{"id":2812,"date":"2020-05-07T12:35:26","date_gmt":"2020-05-07T11:35:26","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2812"},"modified":"2020-09-21T16:12:57","modified_gmt":"2020-09-21T15:12:57","slug":"temoignage-abus-sexuel-dans-le-couple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2812","title":{"rendered":"T\u00e9moignage &#8211; Abus sexuel dans le couple"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Temoignage_abus_sexuels_dans_le_couple.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2809 size-medium\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Temoignage_abus_sexuels_dans_le_couple-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Temoignage_abus_sexuels_dans_le_couple-212x300.jpg 212w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Temoignage_abus_sexuels_dans_le_couple-768x1087.jpg 768w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Temoignage_abus_sexuels_dans_le_couple-724x1024.jpg 724w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Temoignage_abus_sexuels_dans_le_couple-565x800.jpg 565w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Temoignage_abus_sexuels_dans_le_couple.jpg 826w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/a><strong>Amour, sexe et oppressions<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce r\u00e9cit a pour but de montrer comment une fille peut \u00eatre programm\u00e9e \u00e0 la soumission sexuelle, la culpabilit\u00e9, la honte et le silence. Et comment un gar\u00e7on peut se croire permis de forcer sa partenaire, la harceler et la manipuler pour la garder sous son emprise, sous couvert de l\u2019amour.<br \/>\nOu du devoir conjugal.<br \/>\nLe devoir conjugal est un des outils patriarcaux historiques les plus extr\u00eames d\u2019assujettissement de la femme par l\u2019homme.<br \/>\nJusqu\u2019en 1980, les relations sexuelles font partie du devoir conjugal et peuvent \u00eatre exig\u00e9es par la contrainte.<br \/>\nAvant 1990, la cour de cassation ne reconna\u00eet toujours pas le viol entre \u00e9poux.<br \/>\nJusqu\u2019en 2010, existait la pr\u00e9somption de consentement des \u00e9poux \u00e0 l\u2019acte sexuel jusqu\u2019\u00e0 \u00ab preuve du contraire \u00bb.<\/p>\n<p>f\u00e9vrier 2010<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Temoignage_abus_sexuels_dans_le_couple_mep.pdf\">PDF mis en page<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/05\/Temoignage_abus_sexuels_dans_le_couple_ppp.pdf\">PDF page par page<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><i>Le devoir conjugal est un des outils patriarcaux historiques les plus extr\u00eames d\u2019assujettissement de la femme par l\u2019homme.<\/i><\/p>\n<p>Jusqu\u2019en 1980, les relations sexuelles font partie du devoir conjugal et peuvent \u00eatre exig\u00e9es par la contrainte.<\/p>\n<p>Avant 1990, la cour de cassation ne reconna\u00eet toujours pas le viol entre \u00e9poux.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019en 2010, existait la pr\u00e9somption de consentement des \u00e9poux \u00e0 l\u2019acte sexuel jusqu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0preuve du contraire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<p>On avait dix-sept ans, il \u00e9tait grand, blond comme le Petit Prince et vierge comme un ange. Pas moi. J\u2019attendais qu\u2019il ose enfin me toucher, mais notre relation amoureuse restait extr\u00eamement romantique, et platonique. Un jour je lui ai dit, alors que j\u2019avais pris de la distance, m\u2019impatientant, que je le voyais comme un ange asexu\u00e9. Il \u00e9tait outr\u00e9. Il s\u2019est dit \u00ab\u00a0tu vas voir\u00a0\u00bb, et a enfin lib\u00e9r\u00e9 toutes les pulsions qu\u2019il contenait depuis trop longtemps en se donnant \u00e0 moi.<\/p>\n<p>Je l\u2019ai donc d\u00e9pucel\u00e9. J\u2019\u00e9tais fascin\u00e9e par sa personnalit\u00e9 si \u00e9trange, si po\u00e9tique, et par l\u2019amour d\u00e9mesur\u00e9 qu\u2019il me portait. Je ne lui disais jamais non, j\u2019avais toujours envie.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, un soir, j\u2019ai voulu essayer de dire non. Pour voir. On \u00e9tait sur le canap\u00e9 du salon, il me caressait les cheveux, je l\u2019embrassais, il a voulu d\u00e9grafer mon soutien gorge. Avec un sourire narquois, je lui ai dis non, puis j\u2019ai ris. Il a sourit puis m\u2019a attir\u00e9 vers lui, je l\u2019ai pouss\u00e9 en disant \u00ab\u00a0non, non, non, je ne veux pas\u00a0\u00bb, toujours en riant. On a jou\u00e9 un moment \u00e0 se d\u00e9battre puis j\u2019ai saut\u00e9 du canap\u00e9, je me suis rhabill\u00e9e et suis all\u00e9e m\u2019asseoir plus loin sur une chaise de la salle \u00e0 manger, en lui jetant un regard vainqueur. Il faisait d\u2019un coup une dr\u00f4le de t\u00eate, seul et bredouille sur son canap\u00e9. Je lui ai piqu\u00e9 une cigarette. Alors il s\u2019est brusquement lev\u00e9, et du haut de son m\u00e8tre quatre-vingt-quinze, il m\u2019a violemment arrach\u00e9 le paquet de cigarettes des mains et s\u2019est immobilis\u00e9 en me d\u00e9visageant. J\u2019ai eu le temps d\u2019apercevoir la haine dans ses yeux, avant qu\u2019il ne se confonde en excuses. Le soir suivant, l\u2019anecdote \u00e9tait oubli\u00e9e. On a refait l\u2019amour et je ne jouais plus \u00e0 lui dire non. Quelque part dans ma jeune t\u00eate, s\u2019\u00e9tait inconsciemment enregistr\u00e9 le message \u00ab\u00a0ma fille, tu n\u2019as pas le droit de dire non\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Plus tard, en vacances, j\u2019ai couch\u00e9 avec un autre gar\u00e7on, et l\u2019exp\u00e9rience fut un peu troublante. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 folle de lui d\u00e8s son apparition, et avais r\u00eav\u00e9 tant de fois du moment extraordinaire o\u00f9 on s\u2019embrasserait. Le moment venu, il m\u2019avait demand\u00e9 de lui faire une fellation, avait tenu ma t\u00eate pour ma\u00eetriser le va et vient, avait jouit dans ma bouche. Il m\u2019avait ensuite demand\u00e9 d\u2019aller chercher la capote dans la poche de son jean pour qu\u2019il puisse me faire l\u2019amour, disait-il, sans s\u2019inqui\u00e9ter de savoir de quoi j\u2019avais envie. Quand je suis revenue vers lui avec la capote six secondes plus tard, il ronflait. Au matin, sans pr\u00e9liminaires, il m\u2019a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9. J\u2019ai fait semblant d\u2019\u00eatre d\u2019accord et d\u2019avoir du plaisir.<\/p>\n<p>Je ne m\u2019\u00e9tais pas sentie tr\u00e8s bien trait\u00e9e, bien que j\u2019ai mis des ann\u00e9es \u00e0 me l\u2019avouer. Je tenais sans doute beaucoup \u00e0 mon image de femme lib\u00e9r\u00e9e sexuellement. Il \u00e9tait hors de question d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 celle qui n\u2019avait pas vraiment eu envie, qui s\u2019\u00e9tait sentie mal \u00e0 l\u2019aise et qui s\u2019\u00e9tait finalement laiss\u00e9e faire, ignorant la douleur. Pas question de passer pour \u00ab\u00a0une coinc\u00e9e\u00a0\u00bb. Je ne voulais pas non plus m\u2019avouer que ce joli jeune homme que j\u2019avais tant estim\u00e9 avait en fait agit comme un petit con.<\/p>\n<p>A mon retour de vacances, mon copain \u00e9tait tr\u00e8s heureux de me retrouver et a voulu faire l\u2019amour. Au bout de quelques minutes, pour la premi\u00e8re fois de notre histoire, je l\u2019ai repouss\u00e9 pour lui demander d\u2019arr\u00eater en m\u2019excusant. Je ne me sentais pas bien. Je lui ai dit que j\u2019\u00e9tais trop fatigu\u00e9e, qu\u2019on ferait l\u2019amour demain. Il s\u2019est retir\u00e9 et s\u2019est blottit contre moi.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais sans doute un peu d\u00e9go\u00fbt\u00e9e du sexe. Je lui ai avou\u00e9 que j\u2019avais couch\u00e9 avec un autre, il m\u2019a avou\u00e9 qu\u2019il avait fait la m\u00eame chose, mais contrairement \u00e0 moi il a fait une grosse crise de jalousie, jusqu\u2019\u00e0 cogner les murs. Je ne lui ai pas parl\u00e9 du malaise que j\u2019avais ressenti, d\u2019ailleurs j\u2019\u00e9tais encore, malgr\u00e9 tout, \u00e9moustill\u00e9e par cet amour de vacances, et continuais \u00e0 lui envoyer des textos.<\/p>\n<p>Le lendemain soir, on s\u2019est couch\u00e9 l\u2019un pr\u00e8s de l\u2019autre et on s\u2019est prit dans les bras. Je n\u2019arrivais pas \u00e0 dormir parce que ses mains ne restaient pas en place, et quand elles ont gliss\u00e9 dans ma culotte, je l\u2019ai repouss\u00e9 doucement. \u00ab\u00a0Pas ce soir\u00a0\u00bb, je lui ai dit. Alors il a rang\u00e9 ses mains \u00e0 contre c\u0153ur, s\u2019est tourn\u00e9 f\u00e2ch\u00e9 et a dormi loin de moi. La journ\u00e9e suivante, il a fait la t\u00eate. Je l\u2019ai rassur\u00e9, lui ai dit que c\u2019\u00e9tait passager, que je venais de changer de pilule et que \u00e7a devait \u00eatre d\u00fb \u00e0 \u00e7a. Le soir venu, il ne m\u2019a pas touch\u00e9 en esp\u00e9rant que je viendrai de moi-m\u00eame. Je me suis endormie sans un mot. Le sixi\u00e8me soir, il n\u2019y tenait plus et a retent\u00e9 sa chance. Il br\u00fblait de d\u00e9sir, m\u2019avait attendu toutes les vacances et ne comprenait pas que je n\u2019ai pas la m\u00eame ardeur. Ce soir l\u00e0 j\u2019avais mal au ventre et n\u2019\u00e9tais donc pas en \u00e9tat, le soir suivant j\u2019ai fait semblant de dormir, et la semaine suivante j\u2019ai eu mes r\u00e8gles.<\/p>\n<p>\u00c7a allait bient\u00f4t faire un mois qu\u2019on n\u2019avait pas fait l\u2019amour, ou tr\u00e8s peu. Il \u00e9tait perdu, bless\u00e9 et horriblement triste. Il savait bien que tout \u00e7a n\u2019\u00e9tait que pr\u00e9texte. Il \u00e9tait s\u00fbr, malgr\u00e9 ce que je disais, que ce n\u2019\u00e9tait que de lui que je n\u2019avais plus envie, que j\u2019en d\u00e9sirais d\u2019autres en cachette. Il n\u2019a jamais cherch\u00e9 \u00e0 me comprendre, \u00e0 savoir si quelque chose n\u2019allait pas. Il m\u2019accusait seulement, en jouant la victime. Je ne comprenais pas ce qu\u2019il m\u2019arrivait, moi qui n\u2019avais jamais eu de panne de d\u00e9sir, mais lorsqu\u2019il me touchait, c\u2019\u00e9tait comme si un fr\u00e8re me violait. D\u00e9gouttant. Et pour ne rien arranger, il avait des pulsions sexuelles violentes plusieurs fois par jour et tous les jours, m\u00eame apr\u00e8s un an de relation. Il devait donc essuyer plusieurs refus par jour, de quoi le d\u00e9truire \u00e0 petit feu. Je le plaignais \u00e9norm\u00e9ment, et me sentais extr\u00eamement coupable. De honte, je n\u2019en parlais \u00e0 personne.<\/p>\n<p>Je me souviens, de fa\u00e7on anecdotique, d\u2019un \u00e9pisode o\u00f9 je n\u2019ai plus \u00e9t\u00e9 capable de parler pendant plusieurs heures, un vrai mutisme. On avait dormi chez mes parents, dans ma chambre. Le soir, dans mon lit une place, j\u2019avais refus\u00e9 ses avances. Comme \u00e0 chaque fois, il s\u2019\u00e9tait f\u00e2ch\u00e9, il se tournait nerveusement dans tous les sens et ne d\u00e9bandait pas. De la nuit enti\u00e8re. Je m\u2019\u00e9tais tourn\u00e9e dos \u00e0 lui. Toute la nuit, en gigotant dans son demi sommeil, il a frott\u00e9 son sexe en \u00e9rection contre mes fesses. Je ha\u00efssais \u00e7a. Il me faisait payer.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, il \u00e9tait toujours en \u00e9rection. J\u2019\u00e9tais remu\u00e9e, je ne comprenais pas ce que je ressentais. Il me parlais, je n\u2019arrivais pas \u00e0 lui r\u00e9pondre. J\u2019\u00e9tais comme fig\u00e9e. Ma m\u00e8re a appel\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la porte, rien n\u2019est sorti de ma bouche. Elle a fini par entrer, me poser une question, je n\u2019ai pas pu r\u00e9pondre. Plusieurs heures se sont \u00e9coul\u00e9es comme \u00e7a, sans que je puisse sortir de mon mutisme. Quelques mois plus tard, une nuit, dans la rue, on a discut\u00e9. Il m\u2019a dit ce qu\u2019il ressentait et je lui ai dit, c\u2019est sorti comme \u00e7a tout seul, que j\u2019avais peur sans cesse. Il n\u2019a pas comprit de quoi, ou a fait mine de ne pas comprendre. Qu\u2019importe, j\u2019avais parl\u00e9, j\u2019\u00e9tais lib\u00e9r\u00e9e. Tout allait aller mieux maintenant, alors je me suis laiss\u00e9e guider sur une terrasse abandonn\u00e9e, \u00e0 l\u2019abri des regards, on s\u2019est embrass\u00e9, et il a baiss\u00e9 ma jupe. Je suis rest\u00e9e un peu perplexe, un peu domin\u00e9e, un peu l\u2019air b\u00eate, un sourire niais agraf\u00e9 au visage. Je n\u2019ai pas dit non, je n\u2019ai pas dit oui non plus. S\u2019il faisait \u00e7a malgr\u00e9 ce que je venais de lui dire, c\u2019est qu\u2019on avait pass\u00e9 un cap. C\u2019est que j\u2019\u00e9tais foutue, prisonni\u00e8re. Mieux valait pour moi me r\u00e9signer. Voil\u00e0 la solution au probl\u00e8me, ne plus dire non. Se laisser aller, avec un peu de chance, ce ne sera peut \u00eatre pas si terrible, et un jour j\u2019y reprendrai go\u00fbt, l\u2019app\u00e9tit vient en mangeant. Et au moins, il se soulagera.<\/p>\n<p>\u00c7a s\u2019est relativement bien pass\u00e9, je l\u2019aimais apr\u00e8s tout. J\u2019avais un peu mal mais \u00e7a devait \u00eatre normal, \u00e7a faisait longtemps. Et voil\u00e0. On a pu recommencer \u00e0 faire l\u2019amour tous les jours. Tout \u00e9tait presque redevenu comme avant. Simplement, je continuais \u00e0 avoir mal \u00e0 chaque fois. Le mal prenait son ampleur surtout une fois qu\u2019il s\u2019\u00e9tait retir\u00e9, il \u00e9tait parfois insupportable et je me recroquevillais sur moi-m\u00eame en attendant que \u00e7a passe. Heureusement <i>[Attention, ironie.]<\/i>, il \u00e9tait attentif et me demandait souvent si j\u2019avais mal avant de continuer. Cela ne suffisait pas car j\u2019avais toujours un peu mal et n\u2019osais donc pas lui dire \u00e0 chaque fois. Je lui disais de temps en temps.\u00a0Il ne s\u2019arr\u00eatait pas pour autant. Il allait plus doucement.<\/p>\n<p>Au fond, on savait bien tous les deux pourquoi j\u2019avais mal. J\u2019\u00e9tais s\u00e8che comme de la paille. Mais on faisait comme si \u00e7a avait toujours \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a. Et quand je pleurais \u00e0 la fin de l\u2019acte, je disais que c\u2019\u00e9tait la douleur. Pourtant cette fois o\u00f9 j\u2019ai tant pleur\u00e9, je n\u2019avais pas si mal que \u00e7a.<\/p>\n<p>Je ne m\u2019inqui\u00e9tais pas, puisque de toute fa\u00e7on quelques minutes apr\u00e8s je n\u2019y pensais d\u00e9j\u00e0 plus. Et puis j\u2019\u00e9prouvais tout de m\u00eame une sorte de plaisir pendant l\u2019acte, une \u00e9motion en tout cas, il me semblait. \u00c7a allait bien comme \u00e7a, de toute fa\u00e7on je ne pouvais pas faire autrement.<\/p>\n<p>Je connaissais le code d\u2019acc\u00e8s d\u2019un vieil immeuble \u00e0 Saint Paul. L\u2019automne dernier, quand on se promenait dans le vieux Lyon et qu\u2019il se mettait \u00e0 pleuvoir, on pouvait aller se r\u00e9fugier l\u00e0-bas. On grimpait jusqu\u2019au septi\u00e8me et dernier \u00e9tage pour s\u2019affaler, \u00e9puis\u00e9s, sur le minuscule palier d\u2019un appartement abandonn\u00e9. On y faisait toujours l\u2019amour.<\/p>\n<p>L\u2019automne suivant, on se baladait dans Lyon. Cet apr\u00e8s midi l\u00e0 il ne pleuvait pas, mais mon copain semblait se diriger inexorablement vers l\u2019immeuble, malgr\u00e9 mes diversions pour tenter de trouver des raisons de partir en sens inverse. Je savais ce qu\u2019il avait dans la t\u00eate. J\u2019angoissais mais ne voulais surtout pas qu\u2019il s\u2019en rende compte. Comment pouvais-je croire qu\u2019il \u00e9tait dupe\u00a0?<\/p>\n<p>Et puis on est arriv\u00e9 devant la porte, on a mont\u00e9 les marches quatre \u00e0 quatre et on s\u2019est \u00e9croul\u00e9 sur le dernier palli\u00e9. Je souriais nerveusement. On s\u2019est embrass\u00e9 amoureusement. Il m\u2019a dit \u00ab\u00a0mets toi \u00e0 quatre pattes\u00a0\u00bb. J\u2019ai ob\u00e9is en tentant d\u2019\u00eatre la plus sensuelle possible, croyant \u00e9viter d\u2019avoir l\u2019air ridicule. En r\u00e9alit\u00e9, \u00eatre sensuelle \u00e9vitait que la sc\u00e8ne ait l\u2019air d\u2019un viol. J\u2019aurais tellement voulu parvenir \u00e0 me prendre au jeu. Derri\u00e8re moi, il a baiss\u00e9 ma culotte et m\u2019a fait l\u2019amour. A la fin, on s\u2019est \u00e9treint, tous les deux au bord des larmes, chacun le cachant \u00e0 l\u2019autre. \u00ab\u00a0Je t\u2019aime\u00a0\u00bb m\u2019a-t-il dit, \u00ab\u00a0Moi aussi\u00a0\u00bb lui ai-je r\u00e9pondu. Je ne pensais plus qu\u2019\u00e0 me laver. Je suis rest\u00e9e muette et souriante tout le long du trajet du retour. Lui muet et sombre. Une voiture nous a klaxonn\u00e9 alors qu\u2019on passait sur un passage pi\u00e9ton. Le conducteur a fait signe \u00e0 mon copain de s\u2019approcher, afin de pouvoir mieux l\u2019insulter. \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de feu\u00a0\u00bb disait-il, \u00ab\u00a0vous ne devriez pas passer devant moi\u00a0\u00bb. Tout \u00e7a garni d\u2019insanit\u00e9s. Mon copain a fracass\u00e9 le pare brise arri\u00e8re de la voiture d\u2019un violent coup de poing, le verre a vol\u00e9 en \u00e9clats. Il est parti en courant de peur de se faire attraper par le conducteur en me confiant le sac qu\u2019il avait \u00e0 la main pour pouvoir courir plus vite. J\u2019ai jet\u00e9 un coup d\u2019\u0153il sur le sac pour y voir une belle et large t\u00e2che de sang. Je me suis alors dout\u00e9e que cet \u00e9lan de col\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas simplement du \u00e0 l\u2019incident. J\u2019ai compris ce jour l\u00e0 qu\u2019il savait. Il savait que je souffrais. Que je n\u2019avais toujours pas retrouv\u00e9 de d\u00e9sir pour lui et qu\u2019il \u00e9tait mon bourreau. Il avait comprit de quoi j\u2019avais peur, j\u2019avais peur de lui.<\/p>\n<p>A partir de ce jour, quand un soir je n\u2019avais tellement pas d\u2019envie que je n\u2019\u00e9tais m\u00eame plus capable de me forcer \u00e0 \u00eatre affectueuse, il se levait et allait se masturber aux toilettes. Mais cela le frustrait presque encore plus que de ne rien faire du tout. Disait-il. Un de ces soirs, il \u00e9tait all\u00e9 se coucher de bonne heure et me demandait de le rejoindre. \u00ab\u00a0J\u2019arrive\u00a0\u00bb je lui disais. Je savais que comme chaque soir, il allait avoir envie. Alors je tra\u00eenais dans la salle de bain, avec l\u2019espoir absurde qu\u2019il se serait endormi quand j\u2019irai me coucher. J\u2019aurais tellement aim\u00e9 me coucher pr\u00e8s de lui et m\u2019endormir paisiblement la t\u00eate sur son \u00e9paule, simplement. Quand je suis revenue dans la chambre, un peu angoiss\u00e9e, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 soulag\u00e9e par son ronflement. Mais quand je suis entr\u00e9e sous les draps, mon c\u0153ur battait la chamade \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se r\u00e9veille. Je n\u2019ai pas os\u00e9 le toucher. Je me suis tourn\u00e9e dans l\u2019autre sens, me suis recroquevill\u00e9e sur moi m\u00eame et ai ferm\u00e9 les yeux. Il bougeait. Mon c\u0153ur acc\u00e9l\u00e9rait. Je l\u2019ai entendu parler dans son sommeil, il disait \u00ab\u00a0viens, prends moi dans tes bras\u00a0\u00bb. J\u2019ai fait semblant de ne pas entendre. Il s\u2019est tourn\u00e9 et m\u2019a entour\u00e9 de ses bras. Je lui ai caress\u00e9 la main, en caressant l\u2019espoir que lui endormi, il ne pourrait rien m\u2019arriver. Puis j\u2019ai senti contre mon dos se dresser la preuve du contraire. Et ses mains ont recommenc\u00e9 leurs incessantes balades. Je n\u2019arrivais plus \u00e0 supporter \u00e7a, j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 dire non. Alors, triste, il me demanda une faveur. \u00ab\u00a0Masturbe moi\u00a0\u00bb me dit-il. \u00ab\u00a0S\u2019il te pla\u00eet\u00a0\u00bb. Je l\u2019ai masturb\u00e9 pendant ce qu\u2019il m\u2019a sembl\u00e9 \u00eatre des heures, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il \u00e9jacule enfin et que je puisse r\u00e9primer mon envie de vomir. La honte nous rongeait, on s\u2019est pourtant r\u00e9jouit le lendemain d\u2019avoir trouv\u00e9 une bonne alternative \u00e0 notre probl\u00e8me. Alors les nuits suivantes d\u00e9but\u00e8rent comme \u00e7a. Il me touchait, je disais non, je le masturbais. Puis quelques semaines plus tard, je suis parvenue \u00e0 dire non \u00e0 cette deuxi\u00e8me requ\u00eate et lui ai demand\u00e9 de se masturber tout seul. Il a n\u00e9goci\u00e9 le fait de pouvoir le faire dans le lit, \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, pas dans la douche. Je devais donc m\u2019endormir sur un matelas tremblant, accuser quelques coups de coudes dans le dos et ignorer la respiration haletante de celui que j\u2019aimais seulement quand il ne bandait pas. Par la suite, il a invent\u00e9 une troisi\u00e8me requ\u00eate, il voulait bien se masturber lui m\u00eame, mais sur moi.<\/p>\n<p>Cette nuit l\u00e0, comme toutes les autres nuits j\u2019avais dit non, j\u2019\u00e9tais allong\u00e9e sur le dos, il \u00e9tait mont\u00e9 sur moi \u00e0 califourchon et se masturbait au dessus de moi. Je tentais de sourire pour ne pas qu\u2019il ait l\u2019impression de commettre un viol, je lui caressais l\u2019\u00e9paule du bout des doigts pour lui cacher ma profonde aversion et mon envie de vomir.<\/p>\n<p>Il frotte son sexe contre mon ventre, une goutte de sueur tombe sur ma joue. Il caresse cette joue, d\u2019abord avec la main puis avec son sexe, il a maintenant les genoux \u00e0 hauteur de mes \u00e9paules. Il voudrait entrer dans ma bouche, mais par r\u00e9flexe je serre les dents, de toute fa\u00e7on je ne suis plus vraiment l\u00e0, je suis partie loin en abandonnant mon corps.<\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<p>Un jour enfin, apr\u00e8s deux ans et demi de relation, je l\u2019ai quitt\u00e9. Il \u00e9tait extr\u00eamement jaloux. Il me faisait r\u00e9guli\u00e8rement subir des crises au t\u00e9l\u00e9phone parce que j\u2019\u00e9tais sortie avec tels ou tels copains, parce qu\u2019il avait vu une photo sur internet o\u00f9 je dansais avec untel, etc. Ces appels se terminaient r\u00e9guli\u00e8rement par des cris et je lui annon\u00e7ais que je le quittais. Alors il m\u2019ordonnait de lui donner l\u2019adresse o\u00f9 j\u2019\u00e9tais s\u2019il ne le savait pas d\u00e9j\u00e0 et il rappliquait illico, o\u00f9 que je sois, pour se jeter \u00e0 mes genoux et me supplier de ne pas le quitter, pour me dire qu\u2019il m\u2019aimait plus que tout, etc. Je c\u00e9dais toujours. Un jour, j\u2019ai retrouv\u00e9 dans ses affaires une feuille A4, sur laquelle \u00e9tait coll\u00e9es des photos imprim\u00e9es et d\u00e9coup\u00e9es de copains \u00e0 moi. A c\u00f4t\u00e9 de chaque photo \u00e9tait \u00e9crit de sa main toutes les infos qu\u2019il avait pu trouver sur lui\u00a0; nom, pr\u00e9nom, adresse, etc, et la raison pour laquelle il \u00e9tait jaloux de lui. Et\u2026 l\u2019arme avec laquelle il projetait de le tuer. Bain d\u2019acide, kalachnikov, pendaison, etc.<\/p>\n<p>Enfin, alors que le jour de son d\u00e9part pour un stage de 3 mois au S\u00e9n\u00e9gal approchait et qu\u2019un camarade de fac qui me plaisait beaucoup me faisait des avances, j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 le quitter. C\u2019\u00e9tait pendant une de ses nombreuses crises violentes de jalousie, il a dit\u00a0: \u00ab\u00a0je n\u2019en peux plus, quitte moi je t\u2019en supplie\u00a0\u00bb, alors j\u2019ai dit d\u2019accord. Il m\u2019a suppli\u00e9 de ne pas le faire. Il pleurait tr\u00e8s fort comme un enfant. J\u2019\u00e9tais assise sur le canap\u00e9, il s\u2019est agenouill\u00e9 devant moi en geignant. Alors il a baiss\u00e9 son pantalon, et s\u2019est mis \u00e0 se masturber, il bandait d\u00e9j\u00e0, une main sur ma cuisse, toujours en pleurant. Puis il m\u2019a demand\u00e9 tout larmoyant de lui faire l\u2019amour. J\u2019ai dit \u00ab\u00a0non, tu es fou\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c7a m\u2019a convaincu de sa folie, et du fait qu\u2019il fallait que je me tire \u00e0 toutes jambes. \u00c7a faisait un an et demi qu\u2019il me\u2026 violait\u00a0? En discutant, quelques mois plus tard, il m\u2019a avou\u00e9 avoir eu le mot \u00ab\u00a0viol\u00a0\u00bb plusieurs fois dans la t\u00eate. Il savait.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019est pas excus\u00e9. Il ne m\u2019a pas pos\u00e9 de questions sur moi, mon v\u00e9cu. Il m\u2019a dit qu\u2019il avait consult\u00e9 une sexologue pour soigner son app\u00e9tit sexuel d\u00e9bordant. Qu\u2019il \u00e9tait gu\u00e9ri. C\u2019est tout.<\/p>\n<p>On a gard\u00e9 contact les premiers temps. J\u2019ai m\u00eame recouch\u00e9 avec lui une fois, jet\u00e9e par celui pour qui je l\u2019avais quitt\u00e9. Masochisme. Puis on s\u2019est \u00e9loign\u00e9. Un an apr\u00e8s notre s\u00e9paration, alors que j\u2019avais toujours gard\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment d\u2019affection, de piti\u00e9 m\u00eame pour lui, \u00e0 cause du \u00ab\u00a0mal que je lui avais fait en le quittant\u00a0\u00bb, lui qui avait tant souffert de notre s\u00e9paration, lui qui m\u2019aimait tant, un soir, la haine est venue. Je lui ai \u00e9crit un texto, c\u2019\u00e9tait le veille de son anniversaire, le traitant de violeur, crachant toute ma col\u00e8re. Il n\u2019a pas r\u00e9pondu. Un mois plus tard je quittais la France pour m\u2019installer en Belgique.<\/p>\n<p>Depuis ce temps et pendant plusieurs ann\u00e9es, j\u2019ai fait des crises de spasmophilie, des crises d\u2019angoisse pendant l\u2019amour. J\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 ne pas r\u00e9ussir \u00e0 dire non. J\u2019ai gal\u00e9r\u00e9. Je n\u2019ai plus pu prendre de plaisir, ne pas \u00eatre terroris\u00e9e, qu\u2019avec des hommes angoiss\u00e9s par certaines de leurs particularit\u00e9s hors de la norme sexuelle masculine dominante\u00a0: \u00e9jaculation quasi instantan\u00e9e, p\u00e9nis extr\u00eamement petit, \u00e9rection difficile, absence d\u2019orgasme. Ces hommes, pas plus \u00e0 l\u2019aise que moi, m\u2019ont fait du bien.<\/p>\n<p>Trois ans plus tard, je l\u2019ai recontact\u00e9. Je lui ai demand\u00e9 s\u2019il voudrait bien qu\u2019on boive un coup, un jour que je repasserais sur Lyon voir ma famille. Il m\u2019a dit oui, puis m\u2019a demand\u00e9 pourquoi. Je lui ai expliqu\u00e9 que je faisais des crises d\u2019angoisse pendant l\u2019amour depuis notre relation, et que j\u2019avais besoin d\u2019en parler avec lui. Il n\u2019a plus r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>Six ans plus tard, il m\u2019a recontact\u00e9. On a bu un coup. Deux heures, il devait ensuite rejoindre une fille qu\u2019il venait de quitter et avec qui il devait discuter. On a parl\u00e9 de tout et de rien, de nos vies actuelles, j\u2019ai parl\u00e9 de mon petit ami, il s\u2019est crisp\u00e9 un peu. Il m\u2019a parl\u00e9 du fait que sa vie sentimentale \u00e9tait compliqu\u00e9e \u00e0 cause du fait qu\u2019il partait toujours en mission de plusieurs mois \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, que lorsqu\u2019il \u00e9tait \u00e0 Lyon c\u2019\u00e9tait toujours compliqu\u00e9 de trouver des filles qui voulaient bien coucher sans s\u2019engager, qu\u2019il devait utiliser des sites internet, qu\u2019il avait quand m\u00eame besoin au moins toutes les deux semaines. On n\u2019a pas \u00e9voqu\u00e9 notre histoire, except\u00e9e une bribe\u00a0: il a dit au d\u00e9tour d\u2019une phrase \u00ab\u00a0enfin bon, nous c\u2019\u00e9tait malsain\u00a0\u00bb. J\u2019ai dit \u00ab\u00a0c\u2019est s\u00fbr\u00a0\u00bb. Et puis c\u2019est tout. J\u2019en suis ressortie heureuse, encore pleine d\u2019affection pour lui, avec le sentiment d\u2019avoir tourn\u00e9 la page.<\/p>\n<p>Huit ans plus tard, lors d\u2019un s\u00e9jour a Lyon, j\u2019ai regard\u00e9 avec mes parents un documentaire sur la sexualit\u00e9 des adolescents, l\u2019influence du porno, avec beaucoup de t\u00e9moignages de jeunes filles abus\u00e9es sexuellement. \u00c7a m\u2019a remu\u00e9e. Je suis repass\u00e9e devant cette fameuse terrasse o\u00f9 il m\u2019a prise une nuit o\u00f9 je n\u2019avais pas dit non. O\u00f9 je me suis sentie viol\u00e9e. La col\u00e8re est remont\u00e9e. Quand je suis rentr\u00e9e chez mes parents, dans ma chambre, j\u2019ai vu les photos de lui, de lui et moi, accroch\u00e9es sur un tableau, depuis tant d\u2019ann\u00e9es. Tout \u00e0 coup, \u00e7a m\u2019a sembl\u00e9 absurde. Je me suis demand\u00e9e pourquoi est ce que je gardais les photos de celui qui m\u2019avait tant fait de mal, je n\u2019ai pas trouv\u00e9 \u00e7a normal. Il n\u2019y avait pas de photos d\u2019autres amoureux, seulement de lui. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que je n\u2019avais toujours pas accept\u00e9 la gravit\u00e9 de ce qu\u2019il m\u2019avait fait subir. Que je me voilais toujours un peu la face, refusant de me voir en victime. J\u2019ai d\u00e9chir\u00e9 les photos, calmement. J\u2019ai mis sa t\u00eate \u00e0 la poubelle, la mienne \u00e0 part. J\u2019ai senti que j\u2019aurais d\u00fb faire \u00e7a depuis longtemps, par respect pour moi.<\/p>\n<p>Quand je suis revenue chez moi, que je me suis couch\u00e9e au pr\u00e8s de mon petit ami, j\u2019ai eu beaucoup de d\u00e9sir pour lui. J\u2019ai voulu faire l\u2019amour, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s excit\u00e9e. Soudain, tout est retomb\u00e9, je me suis ferm\u00e9e. Au lieu de m\u2019arr\u00eater, comme je fais d\u2019habitude maintenant depuis que je sais dire non, je me suis couch\u00e9e sur le dos, je l\u2019ai fait venir sur moi et je me suis donn\u00e9e. Sans d\u00e9sir, sans envie, simplement par bont\u00e9 ou devoir conjugal. Ou pour lui faire plaisir. J\u2019ai rev\u00e9cu avec stup\u00e9faction des sensations d\u2019avant, j\u2019ai halet\u00e9 tr\u00e8s fort malgr\u00e9 moi, de la m\u00eame fa\u00e7on que du temps o\u00f9 je me for\u00e7ais, ce qui a fait croire \u00e0 mon partenaire (et \u00e0 moi-m\u00eame\u00a0?) que je prenais du plaisir. J\u2019ai alors compris qu\u2019il n\u2019\u00e9tait d\u00fb qu\u2019\u00e0 une forme d\u2019\u00e9motion forte caus\u00e9e par la violence de la p\u00e9n\u00e9tration lorsqu\u2019on se force \u00e0 la recevoir. Je ne faisais qu\u2019attendre, dans une sorte de transe, qu\u2019il jouisse. Quand il s\u2019est retir\u00e9, j\u2019\u00e9tais constern\u00e9e par ce \u00ab\u00a0revival\u00a0\u00bb. Il m\u2019a demand\u00e9 ce qui n\u2019allait pas. Je lui ai tout expliqu\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est ce cheminement qui m\u2019a donn\u00e9 envie de r\u00e9\u00e9crire ce texte que j\u2019ai tap\u00e9 version par version au cours des ann\u00e9es, et qui \u00e9tait \u00e9crit \u00e0 la troisi\u00e8me personne comme une mise \u00e0 distance. Aujourd\u2019hui j\u2019\u00e9cris en \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, sans romancer. On est en effet pass\u00e9 du roman au t\u00e9moignage.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que j\u2019ai senti en moi l\u2019aboutissement d\u2019un changement de paradigme, d\u2019une vison du monde, de la place des femmes et de mon respect pour elles. Accepter que la soci\u00e9t\u00e9 est patriarcale, encore et toujours. Je ne voulais pas y croire, trop douloureux. Le d\u00e9ni dans lequel j\u2019\u00e9tais par rapport \u00e0 l\u2019existence d\u2019une domination masculine dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9 au d\u00e9ni de mon v\u00e9cu personnel de femme soumise.<\/p>\n<p>C\u2019est depuis peu que je red\u00e9couvre le plaisir, l\u2019absence de peur, la confiance en l\u2019autre. Dix ans apr\u00e8s. J\u2019apprends \u00e0 m\u2019exprimer, je d\u00e9couvre que le fait de mettre des mots sur les choses pendant le sexe ne \u00ab\u00a0coupe\u00a0\u00bb pas le d\u00e9sir comme on me l\u2019avait mis dans la t\u00eate. Je r\u00e9alise que le silence \u00e9tait le mettre mot de mes \u00e9bats. J\u2019ai d\u00e9couvert vers 22 ans avec stup\u00e9faction que l\u2019orgasme f\u00e9minin \u00e9tait scientifiquement d\u00e9crit, de la m\u00eame fa\u00e7on que l\u2019orgasme masculin, et que ce n\u2019\u00e9tait pas une l\u00e9gende ou un ph\u00e9nom\u00e8ne extraordinaire incompris par la science. Personne ne m\u2019en avait jamais parl\u00e9. Cela sous entend que je ne pensais pas que les femmes \u00e9taient fa\u00eetes pour ressentir au moins autant de plaisir que les hommes, et donc que quelque part j\u2019imaginais inconsciemment qu\u2019elles \u00e9taient surtout fa\u00eetes pour prendre du plaisir \u00e0 donner du plaisir. Et lui, quelle avait \u00e9t\u00e9 son \u00e9ducation sexuelle\u00a0?<\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<p><i>La Rose attend ton t\u00e9moignage, Petit Prince. Crois-tu toujours que je portais fi\u00e8rement les \u00e9pines tandis que tu \u00e9tais le malheureux po\u00e8te innocent\u00a0? Quelle ironie cette histoire qu\u2019on s\u2019\u00e9tait invent\u00e9e, n\u2019est ce pas\u00a0?<\/i><\/p>\n<p>J.<\/p>\n<p>\u2026 quoique, il y a des ressemblances.<\/p>\n<p><span class=\"spip_document_4421 spip_documents spip_documents_center\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/infokiosques.net\/IMG\/png\/image-2.png\" alt=\"\" width=\"360\" height=\"480\" \/><\/span><\/p>\n<p><i>Le Petit Prince met sa belle rose sous cloche de verre.<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Amour, sexe et oppressions Ce r\u00e9cit a pour but de montrer comment une fille peut \u00eatre programm\u00e9e \u00e0 la soumission sexuelle, la culpabilit\u00e9, la honte et le silence. Et comment un gar\u00e7on peut se croire permis de forcer sa partenaire, &hellip; <a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2812\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,21],"tags":[],"class_list":["post-2812","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-relations-affectives","category-violences-sexistes-et-sexuelles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2812","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2812"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2812\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2815,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2812\/revisions\/2815"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2812"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2812"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2812"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}