{"id":203,"date":"2014-09-04T17:28:37","date_gmt":"2014-09-04T16:28:37","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=203"},"modified":"2020-04-28T13:50:35","modified_gmt":"2020-04-28T12:50:35","slug":"a-poil-les-machos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=203","title":{"rendered":"A poil les machos"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/apoil-les-machos1.jpg\" rel=\"attachment wp-att-96\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-96\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/apoil-les-machos1-300x115.jpg\" alt=\"apoil.qxd\" width=\"300\" height=\"115\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/apoil-les-machos1-300x115.jpg 300w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/apoil-les-machos1-1024x393.jpg 1024w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/apoil-les-machos1.jpg 1097w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\u00a0&#8211; Des in\u00e9galit\u00e9s constamment ni\u00e9es<br \/>\n&#8211; Cent raisons d&rsquo;\u00eatre encore f\u00e9ministe<br \/>\n&#8211; Penser le non-genre<br \/>\n&#8211; Une diff\u00e9rence essentielle?<br \/>\n&#8211; Fuck le genre!<br \/>\n&#8211; Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une image sexiste?<br \/>\n&#8211; Femmes en politique<br \/>\n&#8211; Apr\u00e8s la r\u00e9volution<br \/>\n&#8211; La r\u00e9volution sexuelle au rayon X<br \/>\n&#8211; Salope, va, c&rsquo;est bien!<br \/>\n&#8211; Le f\u00e9minisme \u00e9colo: ni essentialiste, ni universaliste<br \/>\n&#8211; Rions un peu avec le sexisme<\/p>\n<p>Publi\u00e9 par Chiche!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2014\/09\/apoil-les-machos.pdf\">PDF page par page<\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<h1>A poil les machos!<\/h1>\n<p>Enfin la voil\u00e0, apr\u00e8s trois ans de gestation, cette brochure \u00e9dit\u00e9e autour de Chiche ! sur les questions de genre ! Le titre \u00e9tait choisi depuis longtemps, d&rsquo;apr\u00e8s un vieux slogan \u00e9colo- alternatif. Quant au contenu, il n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait repr\u00e9sentatif de nos id\u00e9es, puisque certains sujets comme le couple cr\u00e9ent des lignes de fracture importantes dans notre mouvement.<\/p>\n<p>Il n&#8217;emp\u00eache, nous \u00e9tions touTEs d&rsquo;accord pour dire que le f\u00e9minisme avait bien besoin d&rsquo;un petit coup de pouce.<\/p>\n<p>Sylvia et Aude ont commenc\u00e9 par nous donner de bonnes raisons d&rsquo;\u00eatre f\u00e9ministes ou prof\u00e9ministes, second\u00e9es par le site web lesbien Les F\u00e9es du logis. Petit interm\u00e8de d\u00e9construction du genre et des normes sexuelles, avec &laquo;&nbsp;Penser le non-genre&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;Une diff\u00e9rence essentielle ? &laquo;&nbsp;et &laquo;&nbsp;Fuck le genre !&nbsp;&raquo;. Mix-Cit\u00e9, mouvement mixte pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 contribution avec un texte sur le sexisme dans les images de la vie quotidienne. Mathilde, Anne- Ga\u00eblle, Aude, Intrigeri et Mathieu, gar\u00e7ons et filles, militantEs dans les questions de genre, ont \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9Es sur des sujets vari\u00e9s : le couple, la politique, la r\u00e9volution sexuelle. Aude en remet une couche dans &laquo;&nbsp;La r\u00e9volution sexuelle au rayon X &laquo;&nbsp;, puis avec &laquo;&nbsp;Salope, va, c&rsquo;est bien !&nbsp;&raquo;, en faisant un bilan critique de ce mouvement qui influence aujourd&rsquo;hui nos comportements et nos mentalit\u00e9s. Enfin, parce que qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on pense nous en tant que jeunes \u00e9colos, Iseline arrive \u00e0 d\u00e9passer essentialisme et universalisme dans un f\u00e9minisme qui r\u00e9invente autonomie et \u00e9cologie. Nous vous souhaitons une bonne lecture, et n&rsquo;oublions pas que l&rsquo;on fait de la politique jusque dans sa chambre \u00e0 coucher !<\/p>\n<h2>Des in\u00e9galit\u00e9s constamment ni\u00e9es<\/h2>\n<p>\u00catre f\u00e9ministe aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est de &laquo;&nbsp;l&rsquo;arch\u00e9ologie&nbsp;&raquo;(sic): &laquo;&nbsp;\u00e7a n&rsquo;a plus de sens, vous l&rsquo;avez l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, vous voulez maintenant mettre \u00e0 mal notre identit\u00e9 masculine&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est ce que nous disent beaucoup d&rsquo;hommes, certains nous parlent m\u00eame de la sup\u00e9riorit\u00e9 des femmes, capables de donner la vie. Regardons cette \u00e9galit\u00e9 de plus pr\u00e8s.<\/p>\n<p>En France 80 % des pauvres sont des femmes, alors que celles-ci repr\u00e9sentent 49 % de la population g\u00e9n\u00e9rale. Alors que la loi proclame &laquo;&nbsp;\u00e0 travail \u00e9gal, salaire \u00e9gal&nbsp;&raquo;, elles gagnent encore 20% de moins que les hommes \u00e0 temps de travail \u00e9gal. De plus, elles repr\u00e9sentent la majorit\u00e9 des personnes travaillant \u00e0 temps partiel (80%), plus souvent contraint que choisi.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, quand on parle du ch\u00f4mage par cat\u00e9gories (\u00e2ge, dipl\u00f4me, cat\u00e9gorie sociale), on ne fait que rarement mention du ch\u00f4mage plus important des femmes. Encore une fois une in\u00e9galit\u00e9 de genre est masqu\u00e9e : le rapport de domination \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;exclusion des femmes du march\u00e9 du travail, ainsi invisibilis\u00e9, est ni\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, \u00e0 la maison, les femmes travaillent davantage que les hommes, pendant que la part du travail domestique masculin augmente de 10% tous les dix ans. Et elles sont les victimes privil\u00e9gi\u00e9es des violences sexuelles : le viol est toujours commis par un homme, et le plus souvent contre des femmes. De plus, six femmes meurent chaque mois sous les coups de leur compagnon, et lors de l&rsquo;enqu\u00eate ENVEF, une femme sur dix a d\u00e9clar\u00e9 avoir subi des violences (de quelque ordre qu&rsquo;elles soient) dans les douze mois pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;enqu\u00eate. Et on pourrait en rajouter ! Alors il semble qu&rsquo;il y ait encore du travail avant d&rsquo;arriver \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9&#8230; Je ne crois pas que le f\u00e9minisme soit d\u00e9pass\u00e9, au contraire il est plus que jamais d&rsquo;actualit\u00e9. D&rsquo;ailleurs, plus j&rsquo;en apprends, plus je suis persuad\u00e9e que notre combat est juste et l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>\u00catre f\u00e9ministe, c&rsquo;est donc garder un \u0153il sur les in\u00e9galit\u00e9s de tout ordre, non plus seulement sur celles entre hommes et femmes, mais aussi entre riches et pauvres, Europ\u00e9ens et sans papiers, etc. Je ne suis pas f\u00e9ministe pour demander des avantages sur les hommes, je le suis parce que \u00e7a me semble \u00eatre le lieu id\u00e9al pour combattre une soci\u00e9t\u00e9 in\u00e9galitaire.<\/p>\n<p>Sylvia et Aude<\/p>\n<h2>CENT RAISONS D&rsquo;ETRE ENCORE FEMINISTE<\/h2>\n<p>Si vous ne savez plus quoi r\u00e9pondre aux jeunes ou moins jeunes femmes qui vous sortent sans rougir &laquo;&nbsp;Ah non moi je ne suis pas f\u00e9ministe, je ne suis pas anti-mecs&nbsp;&raquo;; ou &laquo;&nbsp;Mais non le f\u00e9minisme \u00e7a ne sert plus \u00e0 rien, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 on l&rsquo;a si parfois le d\u00e9couragement vous gagne et que vous ne savez plus trop pourquoi vous luttez <em>f\u00e9es du logis<\/em> vous offre tous les mois des raisons plus ou moins s\u00e9rieuses de devenir ou de rester f\u00e9ministe. Merci qui ? Merci les F\u00e9es du logis !<\/p>\n<p>D&rsquo;accord, les F\u00e9es du logis prennent les in\u00e9galit\u00e9s hommes\/femmes par le petit bout de la lorgnette&#8230; Mais soyons juste, c&rsquo;est notre s\u00e9lection qui a mis l&rsquo;accent sur cet aspect. Ceci parce que ces in\u00e9galit\u00e9s prennent appui sur du symbolique, qui s&rsquo;exprime dans les moindres d\u00e9tails. C&rsquo;est donc en ayant un \u0153il ac\u00e9r\u00e9 et ironique sur ces d\u00e9tails qu&rsquo;on fait avancer la cause. Aussi. Voici donc<\/p>\n<p>&gt;Parce que quand un gamin est plac\u00e9 en cr\u00e8che ou en nourrice, c\u2019est parce que Maman travaille et non pas parce que Papa ET Maman travaillent.<\/p>\n<p>&gt;Pour que les profs d\u2019histoire n\u2019enseignent plus qu\u2019en 1789 sont n\u00e9s la v\u00e9ritable d\u00e9mocratie et le suffrage universel, parce que, d\u00e9j\u00e0, les conditions pour les hommes \u00e9taient draconiennes {\u00e2ge, statut social&#8230;) et jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, les femmes n\u2019ont obtenu, elles, le droit de vote qu\u2019en 1944 !<\/p>\n<p>&gt;Pour que les m\u00eames profs ne r\u00e9torquent pas aux petites f\u00e9ministes en herbe qui leur font remarquer que, quand m\u00eame, m&rsquo;sieur, les femmes ne pouvaient pas voter, que c&rsquo;est un d\u00e9tail et que l&rsquo;important c&rsquo;est ce principe merveilleux de l&rsquo;universalit\u00e9 (masculine)&#8230;<\/p>\n<p>&gt;Parce que y&rsquo;en a marre du &laquo;&nbsp;masculin qui l&#8217;emporte sur le f\u00e9minin en grammaire&nbsp;&raquo;, avec la fallacieuse raison : &laquo;&nbsp;mais le masculin est universel&nbsp;&raquo;. Faux ! ce n&rsquo;est qu&rsquo;une convention grammaticale !<\/p>\n<p>&gt;Parce que la premi\u00e8re cause de mortalit\u00e9 des femmes entre 18 et 45 ans, devant les accidents de la route et le cancer, c&rsquo;est les mauvais traitements subis \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>&gt;Parce que quoi qu&rsquo;on dise la femme n&rsquo;a pas plus le g\u00e8ne du repassage que l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>&gt;Parce qu&rsquo;un homme qui fait la cuisine est un chef cuisinier tandis qu&rsquo;une femme qui fait la cuisine est tout simplement une femme.<\/p>\n<p>&gt;Pour qu&rsquo;on arr\u00eate de vous demander si on doit dire &laquo;&nbsp;Madame&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;Mademoiselle&nbsp;&raquo; avec un regard entendu.<\/p>\n<p>&gt;Parce que j&rsquo;en ai marre de lire ou d&rsquo;entendre dire que &laquo;&nbsp;(grosse) salope&nbsp;&raquo; est un compliment signifiant bonne, excitante, bon coup. Et grosse pute, c&rsquo;est un compliment aussi ?<\/p>\n<p>&gt;Parce que j&rsquo;en ai assez qu&rsquo;on me dise qu&rsquo;il y a \u00e9galit\u00e9 de chances et que la parit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 faite alors que dans 99% des cas c&rsquo;est LA secr\u00e9taire et LE patron.<\/p>\n<p>&gt;Pour qu&rsquo;on arr\u00eate de demander syst\u00e9matiquement aux femmes politiques comment elles arrivent \u00e0 concilier vie politique et vie de famille alors qu&rsquo;on ne demande jamais \u00e0 un homme politique comment il arrive \u00e0 concilier vie politique, cumul des mandats, emploi et vie de famille.<\/p>\n<p>&gt;Parce que si on n&rsquo;arrive pas tout de suite \u00e0 trouver ce qui cloche avec le magn\u00e9toscope, le m\u00e2le d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 ne peut s&#8217;emp\u00eacher de dire qu&rsquo;il faut le laisser faire, LUI il sait ce qui ne va pas.<\/p>\n<p>&gt;Parce que si on pr\u00e9f\u00e8re se d\u00e9brouiller toute seule, ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;on a mauvais caract\u00e8re, c&rsquo;est juste qu&rsquo;on n&rsquo;a plus deux ans.<\/p>\n<p>&gt;Pour qu&rsquo;on arr\u00eate enfin de demander \u00e0 la fille qui est \u00e9nerv\u00e9e &laquo;&nbsp;T&rsquo;as tes r\u00e8gles ? !&nbsp;&raquo;, parce que &laquo;&nbsp;elle non, mais moi oui et alors ?&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>&gt;Pour que voile, tonte du corps, etc. ne soient plus des moyens d&rsquo;opprimer la femme.<\/p>\n<p>&gt;Parce que deux femmes qui bavardent ne bavassent pas obligatoirement.<\/p>\n<p>&gt;Pour que, lorsqu&rsquo;on remplit un formulaire, \u00e0 la case &laquo;&nbsp;sexe&nbsp;&raquo;, la lettre &laquo;&nbsp;H&nbsp;&raquo;ne soit pas toujours la premi\u00e8re. Apr\u00e8s tout &laquo;&nbsp;F&nbsp;&raquo; la pr\u00e9c\u00e8de dans l&rsquo;alphabet.<\/p>\n<p>&gt;Pour qu&rsquo;on arr\u00eate de nous bassiner avec les nouveaux p\u00e8res ! En quinze ans, le temps accord\u00e9 par les p\u00e8res \u00e0 leurs enfants a augment\u00e9 en moyenne de&#8230; dix minutes. Et le temps total est loin d&rsquo;approcher les 50%. Donc ce serait bien que certains hommes comprennent que leur part de parentalit\u00e9 ne finit pas \u00e0 la conception.<\/p>\n<p>&gt;Pour qu&rsquo;on cesse de consid\u00e9rer que &laquo;&nbsp;femme au volant, mort au tournant&nbsp;&raquo;, parce que, vu les statistiques, les accidents mortels sont provoqu\u00e9s en grande majorit\u00e9 par des hommes&#8230; Comme le proclamait l&rsquo;ancien slogan de la S\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re &laquo;&nbsp;Auto-macho : auto-bobo&nbsp;&raquo;&#8230;<\/p>\n<p>&gt;Pour que lorsqu&rsquo;on est quatre copines \u00e0 se promener dans une rue, il ne se trouve plus de petits malins qui nous disent &laquo;&nbsp;alors, mesdemoiselles, vous \u00eates toutes seules ?&nbsp;&raquo;, parce que non, nous ne sommes pas toutes seules, nous sommes quatre.<\/p>\n<p>Plein d&rsquo;autres raisons sur le site des F\u00e9es du logis : <a href=\"http:\/\/www.feesdulogis.net\">www.feesdulogis.net<\/a>.<\/p>\n<h2><strong>PENSER LE NON GENRE<\/strong><\/h2>\n<p>Et si nous inventions une autre vision de la question relative aux rapports hommes-femmes ? Et si nous ne nous bornions pas \u00e0 d\u00e9noncer les in\u00e9galit\u00e9s, afin de penser diff\u00e9remment les d\u00e9finitions et les contours de ce que l&rsquo;on nomme le genre ? Voici quelques \u00e9l\u00e9ments th\u00e9oriques pour nous aider \u00e0 d\u00e9passer nos conceptions bien \u00e9troites de ce que sont hommes et femmes.<\/p>\n<p><strong>Le genre : le d\u00e9passement d&rsquo;une explication biologique de la hi\u00e9rarchie des sexes.<\/strong> Il nous faut commencer par rappeler ce qu&rsquo;est le genre. Ce concept apparu dans les ann\u00e9es 70 dans les pays anglo-saxons <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> permet la distinction entre sexe biologique et construction sociale du masculin et du f\u00e9minin. Ainsi, lorsque je parle du sexe d&rsquo;une personne, je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 son anatomie, et quand j&rsquo;\u00e9voque son genre, il s&rsquo;agit l\u00e0 de tout le reste, c&rsquo;est-\u00e0-dire de ce qui a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 par les hommes et les femmes comme mod\u00e8le du masculin et du f\u00e9minin. Le sexe fait ainsi r\u00e9f\u00e9rence aux diff\u00e9rences biologiques constat\u00e9es ; le genre se r\u00e9f\u00e8re lui \u00e0 la classification sociale du masculin et du f\u00e9minin. Il regroupe toutes les diff\u00e9rences constat\u00e9es entre hommes et femmes tant au niveau individuel, qu&rsquo;au niveau des r\u00f4les sociaux ou des repr\u00e9sentations culturelles. La sociologie a largement d\u00e9montr\u00e9 que ces diff\u00e9rences n&rsquo;ont rien de naturel et qu&rsquo;elles sont le produit d&rsquo;une construction sociale qui commence \u00e0 la naissance, se poursuit pendant l&rsquo;enfance puis tout au long de la vie adulte. Le rappel \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 exig\u00e9e pour les femmes est constant, d&rsquo;ordre \u00e0 la fois insidieux et mental (Bourdieu <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> parle de violence symbolique pour exprimer l&rsquo;adh\u00e9sion des domin\u00e9es aux dominants), et aussi tr\u00e8s concret, avec la violence r\u00e9elle, psychologique ou physique (faut-il rappeler que chaque mois, en France, six femmes meurent de violences conjugales ?). Les hommes subissent \u00e9galement une socialisation les obligeant \u00e0 d\u00e9montrer leur virilit\u00e9. Je ne d\u00e9velopperait pas davantage ici ces questions de socialisation diff\u00e9renci\u00e9e selon les sexes car tel n&rsquo;est pas mon propos.<\/p>\n<p>La notion de genre n\u00e9cessite d&rsquo;\u00eatre critiqu\u00e9e et repens\u00e9e. La pens\u00e9e de Christine Delphy est \u00e9clairante de ce point de vue <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Celle-ci explique en effet tout d&rsquo;abord que l&rsquo;adoption du concept de genre donne \u00e0 comprendre trois \u00e9l\u00e9ments : le contenu social et arbitraire de ce qui est compris dans les diff\u00e9rences entre les sexes ; un singulier (&laquo;&nbsp;le&nbsp;&raquo; genre) qui permet de penser le principe de partition lui-m\u00eame (et pas seulement les parties divis\u00e9es, masculin et f\u00e9minin) ; la notion de hi\u00e9rarchie entre les sexes. Mais la sociologue d\u00e9plore que l&rsquo;on continue finalement de penser le genre en terme de sexe; on l&rsquo;envisage simplement comme une dichotomie sociale d\u00e9termin\u00e9e par une dichotomie naturelle. Le genre serait un contenu et le sexe un contenant. La question de l&rsquo;ind\u00e9pendance du genre par rapport au sexe n&rsquo;est pas pos\u00e9e. Elle affirme que la plupart des auteurs se demandent \u00e0 quel type de classification le sexe donne naissance, mais la question n&rsquo;est jamais : pourquoi le sexe donnerait-il lieu \u00e0 une classification quelconque ? On admet l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 du sexe sur le genre, donc on se situe dans une th\u00e9orie o\u00f9 le sexe cause le genre. Christine Delphy pense quant \u00e0 elle que le genre pr\u00e9c\u00e8de le sexe, et que celui-ci est simplement un marqueur de la division sociale, il sert \u00e0 reconna\u00eetre et identifier les dominants des domin\u00e9s. Donc elle estime que quand on met en correspondance le genre et le sexe, on ne compare pas du social et du naturel, mais bien du social avec encore du social, c&rsquo;est-\u00e0-dire les repr\u00e9sentations que se fait une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de ce qu&rsquo;est la &laquo;&nbsp;biologie&nbsp;&raquo;, (un article de Nicole-Claude Mathieu <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Paola Tabet <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>,donne \u00e0 voir une explication mat\u00e9rialiste int\u00e9ressante d&rsquo;une &laquo;&nbsp;biologisation&nbsp;&raquo; des corps des femmes ayant pour objectif la reproduction)<\/p>\n<p>Christine Delphy explique ensuite que de nombreux-ses f\u00e9ministes cherchent \u00e0 abolir la hi\u00e9rarchie existante entre hommes et femmes sans pour autant dissoudre la distinction, abolir les contenus mais pas les contenants. Or les cat\u00e9gories du masculin et du f\u00e9minin sont elles-m\u00eames issues de la hi\u00e9rarchie, du syst\u00e8me de domination. Par cons\u00e9quent, si la hi\u00e9rarchie est dissoute, (nous sommes bien d&rsquo;accord, il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une vision utopique permettant de penser le genre et ainsi nos objectifs) les notions m\u00eame de masculin et de f\u00e9minin disparaissent. Ces notions ne peuvent exister sans la sur-valorisation de l&rsquo;une au d\u00e9triment de l&rsquo;autre. La distinction entre les sexes sert uniquement de support mental \u00e0 la domination masculine. Il nous faut donc quitter nos pr\u00e9suppos\u00e9s de compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les sexes qui structurent notre pens\u00e9e actuelle. On ne peut pas imaginer les valeurs d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire sur le mod\u00e8le de la somme ou de la combinaison du masculin et du f\u00e9minin actuels. Cr\u00e9\u00e9s dans et par la hi\u00e9rarchie ils ne pourraient survivre \u00e0 celle-ci. Il s&rsquo;agit alors de penser un monde o\u00f9 les diff\u00e9rences de sexe ne feraient plus sens, ce qui est, il est vrai, plut\u00f4t difficile \u00e0 imaginer.<\/p>\n<p><strong>Pour ne jamais conclure.<\/strong><\/p>\n<p>Les utopies nous permettent de d\u00e9finir ensemble des objectifs de soci\u00e9t\u00e9 vers lesquels nous souhaitons tendre. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la diff\u00e9rence de sexe ne rev\u00eatirait pas davantage de sens que le fait d&rsquo;avoir des yeux bleu ou vert me para\u00eet s\u00e9duisante. Cela ne signifie en aucun cas une moindre diversit\u00e9, mais bien au contraire une reconnaissance de toutes les diff\u00e9rences, sans qu&rsquo;aucune soit marqu\u00e9e du sceau de la honte, ou au contraire repr\u00e9sente la norme de r\u00e9f\u00e9rence. Aujourd&rsquo;hui, \u00eatre une femme, c&rsquo;est \u00eatre diff\u00e9rente face \u00e0 la norme masculine (tout comme \u00eatre noir c&rsquo;est \u00eatre diff\u00e9rent face \u00e0 la norme &laquo;&nbsp;blanche&nbsp;&raquo;). Dans le monde que nous dessinons ici, \u00eatre femme ne serait qu&rsquo;une diff\u00e9rence parmi d&rsquo;autres, tout comme \u00eatre homme, blanc, h\u00e9t\u00e9rosexuel, etc. Comme le dit si bien Pascale Molinier <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, notre individualit\u00e9 pourrait alors s&rsquo;exprimer dans tout sa chatoyance au lieu d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9e dans une seule de ses caract\u00e9ristiques <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Alors, en avant touTEs, r\u00e9alisons nos utopies et d\u00e9passons le genre\u00a0!!<\/p>\n<p>Sylvia<\/p>\n<h2>UNE DIFFERENCE ESSENTIELLE ?<\/h2>\n<p>Absorb\u00e9e par mes id\u00e9es queer, j&rsquo;en oubliais que dans les caf\u00e9s du Commerce et \u00e0 la une des Sciences et vie on en est rest\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e r\u00e9sum\u00e9e ainsi par un ami chichon lors d&rsquo;un d\u00e9bat sur la question : &laquo;&nbsp;La diff\u00e9rence entre les hommes et les femmes existe, tu veux que je te la montre ?&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>Heureusement, le forum du chicheweb, sur lequel cette question a suscit\u00e9 plus de r\u00e9actions qu&rsquo;aucun autre th\u00e8me, et ses visiteurs masculins m&rsquo;ont ramen\u00e9e \u00e0 des consid\u00e9rations plus basiques. Ils y r\u00e9it\u00e8rent le caract\u00e8re essentiel des diff\u00e9rences entre les sexes, en avan\u00e7ant les m\u00eames arguments pr\u00e9historiques. L&rsquo;anthropologie nous montre que toutes les soci\u00e9t\u00e9s ont sur-biologis\u00e9 les diff\u00e9rences entre hommes et femmes. Les Grecs anciens, pour ne citer qu&rsquo;eux, ont ainsi mis la chaleur et la s\u00e9cheresse du c\u00f4t\u00e9 du corps de l&rsquo;homme, tandis que celui de la femme \u00e9tait froid et humide. Au XIX\u00e8me si\u00e8cle, des th\u00e9oriciens reprennent cette distinction en attribuant au sperme le pouvoir de &laquo;&nbsp;r\u00e9chauffer&nbsp;&raquo; le corps f\u00e9minin, de durcir ses fibres <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. L&rsquo;id\u00e9e que la soci\u00e9t\u00e9 a pu nous formater de mani\u00e8re diff\u00e9rente selon le genre qu&rsquo;elle nous avait assign\u00e9 est en somme relativement nouvelle et reste peu pens\u00e9e. Jusqu&rsquo;ici je me sentais d\u00e9munie devant les arguments essentialistes de la majorit\u00e9 bien bruyante qui ass\u00e8ne ses id\u00e9es \u00e0 coups de best-sellers sur les hommes qui viennent de Mars. Mais une \u00e9mission scientifique de bonne tenue me permet enfin d&rsquo;exprimer de mani\u00e8re moins sentimentale mon rejet absolu de ces id\u00e9es que je juge naus\u00e9abondes, car finalement elles n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre but que de refuser une r\u00e9elle \u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes.<\/p>\n<p><strong>Les hommes sont meilleurs en maths<\/strong><\/p>\n<p>En moyenne lors de tests de math\u00e9matiques les hommes ont de meilleurs r\u00e9sultats que les femmes. C&rsquo;est une diff\u00e9rence qui appara\u00eet seulement \u00e0 l&rsquo;adolescence mais qui est ind\u00e9niable. Si on creuse, on apprend cependant \u00e0 se m\u00e9fier de ce r\u00e9sultat. En effet ces diff\u00e9rences varient dans le temps long, et ne cessent de s&rsquo;estomper au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9ducation des gar\u00e7ons et des filles tend \u00e0 \u00eatre la m\u00eame. D&rsquo;autre part l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 des filles est plus forte lors de ces tests, ce qui explique leurs r\u00e9sultats plus faibles. Enfin, dans certains pays comme le Japon, ce sont les femmes qui ont les meilleurs r\u00e9sultats en maths. Et l&rsquo;effet &laquo;&nbsp;moyenne&nbsp;&raquo; fait perdre de vue un point important : \u00e9videmment, beaucoup de femmes ont de tr\u00e8s bons r\u00e9sultats.<\/p>\n<p><strong>Les hommes savent mieux lire les cartes et s&rsquo;orienter dans l&rsquo;espace<\/strong><\/p>\n<p>On explique souvent ce fait suppos\u00e9 par des raisons historiques, plus pr\u00e9cis\u00e9ment pr\u00e9historiques. Les hommes allaient chasser, ils \u00e9taient oblig\u00e9s de savoir bien s&rsquo;orienter, et ce caract\u00e8re s&rsquo;est conserv\u00e9 depuis lors, les individus mal adapt\u00e9s \u00e9tant vou\u00e9s \u00e0 la disparition. C&rsquo;est partir du principe que toutes les soci\u00e9t\u00e9s ont partag\u00e9 les t\u00e2ches comme notre soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle. Ce qui est faux. Les soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9historiques n&rsquo;ont vraisemblablement pas r\u00e9serv\u00e9 la chasse et l&rsquo;exploration aux individus m\u00e2les. Et dans certaines soci\u00e9t\u00e9s africaines ce sont les femmes qui partent \u00e0 la recherche de la nourriture, ce sont elles qui ont besoin de qualit\u00e9s d&rsquo;orientation. La pr\u00e9histoire a bon dos, un jour les hommes vont se permettre de tirer leur compagne par les cheveux parce que c&rsquo;est comme \u00e7a que l&rsquo;imagerie traditionnelle repr\u00e9sente les rapports hommes\/femmes dans ce pass\u00e9 fantasm\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui est vrai, c&rsquo;est que les sp\u00e9cialistes du cerveau passent leur temps \u00e0 chercher \u00e0 \u00e9tablir des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s. Et ils n&rsquo;y arrivent pas le plus souvent, car la variabilit\u00e9 interindividuelle est tr\u00e8s forte. On corr\u00e9le n&rsquo;importe quoi avec n&rsquo;importe quoi, le taux de testost\u00e9rone avec n&rsquo;importe quelle caract\u00e9ristique culturellement masculine. Et on nous ass\u00e8ne un jour que les gar\u00e7ons aiment mieux le foot car ils ont les deux genoux plus \u00e9loign\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre que les filles. Biologiser nos diff\u00e9rences, c&rsquo;est adopter une vision bien r\u00e9ductrice, trop d\u00e9terministe, de l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Aude<\/p>\n<h2>FUCK LE GENRE !<\/h2>\n<p><strong>Le genre, une construction sociale<\/strong><\/p>\n<p>Le sexe biologique est une chose ; le genre, ou construction sociale d&rsquo;une identit\u00e9 sexuelle \u00e0 partir de ce sexe biologique, en est une autre. Les identit\u00e9s sexuelles strictes et contr\u00f4l\u00e9es socialement ne peuvent plus longtemps avoir cours. Michel Foucault nous raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;Herculine Barbin, androgyne charentaise du XIX\u00e8me si\u00e8cle, somm\u00e9-e de choisir entre deux identit\u00e9s, l&rsquo;une strictement masculine, l&rsquo;autre strictement f\u00e9minine. On conna\u00eet aussi, tout au long de l&rsquo;Histoire, des cas de travestissement, d&rsquo;homme en femme ou le contraire. Ce que maintenant on appelle le &laquo;&nbsp;queer&nbsp;&raquo; <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> n&rsquo;est donc pas l&rsquo;attribut d&rsquo;une modernit\u00e9 devenue folle. C&rsquo;est simplement pousser plus loin le rejet des genres \u00e9troitement norm\u00e9s. Gar\u00e7ons aux cheveux longs, filles en pantalon dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, et puis drag queens, gouines butch ou trans (travesti-e-s ou trans- sexuel-le-s qui poussent au bout leur transformation physique), sont les manifestations les plus shocking d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui ne veut plus plier son apparence, ni son comportement, \u00e0 une norme pr\u00e9d\u00e9finie.<\/p>\n<p><strong>Sur la jupe<\/strong><\/p>\n<p>Pierre Bourdieu a montr\u00e9 dans La Domination masculine comment la jupe pouvait fa\u00e7onner le corps d&rsquo;une femme. La jupe droite des assistantes et des cadres enserre le corps. Elle r\u00e8gle une enjamb\u00e9e \u00e9troite (les fameux petits pas ex\u00e9cut\u00e9s en talons hauts) et interdit de s&rsquo;asseoir n&rsquo;importe comment : pas de jambes n\u00e9gligemment \u00e9cart\u00e9es, et il faut lisser la jupe sur ses fesses pour \u00e9viter les faux plis. La jupe aussi montre les jambes, qui doivent dans ce cas \u00eatre impeccables : forme acceptable, dont le galbe est am\u00e9lior\u00e9 par les talons hauts, pas un poil qui d\u00e9passe. A un corps f\u00e9minin d\u00e9j\u00e0 en moyenne moins poilu (\u00e7a, c&rsquo;est la nature), on demande de ne plus \u00eatre poilu du tout (exigence sociale). Et la jupe sert \u00e0 contr\u00f4ler cette norme capillaire. La jupe se porte m\u00eame quand il fait froid, au contraire du pantalon des hommes qui se porte m\u00eame en p\u00e9riode de canicule. Le v\u00eatement, qu&rsquo;il soit masculin ou f\u00e9minin, ignore les saisons. Il ne se porte pas pour avoir chaud, mais pour \u00eatre le signe d&rsquo;une appartenance \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 ou \u00e0 une classe sociale, encore plus \u00e0 l&rsquo;un des deux genres socialement d\u00e9finis.<\/p>\n<p><strong>Contre le co\u00eft<\/strong><\/p>\n<p>Cette construction sociale des genres est associ\u00e9e \u00e0 une r\u00e9partition des t\u00e2ches, domestiques, professionnelles, et sexuelles. Le combat f\u00e9ministe a bien montr\u00e9 comment cette r\u00e9partition constituait de fait une in\u00e9galit\u00e9, en termes de temps, d&rsquo;argent, de libert\u00e9, de statut social. Attachons-nous un moment \u00e0 la construction de normes dans le domaine de la sexualit\u00e9. L&rsquo;acte h\u00e9t\u00e9rosexuel se met en place autour du co\u00eft, le plus souvent vaginal : caresses, cunnilingus, fellation {dans l&rsquo;ordre !) ne sont que des pr\u00e9liminaires \u00e0 l&rsquo;acte sexuel proprement dit : le co\u00eft, qui s&rsquo;ach\u00e8ve par un orgasme. Les f\u00e9ministes ont longtemps lutt\u00e9 pour la libert\u00e9 de pratiquer ce co\u00eft comme elles l&rsquo;entendaient, gr\u00e2ce \u00e0 la contraception et \u00e0 la libert\u00e9 d&rsquo;avorter. Mais ce co\u00eft, qui met en sc\u00e8ne un-e pas-sif-ve et un actif, un dominant et un-e dornin\u00e9-e, s&rsquo;int\u00e9gre trop bien dans l&rsquo;ordre normal des choses pour que nous l&rsquo;acceptions sans le remettre en question. D&rsquo;autres pratiques sexuelles (sexe oral, masturbation r\u00e9ciproque, SM) permettent d&rsquo;\u00e9prouver du plaisir. Pourquoi dans ce cas le co\u00eft serait-il indispensable \u00e0 la sexualit\u00e9 aussi bien homo qu&rsquo;h\u00e9t\u00e9ro ? Et si le coit devient un acte sexuel parmi d&rsquo;autres, place qu&rsquo;il m\u00e9rite, pourquoi ne cesserions-nous pas de dire &laquo;&nbsp;sauter&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;se faire sauter&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;p\u00e9n\u00e9trer&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;se faire p\u00e9n\u00e9trer&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;enculer&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;se faire enculer&nbsp;&raquo; ? On pourrait dire \u00e0 la place &laquo;&nbsp;se faire englober le p\u00e9nis avec l&rsquo;anus&nbsp;&raquo;, ou &laquo;&nbsp;emprisonner un godemich\u00e9 avec son vagin&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p><strong>Tou-te-s des encul\u00e9-e-s<\/strong><\/p>\n<p>Dans son Manifeste contra-sexuel, Beatriz Preciado nous rappelle que nous sommes tous \u00e9gaux devant notre trou du cul. Hommes et femmes biologiques, homos, h\u00e9t\u00e9ros ou bis, nous avons tous un anus \u00e9galement \u00e9rog\u00e8ne. On peut pr\u00e9f\u00e9rer la p\u00e9n\u00e9tration ou l&rsquo;annulingus \u00e0 l&rsquo;excitation manuelle de surface, mais on ne peut nier le plaisir que peut nous apporter cette zone. La sodomie est associ\u00e9e \u00e0 un rapport de domination. Les p\u00e9d\u00e9rastes enculaient les \u00e9rastes dans la Gr\u00e8ce antique (au contraire, la p\u00e9n\u00e9tration de l&rsquo;anus d&rsquo;un homme m\u00fbr \u00e9tait une perversion). De nos jours encore, un honn\u00eate homme n&rsquo;ose pas demander cela \u00e0 une honn\u00eate femme, mais l&rsquo;exige de la part d&rsquo;une pute ou d&rsquo;une fille &laquo;&nbsp;qui aime la queue&nbsp;&raquo; (parfois pour mieux \u00e9tablir une diff\u00e9rence entre les femmes qu&rsquo;on respecte et celles qu&rsquo;on saute, les salopes). Et pas question de p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;anus d&rsquo;un homme h\u00e9t\u00e9ro ! Dans ce contexte, la p\u00e9n\u00e9tration est un acte politique. P\u00e9n\u00e9trer sans accepter d&rsquo;\u00eatre soi-m\u00eame p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, c&rsquo;est accepter jusque dans son lit un ordre patriarcal h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9. Pour \u00eatre r\u00e9ellement subversif et lib\u00e9r\u00e9, monsieur, inutile de consommer \u00e0 tout va du sexe en pratiquant un multi-partenariat de bon ton. Un joli godemich\u00e9 dans le cul vous ouvrirait plus d&rsquo;horizons.<\/p>\n<p>Aude<\/p>\n<p><strong>A lire&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Michel Foucault, pr\u00e9sentation du r\u00e9cit de vie d&rsquo;H. Barbin : Herculine Barbin,diteAlexina B., Gallimard, 1978<\/p>\n<p>Judith Butler, Gender trouble. Feminism and the subversion of identity, Routledge, 1990<\/p>\n<p>Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Le Seuil, 1997<\/p>\n<p>Marie-H\u00e9l\u00e8ne Bourcier, Queer Zones, Balland, 2001<\/p>\n<p>Beatriz Preciado, Manifeste contra- sexuel, Balland, 2000<\/p>\n<h2>QU<em>\u2019<\/em>EST CE QU&rsquo;UNE IMAGE SEXISTE ?<\/h2>\n<p>Il n&rsquo;existe pas de r\u00e8gles ou de crit\u00e8res d\u00e9finitifs, car le caract\u00e8re sexiste de telle ou telle image est avant tout une question de contexte : les images, mais aussi les slogans (parfois les deux) peuvent \u00eatre porteurs de st\u00e9r\u00e9otypes sexistes.<\/p>\n<p>Une image sexiste est celle qui utilise des st\u00e9r\u00e9otypes sexistes (tant f\u00e9minins que masculins) pour faire vendre tel ou tel produit. Elle perp\u00e9tue ainsi les clich\u00e9s qui fondent la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale : un homme est fort, une femme est jolie et d\u00e9licate, il aime les voitures, elle fait la vaisselle, etc.<\/p>\n<p>Les parties du corps seules, l&rsquo;absence de t\u00eate, etc. contribuent \u00e0 la r\u00e9ification et \u00e0 la marchandisation du corps humain et d\u00e9shumanisent encore les femmes pr\u00e9sent\u00e9es.<\/p>\n<p>La question du lien entre la nudit\u00e9 et le produit se pose souvent. Quand on montre une femme nue pour vendre une voiture, la r\u00e9ponse est claire, la pub est sexiste. Mais que faire des pubs de sous-v\u00eatements ? L\u00e0, c&rsquo;est la posture, le slogan, etc. qui compte. Mais il semble aussi que vendre de la lingerie soit un pr\u00e9texte pour pas mal de publicitaires : toutes les grandes marques de distribution (C&amp;A, Printemps, H&amp;M, &#8230;) font de pr\u00e9f\u00e9rence leur publicit\u00e9 sur des sous- v\u00eatements (donc ils sont &laquo;&nbsp;oblig\u00e9s&nbsp;&raquo; de montrer des femmes nues&#8230;) alors que ce n&rsquo;est pas cela qu&rsquo;ils vendent en priorit\u00e9.<\/p>\n<p>Une image sexiste banalise des situations de violence envers les femmes :\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 des images de femmes battues, frapp\u00e9es, images qui jouent sur le registre de la &laquo;&nbsp;femme battue&nbsp;&raquo; , ne sont pas rares.<\/p>\n<p>Une image sexiste impose des normes physiques et des fa\u00e7ons d&rsquo;\u00eatre et de se comporter : hommes et femmes ne sont regard\u00e2mes que s&rsquo;ils sont jeunes et beaux (minces pour les femmes, muscl\u00e9s pour les hommes).<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Quelles sont les diff\u00e9rentes attentes des hommes et des femmes par rapport au couple ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Mathilde :<\/strong> Je suppose que les attentes vis-\u00e0-vis du couple d\u00e9pendent du sexe. Les petites filles \u00e0 qui l&rsquo;on offre des poup\u00e9es Barbie en robe de mari\u00e9e doivent plus r\u00eaver d&rsquo;amour romantique et de mariage que les petits gar\u00e7ons qui re\u00e7oivent en cadeau des flingues en plastique&#8230; Je suis effar\u00e9e quand je lis les magazines &laquo;&nbsp;pour filles&nbsp;&raquo; de ma soeur \u00e2g\u00e9e de huit ans : il y est question d&rsquo;amour, de gar\u00e7ons, de s\u00e9duction&#8230; Christine Delphy dit que les femmes sont conditionn\u00e9es, qu&rsquo;elles grandissent dans le mythe de l&rsquo;amour romantique qui dure&#8230; Souvent on laisse entendre que la r\u00e9ussite du couple est plus importante pour une femme que pour un homme (on dit : &laquo;&nbsp;r\u00e9ussir sa vie de femme&nbsp;&raquo; jamais &laquo;&nbsp;r\u00e9ussir sa vie d&rsquo;homme&nbsp;&raquo;). Les femmes seraient plus &laquo;&nbsp;dans le couple&nbsp;&raquo; que les hommes.<\/p>\n<p><strong>Anne-Ga\u00eblle<\/strong> : D\u00e9j\u00e0, on peut dire que femmes et hommes n&rsquo;ont certainement pas les m\u00eames attentes par rapport au couple. Pour aller vite je dirai que les hommes ont besoin d&rsquo;\u00eatre rassur\u00e9s dans leur ego (les femmes aussi certes) mais il y a beaucoup plus d&rsquo;avantages pour un homme que pour une femme : notre soci\u00e9t\u00e9 donne un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant \u00e0 la figure masculine au sein de la famille et l\u00e9gitime donc le pouvoir exerc\u00e9 par celui- ci dans cet espace. De plus l&rsquo;exclusivit\u00e9 est la base de l&rsquo;appropriation d&rsquo;unE individuE par unE autre, donc on ne peut construire des rapports \u00e9galitaires sur cette base. De plus, pour un homme, le couple est quasiment (peut-\u00eatre moins aujourd&rsquo;hui) garant de la fid\u00e9lit\u00e9 de sa partenaire alors que les relations extraconjugales sont implicitement admises pour l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>En fait, je dirais que hommes et femmes \u00e0 la recherche d&rsquo;une vie en couple recherchent avant tout une s\u00e9curit\u00e9 et rentrent donc parfaitement dans la parano\u00efa ambiante. La s\u00e9curit\u00e9, aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est vivre selon des normes impos\u00e9es afin que personne ne vienne t&#8217;emmerder dans ta vie quotidienne et ne porte de jugement sur tes choix.<\/p>\n<p><em>Les femmes souffrent-elles du couple comme nous le disent les enqu\u00eates sur la sant\u00e9 mentale des femmes mari\u00e9es ? Souffrent-elles quand elles sont en couple ? Quand elles n&rsquo;y sont pas ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Mathilde<\/strong> Si les femmes souffrent en couple, c&rsquo;est sans doute parce qu&rsquo;elles sont harass\u00e9es de t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res en plus de travailler \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, c&rsquo;est sans doute parce qu&rsquo;elles sont responsables de la bonne marche du m\u00e9nage, elles doivent materner les autres (enfants et \u00e9ventuellement mari) mais personne ne les &laquo;&nbsp;materne&nbsp;&raquo;, elles&#8230; Bien s\u00fbr qu&rsquo;elles souffrent aussi quand elles sont seules, la souffrance fait partie de la condition humaine. Mais je ne crois pas que les gens en couple soient plus heureux que les c\u00e9libataires. Le c\u00e9libat est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme une solution imparfaite, le manque de quelque chose&#8230; C&rsquo;est tr\u00e8s id\u00e9ologique. Ce qui est bien vu c&rsquo;est de former un couple stable qui \u00e9l\u00e8ve des enfants. D&rsquo;o\u00f9 la valeur fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Anne-Ga\u00eblle :<\/strong> Je ne sais pas ce que disent exactement les enqu\u00eates, en tout cas, il est \u00e0 noter qu&rsquo;une part non n\u00e9gligeable des violences faites aux femmes ont lieu dans la sph\u00e8re priv\u00e9e c&rsquo;est-\u00e0-dire la famille et le couple. Comme je l&rsquo;ai expliqu\u00e9 au-dessus, le couple est l&rsquo;espace o\u00f9 l&rsquo;homme peut exercer son pouvoir dans la plus grande impunit\u00e9. De plus il cr\u00e9e des liens de d\u00e9pendances qui ne favorisent pas une vie \u00e9panouie puisqu&rsquo;il n&rsquo;aboutit pas \u00e0 des relations \u00e9galitaires. Par cons\u00e9quent je ne vois pas comment les fem<\/p>\n<p>mes pourraient ne pas souffrir dans cet \u00e9tau ! Apr\u00e8s, je pense que le fait de ne pas vivre en couple, si c&rsquo;est v\u00e9cu comme quelque chose de subi et non comme un choix, peut \u00e9norm\u00e9ment faire souffrir surtout si on recherche \u00e0 tout prix \u00e0 se conformer aux normes socioculturelles.<\/p>\n<p><em>Notre soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente le couple comme mod\u00e8le de vie dominant. Des alternatives \u00e0 cette domination ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Mathilde<\/strong> : Je pense qu&rsquo;il faut valoriser d&rsquo;autres modes de socialit\u00e9, comme tu le dis, l&rsquo;amiti\u00e9, le groupe&#8230; Pour te dire le fond de ma pens\u00e9e, je trouve le th\u00e8me du couple assez chiant. J&rsquo;ai attendu le prince charmant, puis la princesse charmante, ce qui est peut-\u00eatre un peu plus subversif mais ne m\u00e8ne pas \u00e0 grand-chose. Le militantisme, le travail, l&rsquo;amiti\u00e9, la recherche d&rsquo;\u00e9panouissement sexuel ont plus de place dans ma vie que l&rsquo;amour.<\/p>\n<p><strong>Anne-Ga\u00eblle :<\/strong> Il est clair que le couple en tant que mode de relations interpersonnelles bas\u00e9 sur l&rsquo;exclusivit\u00e9 nous est impos\u00e9 comme norme socioculturelle. Mais il y a des tonnes d&rsquo;alternatives, toutes aussi enthousiasmantes les unes que les autres !!!<\/p>\n<p>Je pense notamment \u00e0 la non-exclusivit\u00e9 , si elle s&rsquo;accompagne d&rsquo;une volont\u00e9 de d\u00e9construction de la norme, d&rsquo;un dialogue permanent entre les diff\u00e9rentEs protagonistes. Je dirais d&rsquo;ailleurs que la non-exclusivit\u00e9, avant de se vivre, elle se pense. C&rsquo;est une mani\u00e8re politique de penser et d&rsquo;agir.<\/p>\n<p>Si on va plus loin, on peut consid\u00e9rer que le concept m\u00eame d&rsquo;amour est \u00e0 revoir peut- \u00eatre serait-il pr\u00e9f\u00e9rable de parler des amiti\u00e9s amoureuses ?<\/p>\n<p>Et puis je pense qu&rsquo;il faut arr\u00eater de croire que notre bonheur passe avant tout par la satisfaction de nos d\u00e9sirs sexuels {m\u00eame si, je ne le nie pas, cela procure un r\u00e9el plaisir). Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;essaie de mener ma vie sereinement en mettant la priorit\u00e9 sur les relations que je peux entretenir avec mes amiEs, car je sais que ces relations sont bas\u00e9es sur une recherche d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, mes amiEs ne m&rsquo;\u00e9touffent pas, me font rarement des reproches sur ma pr\u00e9sence ou mon absence, respectent mes choix de vie, ne sont pas jaloux-ses et peuvent vivre sans moi !<\/p>\n<p><strong>Intrigeri<\/strong> : Mon intuition me dicte que le spectre des relations sociales est tout en continuit\u00e9, et que tout d\u00e9coupage de ce spectre &#8211; par exemple via le langage &#8211; est forc\u00e9ment issu d&rsquo;une construction sociale.<\/p>\n<p>Mais la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et son bras arm\u00e9, la morale bourgeoise normalisatrice, voudraient me voir ranger arbitrairement mes relations dans des tiroirs \u00e9tiquet\u00e9s &laquo;&nbsp;amiti\u00e9&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;amour&nbsp;&raquo;, etc.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tat de couple est un de ces tiroirs ; il implique l&rsquo;exclusivit\u00e9 amoureuse et l&rsquo;exclusivit\u00e9 sexuelle. Il commence \u00e0 une certaine date et se termine \u00e0 une autre. \u00c9lev\u00e9 au statut norme sociale, il est consid\u00e9r\u00e9 comme une condition n\u00e9cessaire \u00e0 mon \u00e9panouissement.<\/p>\n<p>Je ne me retrouve pas dans cette norme.<\/p>\n<p>L&rsquo;exclusivit\u00e9 amoureuse et sexuelle obligatoire m&rsquo;oppresse. Je veux pouvoir aimer diff\u00e9rentes personnes, \u00e0 divers degr\u00e9s de proximit\u00e9 affective et\/ou sexuelle, construire diff\u00e9rentes relations dans le temps ou fugitivement, simultan\u00e9ment ou non. L&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 que je viens de faire est une posture politique. Un refus de l&rsquo;enfermement, de la possessivit\u00e9 impliqu\u00e9s par le couple.<\/p>\n<p>Je souhaite donc vivre des relations moins enfermantes que le couple.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est difficile. Car appara\u00eet rapidement, dans cette d\u00e9marche, un d\u00e9calage entre posture politique et ressenti. Je m&rsquo;explique : en tant qu&rsquo;\u00eatre social, en tant qu&rsquo;homme, mes fonctionnements internes sont construits socialement ; il ne me suffit pas d&rsquo;adopter une posture politique qui me semble rationnelle et \u00e9panouissante pour r\u00e9volutionner, du jour au lendemain, mes ressentis et mon rapport \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Je ne veux pas me mentir \u00e0 moi-m\u00eame. Je ne peux donc pas d\u00e9cr\u00e9ter que je ne ressentirai plus, que je n&rsquo;exprimerai plus ni possessivit\u00e9, ni d\u00e9pendance affective, ni toutes les autre \u00e9motion ou attitude que je refuse d&rsquo;un point de vue th\u00e9orique. De ce fait, je ne puis me r\u00e9soudre \u00e0 laisser la dictature du non-dit r\u00e9guler, par d\u00e9faut, mes rapports amoureux. Adopter en la mati\u00e8re une posture spontan\u00e9iste reviendrait en effet \u00e0 supposer que mon ressenti s&rsquo;adaptera, de lui-m\u00eame, \u00e0 mes id\u00e9es. Ce serait laisser libre cours au processus de refoulement de celles, parmi mes \u00e9motions, qui entreraient en opposition avec mes opinions. Qui plus est, partir de cette supposition ne peut que cr\u00e9er et\/ou renforcer le d\u00e9calage entre mes attentes et celles de mes &laquo;&nbsp;partenaires&nbsp;&raquo;; sous un lib\u00e9ralisme amoureux et\/ou sexuel affich\u00e9 peuvent en effet se camoufler d\u00e9pendances affectives et jalousie, d&rsquo;autant plus douloureuses et difficiles \u00e0 combattre qu&rsquo;elles sont refoul\u00e9es et non assum\u00e9es.<\/p>\n<p>Ces consid\u00e9rations m&rsquo;am\u00e8nent donc \u00e0 rechercher, \u00e0 construire des relations formalis\u00e9es, au sein desquelles il pourrait \u00eatre ais\u00e9, \u00e0 moi et \u00e0 mes &laquo;&nbsp;partenaires&nbsp;&raquo;, d&rsquo;exprimer, d&rsquo;ext\u00e9rioriser attentes et envies, frustrations et d\u00e9ceptions. Dans une relation construite dans cette optique, il est primordial de prendre le temps, de ne pas se satisfaire d&rsquo;une fa\u00e7ade officielle reluisante et politiquement correcte, de prendre du recul et de r\u00e9viser son point de vue \u00e0 mesure que la situation \u00e9volue.<\/p>\n<p>Ainsi, peut-\u00eatre, est-il possible d&rsquo;inventer du commun en construisant l&rsquo;autonomie. L&rsquo;articulation entre l&rsquo;individuE et le collectif est un combat permanent. Y compris quand le collectif ne rassemble que deux personnes.<\/p>\n<p><em>Qu&rsquo;est-ce que les femmes ont apport\u00e9 \u00e0 la politique ? En th\u00e9orie, et dans la pratique (m\u00e9thodes, corps) ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Mathieu :<\/strong> Elles ont d\u00e9j\u00e0 apport\u00e9 une meilleure mais encore insuffisante repr\u00e9sentation des femmes ce qui est le principal ! Ensuite la question d&rsquo;un changement de la politique par les femmes est d\u00e9licate. On serait tent\u00e9s parfois effectivement de se r\u00e9jouir de l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;autres fa\u00e7ons de faire de la politique, de g\u00e9rer le pouvoir. Mais cette tentation est \u00e9cart\u00e9e selon moi par au moins deux excellents arguments : Tout d&rsquo;abord on doit tristement constater que les femmes qui veulent avoir une chance de gravir les divers \u00e9chelons de la soci\u00e9t\u00e9 sont quasiment toujours oblig\u00e9es d&rsquo;adopter des comportements autoritaires que d&rsquo;aucuns qualifieraient de masculins. Non pas car ils sont masculins en soi mais parce que la classe sexu\u00e9e dominante, masculine, en use et abuse pour garder sa place privil\u00e9gi\u00e9e. Donc c&rsquo;est moins des individus avec leurs qualit\u00e9s propres qui grimpent dans les sph\u00e8res du pouvoir que des personnes pr\u00eates \u00e0 sacrifier \u00e0 diverses pratiques autoritaires, sexistes, populistes, el\u00e9ctoralistes, x\u00e9nophobes&#8230; Les personnes, femmes et hommes, refusant d&rsquo;adopter ces pratiques ne montant en g\u00e9n\u00e9ral pas bien haut. Ainsi comment parler d&rsquo;un apport des femmes puisque en g\u00e9n\u00e9ral le syst\u00e8me oblige les personnes \u00e0 se formater sur un mode autoritaire masculin. L&rsquo;exception est peut-\u00eatre dans les mouvements sociaux ou les partis les plus \u00e0 gauche dans lesquels l&rsquo;apport des femmes a trouv\u00e9 plus d&rsquo;ouverture. Mais ici encore il est difficile de mesurer leur apport puisque les femmes en font partie de mani\u00e8re intrins\u00e8que. L&rsquo;autre argument est plus sp\u00e9cifiquement \u00e0 des questions \u00e9pist\u00e9mologiques de la d\u00e9finition des femmes et renvoie aux d\u00e9bats f\u00e9ministes. En effet parler de l&rsquo;apport sp\u00e9cifique des femmes peut para\u00eetre quelque peu essentialiste puisque c&rsquo;est partir du point de vue qu&rsquo;elles auraient des caract\u00e8res propres et diff\u00e9rents \u00e0 apporter la politique ici par exemple. En m\u00eame temps, il serait simpliste de d\u00e9lier la socialisation diff\u00e9rente des femmes et parfois les valeurs positives que cette socialisation g\u00e9n\u00e8re. Ainsi retombe-t-on sur la question classique de la valorisation ou non d&rsquo;une socialisation f\u00e9minine qui est certes le fruit d&rsquo;une domination mais qui peut aussi receler des tr\u00e9sors pour une future et th\u00e9orique socialisation qui d\u00e9passerait les genres. C&rsquo;est pourquoi je pense que l&rsquo;apport des femmes est d&rsquo;abord important par son r\u00f4le transgressif, repr\u00e9sentatif et de mod\u00e8le pour les autres femmes mais que dans l&rsquo;ensemble, les femmes, et certains hommes, n&rsquo;ont que peu r\u00e9ussi \u00e0 changer la politique.<\/p>\n<p><strong>Anne-Ga\u00eblle<\/strong> : Je ne pense qu&rsquo;il y a une fa\u00e7on sp\u00e9cifiquement f\u00e9minine de faire de la politique. Les conceptions diff\u00e9rentialistes me font fr\u00e9mir et me semblent encore plus dangereuses et conservatrices dans le sens o\u00f9 elles ne d\u00e9bouchent absolument pas sur un travail de d\u00e9construction des genres. Ce ne sont pas les femmes qui vont changer la nature du pouvoir. N\u00e9anmoins la lutte f\u00e9ministe est pour moi, n\u00e9cessairement anti-autoritaire donc si toutes les f\u00e9ministes avaient le pouvoir, on peut imaginer que l&rsquo;on s&rsquo;acheminerait radicalement vers une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement anti-autoritaire !<\/p>\n<p><em>Quel rapport entre luttes anti-capitalistes, anti-autoritaires, et luttes f\u00e9ministes ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Mathieu :<\/strong> C&rsquo;est simple : on ne peut penser les unes sans les autres ! Bien que selon moi. la lutte f\u00e9ministe est probablement la seule \u00e0 englober clairement les deux autres dans sa pratique courante et dans ses \u00e9crits th\u00e9oriques. En somme \u00eatre f\u00e9ministe, au sens le plus radical, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 militer pour les autres causes !<\/p>\n<p><strong>Anne-Ga\u00e9lle :<\/strong> Les luttes f\u00e9ministes sont pour moi particuli\u00e8rement englobantes car elles impliquent une forme de lutte antiautoritaire et l&rsquo;on sait que le capitalisme est bas\u00e9 sur des rapports de productions autoritaires. (C&rsquo;est un peu simpliste comme explication, je l&rsquo;avoue !)<\/p>\n<h2>APRES LA REVOLUTION&#8230;<\/h2>\n<p><em>Pensez-vous que la &laquo;&nbsp;r\u00e9volution sexuelle&nbsp;&raquo; a profit\u00e9 \u00e0 toutes les femmes ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Mathieu :<\/strong> Faudrait d\u00e9finir la notion m\u00eame de r\u00e9volution sexuelle&#8230; Il est clair que cette r\u00e9volution a permis la disparition de nombre de tabous dont certains concernaient l&rsquo;oppression subie par les femmes. Je pense ici notamment au plaisir f\u00e9minin, au lesbianisme, \u00e0 la contraception, etc. Cette r\u00e9volution a certainement ouvert des br\u00e8ches dans le patriarcat mais ne l&rsquo;a pas bout\u00e9 de son socle. On pourrait m\u00eame arguer d&rsquo;un certain nombre de nouvelles oppressions d\u00e9coulant de la r\u00e9volution sexuelle comme par exemple la r\u00e9cup\u00e9ration du corps des femmes dans l&rsquo;industrie du sexe ou de la publicit\u00e9. Donc la r\u00e9volution sexuelle a ouvert de r\u00e9elles voies d&rsquo;\u00e9mancipation de la sexualit\u00e9 des femmes mais c&rsquo;est gu\u00e8re un acquis mais plut\u00f4t un travail d&rsquo;\u00e9ducation mais aussi de recherche qui doit \u00eatre fait sous peine que de r\u00e9cup\u00e9ration par le patriarcat.<\/p>\n<p><em>Cette lib\u00e9ralisation des m\u0153urs a-t-elle fait \u00e9clater toutes les normes, ou en a-t- elle cr\u00e9\u00e9 de nouvelles ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Mathieu :<\/strong> Elle en a bien cr\u00e9\u00e9 des nouvelles qui ne sont pas toujours vraiment \u00e9mancipatrices. La publicisation des diff\u00e9rents aspects de la sexualit\u00e9 a aussi entra\u00een\u00e9 leur normalisation souvent implicite en cr\u00e9ant des mod\u00e8les du &laquo;&nbsp;vrai rapport sexuel&nbsp;&raquo;, du &laquo;&nbsp;vrai orgasme&nbsp;&raquo;, du &laquo;&nbsp;corps parfait&nbsp;&raquo;, de la &laquo;&nbsp;bonne fr\u00e9quence des rapports sexuels&nbsp;&raquo; et j&rsquo;en passe et des meilleurs&#8230; Mais elle a aussi cr\u00e9\u00e9 des normes moins oppressantes comme un d\u00e9but de reconnaissance du plaisir f\u00e9minin, de la diversit\u00e9 de la sexualit\u00e9 ou mieux des sexualit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Aude :<\/strong> Des amies m&rsquo;ont souvent racont\u00e9 que tant qu&rsquo;elles ne poussaient pas tr\u00e8s loin leur &laquo;&nbsp;recherche sexuelle&nbsp;&raquo; (multipartenariat, bisexualit\u00e9, sexe collectif et\/ou hard), elles avaient peur de ne pas \u00eatre &laquo;&nbsp;\u00e9panouies sexuellement&nbsp;&raquo;. Peur du regard des autres, mais aussi peur pour soi de louper quelque chose. Mais si l&rsquo;on parle souvent d&rsquo;\u00e9panouissement sexuel&nbsp;&raquo;, demande-t-on de la m\u00eame mani\u00e8re aux femmes d&rsquo;\u00eatre &laquo;&nbsp;\u00e9panouies intellectuellement&nbsp;&raquo;?<\/p>\n<p>Les deux expressions n&rsquo;ont pas la m\u00eame fortune, c&rsquo;est selon moi parce qu&rsquo;il existe une forte pression sur le corps et la sexualit\u00e9 des femmes.<\/p>\n<p>Je pense qu&rsquo;on a en effet troqu\u00e9 une norme contre une autre, avec de vieux relents de l&rsquo;ancienne morale qui reviennent parfois (voir &laquo;&nbsp;Salope, va, c&rsquo;est bien !&nbsp;&raquo;}.<\/p>\n<p><em>Que pensez-vous de la commercialisation du sexe et des corps ? Le capitalisme a-t-il dig\u00e9r\u00e9 la &laquo;&nbsp;r\u00e9volution sexuelle&nbsp;&raquo;?<\/em><\/p>\n<p><strong>Mathieu :<\/strong> Tout \u00e0 fait en tous cas en partie. Ce qui nous montre, si c&rsquo;\u00e9tait encore \u00e0 d\u00e9montrer qu&rsquo;une r\u00e9volution que l&rsquo;on ne fait pas quotidiennement se fait bouffer par le capitalisme. Que ce triste exemple nous serve au moins \u00e0 remettre au centre la notion de r\u00e9volution et d&rsquo;utopie quotidienne dans lequel la notion d&rsquo;acquis n&rsquo;a pas de sens.<\/p>\n<p><strong>Aude :<\/strong> Cette r\u00e9volution a-t-elle vis\u00e9 \u00e0 mettre sur le march\u00e9 sexuel plus de femmes, pour pouvoir en consommer plus, est-elle le simple fruit du basculement contemporain dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tout est marchandise ? En clair, la &laquo;&nbsp;r\u00e9volution sexuelle&nbsp;&raquo; ne serait-elle pas une r\u00e9volution bourgeoise, capitaliste et patriarcale ?<\/p>\n<p><strong>Mathieu :<\/strong> Je ne sais pas, n&rsquo;ayant pas v\u00e9cu ces ann\u00e9es-l\u00e0&#8230;. Mais je me sens plus proche de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9volution trahie, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e&#8230;. Il est s\u00fbr aussi que d\u00e8s les premiers pas de la r\u00e9volution sexuelle il y a deux branches qui se distinguent, tout en r\u00e9clamant cette r\u00e9volution. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les mouvements progressistes, notamment f\u00e9ministes et homos, et de l&rsquo;autre l&rsquo;industrie du sexe qui y voit la naissance d&rsquo;un march\u00e9 du porno, etc. Je pense qu&rsquo;avec une \u00e9mancipation certes limit\u00e9e des femmes il y a la perte pour le patriarcat de tout un esclavage sexuel domestique qui allait de soi&#8230; Donc je dirais que le capitalisme a alors propos\u00e9 au patriarcat de lui fournir contre r\u00e9mun\u00e9ration de nouvelles esclaves.<\/p>\n<h2>LA REVOLUTION SEXUELLE AU RAYON X<\/h2>\n<p>N\u00e9e sous le signe du plaisir et de la joie, la r\u00e9volution sexuelle v\u00e9cue par le monde occidental dans les ann\u00e9es 60 et 70 a apport\u00e9 dans son sillage des libert\u00e9s nouvelles : le droit \u00e0 l&rsquo;avortement, la visibilit\u00e9 des gays, la libert\u00e9 du discours sur la sexualit\u00e9. Puisque nous vivons cet h\u00e9ritage, si nous souhaitons comprendre ce qui est en jeu aujourd&rsquo;hui dans nos relations sexuelles et leurs repr\u00e9sentations il nous faut aller au- del\u00e0 de cette image bien connue. C&rsquo;est alors qu&rsquo;un autre dessin appara\u00eet.<\/p>\n<p><strong>Entre non-jugement affect\u00e9 et normes strictes<\/strong><\/p>\n<p>Vue de la mani\u00e8re la plus prosa\u00efque, la r\u00e9volution sexuelle correspond \u00e0 l&rsquo;apparition en masse de pratiques plus ou moins vari\u00e9es selon l&rsquo;engagement dans l&rsquo;avant-garde : triolisme, sexualit\u00e9 de groupe, sadomasochisme, p\u00e9dophilie, sexe oral, sodomie, n\u00e9crophilie, etc. Les best-sellers de l&rsquo;\u00e9poque, comme The Joy of Sex du Dr Alex Comfort (1972) OU Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander du psychiatre David Reuben, (1969), veulent rendre compte de la vari\u00e9t\u00e9 de la sexualit\u00e9 humaine sans jugement moral et si possible de mani\u00e8re exhaustive. Ces guides de la sexualit\u00e9, tr\u00e8s en vue, se veulent rassurants et non-normatifs. Mais ils perdent leur but de vue sur deux points importants.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord dans leur discours sur l&rsquo;homosexualit\u00e9. Aussi vari\u00e9es soient les pratiques d\u00e9crites par le Dr Comfort, il hi\u00e9rarchise les sexualit\u00e9s en pla\u00e7ant au-dessus de tout &laquo;&nbsp;le bon vieux face \u00e0 face matrimonial&nbsp;&raquo;. Et malgr\u00e9 son d\u00e9sir d&rsquo;exhaustivit\u00e9, le fait homosexuel n&rsquo;appara\u00eet pas dans son livre, on y trouve seulement une demi-page sur la bisexualit\u00e9, \u00e0 propos de sa possible apparition dans des sc\u00e8nes de sexe de groupe.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Reuben, il \u00e9crit dans Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander &laquo;&nbsp;De m\u00eame qu&rsquo;un p\u00e9nis et un p\u00e9nis \u00e9galent z\u00e9ro, un vagin et un autre vagin \u00e9galent z\u00e9ro.&nbsp;&raquo; Avec l&rsquo;homophobie il est un autre point qui r\u00e9v\u00e8le les in\u00e9galit\u00e9s continu\u00e9es par les th\u00e9oriciens de la r\u00e9volution sexuelle. C&rsquo;est la non-r\u00e9ciprocit\u00e9 de certaines pratiques h\u00e9t\u00e9rosexuelles. Nul ne s&rsquo;\u00e9tonne de voir dans les t\u00e9moignages de pratiques SM publi\u00e9s dans les journaux de l&rsquo;\u00e9poque que dans la position soumise et victime on ne trouve que des femmes. Au contraire, leur sexe leur ferait d\u00e9sirer \u00e0 toutes cette m\u00eame position. De m\u00eame l&rsquo;\u00e9changisme s&rsquo;est appel\u00e9 au d\u00e9but &laquo;&nbsp;\u00e9change d&rsquo;\u00e9pouses&nbsp;&raquo; (wife swapping). Et pour citer un dernier exemple d&rsquo;une in\u00e9galit\u00e9 toujours aussi pr\u00e9sente avant et apr\u00e8s 1968, l&rsquo;usage des jouets sexuels n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 la sodomie de n&rsquo;\u00eatre toujours pratiqu\u00e9e que dans la m\u00eame direction. Le mari encule sa femme, il la baise, il la nique, encore et toujours, dans tous les sens du terme (voir &laquo;&nbsp;Contre le co\u00eft&nbsp;&raquo; dans &laquo;&nbsp;Fuck le genre !&nbsp;&raquo;).<\/p>\n<p><strong>In\u00e9galit\u00e9s hommes-femmes toujours d&rsquo;actualit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La nouvelle norme sexuelle se construit par les hommes pour les hommes, autour de leurs d\u00e9sirs, sans tenir compte aucunement des d\u00e9sirs f\u00e9minins qui, quand ils sont connus, ne sont pas reconnus. Le sexologue japonais Sha Kokken en 1960 reconna\u00eet que les femmes \u00e9prouvent plus de plaisir quand leur vagin est stimul\u00e9 par une p\u00e9n\u00e9tration avec des doigts que dans un co\u00eft. Il n&rsquo;en interdit pas moins cette pratique au motif que &laquo;&nbsp;le vagin est normalement r\u00e9serv\u00e9 au p\u00e9nis&nbsp;&raquo;. Au fond, ce qui compte le plus, c&rsquo;est le plaisir masculin. Dans un beau lapsus, un thurif\u00e9raire de Wilhelm Reich nous engage \u00e0 croire dans le f\u00e9minisme du grand homme, soucieux du d\u00e9sir de la femme et des exigences de son plaisir sexuel&#8230; \u00e0 lui (article possessif masculin &laquo;&nbsp;his &laquo;&nbsp;).<\/p>\n<p>C&rsquo;est que biologiquement, les femmes peuvent toujours d&rsquo;adapter. Alors que le d\u00e9sir masculin est un fleuve trop puissant pour conna\u00eetre des limites&#8230; C&rsquo;est la nature, c&rsquo;est la vie, mesdames il faudra vous adapter \u00e0 cette violence.<\/p>\n<p>Dans ces conditions beaucoup de femmes se sentent mal \u00e0 l&rsquo;aise devant les pratiques sexuelles auxquelles elles sont gentiment soumises. La sexologie parle alors d&rsquo;inhibitions. Une fa\u00e7on de psychologiser une angoisse l\u00e9gitime pour imposer des pratiques de violence r\u00e9elle ou symbolique envers les femmes. Alors elles font avec. Dans une correspondance entre femmes, celles-ci admettent ne pas pouvoir supporter d&rsquo;avaler le sperme de leur partenaire. Elles s&rsquo;\u00e9changent alors de v\u00e9ritables conseils de m\u00e9nag\u00e8res pour rendre ce travail sexuel moin p\u00e9nible. La lib\u00e9ration dont on parle si volontiers est l&rsquo;imposition sur les femmes d&rsquo;un nouveau travail et d&rsquo;une forte pression sur leurs comportements sexuels. La question se pose : la r\u00e9volution sexuelle a-t-elle vraiment vis\u00e9 \u00e0 lib\u00e9rer les femmes ? Elle a condamn\u00e9 tr\u00e8s fortement le lesbianisme, tout comme les hommes p\u00e9dophiles condamnaient l&rsquo;expression de la sexualit\u00e9 enfantine quand le d\u00e9sir portait un enfant vers un autre. Ce refus de voir les femmes et les enfants se lib\u00e9rer quand les hommes adultes ne profitent pas de cette &nbsp;&raquo;lib\u00e9ration&nbsp;&raquo; doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 ni plus ni moins comme la conqu\u00eate par les hommes de nouveaux droits sexuels sur les objets de leurs d\u00e9sirs.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9volution sexuelle sera politique<\/strong><\/p>\n<p>Comfort, Reuben, auxquels on peut ajouter les c\u00e9l\u00e8bres Masters et Johnson, sont loin de faire de la sexualit\u00e9 un outil politique, il s&rsquo;agit simplement pour eux de vivre mieux et de profiter de la vie. Il n&rsquo;est donc pas si \u00e9tonnant qu&rsquo;ils n&rsquo;aient aucune r\u00e9flexion sur les enjeux de pouvoir dans la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais alors que la r\u00e9volution sexuelle \u00e9tait v\u00e9cue et \u00e9crite comme le fer de lance de la r\u00e9volution par des personnalit\u00e9s tr\u00e8s politiques comme Wilhelm Reich, Herbert Marcuse, l&rsquo;\u00e9diteur<\/p>\n<p>Maurice Girodias et leurs successeurs, jamais ceux-ci ne se sont inqui\u00e9t\u00e9s des in\u00e9galit\u00e9s qui pouvaient \u00eatre reproduites ou accentu\u00e9es dans les rapports sexuels. Le sexe \u00e9tait seulement l&rsquo;expression de la libert\u00e9 de l&rsquo;homme et cette libert\u00e9 ne pouvait \u00eatre r\u00e9prim\u00e9e plus longtemps par le capitalisme et son bras arm\u00e9, l&rsquo;institution familiale.<\/p>\n<p>Si la sexualit\u00e9 \u00e9tait \u00e9minemment politique, les femmes ne devaient pas s&rsquo;attendre \u00e0 ce que l&rsquo;on accept\u00e2t de faire de cette nouvelle sexualit\u00e9 le moyen de leur \u00e9mancipation. Les f\u00e9ministes les plus radicales proposent m\u00eame que si les relations sexuelles des jeunes femmes c\u00e9libataires ont \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es, c&rsquo;\u00e9tait par peur de leur \u00e9mancipation sociale et pour les garder sous le contr\u00f4le masculin de leurs amants, la sexualit\u00e9 devenant alors le moyen d&rsquo;entraver encore plus les femmes.<\/p>\n<p><strong>Une r\u00e9volution confisqu\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p>De la libert\u00e9 des ann\u00e9es 70 on est vite pass\u00e9 au lib\u00e9ralisme des ann\u00e9es 80. L&rsquo;absence de r\u00e9flexion sur les rapports de pouvoir dans une relation sexuelle entre un homme et une femme, ou entre un homme et un enfant, rejoint le lib\u00e9ralisme capitaliste qui veut nous faire croire en des chances \u00e9gales pour tous pour justifier l&rsquo;absence ou la destruction de processus de redistribution de la richesse sociale. Chances \u00e9gales, et chacun pour soi.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, l&rsquo;injonction \u00e0 avoir du plaisir pour s&rsquo;\u00e9panouir \u00e9tait accompagn\u00e9e d&rsquo;un relativisme moral certain. Il n&rsquo;y avait plus de victimes d&rsquo;actes de violence sexuelle, juste des femmes et des enfants \u00e0 l&rsquo;esprit \u00e9troit pour les unes ou affabulateurs pour les autres. Cette injonction \u00e0 consommer l&rsquo;autre sans tenir compte de ses d\u00e9sirs ressemble de tr\u00e8s pr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;injonction capitaliste \u00e0 la consommation d&rsquo;objets. Le consum\u00e9risme sexuel et un individualisme forcen\u00e9 semblent constituer l&rsquo;h\u00e9ritage le plus visible de ces ann\u00e9es de r\u00e9volution manqu\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Aude<\/p>\n<p><em>Les citations et les faits sont tir\u00e9s de <\/em><em>Sheila Jeffreys, <\/em>Anticlimax<em> (The Women Press, Londres, <\/em><em>1990). Cette historienne f\u00e9ministe a fait un <\/em><em>travail de <\/em><em>lecture essentiel des discours sexologiques dominants tout au long du XX\u00e8me si\u00e8cle. Ce texte est fortement influenc\u00e9 par le chapitre &laquo;&nbsp;The <\/em><em>sexual revolution&nbsp;&raquo;, pp.91-144.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h2>SALOPE, VA, C\u2019EST BIEN !<\/h2>\n<p>C&rsquo;est ce que m&rsquo;\u00e9crit un jour un copain \u00e0 la lecture de je ne sais plus quel &laquo;&nbsp;exploit&nbsp;&raquo; vaguement sexuel dont je ne me souviens plus. Plus tard la une d&rsquo;un magazine attrape mon attention dans la rue : &laquo;&nbsp;Votre copine est-elle vicieuse ? Si oui, gardez-l\u00e0 !&nbsp;&raquo;<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre comme il faut, bien dans ses pompes, il faut \u00eatre une &laquo;&nbsp;salope&nbsp;&raquo;. Pour plaire \u00e0 son jules, il faut \u00eatre &laquo;&nbsp;vicieuse&nbsp;&raquo;. Deux mots qui dans un contexte sexuel peuvent aider \u00e0 irriguer une queue et exciter monsieur, mais qui renvoient quand m\u00eame un peu \u00e0 des notions n\u00e9gatives, non ? Notre vie sexuelle, \u00e0 nous les filles, est ainsi soumise \u00e0 une double pression : \u00eatre bonne, aimer la queue, tout en sachant que ces deux &laquo;&nbsp;qualit\u00e9s&nbsp;&raquo; peuvent \u00eatre mises \u00e0 d\u00e9faut, retourn\u00e9es comme un gant, et devenir des insultes.<\/p>\n<p><strong>Une injonction paradoxale<\/strong><\/p>\n<p>Une autre copain, pro-f\u00e9ministe, m&rsquo;aide \u00e0 mettre un nom bien connu sur ce constat : &laquo;&nbsp;l&rsquo;injonction paradoxale&nbsp;&raquo;. \u00catre \u00e0 la fois &laquo;&nbsp;lib\u00e9r\u00e9e&nbsp;&raquo;<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> sexuellement, se sentir bien dans sa peau, aimer le sexe&#8230; mais il faut rester une fille s\u00e9rieuse qui rougirait devant une queue en \u00e9rection.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la vieille division des femmes : maman ou putain&#8230; sauf qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui il faut \u00eatre les deux \u00e0 la fois ! Jouer avec les identit\u00e9s, passer de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre, sans s&rsquo;y laisser enfermer. Un vrai num\u00e9ro d&rsquo;\u00e9quilibriste !<\/p>\n<p><strong>Un dosage parfait<\/strong><\/p>\n<p>\u00catre sexy, s&rsquo;habiller mini pour offrir un joli spectacle et se sentir d\u00e9sirable, et en m\u00eame temps ne pas ressembler \u00e0 une pute.<\/p>\n<p>Se montrer ouverte aux aventures amoureuses, mais ne pas avoir l&rsquo;air trop disponible pour ne pas subir la drague lourde\/l&rsquo;agression.<\/p>\n<p>Ressembler aux filles des magazines alors qu&rsquo;on sait bien qu&rsquo;elles se feraient agresser ou violer dans n&rsquo;importe quel milieu qui ne serait pas surprot\u00e9g\u00e9. L&rsquo;injonction paradoxale est un d\u00e9sagr\u00e9ment certain pour les filles des centres-villes \u00e0 qui l&rsquo;on fait des remarques quand elles sont jolies&#8230; et quand elles ne le sont pas assez. Mais c&rsquo;est une pression parfois tragique pour les nanas des banlieues qui disent s&rsquo;attifer en jogging pour en pas \u00eatre la prochaine victime d&rsquo;un viol collectif.<\/p>\n<p>R\u00e9pondre aux remarques de ceux qui nous voudraient plus comme ci et moins comme \u00e7a. Ignorer les injonctions\u00a0\u00a0 (parfois relay\u00e9es par les autres femmes) sur notre corps, notre apparence. Notre comportement. n&rsquo;est pas facile, mais c&rsquo;est par ces petites r\u00e9voltes que passe la reconqu\u00eate de notre libert\u00e9.<\/p>\n<p>Aude<\/p>\n<h2>LE FEMINISME ECOLO : NI ESSENTIALISTE NI UNIVERSALISTE<\/h2>\n<p>Lors d&rsquo;un rassemblement \u00e9colo dans le Morvan, nous nous sommes aper\u00e7u-e-s que nous n&rsquo;\u00e9tions pas tr\u00e8s satisfaites et satisfaits des th\u00e9ories f\u00e9ministes. Ce texte se veut \u00eatre une introduction pour approfondir notre r\u00e9flexion sur ce que peut \u00eatre un f\u00e9minisme \u00e9colo.Le f\u00e9minisme est aujourd&rsquo;hui travers\u00e9 par deux courants majoritaires : le courant essentialiste (ou diff\u00e9rentialiste) et le courant universaliste. Il convient donc de r\u00e9sumer et de critiquer ces deux courants pour pouvoir les d\u00e9passer :<\/p>\n<p>&#8211;<strong>Le courant essentialiste<\/strong> proclame le droit \u00e0 la diff\u00e9rence. Pour ces &laquo;&nbsp;f\u00e9ministes&nbsp;&raquo;, il existerait des sp\u00e9cificit\u00e9s f\u00e9minines compl\u00e9mentaires des sp\u00e9cificit\u00e9s masculines. Par exemple, les femmes seraient naturellement plus fid\u00e8les que les hommes. Ce courant pr\u00e9tend \u00e0 une utilisation harmonieuse des comp\u00e9tences f\u00e9minines dans la compl\u00e9mentarit\u00e9 des deux sexes pour le plus grand bien de la soci\u00e9t\u00e9. Ce courant se revendique f\u00e9ministe car il fait l&rsquo;apologie des valeurs dites f\u00e9minines. Ces arguments ont particuli\u00e8rement \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s lors du d\u00e9bat sur la parit\u00e9 politique. La parit\u00e9, selon les essentialistes, humaniserait l&rsquo;action publique car les femmes sont naturellement plus douces et plus proches des r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes alors que les hommes ont une aptitude naturelle \u00e0 l&rsquo;abstraction et l&rsquo;id\u00e9ologie.<\/p>\n<p>&#8211;<strong>Le courant universaliste<\/strong> proclame, le droit \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Il revendique l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte des droits au nom d&rsquo;un principe fondateur de la R\u00e9publique qui est la suspension des particularismes. Pour les universalistes, la diff\u00e9rence biologique ne peut expliquer les diff\u00e9rences de comportement et la domination. Toutes les diff\u00e9rences sont expliqu\u00e9es culturellement. Par exemple, les jeunes filles s&rsquo;orientent vers des fili\u00e8res faiblement valoris\u00e9es alors que leurs r\u00e9sultats scolaires sont meilleurs que les gar\u00e7ons. Pour les universalistes, ce ph\u00e9nom\u00e8ne serait le r\u00e9sultat d&rsquo;une culture int\u00e9gr\u00e9e peu \u00e0 peu durant l&rsquo;enfance et l&rsquo;adolescence de ce que sont les m\u00e9tiers f\u00e9minins et les m\u00e9tiers masculins. Les luttes des universalistes sont donc plut\u00f4t tourn\u00e9es vers le droit, elles agissent sur les lois pour parvenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 pour tous et toutes.<\/p>\n<p><strong>Mais, le f\u00e9minisme vu par ces deux courants a des effets pervers pour les femmes.<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; En affirmant que les diff\u00e9rences biologiques entre les hommes et les femmes font des deux genres des \u00eatres de nature diff\u00e9rente, les essentialistes justifient le traitement diff\u00e9renci\u00e9 qui est fait aux hommes et aux femmes et exclut les femmes de tout ce qui pourrait concerner les choses sales (les affaires de frics, les trucs trop abstraits, etc.)<\/p>\n<p>-Les autres pensent que les femmes doivent se battre pour acc\u00e9der \u00e0 tous ces trucs de mecs. Bref, tant que la moyenne des femmes n&rsquo;aura pas atteint le niveau de pourriture de la moyenne des hommes, \u00e7a n&rsquo;ira pas !<\/p>\n<p><strong>En tant que f\u00e9ministe,<\/strong> je ne peux donc pas me satisfaire des positions essentialiste qui d\u00e9termine auparavant ce que nous devons \u00eatre pour \u00eatre des femmes ! <strong>Mais en tant qu&rsquo;\u00e9cologiste<\/strong>, je ne peux me r\u00e9soudre \u00e0 devenir une &laquo;&nbsp;executive woman&nbsp;&raquo;, cette ic\u00f4ne des universalistes qui voient dans le travail des femmes l&rsquo;outil de leur lib\u00e9ration. Voulons-nous r\u00e9ellement une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les femmes seront des battantes pr\u00eates \u00e0 \u00e9craser leurs coll\u00e8gues masculins pour \u00eatre \u00e9mancip\u00e9es ? M\u00eame si selon les crit\u00e8res habituels elles ont r\u00e9ussi, mes mod\u00e8les f\u00e9minins ne sont pas Condoleezza Rice ou Margaret Thatcher&#8230;<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 capitaliste ne lib\u00e9rera pas les femmes car m\u00eame si elles parviennent \u00e0 obtenir toutes les armes pour lutter \u00e9galement avec les hommes, la majorit\u00e9 d&rsquo;entre elles restera opprim\u00e9e. En effet, le syst\u00e8me de concurrence dans le syst\u00e8me capitaliste lib\u00e9rera \u00e0 la limite une petite partie des bourgeoises hautement dipl\u00f4m\u00e9e, pr\u00eates \u00e0 renoncer \u00e0 une partie de leur vie priv\u00e9e (comme le font les hommes en laissant les t\u00e2ches priv\u00e9es \u00e0 leurs femmes).<\/p>\n<p>Tr\u00e8s peu de personnes sont capables de r\u00e9ussir une vie amicale, culturelle, familiale, affective en travaillant \u00e0 des heures impossibles et dans le stress. C&rsquo;est m\u00eame pour cela que la soci\u00e9t\u00e9 a maintenu les femmes dans toutes les t\u00e2ches &laquo;&nbsp;priv\u00e9es&nbsp;&raquo; pour pouvoir lib\u00e9rer leurs maris de ces contraintes et mieux les exploiter au boulot pour le bien de l&rsquo;\u00e9conomie et de la France.<\/p>\n<p>On parle souvent concernant les femmes d&rsquo;une double journ\u00e9e de boulot. Apr\u00e8s l&rsquo;entreprise, puis les corv\u00e9es m\u00e9nag\u00e8res et familiales, on demande aux femmes de s&rsquo;entretenir pour continuer \u00e0 plaire \u00e0 son petit mari, vous parlez d&rsquo;une vie \u00e9mancip\u00e9e ! Le passage aux 35 heures pourrait \u00eatre un progr\u00e8s pour les femmes, elles sont lib\u00e9r\u00e9es de quatre heures par semaine pour autre chose que le boulot et surtout son mari aussi, ce qui lui permet de mettre lui aussi la main \u00e0 la p\u00e2te dans les t\u00e2ches quotidiennes.<\/p>\n<p><strong>Le f\u00e9minisme \u00e9colo passe donc obligatoirement par une red\u00e9finition du travail.<\/strong><\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, il n&rsquo;est pas normal que les t\u00e2ches dites m\u00e9nag\u00e8res ne soit pas autant valoris\u00e9es que les t\u00e2ches professionnelles. Je suis s\u00fbre que si faire la vaisselle remportait autant de prestige qu&rsquo;\u00eatre Bill Gates, les hommes seraient sur le cr\u00e9neau, et la vaisselle serait toujours nickel ! Si, en revanche, le travail \u00e9conomique \u00e9tait per\u00e7u comme le fait de produire des choses essentielles pour notre vie et pas des tas de trucs inutiles pour que la croissance augmente, on travaillerait beaucoup moins. Le fait de travailler moins permettrait \u00e0 tous et toutes de faire toutes les t\u00e2ches. La recherche de la croissance et de l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9conomique a entra\u00een\u00e9 une sp\u00e9cialisation dans les t\u00e2ches (le boulanger \u00e0 faire que du pain, le balayeur \u00e0 balayer, la blanchisseuse \u00e0 faire la lessive, etc.). Les divisions sociales et sexuelles des t\u00e2ches sont la base des hi\u00e9rarchies sociales et sexuelles.<\/p>\n<p><strong>La lib\u00e9ration des femmes passe donc par l&rsquo;abolition du travail, et des t\u00e2ches hi\u00e9rarchis\u00e9es !<\/strong><\/p>\n<p>Iseline<\/p>\n<h2>RIONS UN PEU AVEC LE SEXISME<\/h2>\n<p><em>Toi aussi, d\u00e9busque \u00e0 la devanture des marchand-e-s de journaux des merdes sexistes!<\/em><\/p>\n<p>J&rsquo;aime pas le noir et blanc. Mais si tout le monde en porte, faut voir.<\/p>\n<p>Bien dans ma vie, novembre 2003 Je suis conne. Blonde, on dit maintenant, demain on dira femme. Alors vous pensez, avoir une opinion ou un go\u00fbt qui m&rsquo;appartienne en propre&#8230;<\/p>\n<p>Chaque semaine avec votre quotidien r\u00e9gional, version F\u00e9mina.<\/p>\n<p>Pub pour le suppl\u00e9ment f\u00e9minin de Sud Ouest Dimanche Et le journal g\u00e9n\u00e9raliste, c&rsquo;est version Masculino ? Mais non, le masculin c&rsquo;est universel.<\/p>\n<p>Tandis<\/p>\n<p>Une femme, combien \u00e7a co\u00fbte ? \u00c9quipez-vous en fonction de votre budget.<\/p>\n<p>FHM, mars 2003 Sans commentaire.<\/p>\n<p>Le mari, les enfants, le boulot, j&rsquo;suis pas pr\u00e8s de m&rsquo;\u00e9piler, moi.<\/p>\n<p>Bien dans ma vie, septembre 2003 Le temps que je ne donne pas aux autres je le consacre \u00e0 mon corps&#8230; pour qu&rsquo;il plaise aux autres.<\/p>\n<p>Pas envie ce soir, faut-il dire non ou simuler ?<\/p>\n<p>Bien dans ma vie, janvier 2003 que Jules quand il n\u2019a pas envie, non c&rsquo;est non. C&rsquo;est technique.<\/p>\n<p>Chiche ! jeubnes \u00e9colos alternatifs solidaires copyleft avril 2005 <a href=\"http:\/\/www.chicheweb.org\">www.chicheweb.org<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ann Oakley, Sex, Gender and Society, Temple Smith, Londres, 1972<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Paris, Seuil, 1998.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Penser le genre, quels proble\u0300mes ?\u201d, Sociologie, IRES- CO, CNRS, 1991.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Nicole-Claude Mathieu, \u201cIdentite\u0301 sexuelle\/sexue\u0301e\/de sexe. Trois modes de conceptualisation du rapport entre sexe et genre\u201d, in Daune-Richard, Anne-Marie, Marie-Claude Hurtig et Marie-France Pichevin, Cate\u0301gorisation de sexe et constructions scientifiques, Aix-en Provence, Universite\u0301 d&rsquo;Aix-en Provence, 1989.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> ertilite\u0301 naturelle et reproduction force\u0301e\u201d, in L&rsquo;Arraisonnement des femmes. Essais en anthropologie des sexes, Paris, EHESS, 1985.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Pascale Molinier, <em>L&rsquo;Enigme de la femme active. Ego\u00efsme, sexe et compassion,<\/em> Paris, Payot, 2003. Passionnant, \u00e0 lire absolument !<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00e0 ce sujet voir aussi : Fran\u00e7oise Collin, &laquo;&nbsp;Pluralit\u00e9 Diff\u00e9rence Identit\u00e9\u201d, Pr\u00e9sences, n\u00b038, octobre 1991.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Franc\u0327oise He\u0301ritier citant Julien Joseph Virey dans \u201cLe sang du guerrier et le sang des femmes\u201d, <em>Les Cahiers du GRI<\/em>F 29, hiver 1984-1985<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Queer : mouvement d&rsquo;origine am\u00e9ricaine qui se construit contre l&rsquo;apparition d&rsquo;une norme homosexuelle blanche et bourgeoise. E\u0302tre queer, c&rsquo;est \u00eatre un sale pe\u0301de\u0301, une sale gouine, qui utilise sa sexualit\u00e9\u0301 de mani\u00e8re subversive.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Max, juin 2002<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Voir le texte \u201cLa re\u0301volution sexuelle au rayon X\u201d pour les guillemets<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0&#8211; Des in\u00e9galit\u00e9s constamment ni\u00e9es &#8211; Cent raisons d&rsquo;\u00eatre encore f\u00e9ministe &#8211; Penser le non-genre &#8211; Une diff\u00e9rence essentielle? &#8211; Fuck le genre! &#8211; Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une image sexiste? &#8211; Femmes en politique &#8211; Apr\u00e8s la r\u00e9volution &#8211; La r\u00e9volution sexuelle &hellip; <a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=203\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[20],"class_list":["post-203","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-hommes-et-feminisme","tag-text-only"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=203"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/203\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2638,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/203\/revisions\/2638"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}