{"id":2679,"date":"2020-04-29T19:29:10","date_gmt":"2020-04-29T18:29:10","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2679"},"modified":"2020-05-07T16:13:59","modified_gmt":"2020-05-07T15:13:59","slug":"elles-sont-reloues-ces-feministes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=2679","title":{"rendered":"Elles sont reloues ces f\u00e9ministes!"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/04\/elles_sont_reloues_ces_feministes.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2680 size-medium\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/04\/elles_sont_reloues_ces_feministes-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/04\/elles_sont_reloues_ces_feministes-212x300.jpg 212w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/04\/elles_sont_reloues_ces_feministes-768x1087.jpg 768w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/04\/elles_sont_reloues_ces_feministes-724x1024.jpg 724w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/04\/elles_sont_reloues_ces_feministes-565x800.jpg 565w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/04\/elles_sont_reloues_ces_feministes.jpg 826w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/a>Pourquoi ce titre?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parce que j\u2019\u00e9tais de ces gens qui le pensent. Je me sentais agress\u00e9e d\u00e8s que le sujet \u00e9tait abord\u00e9, et pour les plus affirm\u00e9es, j\u2019aurais jur\u00e9 qu\u2019elles se faisaient griller des verges au barbecue l\u2019\u00e9t\u00e9 venu. Moi qui ai toujours \u00e9t\u00e9 entour\u00e9e d\u2019hommes et me sens si proche d\u2019eux, j\u2019avais l\u2019impression de devoir mettre tout mon pass\u00e9, mon entourage et mes r\u00e9f\u00e9rences au placard, l\u2019impression qu\u2019on balan\u00e7ait une bombe dans ma meute. Et puis j\u2019ai fini par comprendre de quoi il \u00e9tait question, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019un de mes compagnons (f\u00e9ministe convaincu et surtout, patient) j\u2019ai fini par m\u2019ouvrir&#8230; Les choses me sont apparues les unes apr\u00e8s les autres, comme un petit bout de ficelle tir\u00e9 par inadvertance. Aujourd\u2019hui ce bout de ficelle est devenu une pelote, que je continue de d\u00e9m\u00ealer jour apr\u00e8s jour. Impossible d\u00e9sormais de faire marche arri\u00e8re, car la qualit\u00e9 de vie et de relations que m\u2019a apport\u00e9 cette ouverture d\u2019esprit d\u00e9passe de loin tout ce que j\u2019ai pu conna\u00eetre jusqu\u2019ici. Nos fa\u00e7ons de se relationner (dans l\u2019intimit\u00e9 et en dehors) constituent selon moi l\u2019un des piliers fondamentaux de notre construction sociale. Je souhaiterais, \u00e0 travers ce texte, briser le silence et tendre ce petit bout de ficelle \u00e0 celles et ceux qui nient encore la r\u00e9alit\u00e9 des faits, ralentissant les am\u00e9liorations possibles dans nos soci\u00e9t\u00e9s et dans nos vies, en tant que femme et en tant qu\u2019homme, se privant ainsi d\u2019une qualit\u00e9 de vie et de libert\u00e9 qui n\u2019a pas son \u00e9gal.<\/p>\n<p>mai 2017<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/04\/elles_sont_reloues_ces_feministes_mep.pdf\">PDF mis en page<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/04\/elles_sont_reloues_ces_feministes_ppp.pdf\">PDF page par page<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Elles ont agress\u00e9 mon int\u00e9grit\u00e9, bouscul\u00e9 mon petit confort, remis en question ma vie de femme&#8230;<\/p>\n<p><strong>Pourquoi tant de col\u00e8re\u00a0? C\u2019est vrai \u00e7a&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Moi qui suis n\u00e9e entour\u00e9e d\u2019hommes, ai grandi et me suis construite avec des hommes\u00a0; un p\u00e8re tr\u00e8s pr\u00e9sent, une maman pas tr\u00e8s sure d\u2019elle, des fr\u00e8res qui m\u2019ont endurcie, des potes principalement mecs. Je n\u2019ai jamais manqu\u00e9 de respect, je ne me suis jamais sentie domin\u00e9e, je n\u2019ai jamais v\u00e9cu d\u2019agression. Les hommes \u00e7a me conna\u00eet, d\u2019ailleurs je suis convaincue d\u2019en \u00eatre un, de mec, alors je sais comment me faire respecter.<\/p>\n<p>Les femmes par contre, elles me font peur, elles sont fourbes, superficielles, souvent jalouses, fragiles et faut bien le dire, pas tr\u00e8s fut\u00e9es. Comment je pourrais en \u00eatre une, de femme\u00a0? Moi qui me sent forte, qui joue de la cl\u00e9 \u00e0 molette depuis longtemps et qui n\u2019ai jamais trouv\u00e9 grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 m\u2019amuser avec la batterie d\u2019ustensiles de la parfaite petite m\u00e9nag\u00e8re offerte \u00e0 mes 6 ans. Bien s\u00fbr j\u2019ai jou\u00e9 \u00e0 la poup\u00e9e et j\u2019aimais \u00e7a, mais le rose \u00e0 moi, \u00e7a m\u2019a toujours donn\u00e9 des hauts le c\u0153ur, aussi loin que je m\u2019en souvienne. Ce que j\u2019aimais, c\u2019\u00e9tait bricoler des trucs dans tous les sens, \u00e9lever des fourmis dans mes casseroles en plastique et observer leur micro monde, faire l\u2019aventuri\u00e8re dans les bois avec les copains. J\u2019ai eu quelques amies au coll\u00e8ge, des amies avec qui je tentais d\u2019en \u00eatre une, de fille, des amies avec qui \u00e7a s\u00a0\u2018est toujours mal fini, la jalousie ayant raison de nous \u00e0 chaque fois&#8230;<\/p>\n<p><strong>Un vrai gar\u00e7on manqu\u00e9, une gonzesse qu\u2019a des couilles quoi\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Ouais, c\u2019est tout moi \u00e7a, j\u2019adore qu\u2019on me le dise, je me sens sp\u00e9ciale, surhumaine, ou plut\u00f4t surfemme. D\u2019ailleurs, je l\u2019entretiens cette image, je m\u2019habille en mec, marche et crache comme un mec, j\u2019ai vite remarqu\u00e9 que \u00e7a inspire le respect, alors j\u2019en abuse, on m\u2019emmerde pas. Tr\u00e8s t\u00f4t d\u00e9j\u00e0, j\u2019int\u00e9grais la r\u00e8gle de grammaire \u00ab\u00a0le masculin l\u2019emporte sur le f\u00e9minin\u00a0\u00bb comme une r\u00e8gle de vie. Je me sens forte et en s\u00e9curit\u00e9 dans ces fringues, je me sens aussi moins conne. Loin de ces femmes \u00e0 moiti\u00e9 nues qu\u2019on voit dans les magasines et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, ces nanas qui ont tout dans le physique et rien dans la t\u00eate. Et puis de son c\u00f4t\u00e9, mon corps \u00e0 l\u2019air de vivre la m\u00eame chose, je n\u2019ai jamais eu gu\u00e8re de poitrine et des r\u00e8gles plut\u00f4t tardives compar\u00e9es \u00e0 celles du coll\u00e8ge qui se la p\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 depuis un moment de t\u00e2cher leurs pantalons et de copuler avec de beaux m\u00e2les. Moi, jusque tard, j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre hors jeu, de ne pas avoir ma place dans la partie. Les femmes semblaient s\u2019\u00e9panouir dans leur corps de femmes en d\u00e9veloppement pendant que l\u2019hybride que j\u2019\u00e9tais restait sur la touche.<\/p>\n<p><strong>Et puis un jour, enfin, un type pose ses mains sur mon corps de fillette.<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019attendais \u00e7a avec grande impatience, enfin, je pourrais me ranger dans le camp des grandes\u00a0! Et puis\u2026 c\u2019est le flop\u2026 \u00ab\u00a0C\u2019est \u00e7a faire l\u2019amour\u00a0?\u00a0\u00bb Merde, je me fais chier comme un rat mort, m\u00eame pas un petit \u00ab\u00a0hum\u00a0\u00bb ni m\u00eame une goutte de sang, rien\u00a0!\u00a0Je m\u2019attendais \u00e0 avoir au moins un peu mal, mais je ne ressentais rien. Rien \u00e0 voir avec les r\u00e9cits de filles entendus ici et l\u00e0, aucun rapport avec celui des copains, ces parfaits \u00e9talons qui se masturbent volontiers sous leurs oreillers quand on regarde des films pornos ensemble, et alors rien, mais alors rien \u00e0 voir avec les incroyables cris qui sortent du gosier des actrices de ces films, ces chanceuses qui se font prendre dans tous les sens par de beaux inconnus. J\u2019\u00e9tais bien en train de me faire chevaucher, \u00e7a c\u2019\u00e9tait ok, mais moi, je sentais rien\u2026 alors j\u2019ai attendu que \u00e7a passe. C\u2019\u00e9tait pas grave, j\u2019allais enfin pouvoir me la p\u00e9ter moi aussi, en prenant soin de raconter aux potes que j\u2019ai pris mon pieds, comme les autres.<\/p>\n<p>Il y a bien la masturbation, mais elle ne concerne que les hommes, moi, je suis un gar\u00e7on <i>manqu\u00e9<\/i>, et malheureusement pas outill\u00e9e pour la pratiquer. Alors je reste l\u00e0, fascin\u00e9e de les voir si chanceux et libres, sans g\u00eane, \u00e0 chacun son coussin, tous ensemble\u2026 sauf moi. Je me sens mec c\u2019est vrai, mais il faut quand m\u00eame bien le dire, je les envie, ils parlent de leur sexualit\u00e9 de fa\u00e7on naturelle et d\u00e9brid\u00e9e. Moi je n\u2019ai personne \u00e0 qui poser mes questions, j\u2019aurais trop honte.<\/p>\n<p>Le temps a pass\u00e9 et me voil\u00e0 au lyc\u00e9e, je me fais quelques amies et me retrouve pour la premi\u00e8re fois entour\u00e9e de nanas, c\u2019est assez nouveau mais elles sont comme moi, ce ne sont pas des vraies filles, alors \u00e7a va, l\u2019ambiance est bonne, bien masculine, relev\u00e9e par les gars qui se joignent \u00e0 la partie.<\/p>\n<p><strong>Ma sexualit\u00e9&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>La notion de plaisir n\u2019arrive que plus tard dans ma vie, avec N., une vraie bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne. Avec lui, c\u2019est sexe et rock and roll, j\u2019apprends \u00e0 me lib\u00e9rer, \u00e0 me trouver belle sous mes fringues dix fois trop grandes, \u00e0 accepter mon corps, tout du moins avec lui et dans l\u2019intimit\u00e9. Enfin, et dans le secret, je me sens presque femme. Un bon d\u00e9but de quelque chose de nouveau, de bilat\u00e9ral pour une fois, le tout couvert d\u2019une jolie passion, on s\u2019aime, on est jeunes, on est libres. Un soir il m\u2019appelle, il me fera souffrir un jour il le sait et pr\u00e9f\u00e8re s\u2019enfuir avant. Ce jour, c\u2019\u00e9tait celui-l\u00e0 m\u00eame. Il raccroche sur une derni\u00e8re larme le combin\u00e9 de la cabine t\u00e9l\u00e9phonique, emportant avec lui mon alli\u00e9, mon confident et le chemin parcouru ensemble. L\u2019amour, mon premier, m\u2019aura fait autant grandir que souffrir. Je n\u2019aurai plus de signe de lui pendant des ann\u00e9es, il ne quittera jamais mon esprit.<\/p>\n<p>Me revoil\u00e0 seule, avec ce corps que je connais si peu. N. le connaissait par c\u0153ur, sans lui, impossible d\u2019\u00e9prouver le moindre plaisir. Je croise la route de quelques mecs qui sont bien incapables de me faire jouir, ils sont dans leur corps \u00e0 eux. Tellement dans leur corps qu\u2019ils ne remarquent rien quand je simule. Je simule parce que je n\u2019ose pas leur dire quand c\u2019est nul. Peur de les casser en plein \u00e9lan. Peur de leur faire du mal. Quand \u00e7a devient vraiment insupportable, il m\u2019arrive de simuler plus fort pour les pousser \u00e0 \u00e9jaculer, histoire que \u00e7a passe plus vite, ils ont l\u2019air de croire que plus c\u2019est long, plus c\u2019est bon. Impossible de leur parler de ce que je ressens, ou ne ressens pas, impossible par dessus tout de briser cette confiance qu\u2019ils ont en eux, comment le vivraient-ils s\u2019ils apprenaient qu\u2019ils ne sont pas des bons coups, que tel truc ne me fait rien et tel autre me fait mal\u00a0? Impossible d\u2019en parler aux copines non plus, elles qui prennent tant de plaisir \u00e0 jouir, je passerais pour une frigide. Apr\u00e8s tout, je prends beaucoup de plaisir \u00e0 en donner, et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas si mal, je m\u2019y habitue, \u00e7a devient normal. Je commence m\u00eame \u00e0 \u00eatre plut\u00f4t dou\u00e9e dans l\u2019art de la jouissance masculine.<\/p>\n<p>Et puis, je rencontre quelqu\u2019un. J\u2019ai dix huit ans, tr\u00e8s envie d\u2019arr\u00eater les \u00e9tudes et de continuer celles de la vie. \u00c7a tombe bien, c\u2019est le coup de foudre, le big bang c\u00e9r\u00e9bral, l\u2019occasion id\u00e9ale pour sauter du navire familial et me jeter dans ses filets. Il a rep\u00each\u00e9 mon c\u0153ur, nos yeux p\u00e9tillent quand ils se croisent, j\u2019aime me <i>donner \u00e0 lui<\/i>. Je voudrais le faire plus souvent mais il se drogue pas mal et il faut bien avouer que \u00e7a aide pas. Parfois il s\u2019endort pendant qu\u2019il est en moi, alors je le roule sur le c\u00f4t\u00e9, reste seule avec ma frustration et finis par sombrer dans le sommeil moi aussi. C\u2019est dur sur le moment, mais j\u2019oublie vite, parce que je l\u2019aime profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>Un an qu\u2019on est ensemble d\u00e9j\u00e0, et il a de plus en plus de mal \u00e0 retarder son \u00e9jaculation qui arrive syst\u00e9matiquement d\u00e8s les premiers contacts. Il me dit que c\u2019est moi qui l\u2019excite trop. Je ne voudrais surtout pas lui mettre la pression, je pense que \u00e7a empirerait le probl\u00e8me. Je reste calme, compr\u00e9hensive et \u00e0 l\u2019\u00e9coute, je lui dis que \u00e7a n\u2019est pas grave, que \u00e7a peut arriver \u00e0 tout le monde. Surtout ne pas dramatiser, il perdrait toute confiance en lui. Je me contente de rester bien immobile pendant l\u2019amour, le moindre battement de cils \u00e9tant susceptible de lui faire perdre tout contr\u00f4le. Je lui pr\u00eate volontiers mon corps pour qu\u2019il s\u2019exerce, mettant en stand by ma vie sexuelle. \u00c7a n\u2019a pas d\u2019 importance puisque je l\u2019aime, nous traverserons cette \u00e9preuve, mon plaisir au placard pour un temps\u2026<\/p>\n<p><strong>Parfois j\u2019ai des envies tr\u00e8s fortes de sexe, envie de folies, des fantasmes qui me traversent. Il fait chaud dans ma culotte et personne pour me faire exploser de plaisir.<\/strong><\/p>\n<p>Je tente alors de me masturber mais il ne se passe rien, mon imaginaire n\u2019arrive pas \u00e0 d\u00e9passer la froideur du papier peint qui se trouve devant mes yeux, et puis il faut bien avouer que mon corps et moi, on fait bande \u00e0 part depuis toujours. Comment pourrais-je faire jouir une femme, moi qui les connais si peu. Personne \u00e0 qui donner du plaisir, je finis toujours par laisser tomber.<\/p>\n<p>Cela fait bient\u00f4t une ann\u00e9e que je pr\u00eate mon corps \u00e0 sa science, je commence \u00e0 me sentir souill\u00e9e et abandonn\u00e9e, une sorte d\u2019objet sexuel \u00e0 qui on aurait retir\u00e9 les piles. Et personne \u00e0 qui me confier, je ne vois plus mes amis depuis un bail et je ne me vois pas en parler \u00e0 ma famille. Il y a bien ses copains \u00e0 lui, qui sont l\u00e0 chaque jour dans le salon pour fumer des p\u00e9tards du matin au soir, mais comment trouver en eux une oreille\u00a0? De toute fa\u00e7on je commence \u00e0 me vider de mon \u00e9nergie, je me suis mise \u00e0 fumer beaucoup moi aussi, certainement pour embuer mon pauvre cerveau qui entre peu \u00e0 peu dans une s\u00e9v\u00e8re d\u00e9pression. Notre relation s\u2019est fragilis\u00e9e, l\u2019amour fusionnel s\u2019est progressivement transform\u00e9 en d\u00e9pendance et routine mais je ne veux pas le quitter car je crois que sans moi il est foutu. Quelle femme un tant soit peu sens\u00e9e voudrait d\u2019un drogu\u00e9 impuissant\u00a0? Alors je tente de lui parler, je lui explique que je me sens comme une femme-objet, que faire l\u2019amour devient une corv\u00e9e, plus envie de me d\u00e9shabiller pour un r\u00e9sultat aussi salissant, je n\u2019en peux plus. \u00c7a fait des ann\u00e9es que je prends la pilule, presque tout de suite apr\u00e8s avoir eu mes premi\u00e8res r\u00e8gles \u00e0 vrai dire. Il est coutume de prescrire ces comprim\u00e9s \u00e0 quiconque viendrait poser une question sur ses menstruations, j\u2019ai suivi le rythme, ne me pose plus de question car le m\u00e9decin r\u00e9fl\u00e9chit pour moi. Quel bonheur\u00a0! Je n\u2019ai jamais connu mon cycle sans ces saloperies et \u00e7a commence \u00e0 me pr\u00e9occuper s\u00e9rieusement de m\u2019empoisonner pour que son terrain d\u2019entra\u00eenement reste disponible \u00e0 tout moment. L\u2019ultimatum est pos\u00e9, si on ne va pas chercher de l\u2019aide quelque part, si les choses ne changent pas, j\u2019arr\u00eate la pilule et mets d\u00e9finitivement fin \u00e0 toute sexualit\u00e9 avec lui. Bien s\u00fbr je n\u2019y crois pas vraiment, faire v\u0153u de chastet\u00e9 \u00e0 20 ans n\u2019est pas dans mes projets, j\u2019ai encore tellement de choses \u00e0 d\u00e9couvrir\u00a0! Mais je crois en lui, il me jure d\u2019aller voir quelqu\u2019un, alors je patiente, encore quelques mois&#8230;<\/p>\n<p>Quelques mois seulement, pour consumer le peu d\u2019estime qu\u2019il me reste, quelques mois pour une r\u00e9elle et profonde descente aux enfers, quelques mois pour perdre tout espoir de voir les choses changer un jour, je comprends qu\u2019il ne fera jamais rien. Parall\u00e8lement, mon amour pour lui s\u2019effondre, je ne serai jamais plus heureuse, j\u2019ai perdu mon \u00e9tincelle de vie. Je me porte \u00e0 bout de bras pour aller au boulot chaque jour et faire bonne figure en soci\u00e9t\u00e9. A bout de souffle, j\u2019arr\u00eate la pilule, apr\u00e8s 1 an et demi de viol consenti, je tente de reprendre le contr\u00f4le sur mon corps. \u00c7a n\u2019a pas l\u2019air de le perturber plus que \u00e7a. Je reste bouche-b\u00e9e.<\/p>\n<p>Notre relation est de plus en plus houleuse, pas un jour ne passe sans que l\u2019on se dispute, on en vient souvent aux mains d\u00e8s qu\u2019on est seuls. Quant \u00e0 ses amis, ils sont toujours l\u00e0, au milieu de notre vie, je continue de garder bonne figure, je me sens seule, livide, transparente, morte et bient\u00f4t enterr\u00e9e. J\u2019ai peur de partir, peur de retourner vers un entourage que j\u2019ai l\u00e2chement abandonn\u00e9. Sans force ni courage, je suis maintenant convaincue que je mourrai d\u2019ici deux ans, je mourrai de m\u2019\u00eatre fait v(i)oler mes 20 ans, je mourrai de solitude et de tristesse, je mourrai parce qu\u2019on a \u00e9teint ma flamme et bient\u00f4t il ne restera plus rien de moi.<\/p>\n<p>La cohabitation est de plus en plus tendue, on ne partage plus qu\u2019une maison et un lit. Au fond du gouffre, je fume tellement que je crache la noirceur de mon \u00e2me chaque jour. Je fais 45 kilos, le teint transparent, les yeux cern\u00e9s, je n\u2019existe plus. Trois ans que l\u2019on partage ce lit maintenant, et parfois je me r\u00e9veille en pleine nuit avec une dr\u00f4le de sensation dans la culotte. Je me sens humide. Suis-je d\u00e9fonc\u00e9e au point de me pisser dessus sans m\u2019en rendre compte\u00a0? Une fois, deux fois, la troisi\u00e8me et je d\u00e9cide d\u2019en avoir le c\u0153ur net. Nous allons nous coucher comme chaque soir, chacun se tourne de son c\u00f4t\u00e9, je respire fort, fais mine de m\u2019endormir et patiente&#8230; Une demie heure passe avant de le sentir venir contre moi, le sexe en \u00e9rection, il s\u2019approche de mon vagin. Folle de rage j\u2019explose de fureur \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que tu fous\u00a0!!!? Tu me sautes pendant que je dors\u00a0ou quoi\u00a0!!!!?\u00a0\u00bb, d\u2019un bond il se retourne de son c\u00f4t\u00e9 et me r\u00e9torque qu\u2019il faut que j\u2019arr\u00eate d\u2019halluciner, il ne fait rien. Je prends mon oreiller et m\u2019installe un lit dans la pi\u00e8ce du haut, loin de lui. Cette nuit l\u00e0 comme beaucoup d\u2019autres, je ne dormirai pas. Cette pi\u00e8ce vide, j\u2019y passerai les semaines suivantes, dans la solitude. Je ne traverse la maison que pour me rendre au boulot et y afficher un joli sourire qui se transforme en larmes d\u00e8s que je me retrouve seule. Je travaille dans une maison de retraite qui maltraite ses r\u00e9sidents, je me dois de garder la face et d\u2019\u00eatre l\u00e0 pour eux, malgr\u00e9 une guerre perdue d\u2019avance contre ma hi\u00e9rarchie qui me m\u00e8ne aussi la vie dure. Le retour \u00e0 la maison est toujours difficile, je dois traverser le salon avec sa bande de potes et lui au milieu. Je m\u2019empresse d\u2019y retrouver ma pi\u00e8ce vide, ma t\u00eate vide, mon c\u0153ur vide. Je sais qu\u2019ils parlent de moi en bas, c\u2019est dur. Je pleure chaque jour pendant des heures, mais cela ne suffit pas \u00e0 \u00e9vacuer toute la crasse qui est en moi. Lorsque l\u2019on se retrouve tous les deux j\u2019essaie d\u2019aborder le sujet parce que j\u2019ai besoin d\u2019en parler, il me hurle que c\u2019est rien c\u2019est bon, il faut que j\u2019arr\u00eate d\u2019en faire tout un plat. Je finis par croire qu\u2019il a peut \u00eatre raison, j\u2019en fais peut \u00eatre une montagne. La premi\u00e8re personne \u00e0 qui j\u2019arrive \u00e0 en parler est sa s\u0153ur qui me dit ce que j\u2019ai besoin d\u2019entendre\u00a0; ce que je vis n\u2019est pas normal, il faut que je m\u2019en aille. C\u2019est le jour de notre toute derni\u00e8re engueulade \u00e0 se jeter des fourchettes sous le feu de la col\u00e8re que je prends mon courage \u00e0 deux mains et appelle ma m\u00e8re, en pleurs. Elle arrive dans l\u2019heure, lui, reste cach\u00e9 dans le garage pendant que je charge quelques affaires dans la voiture. Je vais le voir avant de partir, nous sommes calm\u00e9s tous les deux, nous savons que c\u2019est la fin. Les amants que nous \u00e9tions il y quelques ann\u00e9es pleurent et s\u2019enlacent pour la derni\u00e8re fois.<\/p>\n<p><strong>J\u2019ai 22 ans et me revoil\u00e0 enfant, en pyjama sur le canap\u00e9 de mes parents. Je m\u2019en suis enfin sortie.<\/strong><\/p>\n<p>Les ann\u00e9es qui suivirent cette aventure me permirent de me reconstruire, tout du moins en surface. Il me faudra des mois pour retrouver le go\u00fbt de vivre et moins d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es pour retrouver une sexualit\u00e9 saine et respectueuse&#8230;<\/p>\n<p>Mes amis sont toujours l\u00e0, une jolie bande qui m\u2019accueille \u00e0 bras ouverts. Les copains ont maintenant des copines et le nombre de nanas dans le groupe \u00e0 consid\u00e9rablement augment\u00e9. Mais leurs soir\u00e9es \u00ab\u00a0entre filles\u00a0\u00bb ne m\u2019attirent pas le moins du monde. Je pr\u00e9texte toujours quelque chose pour y \u00e9chapper. Les soir\u00e9es entre gonzesses, je vois d\u2019ici ce que \u00e7a peut donner, potins et vernis \u00e0 ongles, tr\u00e8s peu pour moi merci. Quel int\u00e9r\u00eat d\u2019exclure les mecs\u00a0? A mes yeux aucun. On fait la f\u00eate tous et toutes ensemble, je retrouve la p\u00eache et l\u2019envie de s\u00e9duire est intacte, pouss\u00e9e par un d\u00e9sir de reconqu\u00eate d\u2019estime de moi, besoin de plaire pour me plaire \u00e0 moi-m\u00eame. Je rencontre des hommes, des tas d\u2019hommes, parfois plusieurs dans le week-end. De toute fa\u00e7on je suis incapable de rester avec quelqu\u2019un, le long tapis rouge de la relation d\u2019amour possessif et destructeur se d\u00e9roulant devant mes yeux \u00e0 chaque rencontre. Il s\u2019agit de fuir le plus vite possible avant que le diable (l\u2019Amour) ne m\u2019emporte. Et lorsque le moment arrive de se retrouver au lit, je redeviens une machine \u00e0 donner du plaisir, par habitude peut-\u00eatre. D\u2019ailleurs je n\u2019ai pas toujours envie d\u2019aller jusque l\u00e0, mais j\u2019ai besoin d\u2019aborder ces hommes pour retrouver mon \u00e2me, et puisque l\u2019on ne fait pas de fum\u00e9e sans feu et que j\u2019y suis habitu\u00e9e, \u00e7a se finit syst\u00e9matiquement avec du sexe. Je prends plaisir quand m\u00eame et d\u2019autres fois\u2026 c\u2019est pas trop \u00e7a.<\/p>\n<p><strong>BB&amp;B (Bed Breakfast &amp; Baise)<\/strong><\/p>\n<p>Un jour j\u2019ai rencontr\u00e9 un mec vraiment sympa dans une soir\u00e9e, il partait dans le sud un peu plus tard et cherchait un endroit o\u00f9 cr\u00e9cher pour la semaine. On discute pendant des heures, je lui propose de venir \u00e0 la maison, je suis en coloc avec mon fr\u00e8re et ma meilleure pote, ils seront d\u2019accord pas de probl\u00e8me. On finit par fricoter dans la soir\u00e9e et de retour \u00e0 la maison, on se couche, dans le m\u00eame lit\u2026 bien s\u00fbr arrive le point de non-retour, nous allons coucher ensemble et d\u00e9j\u00e0 je sens que je n\u2019ai pas autant de d\u00e9sir que lui. Mais c\u2019est moi qui l\u2019ai ramen\u00e9, c\u2019est moi la salope pas lui. Il me grimpe dessus et commence \u00e0 me p\u00e9n\u00e9trer sans pr\u00e9liminaires. Pour le coup, lui n\u2019a pas de probl\u00e8me d\u2019\u00e9rection, elle est m\u00eame interminable. Je prends mon r\u00f4le bien \u00e0 c\u0153ur, il ne comprendrait pas mon subit changement d\u2019avis. Il ne fait pas la distinction entre douleur et plaisir, pas besoin de forcer le trait pour que les g\u00e9missements sortent naturellement. \u00c7a dure depuis d\u00e9j\u00e0 une heure, je tente de changer de position pour contr\u00f4ler un peu le rythme que mon vagin en feu ne supportera pas une minute de plus. Je me redresse, lui aussi, je le pousse en arri\u00e8re pour qu\u2019il s\u2019allonge mais il r\u00e9siste et me rejette, me revoil\u00e0 sur le dos, j\u2019attendrai une heure de plus que le calvaire cesse.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est enfin termin\u00e9, il s\u2019endort comme un b\u00e9b\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p>Le lendemain, on se l\u00e8ve pour d\u00e9jeuner avec les colocs, il passe son temps \u00e0 me suivre et \u00e0 me d\u00e9vorer du regard, il semble \u00eatre tomb\u00e9 en \u00e9moi devant sa poup\u00e9e gonflable. \u00c7a me colle une peur panique, car pour moi Amour = Danger. J\u2019en parle bri\u00e8vement \u00e0 ma meilleure amie, je lui dis que je n\u2019en peux plus, qu\u2019il m\u2019oppresse, sans attendre aucune r\u00e9action sp\u00e9ciale de sa part, juste besoin de le partager. En riant elle me dit \u00ab\u00a0dans quelle situation tu t\u2019es encore fourr\u00e9e\u00a0\u00bb. Tr\u00e8s vite le message est divulgu\u00e9 dans la bande, \u00e7a fait rire les potes que je me retrouve bloqu\u00e9e \u00e0 la maison une semaine avec un boulet, je finis par en rire aussi. C\u2019est ma connerie, je l\u2019assumerai jusqu\u2019au bout. Je me sens super coupable de l\u2019avoir ramen\u00e9 de mon plein gr\u00e9 et de devoir briser ses illusions du jour au lendemain, d\u2019autant plus que je le sens de plus en plus amoureux. Maladroitement je lui explique que l\u2019amour me fait flipper, que je me sens angoiss\u00e9e et pas tr\u00e8s bien. Il me sert dans ses bras et me rassure, \u00e7a n\u2019est qu\u2019une histoire de passage, lui non plus ne tient pas \u00e0 s\u2019engager et dans tous les cas il reprend la route dans une semaine. Pas de souci \u00e0 se faire donc. Peut \u00eatre aurais-je d\u00fb lui dire que ma chatte n\u2019en pouvait plus, que mes yeux br\u00fblent \u00e0 chaque fois qu\u2019ils croisent l\u2019\u00e9tincelle qui anime les siens quand ils me transpercent, que c\u2019est un enfoir\u00e9 qui se regarde baiser et par dessus le march\u00e9 un mauvais baiseur. Tentative \u00e9chou\u00e9e, la nuit suivante le revoil\u00e0 dans ma chambre, dans mon lit, dans mon corps, pendant des heures. Chaque soir c\u2019est la m\u00eame chose, je n\u2019ai jamais langui le mercredi suivant, ma seule issue, avec autant d\u2019impatience. Je serre les dents pour ne pas laisser entrevoir mon mal \u00eatre, plus le temps passe, plus je cache la v\u00e9rit\u00e9, et moins il m\u2019est possible de lui briser le c\u0153ur. Quelque chose en moi m\u2019interdit de lui refuser ce corps qu\u2019il baise avec fougue, je n\u2019ai pas le courage. Et puis le mercredi venu, le voil\u00e0 enfin qui charge son sac et son cul dans la voiture pour partir larme \u00e0 l\u2019\u0153il dans des contr\u00e9es lointaines, avec un petit morceau de moi\u2026<\/p>\n<p>OUF\u00a0!! Me revoil\u00e0 libre\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s tout \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas si grave et \u00e7a a bien fait rire les potes, alors je coule une chape de plomb l\u00e0-dessus, la jette dans les sous-sols de mon cerveau et hop, disparition\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a ne m\u2019emp\u00eachera pas d\u2019en rencontrer d\u2019autres, des hommes. \u00c0 vrai dire j\u2019ai toujours ce besoin de me reconstruire une estime, et m\u00eame plus que jamais\u00a0! Toujours une peur bleue de l\u2019amour. La seule diff\u00e9rence \u00e0 l\u2019avenir, sera peut-\u00eatre d\u2019avoir envie de me laisser un peu plus de temps pour apprendre \u00e0 les conna\u00eetre. Je me surprends m\u00eame \u00e0 rester quelques semaines, voire quelques mois avec certains d\u2019entre eux, et fuis d\u00e8s qu\u2019ils deviennent trop exigeants ou trop amoureux.<\/p>\n<p>Du batteur au chanteur de groupes crois\u00e9s \u00e0 des concerts, de la gueule d\u2019ange h\u00e9ro\u00efnomane au bel inconnu des vendanges, les potes de potes&#8230;<\/p>\n<p>C\u2019est vrai qu\u2019ils sont cools mes potes du lyc\u00e9e, depuis que je les ai retrouv\u00e9s, on fait tr\u00e8s souvent la f\u00eate, on sort, on boit, on danse. Ils me voient rencontrer \u00e0 droite \u00e0 gauche toutes sortes de mecs, \u00e7a leur donne certainement l\u2019impression que je suis une nympho libre comme l\u2019air, c\u2019est peut-\u00eatre ce que je suis apr\u00e8s tout. Quoiqu\u2019il en soit, on est nombreux et nombreuses et on finit souvent tard, allong\u00e9-e-s les un-e-s sur les autres sur des matelas d\u2019un appart\u2019 retourn\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Il m\u2019arrive de me faire r\u00e9veiller par des mecs qui me rejoignent dans la nuit&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Quand ce sont les caresses de l\u2019ami d\u2019un ami que je ne connais absolument pas qui me r\u00e9veillent, je me dis qu\u2019il \u00e9tait trop bourr\u00e9. Quand c\u2019est le mec (d\u00e9gueulasse) de ma tr\u00e8s bonne copine surpris par cette derni\u00e8re, debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon lit \u00e0 se masturber avec ma main, les bruits courent vite les rues que la salope que je suis s\u2019est tap\u00e9e l\u2019amoureux de sa pote. Quand ce sont les doigts d\u2019un ami de longue date ins\u00e9r\u00e9s discr\u00e8tement dans mon vagin et ma main pos\u00e9e sur son sexe qui me r\u00e9veillent, je me sens tellement conne que je continue \u00e0 faire semblant de dormir en me retournant, je ne me rendors pas. J\u2019ai peur. Et lorsque j\u2019ose en parler un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart \u00e0 quelqu\u2019un-e de la bande, la personne d\u2019en face est si peu r\u00e9active que je finis par laisser tomber par peur de foutre la merde dans le groupe. Je coule une chape de plomb dessus et jette le tout au sous-sol pour continuer ma petite vie.<\/p>\n<p><strong>J\u2019ai la p\u00eache, la joie de vivre, les \u00e9preuves ne sont pas des claques dans la gueule mais des coups de pieds au cul qui me font avancer. <\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, je dois dire que tout est tr\u00e8s flou pour moi, qu\u2019est-ce que l\u2019amour\u00a0? Je n\u2019en ai eu qu\u2019une vague id\u00e9e il y a longtemps. Le temps passe, je grandis, je me pose. Je ne rencontre qu\u2019un ou deux hommes en deux ans, et puis c\u2019est le calme plat. Une sorte de bilan impos\u00e9, une pause pour mon corps et mon esprit, une opportunit\u00e9 de me reconnecter \u00e0 moi et \u00e0 mes envies.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que je rencontre A., le premier qui me dit d\u2019entr\u00e9e de jeu qu\u2019il ne veut pas de relation, qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 avec une nana dans un amour libre. Tr\u00e8s bien, \u00e7a m\u2019\u00e9vite de perdre des heures \u00e0 lui expliquer pourquoi je risque de me barrer du jour au lendemain, pas d\u2019engagement, pas de tapis rouge\u00a0! Le sexe avec lui est un peu violent parfois, mais il me pla\u00eet beaucoup et bizarrement c\u2019est le premier depuis tr\u00e8s longtemps avec qui j\u2019ai envie de me laisser porter. Pas de boule au ventre quand il me d\u00e9vore des yeux, pas d\u2019envie de partir en courant quand il m\u2019embrasse au petit matin, une relation d\u2019\u00e9gale \u00e0 \u00e9gal, serait-ce ce que l\u2019on appelle \u00ab\u00a0amour libre\u00a0\u00bb\u00a0? Je retrouve le sexe et Rock &amp; Roll d\u2019antan, nous sommes jeunes, beaux, et libres. Pouss\u00e9-e-s par une passion d\u00e9vorante, une solide complicit\u00e9 et un d\u00e9sir charnel permanent, voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 un an que l\u2019on est ensemble. Tr\u00e8s vite il a pos\u00e9 ses affaires dans la grande coloc que je partage maintenant avec une petite dizaine de personnes et a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater l\u00e0 son autre relation. Nous nous m\u00ealons corps et c\u0153urs, j\u2019y prends beaucoup de plaisir. \u00c7a fait du bien de se sentir enfin respect\u00e9e, je sais que je peux lui faire confiance, je peux tout lui dire. Sa formation termin\u00e9e, il retourne de temps en temps \u00e0 l\u2019autre bout de la France pour revoir sa famille. Et lorsque j\u2019apprends par la gyn\u00e9co que je suis porteuse du Papilloma virus, sous quatre de ses formes dont deux \u00e0 haut risque, c\u2019est ma confiance en lui, et en moi, qui s\u2019effondre. Qu\u2019il soit all\u00e9 voir ailleurs m\u2019importait peu, j\u2019aurais vraiment pu l\u2019entendre, c\u2019\u00e9tait convenu entre nous qu\u2019on pouvait se parler de tout. Mais comment le seul \u00e0 qui j\u2019avais eu le courage de confier mon pass\u00e9 avait-il pu prendre le risque de rendre mon corps malade, et me souiller de nouveau\u00a0? Il ne voulait pas me faire souffrir et pensait que me rapporter sa petite aventure sans avenir avec une ex mettrait en p\u00e9ril notre relation. Je ne lui en veux pas, je sais que l\u2019erreur est humaine, je lui ai juste laiss\u00e9 le temps de regrouper ses affaires et de partir, besoin de me retrouver seule. Je les ai laiss\u00e9s lui et son gros sac sur un bord de route, sur un dernier \u00ab\u00a0je t\u2019aime\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Me revoil\u00e0 de nouveau seule et sale, mon Papilloma et moi. C\u2019est le chaos dans ma t\u00eate, dans ma vie, dans mon corps et qui plus est, dans le monde\u2026 <\/strong><\/p>\n<p>Je suis effondr\u00e9e, une semaine que je me r\u00e9veille et me couche en larmes, je me sens compl\u00e8tement prise au pi\u00e8ge. Et puis un matin, je me l\u00e8ve avec une \u00e9nergie nouvelle, en me regardant dans la glace je me dis \u00ab\u00a0C\u2019est moi qui d\u00e9cide oui ou non\u00a0?!\u00a0\u00bb Dans mon esprit tout devient plus clair, cette chose va dispara\u00eetre j\u2019en suis convaincue. Parall\u00e8lement ma vie salariale vit ses derniers instants de gloire, je ne veux plus me faire exploiter, ni d\u2019une fa\u00e7on, ni de l\u2019autre\u00a0! Dix ans que \u00e7a dure, c\u2019en est trop\u00a0! Je sens depuis tr\u00e8s longtemps que tout tourne \u00e0 l\u2019envers autour de moi, je ne comprends rien de la cage qui m\u2019a vu na\u00eetre. Je me laisse quelques mois pour me retaper, avant de tout quitter et partir sur la route en qu\u00eate de sens et d\u2019autonomie. Quelques mois plus tard je me sens pr\u00eate \u00e0 d\u00e9coller, la gyn\u00e9co me dit qu\u2019il faudra quand m\u00eame suivre \u00e7a de pr\u00e8s et faire des tests tous les six mois, je lui dis que le prochain sera n\u00e9gatif, elle affiche un l\u00e9ger sourire de compassion.<\/p>\n<p><strong>Ah, la libert\u00e9. N\u2019est-ce pas tout ce que l\u2019on peut souhaiter \u00e0 l\u2019humanit\u00e9\u00a0? Moi elle me fait vibrer cette libert\u00e9, je me sens aussi l\u00e9g\u00e8re qu\u2019un oiseau. <\/strong><\/p>\n<p>Plus rien ne m\u2019attache nulle part, le d\u00e9sengagement total\u00a0! Fuite ou course\u00a0? Je n\u2019en sais toujours rien, la seule chose que je peux affirmer, c\u2019est que la route m\u2019a envoy\u00e9 les bonnes questions et les bonnes personnes pour m\u2019aider \u00e0 y r\u00e9pondre. Trois mois apr\u00e8s mon d\u00e9part, je re\u00e7ois mes r\u00e9sultats d\u2019analyses gyn\u00e9cologiques. Le Papilloma a disparu&#8230;<\/p>\n<p>Partout en France et ailleurs, des fermes collectives, des squats, des centres sociaux\u2026 Une foule de gens qui d\u00e9construisent un \u00e0 un nos conditionnements pour tout reb\u00e2tir, se r\u00e9approprient leurs vies, leur libert\u00e9, leur corps.<\/p>\n<p>C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai rencontr\u00e9 G. Une toute nouvelle forme de relation s\u2019installe dans ma vie, j\u2019arpente de fa\u00e7on plus claire les sentiers de l\u2019amour libre et \u00e7a me pla\u00eet\u00a0! \u00c7a me pla\u00eet \u00e9norm\u00e9ment parce que je sens que cet amour-l\u00e0 ne nous coupera jamais les ailes, ni n\u2019\u00e9teindra ma flamme. Il est plus jeune que moi et a d\u00e9j\u00e0 fait beaucoup de chemin. Avec lui je discute des heures durant, fais l\u2019amour avec toute mon \u00e2me et dans le plus grand des respects. Il est le premier \u00e0 me questionner sur mon plaisir, le rapport \u00e0 mon corps et sur ma place en tant que femme. Au d\u00e9part, ses r\u00e9flexions f\u00e9ministes me laissaient dans l\u2019incompr\u00e9hension. Je trouvais vraiment tir\u00e9 par les cheveux d\u2019aller jusqu\u2019\u00e0 transformer la langue fran\u00e7aise pour y refaire une place aux femmes. J\u2019avais int\u00e9gr\u00e9 depuis longtemps cette r\u00e8gle qui fait que si un homme se trouve dans une salle avec une centaine de femmes, on soit r\u00e9unIS et non r\u00e9unIES, je ne comprenais pas en quoi \u00e7a faisaient des femmes opprim\u00e9es dans la vie de tous les jours, j\u2019\u00e9tais la preuve que non, moi qui ai cette force et cette d\u00e9termination.<\/p>\n<p><strong>Il m\u2019a fallu du temps pour entendre. Du temps pour accepter de d\u00e9terrer ce pass\u00e9 chaotique et le d\u00e9cortiquer, comme une mine oubli\u00e9e pr\u00eate \u00e0 exploser \u00e0 la moindre vibration. <\/strong><\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 lui, je me suis r\u00e9concili\u00e9e avec la femme qui est en moi et avec les femmes en g\u00e9n\u00e9ral. Il \u00e9tait temps pour moi d\u2019arpenter mon propre chemin de r\u00e9flexion sur la question du rapport homme-femme.<\/p>\n<p>La femme que je suis et toutes les autres ne sont r\u00e9ellement entr\u00e9es dans ma vie qu\u2019il y a trois ans. Il m\u2019aura fallu \u00eatre apprivois\u00e9e par surprise pour que je m\u2019autorise enfin \u00e0 partager avec elles mes exp\u00e9riences sans peur du jugement ou de la critique. Une apr\u00e8s midi plus calme que les autres, une nana (aujourd\u2019hui une amie ch\u00e8re \u00e0 mon c\u0153ur) propose un petit visionnage de film dans le dortoir de la ferme. Motiv\u00e9e, je me joins \u00e0 la partie, nous sommes quatre \u00e0 en \u00eatre, quatre femmes. C\u2019est \u00ab\u00a0La vie d\u2019Ad\u00e8le\u00a0\u00bb qui sera visionn\u00e9e, tr\u00e8s bien, je n\u2019ai aucune id\u00e9e de ce que c\u2019est, je me laisse porter. Tr\u00e8s vite ce film sur la sexualit\u00e9 de deux lesbiennes d\u00e9clenche des conversations que j\u2019aurais certainement fui si je les avais vues venir. Mais je me prends au jeu, je reste. Je sens une vraie complicit\u00e9 entre elles, une confiance, il r\u00e8gne comme un climat de s\u00e9curit\u00e9, je me sens bien, entour\u00e9e de douceur et de bienveillance. Pour la premi\u00e8re fois j\u2019ai l\u2019impression de parler vrai, nous cassons cette cro\u00fbte de surface qui nous terre dans le silence, les langues se d\u00e9nouent. Je m\u2019aper\u00e7ois que chacune d\u2019entre elles vit ou a v\u00e9cu des choses tr\u00e8s fortes, chacune son histoire de viol, d\u2019attouchements, de peur de dire non\u2026 Chacune dans son coin. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je me livre avec autant de sinc\u00e9rit\u00e9 dans un groupe de femmes. En les \u00e9coutant je me rends compte que je suis loin d\u2019\u00eatre seule \u00e0 avoir travers\u00e9 des \u00e9preuves, les leurs sont souvent bien pires que les miennes. Bien loin des potins et vernis \u00e0 ongles, je d\u00e9couvre le bienfait d\u2019un climat non mixte (entre femmes) sans lequel je n\u2019aurais jamais pu entamer un r\u00e9el travail de reconstruction. Je reste cependant convaincue que mes exp\u00e9riences n\u2019avaient rien de traumatisant compar\u00e9es aux leurs puisque partiellement consenties.<\/p>\n<p>C\u2019est en me voyant effondr\u00e9e \u00e0 un atelier d\u2019autod\u00e9fense f\u00e9ministe (auquel j\u2019assistais plus par curiosit\u00e9 que par r\u00e9elle recherche) que je prends enfin conscience de l\u2019impact qu\u2019a eu mon pass\u00e9 sur moi et sur le respect de mon corps. Ce sont des femmes, mais aussi des hommes qui ont tenu \u00e0 me reparler des anecdotes que je racontais \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, m\u2019ouvrant les yeux sur la gravit\u00e9 des faits. \u00c7a n\u2019est pas parce que l\u2019on vit avec son conjoint depuis plusieurs ann\u00e9es qu\u2019on se doit de lui offrir carte blanche sur notre vagin, \u00e7a n\u2019est pas parce que l\u2019on offre le g\u00eete et le couvert \u00e0 un homme qu\u2019il faut aussi lui tendre la croupe. La chape de plomb n\u2019aura pas soign\u00e9 les blessures, tout est encore tr\u00e8s \u00e0 vif. Il me faut abattre les fondations construites dans l\u2019urgence pour y r\u00e9\u00e9difier quelque chose de plus stable et plus solide, o\u00f9 mon corps \u00e0 aussi sa place, son mot \u00e0 dire. Cette p\u00e9riode est tr\u00e8s rude parce qu\u2019on se sent \u00e0 poil, il s\u2019agit de tomber la carapace, comme un vieux veston trou\u00e9 que l\u2019on doit avoir le courage de jeter pour enfiler quelque chose de plus chaud.<\/p>\n<p>J\u2019ai eu envie de demander \u00e0 des femmes si elles avaient d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019amour sans en avoir envie, la plupart me r\u00e9pondent oui, souvent cela dure depuis plus de dix ans avec leur conjoint. Et lorsque je pose cette m\u00eame question \u00e0 mes potes mecs, la plupart me r\u00e9pondent que \u00e7a a bien d\u00fb leur arriver une fois ou deux. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 quel point l\u2019\u00e9cart \u00e9tait grand. Cela m\u2019a donn\u00e9 envie de continuer \u00e0 creuser le sujet et m\u2019a ouvert les yeux sur les diff\u00e9rences hommes-femmes et sur une r\u00e9alit\u00e9 dont je n\u2019avais pas conscience auparavant, ou que j\u2019occultais par habitude.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi les femmes se forcent-elles \u00e0 donner leur corps\u00a0(quand on ne leur prend pas de force\u2026)\u00a0? C\u2019est la question qui d\u00e9marrera mon processus de r\u00e9flexion.<\/strong><\/p>\n<p>Accompagn\u00e9e par des femmes extraordinaires et par des hommes attentifs, respectueux et \u00e0 l\u2019\u00e9coute, avec qui j\u2019ai eu la chance de partager des bouts de vie ces derni\u00e8res ann\u00e9es, j\u2019observe avec un regard nouveau le chemin parcouru. Une sorte de balayage sur ma vie de femme, un d\u00e9poussi\u00e9rage en profondeur.<\/p>\n<p><strong>Retour \u00e0 la case d\u00e9part\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>En y repensant, je trouve tr\u00e8s \u00e9trange d\u2019avoir rejet\u00e9 \u00e0 ce point les femmes, et particuli\u00e8rement celle que je suis. Pourquoi aurais-je eu int\u00e9r\u00eat \u00e0 renier mon genre avec autant de virulence, ne l\u00e9sinant pas sur les clich\u00e9s tels que \u00ab\u00a0femme au volant, mort au tournant\u00a0\u00bb. L\u00e0 dessus, l\u2019un de ces compagnons m\u2019a donn\u00e9 une cl\u00e9 lorsque, encore perplexe, je niais le caract\u00e8re sexiste de certaines situations. Il m\u2019a propos\u00e9, quand je doute, de remplacer le mot \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0noir\u00a0\u00bb, et de voir ce que cela m\u2019inspirait. Il est vrai que lorsque l\u2019habituel et bienveillant \u00ab\u00a0dis donc t\u2019es bien courageuse pour une femme\u00a0\u00bb se transforme en \u00ab\u00a0dis-donc t\u2019es bien courageux pour un noir\u00a0\u00bb, comment ne pas consid\u00e9rer ces propos comme racistes, et comment alors ne pas admettre le caract\u00e8re sexiste de cette bienveillance\u00a0? \u00c0 l\u2019inverse, est-il envisageable de voir quelqu\u2019un-e rentrer dans une pi\u00e8ce et demander l\u2019aide de deux \u00ab\u00a0blancs\u00a0\u00bb forts\u00a0? Comment se sentiraient les noir-e-s qui se trouvent dans la salle\u00a0? Certes, quand on demande un homme fort, l\u2019adjectif \u00ab\u00a0fort\u00a0\u00bb apr\u00e8s \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb con\u00e7oit l\u2019id\u00e9e qu\u2019un homme puisse \u00eatre moins fort qu\u2019un autre, mais le mot \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb avant \u00ab\u00a0fort\u00a0\u00bb implique qu\u2019une femme ne l\u2019est forc\u00e9ment pas puisque imm\u00e9diatement mise sur la touche. Pourquoi huit mains d\u2019humain-e-s ne g\u00e9n\u00e9reraient-elles pas plus de force que quatre mains d\u2019hommes\u00a0?<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette cl\u00e9 j\u2019ai enfin pu comprendre. A t\u2019on d\u00e9j\u00e0 vu une personne noire cracher sur les noir-e-s\u00a0? Et si cette personne existe, pourquoi un tel comportement\u00a0? Une seule raison valable \u00e0 mes yeux\u00a0: la protection. Se positionner hors d\u2019une classe inf\u00e9rieure et donc hors de port\u00e9e des discriminations en adoptant le comportement des dominant-e-s. Dans mon cas, d\u00e9nigrer les femmes et me comporter dans ma bande de mecs comme un mec me permettait \u00e0 l\u2019\u00e9vidence d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e et respect\u00e9e comme tel. Ce que je rejetais en fait, c\u2019\u00e9tait le clich\u00e9 de la femme bonne et conne, l\u2019alimentant path\u00e9tiquement\u2026<\/p>\n<p><strong>J\u2019\u00e9tais donc devenue sexiste par f\u00e9minisme\u00a0??<\/strong><\/p>\n<p>Je constate avec tristesse \u00e0 quel point notre soci\u00e9t\u00e9 a su diviser les femmes. On ne s\u2019est jamais vraiment fait de cadeau, je me suis souvent heurt\u00e9e \u00e0 cette rivalit\u00e9 qui nous oppose, l\u2019impression qu\u2019elles \u00e9taient toujours pr\u00eates \u00e0 me remettre un coup si je tentais de me relever. Elles m\u2019ont souvent rejet\u00e9e, ne comprenant pas que le rapport que j\u2019entretenais avec mes amis pouvait \u00eatre bas\u00e9 sur un autre concept que la s\u00e9duction, m\u2019interdisant strictement d\u2019approcher leur acquisition de pr\u00e8s ou de loin. Pour moi, \u00e7a a toujours \u00e9t\u00e9 plus simple, plus fluide avec les hommes. Tellement de gens pensent encore que l\u2019amiti\u00e9 homme-femme ne peut exister sans d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019intention de s\u00e9duire, de l\u2019autre, le besoin physiologique de copuler. Cette id\u00e9e re\u00e7ue est l\u2019une des raisons d\u2019\u00eatre de la jalousie et de la rivalit\u00e9 entre femmes. Une autre de ces raisons selon moi est cet a priori qui encha\u00eene la gente masculine \u00e0 ses soi-disant pulsions animales, et qui, si l\u2019on s\u2019en d\u00e9tachait enfin, permettrait peut-\u00eatre \u00e0 un homme de regarder une femme dans la rue (comme je me l\u2019autorise moi-m\u00eame lorsqu\u2019une personne d\u00e9gage une beaut\u00e9 et une \u00e9nergie qui ne me laisse pas indiff\u00e9rente) sans passer pour un pervers en rut. \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9, perdue, je laissais aux autres le droit d\u2019infliger \u00e0 mon corps leur propre volont\u00e9, je ne manquais pas de passer pour la salope de service aux yeux des femmes, et pour la fille facile \u00e0 ceux des hommes. Ces jugements h\u00e2tifs renfor\u00e7aient mes comportements auto-destructeurs et produisaient finalement l\u2019inverse des effets recherch\u00e9s dans cette qu\u00eate de regain d\u2019auto-estime.<\/p>\n<p>Je suis maintenant atterr\u00e9e lorsque j\u2019entends des femmes en d\u00e9nigrer d\u2019autres ou justifier (voire reproduire) des comportements machistes, car l\u2019oppression des femmes par les femmes est l\u2019une des meilleures armes du patriarcat. Tendre le b\u00e2ton pour que l\u2019esclave se flagelle elle-m\u00eame lui laisse le temps d\u2019aller fouetter d\u2019autres chattes. Les femmes s\u2019occupent de renforcer ce cadre dans lequel on les enferme, frappant sur la premi\u00e8re qui a le malheur de refl\u00e9ter l\u2019inverse des tourments qui la traversent (pour mon cas, une femme encha\u00een\u00e9e \u00e0 son pass\u00e9 et qui tente de s\u2019en sortir par la pire des fa\u00e7ons).<\/p>\n<p>J\u2019ai depuis trois ans le plaisir de go\u00fbter \u00e0 des relations d\u2019amiti\u00e9 profonde avec des femmes qui se sont oppos\u00e9es \u00e0 ces normes et \u00e0 ces sch\u00e9mas de pens\u00e9e, qui ont compris le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une r\u00e9conciliation. C\u2019est un bonheur de constater de quoi nous sommes capables en baissant les armes, et combien de belles choses peuvent na\u00eetre de notre complicit\u00e9. J\u2019ai pu reprendre confiance, \u00eatre moins sur mes gardes.<\/p>\n<p>Depuis, je retourne dans ma t\u00eate des situations v\u00e9cues, r\u00e9unis ces faits du quotidien que l\u2019on ne remarque plus. J\u2019observe comment se sent diminu\u00e9 un homme seul dans une assembl\u00e9e de femmes, qui entend \u00ab\u00a0Bonjour \u00e0 toutes\u00a0\u00bb. Je r\u00e9alise que notre histoire est peupl\u00e9e d\u2019hommes (J\u00e9sus et ses ap\u00f4tres, nos rois, nos pr\u00e9sidents, nos savants\u2026) et que celle de l\u2019humanit\u00e9 se r\u00e9sume (dans nos livres d\u2019\u00e9cole) \u00e0 l\u2019histoire de <i>l\u2019Homme<\/i>. J\u2019imagine une femme raconter \u00e0 ses amies comment elle s\u2019est fait sucer par son mec qu\u2019elle a ensuite \u00ab\u00a0saut\u00e9\u00a0\u00bb dans les chiottes. Je tente d\u2019en visualiser trois autres, qui interpellent, sifflent et poursuivent un pauvre type dans la rue qui aurait eu l\u2019audace de montrer ses jambes en plein \u00e9t\u00e9, pour le complimenter sur ses atouts physiques. J\u2019essaye de concevoir l\u2019id\u00e9e qu\u2019une femme puisse se masturber avec la main d\u2019un inconnu pendant qu\u2019il dort sans qu\u2019elle ne finisse \u00e0 l\u2019asile ou br\u00fbl\u00e9e. J\u2019essaie de croire encore que tout \u00e7a n\u2019est que du vent, mais cette boule dans mon ventre me dit le contraire.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est que les femmes sont consid\u00e9r\u00e9es comme une classe inf\u00e9rieure depuis tr\u00e8s longtemps et conditionn\u00e9es comme telle. Tr\u00e8s t\u00f4t d\u00e9j\u00e0, nous sommes pouss\u00e9-e-s \u00e0 suivre un panel de comportements genr\u00e9s. Le petit gar\u00e7on se doit d\u2019\u00eatre fort et courageux quand la petite fille que l\u2019on \u00e9duque comme une petite chose fragile, douce et jolie devient plus tard une proie potentielle, qui sera incapable d\u2019assurer sa d\u00e9fense sans la tutelle d\u2019un homme fort et courageux. Objet de d\u00e9sir, elles alimentent ce clich\u00e9 en prenant soin d\u2019\u00eatre toujours d\u00e9sirables et en libre service \u00e0 tout moment. La v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est qu\u2019\u00e0 force d\u2019entendre qu\u2019elles ne sont pas capables, elles le croient avant m\u00eame d\u2019avoir essay\u00e9, et qu\u2019\u00e0 force de ne pas essayer, elles le sont devenues. Quand une femme a pris l\u2019habitude de demander de l\u2019aide d\u00e8s qu\u2019il y a un effort physique \u00e0 faire, il est \u00e9vident que lorsqu\u2019elle se retrouvera entre les mains d\u2019un homme qui tente de l\u2019agresser, son r\u00e9flexe sera de crier \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019aide\u00a0!\u00a0\u00bb. Malheureusement lorsque l\u2019on conna\u00eet le courage qui traverse les spectateur-ices d\u2019une telle sc\u00e8ne, on aurait plut\u00f4t envie de voir cette femme balancer une bonne mandale et faire voler quelques dents. 137 femmes se font encore violer chaque jour en France, dont plus de 80\u00a0% qui ne tentent m\u00eame pas de se d\u00e9fendre. Le probl\u00e8me, c\u2019est que tant qu\u2019il sera \u00e9vident qu\u2019une femme n\u2019a pas de force et ne se sait pas se d\u00e9fendre, dans la t\u00eate des hommes comme dans celles des femmes, elles continueront \u00e0 se laisser violer, et des hommes continueront \u00e0 y aller sans crainte des repr\u00e9sailles. Cela explique peut-\u00eatre pourquoi plus de 90\u00a0% des personnes viol\u00e9es en France sont des femmes.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais aim\u00e9 qu\u2019on me dise \u00ab\u00a0attends tu vas te faire mal, laisse-moi porter \u00e7a\u00a0\u00bb, et parce que j\u2019en ai toujours eu horreur, je suis aujourd\u2019hui une femme forte qui a confiance en elle et en ses capacit\u00e9s. Il est cependant important de faire la part des choses entre domination et sympathie bienveillante, car pas question de rejeter l\u2019entraide. Je suis d\u2019ailleurs tout \u00e0 fait le genre de personne \u00e0 proposer de l\u2019assistance \u00e0 la moindre occasion.<\/p>\n<p>Les hommes sont eux aussi prisonniers d\u2019un conditionnement qui leur impose d\u2019\u00eatre toujours forts et de ne pas chialer. Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant d\u2019observer \u00e0 quel point le sexisme et l\u2019homophobie sont li\u00e9s. Celui ou celle qui consid\u00e8re qu\u2019une femme masculine est un gar\u00e7on manqu\u00e9 sera certainement convaincu-e qu\u2019un homme sensible et f\u00e9minin est un \u00ab\u00a0p\u00e9d\u00e9\u00a0\u00bb. Un p\u00e9d\u00e9 \u00e9tant bien entendu un homme rat\u00e9, une gonzesse, car impossible de nier l\u2019aspect p\u00e9joratif de l\u2019expression \u00ab\u00a0c\u2019est un truc de tapette\u00a0\u00bb. Si quelqu\u2019un-e se demande encore pourquoi les femmes ont parfois besoin de se retrouver entre elles pour pouvoir avancer (et les homosexuels aussi d\u2019ailleurs), sachez que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause du conditionnement des hommes.<\/p>\n<p>Car j\u2019ai en effet pu remarquer que si le masculin l\u2019emporte sur le f\u00e9minin grammaticalement, c\u2019est aussi souvent le cas dans les conversations (il suffit de tendre une oreille de loin dans une soir\u00e9e, dans une r\u00e9union ou autre pour s\u2019en rendre compte), dans la vie (prises de d\u00e9cisions), dans les lits. Les hommes ayant souvent la voix qui porte plus que celles des femmes, une tendance \u00e0 ne pas assumer, minimiser ou ridiculiser l\u2019\u00e9motionnel, il devient d\u00e8s lors moins \u00e9vident de trouver l\u2019espace pour se livrer sans avoir peur de se faire juger. Les \u00ab\u00a0histoires de gonzesses\u00a0\u00bb qui sont vite cat\u00e9goris\u00e9es comme superficielles et sans grand int\u00e9r\u00eat (je l\u2019ai moi-m\u00eame cru pendant longtemps) sont un exutoire pour des quotidiens v\u00e9cus dans l\u2019isolement.<\/p>\n<p>Je voudrais qu\u2019il soit clair que je ne tiens pas \u00e0 faire de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s stupides, car c\u2019est aussi ce que je cherche \u00e0 d\u00e9noncer. Gardons bien \u00e0 l\u2019esprit qu\u2019il y a toujours des exceptions, et que des femmes (moi la premi\u00e8re) ont tendance \u00e0 prendre la parole facilement (peut-\u00eatre un peu trop \u00e0 mon go\u00fbt, mon travail sur le sujet fera peut \u00eatre l\u2019objet d\u2019une autre brochure\u2026). Les id\u00e9es pr\u00e9-m\u00e2ch\u00e9es alimentent jour apr\u00e8s jour ces probl\u00e8mes auxquels je fais r\u00e9f\u00e9rence, justifiant des comportements pour le moins inacceptables. Il y a un tas d\u2019hommes avec qui j\u2019ai des discussions aussi profondes que dans des milieux non mixtes, ce sont souvent des hommes qui ont fait un chemin de d\u00e9construction plus avanc\u00e9 que le mien et qui me permettent r\u00e9ellement de progresser. C\u2019est tout un syst\u00e8me d\u2019\u00e9ducation patriarcal que je critique. J\u2019ai remarqu\u00e9 que pour la plupart des gens au premier abord, le f\u00e9minisme \u00e9voque un rejet des hommes en g\u00e9n\u00e9ral. Je parlerai plut\u00f4t d\u2019anti-sexisme ou anti-patriarcat, si cela peut permettre de s\u2019ouvrir \u00e0 la question comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas pour moi. \u00catre anti-raciste n\u2019implique pas de se retourner contre les blancs ou autres, il en va de m\u00eame pour l\u2019anti-sexisme qui ne cherche pas \u00e0 exclure les hommes. Il est \u00e9galement triste de penser que donner aux femmes un r\u00f4le similaire \u00e0 celui des hommes est une victoire pour le f\u00e9minisme. C\u2019est un chemin nouveau qui doit se construire en duo.<\/p>\n<p><strong>Le f\u00e9minisme est avant tout la remise en question d\u2019un syst\u00e8me (patriarcal) qui, nous sommes tou-te-s d\u2019accord, ne tourne pas rond.<\/strong><\/p>\n<p>Une fois cela compris et int\u00e9gr\u00e9, j\u2019ai trouv\u00e9 int\u00e9ressant de parcourir les insultes couramment utilis\u00e9es. Il n\u2019y a pas besoin de chercher bien loin pour se rendre compte que le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0putain\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une femme, voire plus \u00e9labor\u00e9, le \u00ab\u00a0putain de sa m\u00e8re\u00a0\u00bb qui double la mise, ou mot compte triple\u00a0; \u00ab\u00a0putain de sa m\u00e8re la pute\u00a0\u00bb. Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019insulter un homme, il sera plut\u00f4t question d\u2019un \u00ab\u00a0fils, de pute\u00a0\u00bb, ou d\u2019un \u00ab\u00a0b\u00e2tard\u00a0\u00bb (qui, pour plus de pr\u00e9cision, est le fils d\u2019une femme qui aurait tendu son cul), voire d\u2019un \u00ab\u00a0encul\u00e9\u00a0\u00bb (avec l\u2019ajout possible\u00a0: \u00ab\u00a0de sa m\u00e8re\u00a0\u00bb) ou un p\u00e9d\u00e9 (ce qui en soit, fait r\u00e9f\u00e9rence au m\u00eame personnage). J\u2019ai cherch\u00e9 une insulte qui se r\u00e9f\u00e8re juste \u00e0 un homme h\u00e9t\u00e9rosexuel blanc. Un connard\u00a0? Non, le \u00ab\u00a0con\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence au vagin\u2026 rat\u00e9. Le seul qui me vient \u00e0 l\u2019esprit est l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0enfoir\u00e9\u00a0\u00bb, qui \u00e0 priori serait juste un mec recouvert de merde. Cependant, la plupart du temps, quand c\u2019est un homme qui est sujet d\u2019insulte, on se r\u00e9f\u00e8re plut\u00f4t \u00e0 un homosexuel, \u00e0 \u00ab\u00a0sa race\u00a0\u00bb, ou \u00e0 une femme de son entourage, qui est forc\u00e9ment une salope de putain de sa m\u00e8re la pute pour avoir enfant\u00e9 ou \u00e9pous\u00e9 un homme pareil\u2026 (Pardon pour ce paragraphe, \u00e7a n\u2019est pas tr\u00e8s joli dans la bouche d\u2019une fille).<\/p>\n<p>C\u2019est dr\u00f4le parce que dans certains des milieux alterno-anarcho-punk \u00e0 poules que je fr\u00e9quente, beaucoup de ces expressions sont rest\u00e9es presque intactes. Il s\u2019agit de lieux qui se veulent alternatifs, anti-racistes, anti-homophobes, anti-dominations en g\u00e9n\u00e9ral quoi\u2026 Il y a pourtant souvent une forte r\u00e9ticence \u00e0 requestionner nos jurons, je me demande encore pourquoi. Qui peut r\u00e9ellement croire que quelqu\u2019un-e qui chante du Johnny Hallyday tous les jours n\u2019en est pas fan\u00a0?<\/p>\n<p>Tr\u00e8s li\u00e9 \u00e9galement \u00e0 nos jurons, notre humour.<br \/>\nAh, l\u2019humour. J\u2019adore rire, avec tout le monde et de tout ce qui est dr\u00f4le\u2026<br \/>\nJ\u2019ai n\u00e9anmoins un probl\u00e8me avec l\u2019humour \u00ab\u00a0noir\u00a0\u00bb, j\u2019ai toujours eu un probl\u00e8me avec. Peut \u00eatre est-ce le fait que j\u2019ai tr\u00e8s t\u00f4t fais la diff\u00e9rence entre un humour qui est cens\u00e9 faire rire simplement et un humour qui sert \u00e0 redonner un peu de notori\u00e9t\u00e9 et d\u2019estime \u00e0 une personne pas tr\u00e8s s\u00fbre d\u2019elle, et qui cherche \u00e0 faire sa place en soci\u00e9t\u00e9 en oppressant l\u2019autre. Cet humour-l\u00e0 on le conna\u00eet tout-e-s. Qui de sa vie n\u2019a jamais vu, peut-\u00eatre m\u00eame \u00e9t\u00e9 le ou la souffre douleur de l\u2019\u00e9cole\u00a0? Vous savez cet-te enfant que l\u2019on domine, \u00e9crase, ridiculise, toujours avec le sourire, sous les \u00e9clats de rires et encouragements des autres. Pour moi l\u2019humour \u00ab\u00a0noir\u00a0\u00bb n\u2019est que la continuit\u00e9 de cet humour de coll\u00e9gien dont personne ne peut nier ni la bassesse, ni le but. Il est la d\u00e9monstration \u00e9clatante d\u2019un manque de confiance en soi (ne trouvant rien de plus int\u00e9ressant \u00e0 dire pour combler les blancs), mais aussi d\u2019un manque de finesse \u00e9vident, l\u2019humour \u00e9tant un art qui n\u2019est certes, pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde.<\/p>\n<p><strong>Dans ce parcours de r\u00e9flexions sur les relations hommes-femmes, il \u00e9tait \u00e9vident que j\u2019en viendrais un jour \u00e0 requestionner les plus intimes de toutes, \u00ab\u00a0la sexualit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que l\u2019amour\u00a0\u00bb. <\/strong><\/p>\n<p>On se le demande souvent mais aujourd\u2019hui encore, la r\u00e9ponse reste discr\u00e8te, et pourtant pas si loin derri\u00e8re nous\u00a0: d\u2019o\u00f9 vient-on\u00a0?<\/p>\n<p>J\u2019ai pu obtenir un petit bout de r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un repas de famille chez les grands parents d\u2019un compagnon. Je voyais les femmes s\u2019affairer en cuisine, servant leurs hommes qui se remplissaient chichement la panse en se servant des coups \u00e0 boire. Jusque l\u00e0 rien d\u2019inhabituel puisque j\u2019ai (malgr\u00e9 tout le respect que je dois \u00e0 ma famille) grandi dans cette ambiance l\u00e0. C\u2019est en s\u2019absentant quelques minutes avant le dessert que l\u2019on tombe par inadvertance sur \u00ab\u00a0Le guide de la bonne m\u00e9nag\u00e8re\u00a0\u00bb (ou quelque chose dans le genre) dans la biblioth\u00e8que poussi\u00e9reuse. Ce livre nous l\u2019ouvrons et restons bouches-b\u00e9es. Bien s\u00fbr nous connaissions les tendances de cette \u00e9poque, mais noir sur blanc devant nos yeux effar\u00e9s, s\u2019\u00e9talaient des lignes et des lignes, des pages et des pages de bonne conduite \u00e0 tenir en tant qu\u2019\u00e9pouse et m\u00e8re. La soumission des femmes n\u2019\u00e9tait pas insinu\u00e9e bien au contraire, elle \u00e9tait dict\u00e9e dans les livres, dans les \u00e9coles et partout ailleurs. Je n\u2019ai malheureusement pas eu le temps d\u2019en relever les meilleurs passages mais ma m\u00e9moire se souviendra toujours de la stup\u00e9faction qui nous traversa \u00e0 la lecture de \u00ab\u00a0le repas doit \u00eatre pr\u00e8s et chaud lorsque votre \u00e9poux rentre \u00e0 la maison, d\u00e9barrassez-le de ses affaires et installez-le, servez lui le repas, nourrissez vos enfants. Une fois que tout le monde a mang\u00e9, vous pourrez manger \u00e0 votre tour. N\u2019oubliez pas, votre r\u00f4le est de veiller \u00e0 la bonne sant\u00e9 de votre famille, la votre importe moins que la leur, le foyer doit rester propre et agr\u00e9able \u00e0 vivre pour ces derniers. Quand il rentre \u00e0 la maison, n\u2019ennuyez pas votre mari avec vos centres d\u2019int\u00e9r\u00eat qui sont bien moins int\u00e9ressants que les siens&#8230;\u00a0\u00bb. Et je vous passe les d\u00e9tails sur la conduite \u00e0 tenir lorsque l\u2019\u00e9poux d\u00e9sire avoir une relation sexuelle avec sa femme qui doit se contenter de sourire si elle n\u2019en a pas envie\u2026 Il sera peut-\u00eatre int\u00e9ressant d\u2019ajouter que ces \u00e9coles existent encore en Suisse, que l\u2019article de loi autorisant un mari \u00e0 battre son \u00e9pouse n\u2019a \u00e9t\u00e9 aboli qu\u2019en 1975 en France, et ce ne sont que deux aiguilles dans une botte de foin\u2026<\/p>\n<p>Tout cela est tr\u00e8s important car il apporte une tr\u00e8s grande partie des r\u00e9ponses \u00e0 mes questions. Notamment \u00e0 la premi\u00e8re qui m\u2019est venue \u00e0 l\u2019esprit. Pourquoi les femmes se forcent-elles \u00e0 faire l\u2019amour quand elles n\u2019ont pas envie d\u2019un rapport\u00a0? Et \u00e0 l\u2019inverse, pourquoi n\u2019est-il pas toujours si simple pour elles d\u2019assumer leur d\u00e9sir\u00a0?<\/p>\n<p>Certaines seront ravies de m\u2019affirmer qu\u2019elles n\u2019ont aucun probl\u00e8me \u00e0 ce niveau, et de nombreux hommes resteront persuad\u00e9s que cela concerne les autres. S\u2019illes en sont convaincu-e-s, je les en f\u00e9licite. Il n\u2019en est pas moins vrai qu\u2019une tr\u00e8s grande majorit\u00e9 de couples manquent cruellement de communication. D\u2019ailleurs, moi non plus je n\u2019ai jamais eu de probl\u00e8mes \u00e0 ce niveau, c\u2019est s\u00fbrement la raison pour laquelle j\u2019\u00e9cris ce texte aujourd\u2019hui&#8230;<\/p>\n<p>Ce que je constate, et les nombreuses discussions partag\u00e9es me le confirment, c\u2019est qu\u2019il persiste bel et bien un foss\u00e9 entre hommes et femmes, notamment sur le plan sexuel.<\/p>\n<p>Les violences inflig\u00e9es par des inconnu-e-s dans des tunnels sombres sont beaucoup moins fr\u00e9quentes que celles qui ont lieu au sein de nos cercles d\u2019ami-e-s et m\u00eame tr\u00e8s souvent, de nos familles. Cette violence \u00e9tant bien moins perceptible que le viol en bonne et due forme, plus difficile de la conscientiser et donc de poser des limites.<\/p>\n<p>A t-on le droit de parler de viol si on n\u2019en ressort pas avec un \u0153il au beurre noir\u00a0? A t-on le droit de se sentir viol\u00e9e par un ami de longue date, ou par son conjoint\u00a0? J\u2019ai v\u00e9cu ces deux derni\u00e8res formes de violences de fa\u00e7on fr\u00e9quente sans jamais oser poser le mot dessus, sans jamais oser poser mes limites.<\/p>\n<p>Ma grand-m\u00e8re, qui devait bien baisser sa culotte de temps en temps (ce sont ses propres mots), a enfant\u00e9 ma m\u00e8re qui elle-m\u00eame continue \u00e0 se comporter de la sorte (malgr\u00e9 un mari aimant et ouvert), et moi qui arrive juste derri\u00e8re, avec mon v\u00e9cu\u2026 Le paquetage serait-il h\u00e9r\u00e9ditaire\u00a0? Aucun manuel ne m\u2019a expliqu\u00e9 comment me forcer si je n\u2019ai pas envie de faire l\u2019amour, n\u00e9anmoins je me le suis souvent impos\u00e9, gardant bonne figure et simulant par peur de d\u00e9cevoir l\u2019autre, et nous sommes tr\u00e8s nombreuses \u00e0 \u00eatre pass\u00e9es par l\u00e0. Il est dur de se l\u2019avouer, quand une soci\u00e9t\u00e9 qui impose aux femmes de donner leur corps et de simuler le plaisir partag\u00e9, stigmatise aussi ce comportement comme quelque chose de grotesque et honteux. \u00c0 l\u2019inverse, j\u2019ai de tr\u00e8s nombreuses fois frein\u00e9 des d\u00e9sirs envers mon partenaire pensant que s\u2019il ne venait pas vers moi, c\u2019est qu\u2019il n\u2019en avait simplement pas envie. Dans mon for int\u00e9rieur et sans jamais l\u2019avoir r\u00e9ellement conscientis\u00e9, il \u00e9tait \u00e9vident que si j\u2019encourageais mon amant pour un rapport charnel, il devait se faire violence, car si l\u2019homme voulait coucher avec moi, je pensais qu\u2019il viendrait. Je n\u2019avais en aucun cas envie de le forcer \u00e0 faire l\u2019amour, le tableau du viol me coupant toute libido, je laissais tomber. C\u2019est en commen\u00e7ant \u00e0 communiquer (r\u00e9ellement) avec eux que je me suis aper\u00e7ue que \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas une science exacte, et de la m\u00eame fa\u00e7on ils se sont aper\u00e7us que je n\u2019avais pas syst\u00e9matiquement cette envie en m\u00eame temps qu\u2019eux ou qu\u2019il m\u2019arrivait de me retenir. J\u2019avais peur de passer pour une nymphomane, \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement plus en demande que mes compagnons (car l\u00e0 o\u00f9 l\u2019homme est un \u00e9talon, la femme est une chienne). Peut-\u00eatre me sentais-je coupable de d\u00e9sirer provoquer un acte qui m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 tant souill\u00e9e par le pass\u00e9, incarnant alors \u00e0 la perfection la salope qui s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9e p\u00e9n\u00e9trer de nombreuses fois.<\/p>\n<p>Les fameuses id\u00e9es pr\u00e9-m\u00e2ch\u00e9es dont je parlais sont selon moi l\u2019une des causes \u00e0 tout cela. Car s\u2019il est acquis pour une femme qu\u2019un homme a un instinct primaire \u00e0 assouvir, il est clair qu\u2019elle donnera son corps sans broncher pour satisfaire les pulsions de son cher et tendre. Irait-on jusqu\u2019\u00e0 justifier le fameux viol du tunnel avec cet argument\u00a0?<\/p>\n<p>Ce m\u00eame m\u00e9canisme impose aux hommes de se comporter comme des b\u00eates de sexe, s\u2019imaginant que c\u2019est ce qu\u2019une femme attend d\u2019eux. Le fameux \u00ab\u00a0plus c\u2019est long plus c\u2019est bon\u00a0\u00bb est \u00e0 an\u00e9antir au plus vite, car non, un marteau piqueur avec une m\u00e8che de 30cm ayant une autonomie de 5h, bloqu\u00e9 sur la m\u00eame position, n\u2019est pas le coup du si\u00e8cle\u2026 Surtout quand notre consentement n\u2019est que le reflet d\u2019une incapacit\u00e9 \u00e0 poser des limites, et nous force \u00e0 assumer les faits jusqu\u2019au bout sans se mouvoir (pensant qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0apr\u00e8s tout je n\u2019ai rien dit je suis donc responsable de cette situation\u00a0\u00bb). Les hommes se sont habitu\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer ces silences ou ces sourires pinc\u00e9s comme des \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb et restent malheureusement inconscients de nos r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n<p>S\u2019il est l\u2019un des faits les plus \u00e9vidents \u00e0 mes yeux, c\u2019est que malgr\u00e9 le mitraillage intempestif de clich\u00e9s plus d\u00e9gradants les uns que les autres et d\u2018une sexualit\u00e9 d\u00e9brid\u00e9e dans nos m\u00e9dias, le sexe et ses probl\u00e9matiques n\u2019en restent pas moins un sujet tabou dans nos vies. Il n\u2019est jamais simple de partager ses exp\u00e9riences personnelles, ses questions et ses ressentis les plus intimes. Hommes et femmes se contentent de vivre leurs doutes dans la solitude, et ce, m\u00eame entour\u00e9-e-s des personnes les plus bienveillantes. Il est temps de briser ces barri\u00e8res, car je suis convaincue que c\u2019est en partageant et en s\u2019ouvrant que l\u2019on disloquera peu \u00e0 peu ces m\u00e9canismes qui nous emp\u00eachent d\u2019\u00eatre simplement nous, individu avant d\u2019\u00eatre homme ou femme, libre de penser et de vivre ce que bon lui semble.<\/p>\n<p><strong>Nous sommes tou-te-s diff\u00e9rent-e-s et si l\u2019on ne communique pas \u00e0 l\u2019autre nos vrais besoins, il lui sera difficile de les deviner. Arr\u00eatons de croire que parce que l\u2019on s\u2019aime tout va de soi et tout est acquis, c\u2019est au contraire l\u00e0 que tout commence. <\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un principe que nous respectons avec S. avec qui je fais \u00e9quipe sentimentale depuis quelque temps. Patient et attentif, un compagnon id\u00e9al pour \u00ab\u00a0travailler\u00a0\u00bb mes casseroles. Avec lui je continue d\u2019arpenter les sentiers de l\u2019amour libre. De longues conversations qui ne voient pas les heures passer, de celles qui agitent les neurones, touchent au plus profond, font tomber le masque et quitter le vieux veston trou\u00e9 pour enfiler quelque chose de plus chaud. Parce qu\u2019amour libre, \u00e7a signifie aussi libre d\u2019aimer profond\u00e9ment. Sans aucune attente ni projection, sans aucune id\u00e9alisation chim\u00e9rique, sans aucune notion de possession ni domination, et avec \u00e9norm\u00e9ment de respect.<\/p>\n<p><strong>Amour libre, kesako\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je souhaite partager quelques r\u00e9flexions \u00e9galement concernant l\u2019amour libre, parce que ce sujet est lui aussi tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 ces probl\u00e9matiques et que l\u2019id\u00e9e de la relation ouverte \u00e0 tous les abus et \u00e0 tout type de fornication de passage reste fig\u00e9e dans la t\u00eate des gens. Je voudrais y apporter quelques rectifications.<\/p>\n<p>Il est incontestable que le mod\u00e8le du couple traditionnel occidental (h\u00e9t\u00e9rosexuel, cela va de soi) est consid\u00e9r\u00e9 comme le mode d\u2019emploi universel de la vie conjugale. Ce patron de la relation type pose chaque nouvelle rencontre amoureuse sur des rails qui sont de plus en plus difficiles \u00e0 franchir, il ne s\u2019agit d\u2019ailleurs pas de les franchir puisque si peu le remettent en question. Une fois encore, pas besoin de r\u00e9fl\u00e9chir car on le fait pour moi.<\/p>\n<p>Lorsque je rencontre un homme qui me dit d\u2019embl\u00e9e \u00ab\u00a0je te pr\u00e9viens,\u00a0je pr\u00e9f\u00e8re l\u2019amour libre\u00a0\u00bb, c\u2019est un soulagement et une sensation de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui m\u2019envahissent. Cette phrase pourrait en faire fuir grand nombre, car illes entendent \u00ab\u00a0j\u2019te pr\u00e9viens j\u2019me fais le ou la premi\u00e8re qui passe\u00a0\u00bb. Pour moi, elle r\u00e9sonne juste comme \u00ab\u00a0laissons-nous libres d\u2019inventer notre propre histoire, laissons-nous le temps de construire une relation qui ne soit pas calqu\u00e9e sur un mod\u00e8le universel et dictatorial, qui oublie de consid\u00e9rer nos personnalit\u00e9s, nos pass\u00e9s, nos envies, nos libert\u00e9s. Laissons-nous libres de tout repenser, d\u2019innover, de se respecter en tant qu\u2019individus.<\/p>\n<p>Et ironie du sort, c\u2019est avec eux que je reste des ann\u00e9es, vivant des relations d\u2019\u00e9change sinc\u00e8rement respectueuses qui me font faire des pas de g\u00e9ante.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est dans les relations sans avenir pr\u00e9visible et sans attentes que les p\u00e9pites apparaissent par surprise.<\/strong><\/p>\n<p>Les personnes qui emploient ce terme sont avant tout des gens qui requestionnent les rapports entre humain-e-s et les syst\u00e8mes de domination. Beaucoup aiment parler de leur course aux troph\u00e9es comme \u00e9tant de l\u2019amour libre, ce sont elleux qui brouillent les pistes, une grande diff\u00e9rence selon moi et non la moindre, est qu\u2019il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019amour. On parle pourtant bien d\u2019<u>amour<\/u> libre.<\/p>\n<p>Pour moi, ce terme permet avant tout de poser deux mots simples sur un concept. Il ne s\u2019agit pas de r\u00e9unir toutes les autres formes de relation sous la banni\u00e8re \u00ab\u00a0amour castrateur, possessif et destructeur\u00a0\u00bb mais de pouvoir \u00e9voquer des bases de r\u00e9flexions en deux mots. Certains couples traditionnels vivent leur histoire de fa\u00e7on libre, dans la bienveillance et la communication sans ressentir le besoin d\u2019en parler et je trouve \u00e7a tr\u00e8s bien. L\u2019un n\u2019emp\u00eache pas l\u2019autre. Si l\u2019id\u00e9e d\u2019amour libre fait encore sourciller beaucoup de monde, elle m\u2019a en tout cas permis de sortir du cadre duquel je m\u2019\u00e9chappais il y a dix ans pour m\u2019y replonger sans cesse, et m\u2019y casser les dents. Elle m\u2019a offert une r\u00e9elle opportunit\u00e9 de me reconstruire en profondeur.<\/p>\n<p><strong>Tout cela est arriv\u00e9 naturellement dans ma vie, comme r\u00e9ponse \u00e0 une question \u00e0 laquelle je n\u2019avais jamais vraiment su r\u00e9pondre\u00a0; qu\u2019est-ce que l\u2019amour au fond, pourquoi on aime, et comment\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque passionn\u00e9e, je travaillais encore dans le milieu animalier, je pouvais d\u00e9j\u00e0 observer deux formes de passion bien distinctes. J\u2019ai souri lorsqu\u2019une dame est venue des \u00e9toiles plein les yeux me dire qu\u2019elle aussi les aimait beaucoup, poss\u00e9dant d\u00e9j\u00e0 quatre oiseaux et deux lapins\u2026 en cage. Je n\u2019ai jamais pu m\u2019identifier \u00e0 ces gens-l\u00e0, parce que mon amour pour les animaux est sensiblement le m\u00eame que pour les \u00eatres humains. J\u2019aime les voir vivre, \u00e9voluer, sans toucher \u00e0 leur essence, parce que selon moi la libert\u00e9 pr\u00e9serve toute la splendeur d\u2019un \u00eatre. N\u2019est-il pas pr\u00e9f\u00e9rable de s\u2019asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une jolie fleur pour la regarder pousser plut\u00f4t que de la cueillir au risque de la voir faner\u00a0? Ce que cette soi-disant passionn\u00e9e aime chez les animaux (et je ne serais pas \u00e9tonn\u00e9e de constater qu\u2019il en va de m\u00eame dans ses relations conjugales), c\u2019est elle-m\u00eame. Le reflet de sa propre personne dans les yeux de l\u2019autre. La question qu\u2019elle oublie de se poser est la suivante\u00a0: \u00ab\u00a0est-ce que j\u2019aime l\u2019autre pour ce qu\u2019il EST ou pour ce qu\u2019il FAIT pour moi\u00a0?\u00a0\u00bb. Parce qu\u2019en l\u2019occurrence dans son cas, ses animaux ne r\u00e9pondent qu\u2019\u00e0 une seule chose, un manque d\u2019affection, ils viennent combler un vide en elle, probablement une incapacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre seule, \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0enti\u00e8re\u00a0\u00bb seule. Dans une vie de couple, le processus est le m\u00eame. Il est courant d\u2019entendre \u00ab\u00a0<i>ma<\/i> moiti\u00e9\u00a0\u00bb pour parler de <i>son<\/i> ou <i>sa<\/i> compagne, \u00ab\u00a0sans lui, sans elle, je suis perdu-e, je me sens vide\u00a0\u00bb. Cela signifie clairement qu\u2019en perdant l\u2019autre (qui me compl\u00e8te) je perds une partie de moi, je ME perds. En fait, ce que j\u2019aime chez l\u2019autre, c\u2019est MOI, tout simplement. Ces relations sont souvent tr\u00e8s possessives (et accompagn\u00e9es de jalousies) puisque qu\u2019on ne voudrait pas que quelqu\u2019un-e emporte une partie de nous, nous ampute. C\u2019est la raison pour laquelle les \u00ab\u00a0s\u00e9parations\u00a0\u00bb sont si mal v\u00e9cues, comme un deuil. Mais la personne en question est toujours l\u00e0, bien vivante\u00a0! Si je suis enti\u00e8re \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s, le d\u00e9placement du curseur de notre relation vers le c\u00f4t\u00e9 amiti\u00e9 n\u2019implique en rien que je te perde (que je <i>me<\/i> perde). Parce que l\u2019autre est libre de me donner ce qu\u2019ille se sent capable de me donner, je sais que ce que nous partageons est sinc\u00e8re. Ille ne m\u2019appelle pas au t\u00e9l\u00e9phone dans le seul but d\u2019\u00e9viter les foudres et reproches d\u2019une absence de preuves d\u2019amour, provoqu\u00e9-e-s par ce manque de confiance en soi et cette peur de la solitude, pour moi \u00ab\u00a0tromper\u00a0\u00bb \u00e7a ressemble plus \u00e0 \u00e7a. Encha\u00eener quelqu\u2019un-e \u00e0 sa vie et lui hurler \u00ab\u00a0aime-moi\u00a0!\u00a0\u00bb n\u2019a jamais renforc\u00e9 quelque amour que ce soit.<\/p>\n<p><strong>Bien triste est l\u2019humain-e qui s\u2019enferme dans une dualit\u00e9 obstin\u00e9e, celle du tout ou rien&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Si demain, la vie, le vent emporte la magie de cette histoire-l\u00e0, je c\u00e9l\u00e8bre le temps pass\u00e9 ensemble, \u00e0 se construire, \u00e0 avancer. Cela ne change en rien ce que l\u2019on s\u2019est apport\u00e9, et ce que l\u2019on peut s\u2019apporter encore. Que l\u2019on soit fr\u00e8re, amant ou ami, lorsque j\u2019aime c\u2019est irr\u00e9versible. En consid\u00e9rant ce principe, je ne perds pas le fond de la relation, je transforme juste sa forme.<\/p>\n<p>Les conflits aussi sont g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s mal v\u00e9cus, car impossible d\u2019accepter l\u2019id\u00e9e que ma moiti\u00e9 ne soit pas d\u2019accord avec ma vision des choses, moi, son autre moiti\u00e9, cela me couperait en deux. Pourtant ils repr\u00e9sentent selon moi d\u2019incroyables opportunit\u00e9s de faire un pas vers l\u2019autre, pour d\u00e9couvrir un peu plus encore son int\u00e9gralit\u00e9, et me permettre d\u2019apprendre sur moi et mes m\u00e9canismes de d\u00e9fense. Lorsqu\u2019un conflit surgit, avant de sauter \u00e0 la gorge de l\u2019autre, je me pose d\u2019abord la question \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que cette situation remue chez moi\u00a0? Et chez l\u2019autre\u00a0?\u00a0Pourquoi suis-je \u00e0 fleur de peau sur ce sujet\u00a0?\u00a0\u00bb et \u00e0 chaque fois, cela se conclut par de longues conversations d\u2019\u00e9changes constructifs, et un amour renforc\u00e9. Si j\u2019aime l\u2019autre (prenons le cas d\u2019un compagnon), c\u2019est aussi parce qu\u2019il m\u2019agace, m\u2019interroge, me remue, m\u2019apprend \u00e0 me conna\u00eetre davantage. C\u2019est la totalit\u00e9 de son \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb qui m\u2019int\u00e9resse, l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de ce qu\u2019il EST, je ne d\u00e9sire pas occulter les maillons de sa personnalit\u00e9 qui m\u2019irritent plus que les autres au risque de me voir cr\u00e9er l\u2019illusion id\u00e9aliste d\u2019un \u00eatre qui en soit, n\u2019existera jamais\u2026<\/p>\n<p>Dans cette dualit\u00e9 toujours, celle qui fait que \u00ab\u00a0ou je te poss\u00e8de par amour, ou tu disparais d\u00e9finitivement de ma vie\u00a0\u00bb (sous entendu je t\u2019aime beaucoup trop pour te garder dans ma vie\u2026\u00a0???), reconnectons-nous d\u00e9sormais avec le principe du consentement que nous avons abord\u00e9 plus t\u00f4t. Nous retrouvons ici de tristes m\u00e9canismes qui nous poussent \u00e0 penser que \u00ab\u00a0ou l\u2019on fait l\u2019amour comme des b\u00eates sauvages, ou l\u2019on dort\u00a0\u00bb. Quel dommage alors de se priver d\u2019un simple d\u00e9sir de baisers, de tendresse, de caresses, sous pr\u00e9texte que l\u2019autre esp\u00e9rera forc\u00e9ment la totale (pr\u00e9liminaires, co\u00eft et bonne nuit\u00a0!). Et qu\u2019il est triste de se forcer \u00e0 aller jusqu\u2019au bout lorsque l\u2019on ne le d\u00e9sire pas, de ne pas pouvoir exprimer simplement son d\u00e9sir, comme on l\u2019exprime facilement \u00e0 une personne qui nous tend un biscuit. Si je n\u2019en ai pas envie, cela ne signifie pas que je rejette ces biscuits \u00e0 tout jamais, parce qu\u2019ils m\u2019ont d\u00e9\u00e7ue ou d\u00e9go\u00fbt\u00e9e. Non. Simplement, l\u00e0, tout de suite, je n\u2019en ai pas envie. Mais la r\u00e9alit\u00e9 est la suivante, il y a beaucoup, beaucoup d\u2019amant-e-s qui vivent encore ces m\u00e9canismes, malgr\u00e9 un amour et un respect certains, passant alors \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une connexion sexuelle d\u00e9bordante d\u2019imagination, de libert\u00e9 et de cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Lorsque j\u2019ai fait part \u00e0 S. de mon pass\u00e9 et de toutes mes r\u00e9flexions quant \u00e0 la question, il m\u2019a serr\u00e9e dans ses bras et s\u2019est excus\u00e9 (au nom des hommes) pour moi et pour toutes les femmes. <\/strong><\/p>\n<p>Il ne r\u00e9alisait pas encore ce que vivent beaucoup d\u2019entre elles, car aucune ne lui en avait parl\u00e9. Ce jour-l\u00e0 nous permit encore de faire un pas l\u2019un-e <i>et<\/i> l\u2019autre, et l\u2019un-e <i>vers<\/i> l\u2019autre. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de trouver quelque chose, une sorte d\u2019outil qui nous permette de communiquer plus facilement sur le moment, parce que m\u00eame en se promettant de tout se dire, le naturel revient vite au galop dans le feu de l\u2019action. En quelques minutes, nous trouvions l\u2019id\u00e9e. Une couleur par d\u00e9sir, un seul mot pour d\u00e9crire toute une pens\u00e9e. Pour nous, quatre grandes lignes\u00a0; \u00ab\u00a0aucune envie, non n\u00e9gociable\u00a0\u00bb\u00a0: blanc, \u00ab\u00a0des c\u00e2lins, de la tendresse, rien de plus\u00a0\u00bb\u00a0: vert, \u00ab\u00a0pas super chaud-e mais y\u2019a moyen de me motiver\u00a0\u00bb\u00a0: jaune, et \u00ab\u00a0chaud bouillant\u00a0! Vas-y\u00a0!!!!!\u00a0\u00bb\u00a0: rouge. En un mot il devenait simple de communiquer ses envies \u00e0 l\u2019autre, m\u00eame dans le feu de l\u2019action. Il va de soit qu\u2019une couleur est flexible, j\u2019ai tr\u00e8s bien pu commencer avec juste une envie de c\u00e2lins qui a fini par m\u2019\u00e9chauffer et \u00e0 l\u2019inverse, un tr\u00e8s fort d\u00e9sir \u00e0 l\u2019origine peut tout \u00e0 fait retomber \u00e0 \u00ab\u00a0rien, non n\u00e9gociable\u00a0\u00bb, et c\u2019est souvent dans cette derni\u00e8re situation que la culpabilit\u00e9 nous pousse \u00e0 aller jusqu\u2019au bout\u2026<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr il ne s\u2019agit pas de s\u2019enfermer de nouveau dans un cadre, nous ne l\u2019utilisons que lorsque le besoin s\u2019en fait ressentir. Cela permet simplement de faire part de l\u2019\u00e9volution de ses envies \u00e0 l\u2019autre, de conna\u00eetre les siennes, de s\u2019affranchir des peurs de lui imposer quelque chose qu\u2019ille ne d\u00e9sire pas r\u00e9ellement, et de s\u2019accompagner pour ne pas le\/la laisser seul-e avec sa frustration.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Conclusion\u00a0:<\/h3>\n<p>J\u2019aurais aim\u00e9 en trouver une qui ait de la gueule, qui pourrait faire croire que pour moi tout est maintenant clair et r\u00e9solu, mais cela n\u2019\u00e9tant malheureusement (ou heureusement) pas le cas, je laisse cette porte ouverte \u00e0 qui voudra bien la franchir, pour continuer ma petite bonne femme de chemin.<\/p>\n<p>Cette brochure je souhaiterais que la lisent les personnes qui, comme je l\u2019ai longtemps fait, closent le sujet suffisamment rapidement pour ne pas avoir \u00e0 se sentir concern\u00e9es&#8230;<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Pourquoi ce titre\u00a0?<\/h3>\n<p>Parce que j\u2019\u00e9tais de ces gens qui le pensent. Je me sentais agress\u00e9e d\u00e8s que le sujet \u00e9tait abord\u00e9, et pour les plus affirm\u00e9es, j\u2019aurais jur\u00e9 qu\u2019elles se faisaient griller des verges au barbecue l\u2019\u00e9t\u00e9 venu. Moi qui ai toujours \u00e9t\u00e9 entour\u00e9e d\u2019hommes et me sens si proche d\u2019eux, j\u2019avais l\u2019impression de devoir mettre tout mon pass\u00e9, mon entourage et mes r\u00e9f\u00e9rences au placard, l\u2019impression qu\u2019on balan\u00e7ait une bombe dans ma meute. Et puis j\u2019ai fini par comprendre de quoi il \u00e9tait question, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019un de mes compagnons (f\u00e9ministe convaincu et surtout, patient) j\u2019ai fini par m\u2019ouvrir\u2026 Les choses me sont apparues les unes apr\u00e8s les autres, comme un petit bout de ficelle tir\u00e9 par inadvertance. Aujourd\u2019hui ce bout de ficelle est devenu une pelote, que je continue de d\u00e9m\u00ealer jour apr\u00e8s jour. Impossible d\u00e9sormais de faire marche arri\u00e8re, car la qualit\u00e9 de vie et de relations que m\u2019a apport\u00e9 cette ouverture d\u2019esprit d\u00e9passe de loin tout ce que j\u2019ai pu conna\u00eetre jusqu\u2019ici. Nos fa\u00e7ons de se relationner (dans l\u2019intimit\u00e9 et en dehors) constituent selon moi l\u2019un des piliers fondamentaux de notre construction sociale. Je souhaiterais, \u00e0 travers ce texte, briser le silence et tendre ce petit bout de ficelle \u00e0 celles et ceux qui nient encore la r\u00e9alit\u00e9 des faits, ralentissant les am\u00e9liorations possibles dans nos soci\u00e9t\u00e9s et dans nos vies, en tant que femme et en tant qu\u2019homme, se privant ainsi d\u2019une qualit\u00e9 de vie et de libert\u00e9 qui n\u2019a pas son \u00e9gal.<\/p>\n<p class=\"signature\"><span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?auteur2\">Anonyme<\/a><\/span><\/p>\n<p><strong>P.S.<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9dition\u00a0: Mai 2017<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi ce titre? Parce que j\u2019\u00e9tais de ces gens qui le pensent. Je me sentais agress\u00e9e d\u00e8s que le sujet \u00e9tait abord\u00e9, et pour les plus affirm\u00e9es, j\u2019aurais jur\u00e9 qu\u2019elles se faisaient griller des verges au barbecue l\u2019\u00e9t\u00e9 venu. 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