deux c\u00f4t\u00e9s. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, le pr\u00e9fixe <i>trans<\/i>, par opposition au pr\u00e9fixe <i>cis<\/i>, indique une transformation. Le pr\u00e9fixe <i>cis<\/i> est accol\u00e9 aux termes de sexe et de genre pour d\u00e9signer les personnes qui ne font pas de transition de sexe. Ces termes sont jug\u00e9s moins p\u00e9joratifs que ceux d\u2019hommes\/femmes \u00ab\u00a0biologiques<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote29sym#sdfootnote29sym\">28<\/a>\u00a0\u00bb. De la m\u00eame fa\u00e7on que le sexisme, la transphobie op\u00e8re comme syst\u00e8me d\u2019oppression rel\u00e9guant \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des soci\u00e9t\u00e9s les personnes transsexuelles. Ainsi est cr\u00e9\u00e9e la cisgenrenormativit\u00e9<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote30sym#sdfootnote30sym\">29<\/a>. La cisgenrenormativit\u00e9 postule que les personnes qui s\u2019accommodent du genre assign\u00e9 \u00e0 leur naissance sont plus normales que les personnes qui d\u00e9cident de vivre dans un autre genre et qui effectuent des transitions de sexe (Serano, 2007, p. 7-8, 12-13, 161-173). Une hi\u00e9rarchisation est ainsi faite entre les deux groupes permettant ainsi \u00e0 la norme de refonder son pouvoir et de justifier sa \u00ab\u00a0normalit\u00e9\u00a0\u00bb (Butler, 2006\u00a0; Kebabza, 2006\u00a0; Scott-Dixon, 2006\u00a0; Serano, 2007). Cependant, cette position marginalis\u00e9e offre une posture \u00e9pist\u00e9mologique pertinente pour analyser la fa\u00e7on dont fonctionnent les syst\u00e8mes dominants (Stryker, 1998, p. 151\u00a0; Butler, 2006).<\/p>\n<p>Par ailleurs, les syst\u00e8mes d\u2019oppression sont li\u00e9s \u00e0 des privil\u00e8ges. Dans le cas de la transphobie, ce sont les personnes cissexuelles et cisgenr\u00e9es qui en b\u00e9n\u00e9ficient. Les formes de discriminations qu\u2019exp\u00e9rimentent les personnes transsexuelles sont multiples et imputables \u00e0 ces privil\u00e8ges. Serano (2007, p. 185-193) d\u00e9nombre cinq formes d\u2019oppression. Premi\u00e8rement, il y a l\u2019exclusion des personnes transsexuelles dans diff\u00e9rents milieux. Cette exclusion peut aussi se situer au niveau du discours, lorsque le langage utilis\u00e9 pour d\u00e9signer une personne transsexuelle ne respecte pas son genre\/sexe. Cela a pour effet de l\u2019exclure de la cat\u00e9gorie avec laquelle elle s\u2019identifie. Deuxi\u00e8mement, il y a l\u2019objectification des personnes transsexuelles, qui consiste \u00e0 mettre un accent d\u00e9mesur\u00e9 sur leur aspect corporel (changements physiologiques, organes g\u00e9nitaux&#8230;), ce qui a souvent pour but de les r\u00e9assigner \u00e0 leur sexe\/genre attribu\u00e9 \u00e0 la naissance. Troisi\u00e8mement, il y a la mystification de la transsexualit\u00e9 et des processus de r\u00e9assignations sexuelles, c\u2019est-\u00e0-dire que les personnes transsexuelles, leur corps, leur genre, leur histoire sont consid\u00e9r\u00e9s comme myst\u00e9rieux et fascinants. Cette attitude a pour effet d\u2019accentuer le clivage entre personnes transsexuelles et cissexuelles, d\u00e9l\u00e9gitimant aux premi\u00e8res la \u00ab\u00a0naturalit\u00e9\u00a0\u00bb et la v\u00e9racit\u00e9 de leur sexe\/genre. Quatri\u00e8mement, il y a l\u2019interrogation entourant la transsexualit\u00e9 qui se traduit par une curiosit\u00e9 excessive concernant les motifs qui poussent une personne \u00e0 effectuer une transition de sexe. Comme le souligne Serano (2007, p. 187-188), cela a pour cons\u00e9quence de r\u00e9duire le sujet interrog\u00e9 au statut d\u2019objet d\u2019\u00e9tudes. Cette interrogation sur l\u2019origine de la transsexualit\u00e9 et son existence repose aussi sur des privil\u00e8ges cissexuels occult\u00e9s. Serano (2007, p. 188) \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p><i>[&#8230;] [T]he question &laquo;&nbsp;Why do transsexuals exist\u00a0?&nbsp;&raquo; is not a matter of pure curiosity, but rather an act of nonacceptance, as it invariably occurs in the absence of asking the reciprocal question .\u2022 &laquo;&nbsp;Why do cissexuals exist\u00a0?&nbsp;&raquo; The unceasing search to uncover the cause of transsexuality is designed to keep transsexual gender identities in a perpetually questionable state, thereby ensuring that cissexual gender identities continue to be unquestionable.<\/i><br \/>\n[La question \u201cpourquoi les transsexuel-les existent\u00a0?\u201d n\u2019est pas une affaire de pure curiosit\u00e9 mais plut\u00f4t un acte de non-acceptation, \u00e0 partir du moment o\u00f9 elle intervient sans que ne soit jamais pos\u00e9e la question r\u00e9ciproque \u201c pourquoi les cissexuel-les existent\u00a0?\u201d La recherche incessante en vue de la d\u00e9couverte de la cause de la transsexualit\u00e9 a pour utilit\u00e9 de figer les identit\u00e9s de genres transsexuelles dans un \u00e9tat perp\u00e9tuellement susceptible d\u2019\u00eatre mis en question et fait du m\u00eame coup en sorte que les identit\u00e9s de genre cissexuelles restent non questionnables.]<\/p>\n<p>Cinqui\u00e8mement, il y a l\u2019occultation, l\u2019effacement de la r\u00e9alit\u00e9 transsexuelle<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote31sym#sdfootnote31sym\">30<\/a>. Comme le rappelle Serano (2007, p. 188-189), les gens \u00e9mettent leurs propres hypoth\u00e8ses concernant les origines de la transsexualit\u00e9 et fournissent des r\u00e9ponses, souvent sans consulter les personnes transsexuelles. Cette forme de discrimination usurpe les voix des personnes transsexuelles. Ainsi effac\u00e9es, on peut parler et d\u00e9cider \u00e0 leur place. Apr\u00e8s tout, le processus m\u00e9dical entourant les transitions de sexe n\u2019est-il pas, comme le souligne Serano (2007, p. 189), balis\u00e9 par des personnes cissexuelles qui d\u00e9cident, de fa\u00e7on exclusive, qui pourra acc\u00e9der ou non \u00e0 une transition\u00a0?<\/p>\n<p>Ces types de discriminations sont li\u00e9s \u00e0 des privil\u00e8ges non questionn\u00e9s (Scott-Dixon, 2006\u00a0; Serano, 2007\u00a0; Koyama, 2009). Une personne qui d\u00e9cide de conserver le sexe et le genre qui lui ont \u00e9t\u00e9 assign\u00e9s \u00e0 la naissance se voit-el1e questionn\u00e9e sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de son choix\u00a0? Lui demande-t-on d\u2019obtenir des expertises m\u00e9dicales, psychiatriques, sexologiques pour vivre dans son sexe et son genre\u00a0? Cherche-t-on \u00e0 artificialiser et d\u00e9l\u00e9gitimer son corps et son genre, comme s\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas normaux, naturels, r\u00e9els\u00a0? Son choix de vivre dans un corps et un genre est-il interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019une intention politique (acqu\u00e9rir des privil\u00e8ges masculins par exemple)\u00a0? Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions sont n\u00e9gatives, parce que cette personne poss\u00e8de des privil\u00e8ges cissexuels<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote32sym#sdfootnote32sym\">31<\/a>. Ces privil\u00e8ges reposent \u00e0 leur tour sur des conceptions ontologiques de ce que sont le sexe et le genre, les hommes et les femmes. Comme le signale Bornstein (2006, p. 238) \u00e0 propos de la discrimination homophobe qui repose en grande partie sur des conceptions rigides des genres, la transphobie et les privil\u00e8ges cissexuels tirent leur source des m\u00eames pr\u00e9suppositions (Califia, 2003\u00a0; Bornstein, 2006\u00a0; Butler, 2006\u00a0; Scott-Dixon, 2006\u00a0; Serano, 2007\u00a0; Koyama, 2009). Le sexisme et la transphobie sont enchev\u00eatr\u00e9s et se renforcent mutuellement. Voici ce que Serano (2007, p. 13) affirme \u00e0 ce sujet\u00a0: <i> [&#8230;] cissexism, transphobia, and homophobia are all rooted in oppositional sexism, which is the belief that female and male are rigid, mutually exclusive categories, each possessing a unique and nonoverlapping set of attributes, aptitudes, abilities, and desires. Oppositional sexists attempt to punish or dismiss those of us who fall outside of gender or sexual norms because our existence threatens the idea that women and men are &laquo;&nbsp;opposite&nbsp;&raquo; sexes<\/i><a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote33sym#sdfootnote33sym\"><i>32<\/i><\/a>.<br \/>\n[Le cissexisme, la transphobie et l\u2019homophobie sont tou-tes reli\u00e9-es au sexisme oppositionnel, qui est bas\u00e9 sur la croyance que les hommes et les femmes sont des cat\u00e9gories rigides, et mutuellement exclusives, chacune poss\u00e9dant un panel d\u2019attributs, d\u2019aptitudes, de capacit\u00e9s et de d\u00e9sirs uniques qui ne se croisent pas. Les sexistes oppositionnels essayent de punir et de chasser celleux d\u2019entre-nous qui se trouvent en-dehors des normes sexuelles et de genres parce que notre existence met \u00e0 mal l\u2019id\u00e9e que femmes et hommes sont des \u201csexes oppos\u00e9s\u201d.]<\/p>\n<p>Cela d\u00e9montre la pertinence, \u00e0 la fois pour le mouvement f\u00e9ministe et trans, d\u2019entrer en dialogue afin de cr\u00e9er et de consolider des alliances th\u00e9oriques et politiques. Bien que sous-th\u00e9oris\u00e9e au sein des \u00e9tudes f\u00e9ministes, la transsexualit\u00e9 entretient pourtant des liens avec le f\u00e9minisme. L\u2019imbrication entre \u00e9tudes f\u00e9ministes et trans est incontestable pour quiconque analyse les mat\u00e9riaux conceptuels \u00e0 partir desquels ces champs travaillent<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote34sym#sdfootnote34sym\">33<\/a>, de m\u00eame que les oppressions dont souffrent \u00e0 la fois les femmes et les personnes transsexuelles et qui tirent en partie leur origine des m\u00eames paradigmes oppressifs.<\/p>\n<p><strong>3.2. La conscience politique f\u00e9ministe de certains activistes transsexuels<\/strong><\/p>\n<p>En d\u00e9pit de l\u2019acc\u00e8s limit\u00e9 aux privil\u00e8ges masculins v\u00e9cu par certains transsexuels, ils en profitent \u00e0 diff\u00e9rents niveaux. Pour ceux qui les reconnaissent, ces b\u00e9n\u00e9fices li\u00e9s \u00e0 leur statut masculin ne sont pas v\u00e9cus sans ambigu\u00eft\u00e9 (Rubin, 2003, p. 143-149). En effet, bien qu\u2019i1 soit souhaitable d\u2019\u00eatre trait\u00e9 avec davantage de respect par exemple, le fait de voir que ce respect est gagn\u00e9 au d\u00e9triment des femmes est un constat alarmant pour plusieurs, ayant eux-m\u00eames \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s moins favorablement alors qu\u2019i1s \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des femmes (Schilt, 2006, p. 487). Pour certains transsexuels, cette exp\u00e9rience constitue un point de d\u00e9part, sinon un renforcement. d\u2019une conscience f\u00e9ministe (Devor, 1997, p. 550-551\u00a0; Dozier, 2005, p. 308\u00a0; Schilt, 2006, p. 473, 487\u00a0; Scott-Dixon, 2006\u00a0; Elliot, 2009, p. 26-27). Il est normal, compte tenu de cette position marginalis\u00e9e qu\u2019i1s ont occup\u00e9e, de retrouver parmi eux un grand nombre qui adh\u00e8rent aux analyses f\u00e9ministes (Devor, 1997, p. 547). Ainsi, plut\u00f4t que de voir en ces hommes des tra\u00eetres de la communaut\u00e9 de femmes\/f\u00e9ministes comme certaines auteures le pensent, il serait pertinent de les consid\u00e9rer comme des alli\u00e9s potentiels dans la lutte contre le sexisme. Puis, les analyses f\u00e9ministes pourraient \u00eatre utiles pour ces hommes afin d\u2019articuler leurs r\u00e9flexions sur ces privil\u00e8ges. Plusieurs affirment aussi que les personnes transsexuelles se trouvent dans une position \u00e9pist\u00e9mologique favorable pour constater &#8211; et d\u00e9noncer si elles sont sensibilis\u00e9es aux rapports in\u00e9galitaires hommes\/femmes &#8211; l\u2019oppression qui affecte les femmes \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elles ont \u00e0 la fois \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es en hommes et en femmes au cours de leur vie (Devor, 1997, p. 540, 547, 550\u00a0; Dozier, 2005\u00a0; Bornstein, 2006\u00a0; Schilt, 2006, p. 466, 468-469, 473-475, 486-487\u00a0; Schilt et Connell, 2007, p. 600\u00a0; Serano, 2007, p. 312\u00a0; Schilt et Wiswall, 2008)<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote35sym#sdfootnote35sym\">34<\/a>. Ces personnes poss\u00e8dent une double perspective que peu de gens auront la chance d\u2019avoir dans leur vie. En ce sens, les f\u00e9ministes auraient avantage \u00e0 tirer profit de cette exp\u00e9rience v\u00e9cue par les personnes transsexuelles et qui les am\u00e8ne \u00e0 vivre les deux c\u00f4t\u00e9s de la m\u00e9daille, tout comme les activistes et th\u00e9oriciennes trans ne peuvent faire l\u2019\u00e9conomie des analyses f\u00e9ministes. Ce sont d\u2019ailleurs les th\u00e9ories f\u00e9ministes des derni\u00e8res d\u00e9cennies qui ont ouvert la voie \u00e0 des discours constructivistes sur les notions de sexe et de genre et qui ont permis 1\u2019\u00e9mergence de discours transsexuels non essentialistes. Le transf\u00e9minisme appara\u00eet ainsi comme une perspective pertinente \u00e0 d\u00e9velopper \u00e0 la fois pour le champ des \u00e9tudes f\u00e9ministes et trans<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote36sym#sdfootnote36sym\">35<\/a>.<\/p>\n<p><strong>3.3. Le transf\u00e9minisme\u00a0: une voie f\u00e9conde \u00e0 explorer<\/strong><\/p>\n<p>Koyama (2009), auteure du \u00ab\u00a0Transfeminist Manifesto [2001]\u00a0\u00bb d\u00e9finit le transf\u00e9minisme ainsi\u00a0:<\/p>\n<p><i>Transfeminism is primarily a movement by and for trans women who view their liberation to be intrinsically linked to the liberation of all women and beyond. [&#8230;] Transfeminism is not about taking over existing feminist institutions. Instead, it extends and advances feminism as a whole through our own liberation and coalition work with all others. It stands up for trans and non-trans women alike, and asks non-trans women to stand up for trans women in return. Transfeminism embodies feminist coalition politics in which women from different backgrounds stand up for each other, because if we do not stand for each other, nobody will<\/i><a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote37sym#sdfootnote37sym\"><i>36<\/i><\/a>.<br \/>\n[Le transf\u00e9minisme est d\u2019abord un mouvement par et pour les femmes trans qui voient leur lib\u00e9ration \u00eatre intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la lib\u00e9ration de toutes les femmes et plus. [&#8230;] Le transf\u00e9minisme n\u2019a pas pour but de reprendre les institutions f\u00e9ministes existantes. Au contraire, il \u00e9tend et fait avancer le f\u00e9minisme dans son ensemble \u00e0 travers notre propre travail de lib\u00e9ration et de coalition avec toutes les autres. Il lutte pour les femmes trans de m\u00eame que pour les femmes non-trans et demande aux femmes non-trans de lutter pour les femmes trans en retour. Le transf\u00e9minisme incarne une politique de coalitions f\u00e9ministes dans laquelle des femmes de diff\u00e9rents parcours luttent les unes pour les autres, parce que si on ne lutte pas les unes pour les autres, personne ne le fera.]<\/p>\n<p>Les personnes en faveur de ces coalitions mettent l\u2019accent sur les continuit\u00e9s th\u00e9oriques et politiques des femmes et des personnes transsexuelles<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote38sym#sdfootnote38sym\">37<\/a>. D\u2019abord, les personnes transsexuelles sont \u00e0 la fois des hommes et des femmes affect\u00e9s par le sexisme, particuli\u00e8rement les femmes cissexuelles et transsexuelles et les hommes transsexuels avant leur transition (Califia, 2003, p. 144-145\u00a0; Scott-Dixon, 2006\u00a0; Serano, 2007\u00a0; Koyama, 2009). De plus, ces personnes se r\u00e9approprient la notion de genre, un geste qui constitue une importante revendication du f\u00e9minisme des derni\u00e8res d\u00e9cennies. De m\u00eame, tout comme les personnes transsexuelles ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des transformations sociales, politiques, etc., acquises gr\u00e2ce aux luttes f\u00e9ministes, notamment en ce qui concerne les conceptions du sexe et du genre, les d\u00e9finitions renouvel\u00e9es du sexe et du genre revendiqu\u00e9es par les personnes transsexuelles pourraient \u00e0 leur tour s\u2019av\u00e9rer des outils pr\u00e9cieux pour les th\u00e9ories f\u00e9ministes (Heyes, 2002\u00a0; Bornstein, 2006\u00a0; Scott-Dixon, 2006\u00a0; Koyama, 2009). Les femmes et les personnes transsexuelles ont un int\u00e9r\u00eat commun concernant les questions touchant le corps\u00a0: les personnes transsexuelles revendiquent le droit de se r\u00e9approprier leur corpor\u00e9it\u00e9 et de s\u2019autod\u00e9finir comme le font les femmes du mouvement f\u00e9ministe, de m\u00eame qu\u2019elles d\u00e9noncent toutes les formes de violences qui leur sont inflig\u00e9es et les discriminations exerc\u00e9es \u00e0 leur endroit (Bornstein, 2006\u00a0; Scott-Dixon, 2006\u00a0; Stone, 2006\u00a0; Whittle, 2006a, p. xii\u00a0; Serano, 2007\u00a0; Schilt et Wiswall, 2008\u00a0; Koyama, 2009)<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote39sym#sdfootnote39sym\">38<\/a>. Les femmes transsexuelles, tout comme les femmes cissexuelles, sont plus assujetties aux normes esth\u00e9tiques contraignantes de la f\u00e9minit\u00e9, tout en \u00e9tant les cibles de diverses formes de violences sexuelles (Scott-Dixon, 2006\u00a0; Serano, 2007\u00a0; Koyama, 2009). Cette liste (qui pourrait s\u2019allonger) d\u2019oppressions communes aux femmes cissexuelles et transsexuelles, de m\u00eame qu\u2019aux personnes transsexuelles en g\u00e9n\u00e9ral (incluant ici les transsexuels, victimes de violence sexuelle par exemple lorsque leur statut transsexuel est d\u00e9couvert), d\u00e9montre l\u2019importance de faire front commun dans la lutte contre le sexisme et la transphobie. Le transf\u00e9minisme est un courant f\u00e9ministe inclusif de multiples personnes, dont les femmes et les hommes transsexuels, qui offre un potentiel heuristique encore trop peu exploit\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard (Scott-Dixon. 2006).<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019esp\u00e8re que cet article, par sa mise en lumi\u00e8re de certains privil\u00e8ges conf\u00e9r\u00e9s aux transsexuels gr\u00e2ce \u00e0 leur statut masculin et des oppressions dont ils sont aussi victimes dans des soci\u00e9t\u00e9s transphobes et cisgenrenormatives, stimulera la recherche sur cette double condition (privil\u00e9gi\u00e9e\/ opprim\u00e9e) des hommes transsexuels encore trop peu explor\u00e9e dans la litt\u00e9rature scientifique, particuli\u00e8rement francophone. De m\u00eame, je souhaite avoir d\u00e9montr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de poursuivre les recherches d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9es (Heyes, 2002\u00a0; Bornstein, 2006\u00a0; Feinberg, 2006\u00a0; Scott-Dixon, 2006\u00a0; Stone, 2006\u00a0; Whittle, 2006b\u00a0; Serano, 2007\u00a0; Elliot, 2009\u00a0; Koyama, 2009) sur la collaboration th\u00e9orique et politique entre les \u00e9tudes f\u00e9ministes et trans et le d\u00e9veloppement de perspectives transf\u00e9ministes. Le f\u00e9minisme des derni\u00e8res d\u00e9cennies a notamment \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par la prise en consid\u00e9ration, en r\u00e9action aux th\u00e8ses r\u00e9formistes des f\u00e9ministes dites de la premi\u00e8re vague et des f\u00e9ministes \u00e9galitaristes, des perspectives d\u2019analyse radicales, de m\u00eame que par l\u2019int\u00e9gration des femmes de classes socio\u00e9conomiques marginalis\u00e9es, des lesbiennes, des femmes racialis\u00e9es, handicap\u00e9es, colonis\u00e9es, jeunes ou \u00e2g\u00e9es, etc. Bien qu\u2019il reste, \u00e0 ces niveaux, encore beaucoup de chemin \u00e0 parcourir pour qu\u2019une v\u00e9ritable inclusion de toutes les femmes soit effective, il est possible de constater que le f\u00e9minisme actuel n\u2019est plus ce qu\u2019il \u00e9tait dans les ann\u00e9es 1960 et qu\u2019il est d\u00e9sormais beaucoup plus conscient de l\u2019importance de prendre en consid\u00e9ration les exp\u00e9riences multiples des femmes. \u00c0 mon avis, le f\u00e9minisme actuel est appel\u00e9 \u00e0 relever le d\u00e9fi pos\u00e9 par les personnes transsexuelles, hommes comme femmes, et \u00e0 ce titre, beaucoup de travail reste \u00e0 accomplir. Esp\u00e9rons que cette r\u00e9flexion interpelle de part et d\u2019autre les f\u00e9ministes et les th\u00e9oriciennes trans \u00e0 poursuivre ce dialogue qui ne pourra qu\u2019\u00eatre f\u00e9cond pour chacune des parties. C\u2019est le message que nous laisse Koyama (2009) dans son \u00ab\u00a0manifeste transf\u00e9ministe\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p><i>When a group of women who had previously been marginalized within the mainstream of the feminist movement broke their silence, demanding their rightful place within it, they were first accused of fragmenting feminism with trivial matters, and then were eventually accepted and welcomed as a valuable part of the feminist thought.\u00a0\u00bb We have become increasingly aware that the diversity is our strength, not weakness. No temporary fragmentation or polarization is too severe to nullify the ultimate virtues of inclusive coalition politics. Every time a group of women previously silenced begins to speak out, other feminists are challenged to rethink their idea of whom they represent and what they stand for. While this process sometimes leads to a painful realization of our own biases and internalized oppressions as feminists, it eventually benefits the movement by widening our perspectives and constituency. It is under this understanding that we declare that the time has come for trans women [et j\u2019ajouterais trans men] to openly take part in the feminist revolution, further expanding the scope of the movement. <\/i><br \/>\n[Quand un groupe de femmes, qui ont \u00e9t\u00e9 auparavant marginalis\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du mouvement f\u00e9ministe mainstream, bris\u00e8rent le silence et demand\u00e8rent leur place l\u00e9gitime \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce mouvement, elles ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 accus\u00e9es de diviser le f\u00e9minisme avec des probl\u00e8mes insignifiants, et elles ont \u00e9t\u00e9 finalement accept\u00e9es et accueillies comme une partie pr\u00e9cieuse de la pens\u00e9e f\u00e9ministe. Nous sommes devenues de plus en plus conscientes que la diversit\u00e9 est notre force, et non notre faiblesse. Il n\u2019y a pas de fracture ou de division assez graves pour annuler les b\u00e9n\u00e9fices supr\u00eames d\u2019une politique de coalition inclusive. Chaque fois qu\u2019un groupe de femmes auparavant mises sous silence commencent \u00e0 s\u2019exprimer, les autres f\u00e9ministes doivent repenser qui elles repr\u00e9sentent et ce qu\u2019elles d\u00e9fendent. Alors que ce processus conduit parfois \u00e0 la prise de conscience douloureuse de nos propres pr\u00e9jug\u00e9s et oppressions internes en tant que f\u00e9ministes, cela b\u00e9n\u00e9ficie finalement au mouvement en \u00e9largissant nos perspectives et notre composition. C\u2019est dans cette compr\u00e9hension que nous d\u00e9clarons que le temps est venu pour les femmes trans [ et j\u2019ajouterais pour les hommes trans] de prendre part ouvertement \u00e0 la r\u00e9volution f\u00e9ministe, et ainsi d\u2019\u00e9tendre plus loin la port\u00e9e du mouvement.]<\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote40sym#sdfootnote40sym\"><strong>39<\/strong><\/a><\/p>\n<p>Anonyme (2009). <i>The Cisgender (Non-Transgender) Checklist<\/i>. Document disponible \u00e0 l\u2019adresse .<br \/>\nBailey. A. (1998). \u00ab\u00a0Privi1ege\u00a0: Expanding on Marilyn Frye\u2019s &laquo;&nbsp;Oppression&nbsp;&raquo;\u00a0\u00bb. <i>Journal of SociaI Philosophy,<\/i> vol. 29, n\u00b0\u00a03, p. 104-1 19.<br \/>\nBockting, W. 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(2006). \u00ab\u00a0Just one of the guys\u00a0: How transmen make gender visible at work\u00a0\u00bb, <i>Gender and Society<\/i>, vol. 20, n\u00b0\u00a04, p. 465-490.<br \/>\nSchilt. K. et C. Connell (2007). \u00ab\u00a0Do workplace gender transitions make gender trouble\u00a0?\u00a0\u00bb, <i>Gender, Work and Organization<\/i>, vol. 14, n\u00b0\u00a06, p. 596-618.<br \/>\nSchilt. K. et M.\u00a0Wiswall (2008). \u00ab\u00a0Before and after\u00a0: Gender transitions, human capital, and workplace experiences\u00a0\u00bb. <i>The B.E. Journal of Economic Analysis and Policy<\/i>, vol. 8, n\u00b0\u00a01, p. 1-26.<br \/>\nScott-Dixon, K. (dir.) (2006). <i>Trans\/Forming Feminisms\u00a0: Trans\/Feminist Voices Speak Out<\/i>, Toronto, Sumach Press.<br \/>\nSerano. J. (2007). Whipping Girl. A Transsexual Woman on Sexism and the Scapegoating of Femininity, Berkeley, Seal Press.<br \/>\nShapiro. J. 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(2006b). \u00ab\u00a0My words to Victor Frankenstein above the village of Chamonix\u00a0: Performing transgender rage [1994]\u00a0\u00bb. dans S. Stryker et S. Whittle (dir.), <i>The Transgender Studies Reader<\/i>, New York\/Londres, Routledge, p. 244-256.<br \/>\nStryker, S. et S. Whittle (dir.) (2006). <i>The Transgender Studies Reader<\/i>. New York\/Londres, Routledge.<br \/>\nThompson, K. (2003) \u00ab\u00a0Transsexua1s, travestites, transgender people, and crossdressers\u00a0\u00bb, dans M.\u00a0Stein (dir.), <i>Encyclopedia of Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender History in America<\/i>, vol. 3, New York, Charles Scribner\u2019s Sons, p. 203-208.<br \/>\nTirrell. L. (1993). \u00ab\u00a0Definition and power\u00a0: Toward authority without privilege\u00a0\u00bb, <i>Hypatia<\/i>, vol. 8, n\u00b0\u00a04, p. 1-34<br \/>\nWhittle. S. (2006a). \u00ab\u00a0Foreword\u00a0\u00bb, dans S. Stryker et S. Whittle (dir.), <i>The Transgender Studies Reader<\/i>, New York\/Londres, Routledge, p. xi-xvi.<br \/>\nWhittle, S. (2006b). \u00ab\u00a0Where did we go wrong\u00a0? Feminism and trans theory\u00a0: Two teams on the same side\u00a0?\u00a0\u00bb, dans S. Stryker et S. Whittle (dir.), <i>The Transgender Studies Reader<\/i>, New York\/Londres, Routledge, p. 194-202.<br \/>\nYoung, I. M.\u00a0(1990). \u00ab\u00a0Five faces of oppression\u00a0\u00bb, <i>Justice and the Politics of Difference<\/i>, Princeton, Princeton University Press, p. 39-65.<br \/>\nYudkin, M.\u00a0(1978). \u00ab\u00a0Transsexualism and women\u00a0: A critical perspective\u00a0\u00bb, <i>Feminist Studies<\/i>, vol. 4, n\u00b0\u00a03, p. 97-106.<\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<p>Tir\u00e9 du livre\u00a0: Diversit\u00e9 Sexuelle et Constructions de genre, sous la direction de Line Chamberland, Blye W. Frank, Janice Ristock, Presse de l\u2019Universit\u00e9 du Quebec, 2009.<br \/>\n<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/books.google.fr\/books\/about\/Diversit\u00e9_Sexuelle_et_Constructions_de.html?id=h--4Cw6Ok6sC&amp;redir_esc=y\" rel=\"external\">http:\/\/books.google.fr\/books\/about\/Diversit%C3%A9_Sexuelle_et_Constructions_de.html?id=h\u20144Cw6Ok6sC&amp;redir_esc=y<\/a><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<p><a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote1anc#sdfootnote1anc\">*<\/a> L\u2019article est publi\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9, les seules modifications apport\u00e9es sont des propositions de traduction des citations en anglais<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote2anc#sdfootnote2anc\">1<\/a>. Le terme transidentit\u00e9 fait g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ensemble des identit\u00e9s transgressives par rapport aux cat\u00e9gories traditionnelles de sexe et de genre. Il regroupe des personnes transgenres, transsexuelles, intersexu\u00e9es, des hommes eff\u00e9min\u00e9s, des femmes masculines, des drags, des genderqueers, etc. Pour un historique sur les transidentit\u00e9s et les \u00e9tudes trans, voir\u00a0: Rubin (1999), Namaste (2000. p. 1-70), Dozier (2005. p. 300-301), Whittle (2006a\u00a0; 2006b), Stryker (1998\u00a0; 2006a).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote3anc#sdfootnote3anc\">2<\/a>. Voir aussi\u00a0: Bockting (1999), Stryker (2006a\u00a0; 2006b, p. 254-255), Thompson (2003, p. 206).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote4anc#sdfootnote4anc\">3<\/a>. Cette inclusion de la transsexualit\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du transgenrisme soul\u00e8ve certaines critiques. Concernant ce d\u00e9bat, voir Namaste (2000), Thompson (2003), Scott-Dixon (2006) et Coogan (2006).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote5anc#sdfootnote5anc\">4<\/a>. Ces synonymes sont utilis\u00e9s de fa\u00e7on interchangeable dans cet article, mais il faut souligner que chaque personne utilise le vocabulaire avec lequel elle s\u2019identifie et que ses choix devraient \u00eatre respect\u00e9s par les autres (Scott-Dixon, 2006, p. 15). Pour une critique de certaines expressions jug\u00e9es plus p\u00e9joratives, voir\u00a0: Heyes (2002, p. 1097), Scott-Dixon (2006, p. 14-16), Serano (2007, p. 172-175).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote6anc#sdfootnote6anc\">5<\/a>. Cette conception de l\u2019oppression de Young est h\u00e9rit\u00e9e des analyses de Frye (1983). Bailey (1998) utilise \u00e9galement les analyses de Frye pour th\u00e9oriser l\u2019oppression.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote7anc#sdfootnote7anc\">6<\/a>. Voir aussi Tirrell (1993) et Bailey (1998) sur l\u2019\u00e9tymologie du terme.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote8anc#sdfootnote8anc\">7<\/a>. Voir aussi sur les privil\u00e8ges blancs\u00a0: Kebabza (2006).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote9anc#sdfootnote9anc\">8<\/a>. Le terme cissexuels renvoie aux individus non transsexuels, nous y reviendrons.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote10anc#sdfootnote10anc\">9<\/a>. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une contribution importante de l\u2019analyse en termes d\u2019oppression\/privil\u00e8ges sur le plan p\u00e9dagogique. L\u2019oppression ainsi pr\u00e9sent\u00e9e permet de sensibiliser les membres des groupes dominants.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote11anc#sdfootnote11anc\">10<\/a>. La culpabilit\u00e9, selon cette perspective, est une attitude paralysante sur le plan politique (Kruks, 2005\u00a0; Lemay et al., 2009). Cette \u00e9thique et politique de responsabilisation fait en partie r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab\u00a0processus de <i>disempowerment<\/i>\u00a0\u00bb auquel devraient adh\u00e9rer les hommes prof\u00e9ministes selon Dupuis-D\u00e9ri (2008). Voici comment il d\u00e9finit ce processus (Dupuis-D\u00e9ri. 2008. p. 149)\u00a0: \u00ab\u00a0[. . .] une (auto)r\u00e9duction du pouvoir individuel et collectif qu\u2019exercent les hommes sur les femmes, et un (auto)positionnement d\u2019auxiliaire par rapport aux f\u00e9ministes\u00a0\u00bb. Si je suis d\u2019accord avec cet auteur en ce qui concerne les hommes cissexuels, je pense que la question se pose diff\u00e9remment pour les FTM (pro)f\u00e9ministes (Dupuis-D\u00e9ri limite d\u2019ailleurs ses propos aux premiers)\u00a0: ils ont re\u00e7u une socialisation de femme, ont v\u00e9cu de nombreuses ann\u00e9es dans une identit\u00e9 sociale de femme et donc ont subi les pr\u00e9judices du fait d\u2019\u00eatre femme dans une soci\u00e9t\u00e9 sexiste (et pour plusieurs du fait d\u2019\u00eatre lesbiennes masculines dans une soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9t\u00e9rosexiste). Bien que cette socialisation des transsexuels durant leur vie sociale de \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb ne diminue en rien les avantages masculins qu\u2019ils pourront tirer de leur nouveau statut, leur ressenti est souvent tout autre (Schilt, 2006, p.487). Nombre d\u2019entre eux, sachant que leurs comp\u00e9tences sont inchang\u00e9es, mais qui se voient attribuer plus de m\u00e9rites pour leur travail, se questionnent sur la valeur de ces reconnaissances (promotions, r\u00e9compenses&#8230;) (Schilt, 2006, p. 487). Un doute constant (sentiment de l\u2019imposteur) persiste chez plusieurs, se demandant si la nouvelle promotion re\u00e7ue est imputable au statut masculin ou si elle rel\u00e8ve de comp\u00e9tences personnelles. Cet exemple permet d\u2019\u00e9tablir une distinction entre privil\u00e8ges \u00ab\u00a0acquis\u00a0\u00bb et privil\u00e8ges \u00ab\u00a0ressentis\/int\u00e9gr\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0: ce n\u2019est pas parce qu\u2019une personne ne ressent pas un acc\u00e8s \u00e0 des privil\u00e8ges donn\u00e9s qu\u2019elle n\u2019y a pas acc\u00e8s. Je remercie M\u00e9lissa Blais qui a nourri cette r\u00e9flexion.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote12anc#sdfootnote12anc\">11<\/a>. La liste de Dupuis-D\u00e9ri est plus compl\u00e8te, mais j\u2019ai reproduit ici les avantages les plus pertinents eu \u00e9gard au sujet trait\u00e9. Le dernier privil\u00e8ge dans cette citation est un bon exemple de la distinction que l\u2019on doit faire entre privil\u00e8ges \u00ab\u00a0acquis\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ressentis\/int\u00e9gr\u00e9s\u00a0\u00bb. En effet, un FTM qui \u00ab\u00a0passe\u00a0\u00bb pour un homme cissexuel n\u2019est pas une cible de violences sexuelles comme une femme. En ce sens, il profite de ce privil\u00e8ge (\u00ab\u00a0acquis\u00a0\u00bb), \u00e0 savoir qu\u2019il n\u2019a pas \u00e0 craindre d\u2019\u00eatre seul publiquement. En revanche, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il n\u2019a rien \u00e0 craindre qu\u2019il ne craint rien. Son pass\u00e9 dans une identit\u00e9 sociale de femme, sa socialisation, etc&#8230; l\u2019ont conditionn\u00e9 \u00e0 redouter ce genre de situation et bien qu\u2019une transition de sexe \u00e0 long terme puisse contribuer \u00e0 diminuer cette peur, l\u2019appartenance \u00e0 la cat\u00e9gorie hommes n\u2019efface pas automatiquement ce conditionnement. Son privil\u00e8ge \u00ab\u00a0acquis\u00a0\u00bb n\u2019est donc pas, comme c\u2019est le cas chez les hommes cissexuels, \u00ab\u00a0ressenti\/int\u00e9gr\u00e9\u00a0\u00bb car il ressent la peur.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote13anc#sdfootnote13anc\">12<\/a>. Pour cette interpr\u00e9tation, voir\u00a0: Raymond (1977, p. 14, 17-18\u00a0; 1981, p. 74, 109, 131, 157-162, 206-209, 213-220), Yudkin (1978, p. 102), Eichler (1989, p. 289), Haussman (1995, p. 197-198), Jeffreys (1997, p. 70\u00a0; 2003, p. 135).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote14anc#sdfootnote14anc\">13<\/a>. Voir aussi\u00a0: Jeffreys (1997, p. 59\u00a0; 2003, p. 137-143). Le m\u00eame argument est parfois utilis\u00e9 dans les rh\u00e9toriques lesbophobes\u00a0: l\u2019une des explications du lesbianisme serait que les lesbiennes auraient \u00e9t\u00e9 agress\u00e9es par des hommes et se seraient donc tourn\u00e9es vers les femmes pour vivre leur sexualit\u00e9. Si cette hypoth\u00e8se \u00e9tait vraie, on observerait, \u00e0 partir des statistiques sur les victimes d\u2019agressions sexuelles, des taux plus \u00e9lev\u00e9s de lesbianisme. Merci \u00e0 Julie Th\u00e9roux S\u00e9guin de m\u2019avoir signal\u00e9 ce parall\u00e8le.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote15anc#sdfootnote15anc\">14<\/a>. Voir aussi au sujet de cette accusation\u00a0: Halberstam (1998, p. 144).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote16anc#sdfootnote16anc\">15<\/a>. Le texte de Green est le suivant\u00a0: J. Green (1994). \u00ab\u00a0All Transsexuals Are Not Alike\u00a0\u00bb. <i>TV\/TS Tapestry Journal<\/i>. N\u00b068, p. 51-52.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote17anc#sdfootnote17anc\">16<\/a>. Comme je n\u2019ai pas lu tous les \u00e9crits de Cromwell, j\u2019h\u00e9siterais \u00e0 dire qu\u2019il nie l\u2019acc\u00e8s aux privil\u00e8ges masculins. Je pense que ses arguments cherchent plut\u00f4t \u00e0 contrebalancer certaines analyses qui expliquent les transitions FTM en termes d\u2019avantages que ces hommes pourraient gagner.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote18anc#sdfootnote18anc\">17<\/a>. Schilt (2006. p. 480-483) ne note pas une diff\u00e9rence significative au niveau du salaire en lui-m\u00eame pour un m\u00eame poste. Cependant, d\u2019autres facteurs sont \u00e0 consid\u00e9rer, tels que le fait que plusieurs FTM changent d\u2019emploi apr\u00e8s leur transition, d\u2019autant plus qu\u2019un certain nombre d\u00e9cident de poursuivre des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, ce qui peut contribuer \u00e0 accro\u00eetre leur salaire.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote19anc#sdfootnote19anc\">18<\/a>. Schilt (2006, p. 484) rapporte un t\u00e9moignage d\u2019un de ses participants \u00e0 qui l\u2019on a demand\u00e9, sur son lieu de travail, s\u2019il venait visiter son p\u00e8re ou sa m\u00e8re. Voir aussi Rubin (2003, p. 189). \u00c9tant moi-m\u00eame en d\u00e9but de transition et connaissant plusieurs FTM, je confirme qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une situation fr\u00e9quente.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote20anc#sdfootnote20anc\">19<\/a>. La transphobie consiste en une \u00ab\u00a0[&#8230;] irrational fear of aversion to, or discrimination against people whose gendered identities, appearances, or behaviors deviate from societal norms\u00a0\u00bb (Serano. 2007, p. 12). En fait, il conviendrait ici d\u2019effectuer une g\u00e9n\u00e9alogie critique du terme, mais je me contente, par manque d\u2019espace, de 1\u2019utiliser en insistant sur le fait que je ne fais pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab\u00a0peur\u00a0\u00bb que les personnes cissexuelles ont des personnes transsexuelles, mais bien \u00e0 l\u2019oppression qu\u2019elles leur font subir. Sur la transphobie, voir\u00a0: Namaste (2000), Califia (2003), Bornstein (2006), Butler (2006), Feinberg (2006), Scott-Dixon (2006), Stryker (2006a\u00a0; 2006b), Whittle (2006a\u00a0; 2006b), Serano (2007).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote21anc#sdfootnote21anc\">20<\/a>. Au sujet de cette hi\u00e9rarchie entre h\u00e9t\u00e9rosexuels et homosexuels, voir Connell (1995\u00a0; p. 78-79). Koyama (2009) aborde aussi cette violence homophobe qui touche les personnes transsexuelles. Bornstein, elle, montre comment 1\u2019homophobie rel\u00e8ve de la non-conformit\u00e9 aux id\u00e9aux normatifs genr\u00e9s. Elle pose les questions suivantes qui \u00e9clairent cette probl\u00e9matique (Bornstein, 2006, p. 238)\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Have you seen a single gay man or lesbian walking down the street recently\u00a0? How did you know or why did you suspect that they were gay or lesbian\u00a0? Was it, something they were doing sexually\u00a0? Or something about their gender presentation\u00a0?<\/i>\u00a0\u00bb<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote22anc#sdfootnote22anc\">21<\/a>. Je remercie Janik Bastien Charlebois qui a contribu\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9flexion. Voir aussi\u00a0: Green (2004, p. 72), Kebabza (2006, p. 163-164), Koyama (2009).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote23anc#sdfootnote23anc\">22<\/a>. L\u2019inverse du passing est \u00ab\u00a0being read\u00a0\u00bb, \u00eatre lue ou visible comme personne transidentifi\u00e9e (Stone, 2006, p. 235). Concernant le d\u00e9bat sur le passing et la visibilit\u00e9, voir\u00a0: Shapiro (1991, p. 255-257), Haussman (1995, p. 198-201), Bockting (1999, p. 4), Cromwell (1999), Rubin (1999, p. 187-188), Roen (2002), Green (2004, p. 171 -197), Coogan (2006, p. 18-19, 35), Feinberg (2006, p. 207, 217), Schilt et Connell (2007, p. 602), Serano (2007, p. 176-180, 303). Les analyses intersectionnelles d\u00e9montrent aussi que le passing est interreli\u00e9 \u00e0 d\u2019autres facteurs, comme la classe et l\u2019ethnicit\u00e9 (Namaste, 2000\u00a0; Roen, 2002, p. 504, 511)\u00a0: la possibilit\u00e9 de \u00ab\u00a0passer\u00a0\u00bb est conditionn\u00e9e par des conjonctures \u00e9conomiques, g\u00e9ographiques, etc. Par ailleurs, Serano (2007, p. 176-180) effectue une critique de la notion de passing et propose de la remplacer par celle de \u00ab\u00a0<i>appropriately gendered<\/i>\u00a0\u00bb.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote24anc#sdfootnote24anc\">23<\/a>. La visibilit\u00e9 permet aussi un lobby pour l\u2019obtention de droits (Halberstam. 1998, p. 144\u00a0; Schilt et Connell, 2007, p. 602).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote25anc#sdfootnote25anc\">24<\/a>. \u00c0 ce sujet, voir Schilt et Connell (2007).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote26anc#sdfootnote26anc\">25<\/a>. Roen (2002, p. 502-503) montre comment le d\u00e9bat sur la visibilit\u00e9 et le <i>passing<\/i> est un faux d\u00e9bat. Il ne s\u2019agit pas de deux positions exclusives. Pour des d\u00e9tails, voir Roen (2002).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote27anc#sdfootnote27anc\">26<\/a>. Je ne pense pas que l\u2019objectif de Rubin (1999\u00a0; 2003) soit de justifier ainsi les comportements dominants de certains hommes transsexuels, car il d\u00e9nonce ceux qui ont des attitudes sexistes. Il semble plut\u00f4t vouloir proposer d\u2019autres explications pour \u00e9clairer ces comportements.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote28anc#sdfootnote28anc\">27<\/a>. Pour une distinction entre transphobie et privil\u00e8ges cissexuels, voir Serano (2007, p. 182-193). Voir aussi Scott-Dixon (2006) sur les privil\u00e8ges cissexuels.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote29anc#sdfootnote29anc\">28<\/a>. Pour une critique de ces termes et d\u2019autres d\u00e9finitions, voir Scott-Dixon (2006) et Serano (2007).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote30anc#sdfootnote30anc\">29<\/a>. Il s\u2019agit d\u2019un n\u00e9ologisme que j\u2019emploie dans un sens similaire au concept d\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote31anc#sdfootnote31anc\">30<\/a>. \u00c0 ce sujet, voir aussi Namaste (2000).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote32anc#sdfootnote32anc\">31<\/a>. Pour des exemples de privil\u00e8ges cissexuels, voir Anonyme (2009). J\u2019en reproduis quelques extraits ici\u00a0: \u00ab\u00a0<i>I expect my gender to not unduly affect my ability to travel internationally. My gender presentation is legal in all countries.<\/i>\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<i>I expect the privacy of my body to be respected. I am not asked about what my genitals look like, or whether or not my breasts are real, what medical procedures I have had, etc.<\/i>\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<i>I expect to be able to shower at public facilities such as gyms and pools. <\/i>\u00a0\u00bb<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote33anc#sdfootnote33anc\">32<\/a>. Serano (2007, p. 16) dit ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0ln other words, by necessity, trans activism must be at its core a feminist movement.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote34anc#sdfootnote34anc\">33<\/a>. Sur les liens entre \u00e9tudes f\u00e9ministes et trans, voir\u00a0: Bockting (1999, p. 6), Heyes (2002), Califia (2003), Rubin (2003, p. 144), Green (2004, p. 184-185), Bornstein (2006. p. 242), Coogan (2006, p. 25. 34-35), Scott-Dixon (2006), Stone (2006, p. 230), Whittle (2006a, p. xii, xv), Serano (2007).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote35anc#sdfootnote35anc\">34<\/a>. Comme le souligne Schilt (2006, p. 474), cette conscience critique n\u2019est pas inh\u00e9rente \u00e0 la posture transsexuelle\u00a0: le fait d\u2019\u00eatre une personne transsexuelle ne garantit pas une position critique \u00e0 1\u2019\u00e9gard du sexisme, mais peut favoriser une prise de conscience \u00e0 cause de l\u2019exp\u00e9rience unique v\u00e9cue.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote36anc#sdfootnote36anc\">35<\/a>. D\u2019autres soutiennent que les personnes transsexuelles, parce qu\u2019elles transcendent les cat\u00e9gories hommes\/femmes telles que nous les connaissons, sont des alli\u00e9es potentielles pour les f\u00e9ministes pour d\u00e9noncer la binarit\u00e9 de ces cat\u00e9gories et pour montrer que le sexe n\u2019est pas invariable. \u00c0 ce sujet, voir Bockting (1999, p. 6), Heyes (2002, p. 1107), Coogan (2006, p. 34-35) et Stone (2006, p. 230).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote37anc#sdfootnote37anc\">36<\/a>. Voir aussi l\u2019ouvrage de Scott-Dixon (2006) sur le sujet.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote38anc#sdfootnote38anc\">37<\/a>. Scott-Dixon (2006, p. 25-28) d\u00e9nombre sept th\u00e9matiques communes th\u00e9oris\u00e9es par les femmes et par les personnes transsexuelles\u00a0: l) l\u2019analyse de la notion de pouvoir et des paradigmes de compr\u00e9hension du sexe\/genre\u00a0; 2) la revendication, dans la sph\u00e8re du langage pour se nommer et se d\u00e9finir et non \u00eatre d\u00e9finies par les autres\u00a0; 3) la th\u00e9orisation des enchev\u00eatrements des positions identitaires et l\u2019importance des analyses intersectionnelles pour un plus grand respect des diff\u00e9rences\u00a0; 4) la mise en place de lieux s\u00e9curitaires et de centres pour femmes victimes de violence de fa\u00e7on inclusive\u00a0; 5) la sph\u00e8re du fonctionnement et de l\u2019organisation des groupes militants de m\u00eame que les rapports de pouvoir qui s\u2019y jouent\u00a0; 6) la revendication des droits sociaux et juridiques et la d\u00e9nonciation des diverses formes de discrimination\u00a0; 7) les questions touchant les diverses formes de sexualit\u00e9s et la corpor\u00e9it\u00e9.<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote39anc#sdfootnote39anc\">38<\/a>. Il ne faudrait pas oublier non plus tous les enjeux communs entre les femmes et les personnes transsexuelles concernant la sant\u00e9 (exemple\u00a0: les diverses formes d\u2019hormonoth\u00e9rapie \u00e0 la fois pour les transitions de sexe, la contraception, la m\u00e9nopause, etc.\u00a0; Koyama, 2009).<br \/>\n<a class=\"spip_ancre\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1047#sdfootnote40anc#sdfootnote40anc\">39<\/a>. Les dates entre crochets indiquent les dates originales de publication des documents.<\/p>\n<p class=\"signature\"><span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?auteur531\">Alexandre Baril<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fiction ou r\u00e9alit\u00e9? 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