{"id":1500,"date":"2016-01-12T18:01:38","date_gmt":"2016-01-12T17:01:38","guid":{"rendered":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=1500"},"modified":"2020-09-21T16:08:59","modified_gmt":"2020-09-21T15:08:59","slug":"qui-ne-dit-mot-consent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=1500","title":{"rendered":"Qui ne dit mot consent"},"content":{"rendered":"\r\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"blob:https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/5fbf9173-c121-c748-8846-cc26d8e2175e\" alt=\"\" \/><\/figure>\r\n\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1501 size-medium\" src=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2016\/01\/qui_ne_dit_mot_consent_V2-cahier-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2016\/01\/qui_ne_dit_mot_consent_V2-cahier-212x300.jpg 212w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2016\/01\/qui_ne_dit_mot_consent_V2-cahier-724x1024.jpg 724w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2016\/01\/qui_ne_dit_mot_consent_V2-cahier-565x800.jpg 565w, https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2016\/01\/qui_ne_dit_mot_consent_V2-cahier.jpg 1752w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><strong>Consid\u00e9rations sur le viol et le patriarcat<\/strong><\/p>\r\n<p>Ces &laquo;&nbsp;consid\u00e9rations sur le viol et le patriarcat&nbsp;&raquo; s\u2019attaquent de front \u00e0 diff\u00e9rentes questions comme celles de la sexualit\u00e9, du corps, du consentement, des limites qu\u2019on r\u00e9ussit \u00e0 fixer ou pas, de l\u2019\u00c9tat, de la domination masculine, de la construction sociale des femmes, de comment s\u2019organiser contre les violences sexuelles, etc.<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/01\/qui_ne_dit_mot_consent_ppp.pdf\">PDF page par page<\/a><br \/><a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/uploads\/2020\/03\/qui_ne_dit_mot_consent_mep.pdf\">PDF mis en page<\/a><\/p>\r\n<p><!--more--><\/p>\r\n<h1>*QUI NE DIT MOT CONSENT*<\/h1>\r\n<p><em>Consid\u00e9rations sur le viol et le patriarcat<\/em><\/p>\r\n<p>L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, on a commenc\u00e9 un cycle de r\u00e9flexion autour du genre <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> et du patriarcat \u00ab On \u00bb, des filles, des gar\u00e7ons, avec la volont\u00e9 d\u2019approfondir des r\u00e9flexions, plut\u00f4t en mixit\u00e9, en examinant au cas par cas les envies et besoins de chacun.e.<\/p>\r\n<p>Dans mon cas, ce cycle venait r\u00e9pondre \u00e0 plusieurs besoins. D\u2019abord, celui de r\u00e9gler des comptes \u00ab personnels \u00bb, des blessures, des souffrances, inflig\u00e9es par le syst\u00e8me patriarcal, mais aussi par l\u2019ensemble des normes impos\u00e9es par le capitalisme et la morale. Une tentative de reprendre pied dans mon corps et mon esprit mutil\u00e9s par ce monde. Ensuite, il s\u2019agissait \u00e0 mes yeux d\u2019\u00e9laborer une perspective de lutte autour d\u2019enjeux trop souvent consid\u00e9r\u00e9s comme secondaires.<\/p>\r\n<p>J\u2019ai trop entendu de personnes d\u00e9fendre une soi-disant priorit\u00e9 entre la vraie lutte et la question anti sexiste par exemple, comme si ces choses n\u2019\u00e9taient pas li\u00e9es, ou encore l\u2019id\u00e9e que toutes ces questions seront miraculeusement r\u00e9solues apr\u00e8s l\u2019insurrection. Pour d\u2019autres, ces enjeux semblent trop abstraits, en opposition aux choses qu\u2019on peut attaquer et d\u00e9truire physiquement.<\/p>\r\n<p>La question est \u00e9videmment plus d\u00e9rangeante, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit de rapports pr\u00e9sents partout, tout le temps, et que nul ne peut, honn\u00eatement, pr\u00e9tendre y \u00e9chapper.<\/p>\r\n<p>D\u00e9velopper des id\u00e9es seul.e ne suffit pas. A un moment, l\u2019\u00e9change d\u2019exp\u00e9riences, ajout\u00e9 \u00e0 l\u2019approfondissement th\u00e9orique, permet de sortir du singulier et de comprendre l\u2019enjeu social et politique de l\u2019intime sur nos d\u00e9sirs de libert\u00e9.<\/p>\r\n<p>Au cours de nos nombreuses discussions, la question du viol s\u2019est mise \u00e0 revenir fr\u00e9quemment sur le tapis. Avec cette m\u00eame difficult\u00e9, cette m\u00eame g\u00eane, ce malaise; une panique dans les regards, un retrait des corps; comme une impuissance \u00e0 briser le silence. Le tabou sur le sujet montre l\u2019ampleur du probl\u00e8me. Notre incapacit\u00e9 d\u00e9montre \u00e0 elle seule la n\u00e9cessit\u00e9 de rompre radicalement avec le silence impos\u00e9 socialement par des si\u00e8cles de patriarcat et de r\u00e9signation.<\/p>\r\n<p>Personnellement, j\u2019ai mis des ann\u00e9es avant de pouvoir mettre le mot \u00ab viol \u00bb sur ce truc que j\u2019ai v\u00e9cu quand j\u2019avais 12 ans. Je me suis longtemps refus\u00e9e \u00e0 l\u2019aborder parce que \u00e7a me semblait trop embarrassant, sauf avec des ami.e.s tr\u00e8s proches, et au bout d\u2019un certain temps. Quelques mois apr\u00e8s \u00ab \u00e7a \u00bb, j\u2019avais timidement essay\u00e9 d\u2019en parler autour de moi, \u00e0 demi-mots, \u00e0 mes deux s\u0153urs, mon fr\u00e8re. Ils n\u2019ont pas pu, pas voulu, m\u2019entendre. Trop dur \u00e0 avaler, j\u2019imagine. J\u2019ai laiss\u00e9 le traumatisme s\u2019enfouir, dans ma chair et dans ma t\u00eate, au plus profond de moi, comme le font la plupart des personnes. En laissant de temps \u00e0 autre le paquet remonter \u00e0 la surface. Je me suis convaincue que ce que j\u2019avais v\u00e9cu \u00e9tait une chose commune, commune \u00e0 tant de femmes qui n\u2019avaient pas l\u2019air si d\u00e9truites que si j\u2019en faisais tout un plat, on allait encore me reprocher de vouloir me faire remarquer. J\u2019ai gard\u00e9 \u00e7a pour moi. La suite du d\u00e9veloppement de ma sexualit\u00e9 s\u2019est av\u00e9r\u00e9e d\u00e9sastreuse. Sans sentiment, ou si peu, sans notion de consentement, sans plaisir. Selon le sch\u00e9ma hyper norm\u00e9 : rencontre entre un homme et une femme, embrassades, tripotages, p\u00e9n\u00e9tration vaginale, simulation d\u2019orgasme, \u00e9jaculation masculine. Silence. Un corps \u00e0 prendre, \u00e0 donner pour exister, s\u00e9par\u00e9 d\u2019une t\u00eate qui finit par apprendre comment ne pas \u00eatre l\u00e0.<\/p>\r\n<p>Et puis j\u2019ai rencontr\u00e9 des personnes qui m\u2019ont aim\u00e9e, que j\u2019ai aim\u00e9es; qui m\u2019ont permis de me regarder autrement que comme une victime embarrassante, coupable de rechercher encore le plaisir. Malgr\u00e9 cela, mes relations intimes \u00e9taient toujours empreintes de frustration et de tristesse. Malgr\u00e9 l\u2019amour, dont j\u2019\u00e9tais pourtant entour\u00e9e, il me manquait les outils pour m\u2019extirper de cette cage que sont les normes et les clich\u00e9s. Une femme viol\u00e9e est une femme traumatis\u00e9e. Une femme qui aime le sexe est une salope. Une femme qui se masturbe est une chaudasse. Une femme est heureuse lorsqu\u2019elle est en couple, et une femme en couple ne se masturbe pas. Elle prend un peu l\u2019initiative mais pas trop, elle sait naturellement faire jouir et a des orgasmes \u00e0 chaque rapport, qui confortent son partenaire dans sa virilit\u00e9, elle n\u2019a aucune demande, est pr\u00e9venante, attentionn\u00e9e, femme fatale. Je n\u2019\u00e9tais pas tout \u00e7a. Pourtant, j\u2019aurais donn\u00e9 cher pour pouvoir correspondre au sch\u00e9ma-type.<\/p>\r\n<p>Mais, le temps passant, j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 d\u2019autres formes d\u2019intimit\u00e9. J\u2019ai ainsi d\u00e9couvert que je n\u2019\u00e9tais pas \u00ab frigide \u00bb, mais simplement que je ne connaissais pas mon corps. En cr\u00e9ant, notamment, une relation privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 mon propre plaisir, et en d\u00e9culpabilisant la masturbation, j\u2019ai compris que je ne devais attendre de personne qu\u2019il m\u2019apprenne ce que moi-m\u00eame je ne savais pas. Que parler de sexe et de plaisir n\u2019\u00e9tait pas \u00ab nul \u00bb, ne coupait pas forc\u00e9ment le d\u00e9sir, mais pouvait permettre un saut qualitatif dans la relation, en terme de confiance, de possibilit\u00e9s, de libert\u00e9. Toutes ces merdes avec lesquelles j\u2019avais grandi, qui me faisaient d\u00e9tester mon corps et le transformaient en prison, n\u2019\u00e9taient pas une fatalit\u00e9. On pouvait lutter contre. On pouvait travailler dessus. Et petit \u00e0 petit, gagner du terrain.<\/p>\r\n<p>C\u2019est gr\u00e2ce aux personnes qui m\u2019ont accompagn\u00e9e, associ\u00e9es \u00e0 un ensemble d\u2019id\u00e9es et de conceptions \u00e9mancipatrices et anti-autoritaires, que j\u2019ai pu changer en positif l\u2019image que j\u2019avais de moi, et acqu\u00e9rir une certaine solidit\u00e9, dans mon corps comme dans ma t\u00eate. Les impulsions que je donne \u00e0 ma vie me permettent de me renforcer.<\/p>\r\n<p>Je sens que des blessures cicatrisent, et que toutes mes vieilles haines s\u2019att\u00e9nuent pour devenir surmontables. L\u2019existence que je m\u00e8ne et les personnes avec qui je la cr\u00e9e me persuadent qu\u2019on peut agir sur tout un ensemble de choses que je croyais d\u00e9finitives. Maintenant que je ne suis plus une petite fille apeur\u00e9e, je suis capable de nommer et de poser des limites. Je ne suis plus une adolescente haineuse, au corps tendu de vengeance, seule contre toutes et tous. Je ne d\u00e9teste plus les hommes, qui ne repr\u00e9sentent plus fatalement une pr\u00e9sence mena\u00e7ante ou une figure \u00e0 s\u00e9duire pour l\u00e9gitimer mon existence de \u00ab sexe faible \u00bb. Je d\u00e9passe m\u00eame, petit \u00e0 petit, ma crainte des autres femmes, qui ne sont plus des rivales \u00e0 affronter en permanence. Je d\u00e9truis peu \u00e0 peu en moi les restes de cette misogynie omnipr\u00e9sente, int\u00e9gr\u00e9e en chacun et chacune de nous, parce que nous naissons dedans, pour ne pas d\u00e9noter, pour \u00eatre \u00ab normal \u00bb.<\/p>\r\n<p>J\u2019\u00e9cris ce texte pour en finir avec la banalisation et l\u2019acceptation de toutes formes de rapports forc\u00e9s, contraints, non d\u00e9sir\u00e9s dans nos quotidiens. Ne pas subir, pouvoir choisir, trouver les armes, les soutiens, les formes possibles pour se r\u00e9approprier nos vies, et faire de vrais choix. Casser avec ce mythe puant du \u00ab personnel \u00bb, pour remettre la domination patriarcale \u00e0 sa place dans la hi\u00e9rarchie : au m\u00eame niveau que toutes les autorit\u00e9s \u00e0 d\u00e9truire.<\/p>\r\n<p>Une femme n\u2019existe pas sans homme. Dans ce syst\u00e8me de domination masculine, et jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment encore, ce sont les hommes qui font la guerre, prennent les d\u00e9cisions, assument les postes de commandement, \u00e9dictent les lois, etc. L\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 repose sur cet asservissement de la femme \u00e0 sa r\u00e9f\u00e9rence masculine, passant de la propri\u00e9t\u00e9 paternelle \u00e0 celle de son \u00e9poux, et m\u00eame \u00e0 celle de ses enfants, \u00e0 qui elle doit \u00eatre enti\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9e. Ses fonctions premi\u00e8res sont sexuelles et reproductrices, en tant qu\u2019objet de plaisir, de divertissement, ou comme une chose valorisante par son aspect esth\u00e9tique. En tant que \u00ab ventre \u00bb, elle porte les futurs soldats et\/ou travailleurs de la nation autant que la continuation de la lign\u00e9e ou de la race, et sert aussi de monnaie d\u2019\u00e9change, entre familles, royaumes, clans dans une potentielle r\u00e9solution de conflit ou volont\u00e9 d\u2019union politique.<\/p>\r\n<p>Le corps f\u00e9minin est un enjeu territorial qui d\u00e9passe la conqu\u00eate des terres ou du b\u00e9tail. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 voir comment, en temps de paix comme en tant de guerre, le viol a toujours \u00e9t\u00e9 une arme pour atteindre les hommes en tant que propri\u00e9taires des femmes de leur entourage. Ou m\u00eame, plus quotidiennement, la plupart des menaces ou insultes qui prennent pour cible les femmes afin de blesser l\u2019homme qui les poss\u00e8de. En utilisant le viol comme arme de guerre, on salit les filles, les m\u00e8res, les compagnes, on s\u00e8me le doute sur la paternit\u00e9, on d\u00e9truit les corps et les liens jusque dans les relations les plus intimes. Pour punir le \u00ab propri\u00e9taire \u00bb, on r\u00e9duit ainsi son \u00ab bien \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019objet, lui niant ainsi toute existence en tant qu\u2019individu \u00e0 part enti\u00e8re. Dommage collat\u00e9ral.<\/p>\r\n<p>Parce que le mariage a perdu beaucoup de son importance aujourd\u2019hui, du moins dans les pays de culture occidentale, l\u2019id\u00e9e de la femme en tant que propri\u00e9t\u00e9 masculine semblerait presque avoir disparu. La domination a, effectivement, pris d\u2019autres visages, plus subtils, mais pas moins brutaux. C\u2019est la grande erreur du f\u00e9minisme de la premi\u00e8re vague que d\u2019avoir cri\u00e9 victoire lorsque les femmes ont obtenu le droit de devenir esclaves en se vendant au m\u00eame nombre d\u2019heures que les hommes. Le capitalisme s\u2019en frotte les mains et leur dit merci.<\/p>\r\n<p>C\u2019est fermer les yeux sur la complexit\u00e9 du probl\u00e8me, qui va bien au-del\u00e0 de la charge des enfants, du m\u00e9nage, bien au-del\u00e0 de l\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re. Ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 conquis, c\u2019est notre autonomie, notre capacit\u00e9 \u00e0 nous autod\u00e9terminer, dans nos corps, nos esprits, nos sexualit\u00e9s, ce que devrait supposer une r\u00e9elle \u00e9mancipation.<\/p>\r\n<p>Soyons clair, les hommes ne sont pas plus libres de leurs d\u00e9sirs que les femmes. A ce niveau, nous naissons tous sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Etat, et subissons tous ses lois et ses bourreaux (flics, profs, psychiatres, travailleurs sociaux, etc.), dans le m\u00eame type de structure soci\u00e9tale, avec le noyau familial comme r\u00e9f\u00e9rence et toutes les normes qui y sont v\u00e9hicul\u00e9es d\u00e8s l\u2019enfance. Seulement, j\u2019estime qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 hi\u00e9rarchis\u00e9e se maintient aussi par une redistribution interne du pouvoir en accordant un certain nombre de privil\u00e8ges \u00e0 certaines cat\u00e9gories, cr\u00e9ant ainsi un sentiment d\u2019appartenance, et entra\u00eenant un r\u00e9flexe plus ou moins conscient de d\u00e9fense de l\u2019existant par les cat\u00e9gories au pouvoir d\u00e8s que celui-ci se trouve menac\u00e9.<\/p>\r\n<p>Il suffit d\u2019observer comment, depuis la naissance, les petits gar\u00e7ons et les petites filles se voient dress\u00e9s \u00e0 suivre un certain code de comportements et \u00e0 correspondre \u00e0 un certain nombre d\u2019attentes. M\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 a beaucoup \u00e9volu\u00e9 par rapport \u00e0 ce que nos parents et grands-parents ont v\u00e9cu, on aurait tort de croire que le fond a chang\u00e9. Aujourd\u2019hui, comme probablement il y a 100 ans, dans la plupart des familles, les petits gar\u00e7ons ne pleurent pas, doivent \u00eatre courageux, et sont pouss\u00e9s \u00e0 croire en leurs capacit\u00e9s, ce qui leur donne un certain nombre de bases solides dans l\u2019existence. Les petites filles sont \u00e9duqu\u00e9es \u00e0 \u00eatre douces, d\u00e9licates, et surtout \u00e0 s\u00e9duire, \u00e0 ne pas d\u00e9plaire. Bref, \u00e0 trouver un jour leur place dans la soci\u00e9t\u00e9, en tant que propri\u00e9t\u00e9 masculine.<\/p>\r\n<p>Au premier abord, les attentes auxquelles nous devons correspondre sont celles de notre famille. Faire la fiert\u00e9 de ses parents, et, surtout, ne pas leur faire honte en d\u00e9rogeant aux r\u00e8gles, est une attention pr\u00e9sente dans toutes nos petites t\u00eates blondes. Mais au-del\u00e0, ce sont les attentes d\u2019un syst\u00e8me, au sein duquel tous ces \u00e9l\u00e9ments viennent s\u2019imbriquer, pour renforcer son emprise sur nos vies.<\/p>\r\n<p>Toute domination se maintient par une tension conjointe, qui consiste \u00e0 pr\u00e9parer les dominants \u00e0 exercer, comme si c\u2019\u00e9tait naturel, leur pouvoir sur des domin\u00e9s pr\u00eats \u00e0 accepter leur soumission, et \u00e0 la consid\u00e9rer comme bonne. C\u2019est exactement le m\u00eame m\u00e9canisme concernant la domination patriarcale : il est bien plus confortable de suivre le courant dominant que de se faire traiter de tapette eff\u00e9min\u00e9e ou de f\u00e9ministe frustr\u00e9e mal-bais\u00e9e. Heureusement, la r\u00e9alit\u00e9 est un peu moins caricaturale.<\/p>\r\n<p>Mais le fait qu\u2019une grande majorit\u00e9 de filles vivent depuis leur plus jeune \u00e2ge des violences et des humiliations qui les conditionnent peu \u00e0 peu \u00e0 poser leur ressenti, leurs besoins, leurs d\u00e9sirs comme secondaires, constitue en soi le processus d\u2019acceptation de leur r\u00f4le social. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles acceptent de n\u2019\u00eatre pas autoris\u00e9es \u00e0 d\u00e9cider pour elles-m\u00eames. Dans la forme moderne de la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, les filles vont \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ont acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, aux contraceptifs et peuvent ainsi avoir l\u2019illusion d\u2019\u00eatre \u00e9mancip\u00e9es parce qu\u2019elles peuvent s\u2019acheter un vibromasseur. Pourtant, la majorit\u00e9 ont simplement \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9es \u00e0 s\u2019effacer pour le bien d\u2019autrui, \u00e0 ne pas faire de vague, \u00e0 prendre sur elles<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Tout en clamant \u00e0 qui veut l\u2019entendre que la femme occidentale est libre en versant des larmes de piti\u00e9 sur \u00ab nos pauvres s\u0153urs musulmanes \u00bb&#8230;<\/p>\r\n<p>Aujourd\u2019hui, en nous et tout autour de nous, notre \u00eatre reste un champ de bataille qu\u2019il nous faut reconqu\u00e9rir avec acharnement.<\/p>\r\n<p>Dans une perspective d\u2019abolition des genres au profit de la conception d\u2019individus libres et uniques, je pr\u00e9f\u00e9rerais ne pas employer les termes d\u2019homme et de femme. Je voudrais que chacun puisse \u00eatre ce qu\u2019ille souhaite, chaque jour diff\u00e9rent, sans sexualit\u00e9 d\u00e9finie une fois pour toute. Libre d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ses d\u00e9sirs. Des d\u00e9sirs pour des personnes, quelle que soit la boite dans laquelle nous avons \u00e9t\u00e9 rang\u00e9, e.s.<\/p>\r\n<p>Mais nous grandissons dans un mode de classement binaire, sans appel, o\u00f9 l\u2019on op\u00e8re quasi-syst\u00e9matiquement les personnes qui naissent avec un sexe ind\u00e9fini au m\u00e9pris total de leur choix futur. O\u00f9 le mod\u00e8le de r\u00e9ussite et de normalit\u00e9 est l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et la parentalit\u00e9. Le capitalisme s&rsquo;est bas\u00e9 sur la famille comme mode d\u2019organisation sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e afin de se garantir une population destin\u00e9e soit \u00e0 \u00eatre la main d\u2019\u0153uvre de masse soit l\u2019\u00e9lite dirigeante, tous unis dans le mythe de la consommation et du progr\u00e8s. Si le mod\u00e8le de la famille avec le p\u00e8re qui assure les revenus et la m\u00e8re pondeuse au foyer semble aujourd\u2019hui en pleine fragmentation &#8211; du moins dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales comme on les conna\u00eet &#8211; le capital, qu\u2019il le cr\u00e9e tant du r\u00f4le f\u00e9minin classique. Ensuite parce que je ne consid\u00e8re pas comme \u00e9mancipatrice l&rsquo;adoption de certains comportements valoris\u00e9s comme masculins. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;utiliser les autres comme objets sexuels ou de diriger une entreprise ou un minist\u00e8re d&rsquo;une main defer&#8230; A cela, je voudrais ajouter qu&rsquo;au-del\u00e0 du genre qui nous d\u00e9termine, nous sommes aussi des individus, plus ou moins forts, \u00e9go\u00efstes et autoritaires, et que c&rsquo;est aussi ce caract\u00e8re personnel qui peut nous pousser \u00e0 vouloir dominer. Ce qui ajoute pour moi d\u00e9terminisme de genre et de milieu social ou en soit la cons\u00e9quence, trouve toujours de nouvelles mani\u00e8res d\u2019exploiter le sexisme. Quel que soit notre genre, il y a toujours quelque chose \u00e0 nous vendre. Des pilules amaigrissantes aux abonnements dans des clubs de fitness, en passant par les s\u00e9ances chez le psy pour r\u00e9gler les probl\u00e8mes de couple, sans oublier le march\u00e9 que repr\u00e9sentent les hormones et la chirurgie pour tous les \u00eatres qui voudraient transformer leur apparence afin de se sentir plus acceptables&#8230; Nos sexes, nos corps, nos frustrations sont de v\u00e9ritables mines d\u2019or et nous encha\u00eenent \u00e0 nos propres oppressions. Performants, beaux, sveltes, sportifs, \u00e0 la fois p\u00e8re, m\u00e8re et travailleurs, nous devrions travailler sans compter et avoir encore le courage de baiser comme dans les pornos de masse en rentrant, nous devrions \u00eatre tout ce que cette soci\u00e9t\u00e9 exige de nous. S\u2019attaquer au patriarcat, c\u2019est dynamiter une des bases qui permettent \u00e0 ce monde de se maintenir. Et \u00e0 l\u2019inverse, aucun changement r\u00e9el de l\u2019existant<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> ne peut avoir lieu sans le priver d\u2019un de ses appuis les plus ancr\u00e9s et les mieux int\u00e9rioris\u00e9s.<\/p>\r\n<p>Nous naissons en plein dedans. Dans une soci\u00e9t\u00e9 hi\u00e9rarchis\u00e9e o\u00f9 un certain nombre de cat\u00e9gories de personnes poss\u00e8dent le pouvoir d\u2019exercer une autorit\u00e9. Et ce pouvoir passe par un certain nombre d\u2019actes destin\u00e9s \u00e0 conditionner les personnes, \u00e0 les soumettre, \u00e0 leur rappeler sans arr\u00eat de se plier \u00e0 la norme. Que l\u2019on soit fille ou gar\u00e7on, les rapports de domination font partie int\u00e9grante du monde dans lequel nous grandissons. Appliqu\u00e9 de fa\u00e7on consciente ou inconsciente, le viol est une des formes ultimes de ch\u00e2timent et\/ou de n\u00e9gation de l\u2019autre, en le r\u00e9duisant \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019objet. Dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires pour mineurs (EPM), les foyers, les internats, les prisons, les h\u00f4pitaux psychiatriques, les viols sont l\u00e9gions. Ceux des adultes sur les enfants, des profs sur les \u00e9l\u00e8ves, des cur\u00e9s sur leurs ouailles, des matons sur les prisonniers&#8230;<\/p>\r\n<p>Si je ressens le besoin d\u2019approfondir et de consacrer ce texte plus particuli\u00e8rement au viol f\u00e9minin, ce n\u2019est pas seulement parce que je l\u2019ai v\u00e9cu, ou que, partant de ma condition de \u00ab femme \u00bb socialement assign\u00e9e, j\u2019ai une certaine appr\u00e9ciation personnelle du sujet. C\u2019est principalement parce que je suis atterr\u00e9e de voir \u00e0 quel point cette question est facile \u00e0 jeter aux oubliettes. Je refuse de la consid\u00e9rer comme un des al\u00e9as de ce monde mortif\u00e8re. J\u2019ex\u00e8cre cette atmosph\u00e8re pourrie de fatalisme qui plane sur la question. Je refuse de laisser dire qu\u2019on ne peut rien y faire, qu\u2019il faut attendre l\u2019hypoth\u00e9tique r\u00e9volution sociale qui viendra mettre un terme \u00e0 toutes les questions sans r\u00e9ponse d\u2019aujourd\u2019hui. Je refuse de donner raison \u00e0 celleux qui ne veulent pas voir que les pistes concr\u00e8tes pour lutter contre ces oppressions sont innombrables. Dans les rapports sexistes, peut-\u00eatre encore plus que dans les autres relations de domination, personne n\u2019est en-dehors.<\/p>\r\n<p>Pour commencer, d\u00e9montons quelques \u00e9vidences. Il existe beaucoup plus de formes de violences sexuelles que l\u2019image commune que l\u2019on a du viol dans une ruelle sombre par un ou des inconnus.<\/p>\r\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, les relations sans consentement font partie int\u00e9grante de notre quotidien. Avec ou sans alcool, avec ou sans coups, avec ou sans chantage affectif, au sein de notre famille, dans notre bande de potes, dans le secret de nos relations. Je connais tr\u00e8s peu de filles qui n\u2019aient pas une histoire glauque de ce genre \u00e0 raconter. Certaines en parlent presque en riant, parce qu\u2019il est plus facile de garder un souvenir de f\u00eate alcoolis\u00e9e que de se dire que l\u2019on s\u2019est fait violer. Au-del\u00e0 de \u00e7a, les violences sexistes sont omnipr\u00e9sentes. Se faire siffler dans la rue, tripoter dans le m\u00e9tro, traiter de salope si l\u2019on ose riposter, \u00eatre oblig\u00e9es de dire qu\u2019on a un mec pour faire cesser les avances, en clair de s\u2019affirmer d\u00e9j\u00e0 propri\u00e9t\u00e9 de quelqu\u2019un&#8230;<\/p>\r\n<p>La sexualit\u00e9 des femmes qui m\u2019entourent depuis que la discussion s\u2019est ouverte est parsem\u00e9e de baisers, d\u2019attouchements, de caresses, de p\u00e9n\u00e9trations non-d\u00e9sir\u00e9s, qu\u2019elles se sentaient incapables de refuser. Incapables, ou ill\u00e9gitimes. Salopes, allumeuses, bourr\u00e9es, ind\u00e9cises, faibles. Parce que nous sommes rong\u00e9es par cette id\u00e9e que nous sommes \u00e0 notre place, celles de donner du plaisir, et peut- \u00eatre par chance d\u2019en prendre de temps \u00e0 autre, sans qu\u2019on n\u2019ait compris pourquoi cette fois-l\u00e0 c\u2019\u00e9tait diff\u00e9rent. Nous sommes tellement habitu\u00e9es \u00e0 cette id\u00e9e de devoir convenir, au risque de nous retrouver seules, que nous nous \u00f4tons le droit de poser des limites. Et ce m\u00eame dans l\u2019intimit\u00e9. Il est extr\u00eamement difficile pour beaucoup de femmes de dire non ou de faire des reproches \u00e0 quelqu\u2019un qu\u2019elles aiment, de prendre position sur des faits quotidiens qui finissent par devenir invisibles.<\/p>\r\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, et c\u2019est tout aussi dramatique, les gar\u00e7ons se font \u00e0 cette absence de limites, \u00e0 ces silences qui veulent dire oui selon leurs envies, sans m\u00eame envisager qu\u2019un \u00ab oui \u00bb prononc\u00e9 peut \u00eatre forc\u00e9, ou surfait. Habitu\u00e9s \u00e0 prendre en conqu\u00e9rants et ma\u00eetres un territoire o\u00f9 ils rejouent \u00e0 chaque fois leurs privil\u00e8ges.<\/p>\r\n<p>C\u2019est \u00e9videmment une oppression partag\u00e9e. Nous sommes tou.te.s enferm\u00e9.e.s dans des normes qui \u00e9touffent ce qu\u2019il y\u2019a de plus unique en chacun.e de nous, et brouillent toutes les possibilit\u00e9s de rencontres autres que celles que cette soci\u00e9t\u00e9 hi\u00e9rarchis\u00e9e nous impose. La plupart des relations intimes en portent la marque. Sans m\u00eame parler de viol conjugal, combien de femmes sont incapables de dire clairement qu\u2019elles n\u2019ont pas envie d\u2019un rapport, m\u00eame, voire surtout, avec les personnes qu\u2019elles aiment ? Ou, \u00e0 l\u2019inverse, d\u2019exprimer clairement du d\u00e9sir sans avoir l\u2019impression qu\u2019elles franchissent les limites socialement acceptables ? Et, de la m\u00eame mani\u00e8re, combien de mecs vont se forcer \u00e0 adopter des comportements virils parce qu\u2019ils ont l\u2019impression que c\u2019est ce que l\u2019on attend d\u2019eux ?<\/p>\r\n<p>Dans ce monde o\u00f9 l\u2019on est ou salope ou frigide, acteur porno ou coinc\u00e9.e du cul, il est incroyablement difficile de savoir ce que l\u2019on veut \u00eatre. Alors on accepte tout. Parce que ce monde-l\u00e0, avec la pauvret\u00e9 de ses fantasmes mercantiles et h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9s, nous \u00f4te la capacit\u00e9 de r\u00eaver \u00e0 d\u2019autres rapports. Baign\u00e9.e.s dans l\u2019extr\u00eame violence qu\u2019engendre la frustration permanente, celle d\u2019\u00eatre ce que nous ne sommes pas, de poss\u00e9der et de dominer les corps expos\u00e9s aux quatre vents comme produits consommables \u00e0 tous les prix&#8230; on accepte la mis\u00e8re sexuelle et affective comme seule existence possible.<\/p>\r\n<p>Pourtant&#8230;<\/p>\r\n<p>De toutes les personnes que j\u2019ai rencontr\u00e9es qui ont v\u00e9cu une ou plusieurs fois des rapports contraints, sous des formes vari\u00e9es (plus ou moins violents physiquement, avec ou sans amour&#8230;), plusieurs sont des \u00eatres solides, confiants dans une certaine mesure, qui prennent plaisir \u00e0 s\u00e9duire et dans leurs relations intimes; et qui ne sont pas en guerre ouverte, ni avec elles-m\u00eames, ni contre le genre masculin dans son ensemble. Ces personnes-l\u00e0, dont je fais partie, sont celles qui ont pu partager leur douleur, trouver des espaces, du temps, pour mettre des mots et d\u00e9passer le souvenir. S\u2019il reste douloureux et continue \u00e0 exercer des influences sourdes sur nos comportements, il n\u2019emp\u00eache pas de vivre.<\/p>\r\n<p>Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que personne ne veut en entendre parler. Si le viol fait partie int\u00e9grante de toutes les soci\u00e9t\u00e9s, de toutes les \u00e9poques (relisez la mythologie grecque si vous avez un doute), c\u2019est aussi \u00e0 cause du tabou qui le rend quasi-indiscutable. Avant tout par l\u2019existence d\u2019un certain r\u00e9flexe de \u00ab caste \u00bb qui pousse les dominants (ici en l\u2019occurrence les hommes) \u00e0 se d\u00e9fendre mutuellement et \u00e0 prot\u00e9ger leurs pairs et leurs privil\u00e8ges.<\/p>\r\n<p>Maintenir le silence sur cette question permet d\u2019\u00e9viter d\u2019\u00eatre confront\u00e9 au probl\u00e8me, et ainsi de maintenir les conditions qui permettent aux hommes de croire que ce sont leurs instincts qui les poussent au viol. Les instincts \u00e9tant naturels, il ne serait ni possible ni souhaitable de les enrayer.<\/p>\r\n<p>Durant les derni\u00e8res d\u00e9cennies, avec les luttes f\u00e9ministes et l\u2019int\u00e9gration d\u2019un certain nombre d\u2019oppressions dans le domaine du droit, le viol est maintenant puni par la loi, mais il est aussi devenu encore plus souterrain. En 2012, il est d\u00e9sormais mal vu de frapper sa femme en public, ou de mettre la main au cul de sa voisine dans le bus. Mais tous ces comportements, je le r\u00e9p\u00e8te, n\u2019ont absolument pas disparu, pas plus que les constructions mentales qui les rendent possibles. Les grandes campagnes anti-viol en ont \u00e9tabli une certaine image, qui est un des aspects de la r\u00e9alit\u00e9, mais qui n\u2019en recouvre qu\u2019une partie, la plus spectaculaire, la plus monstrueuse. Le pla\u00e7ant ainsi, le plus g\u00e9n\u00e9ralement, hors de la sph\u00e8re familiale, hors du couple, hors des relations d\u2019amour. Comme un acte de psychopathe.<\/p>\r\n<p>Face \u00e0 une telle repr\u00e9sentation beaucoup de femmes ne se sentent pas \u00ab le droit \u00bb d\u2019appliquer ce terme \u00e0 leur propre v\u00e9cu. Pire, cela nous \u00f4te la capacit\u00e9 de saisir le lien qui existe entre ce fant\u00f4me terrifiant et ce qui nous semble \u00e0 c\u00f4t\u00e9, \u00eatre de l\u2019ordre de la banalit\u00e9.<\/p>\r\n<p>Si l\u2019on n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rou\u00e9.e de coups et taillad\u00e9.e dans un parking souterrain, on n\u2019a pas vraiment \u00ab le droit \u00bb de se sentir. Toutes les formes de violences quotidiennes en deviennent normales, et donc acceptables.<\/p>\r\n<p>Cette acceptation de la \u00ab normalit\u00e9 \u00bb entra\u00eene un processus de culpabilisation destructeur, qui s\u2019ajoute au traumatisme du rapport forc\u00e9 en lui-m\u00eame. Le mot \u00ab viol \u00bb est entour\u00e9 d\u2019une aura de trag\u00e9die si insurmontable qu\u2019il para\u00eet inconcevable, pour un \u00eatre normal, d\u2019y survivre.<\/p>\r\n<p>Personnellement, j\u2019ai mis des ann\u00e9es \u00e0 sortir de la culpabilisation, et, apparemment, il m\u2019en reste encore des traces aujourd\u2019hui. Je m\u2019en rends compte quand il m\u2019arrive d\u2019en parler. \u201cSi je n\u2019avais pas fait \u00e7a\u201d, \u201coui mais j\u2019aurais pu tenter de&#8230;\u201d, \u201cils ne se sont probablement jamais rendu compte&#8230;\u201d Voil\u00e0 bien une preuve flagrante de l\u2019esprit de sacrifice et d\u2019abn\u00e9gation issu de l\u2019\u00e9ducation f\u00e9minine&#8230;<\/p>\r\n<p>Nous vivons tellement emprisonn\u00e9.e.s dans ces m\u00e9canismes que notre incapacit\u00e9 \u00e0 poser des limites ouvre le champ \u00e0 un nombre consid\u00e9rable de violences qui pourraient \u00eatre \u00e9vit\u00e9es. Je suis \u00e0 peu pr\u00e8s certaine que les deux types qui m\u2018ont viol\u00e9e ne se sont pas pos\u00e9 un seul instant la question de mon ressenti ou de mes d\u00e9sirs. Eux, persuad\u00e9s qu\u2019entre gar\u00e7on et fille c\u2019est comme \u00e7a que \u00e7a se passe, que si elle ne bouge pas, qu\u2019elle a m\u00eame l\u2019air d\u2019avoir mal mais qu\u2019elle ne dit rien, c\u2019est qu\u2019elle est consentante. Et moi, convaincue avec horreur mais r\u00e9signation que mon r\u00f4le de femme \u00e9tait d\u2019aller au bout de ce truc que je n\u2019avais peut-\u00eatre jamais voulu mais que je ne me sentais ni la force ni le droit de refuser.<\/p>\r\n<p>C\u2019\u00e9tait des connaissances de mon fr\u00e8re, je me refusais \u00e0 leur pr\u00eater de mauvaises intentions. L\u2019alcool renfor\u00e7ant le brouillard dans ma t\u00eate et rendant mes membres cotonneux, j\u2019\u00e9tais incapable de dire quoi que ce soit, ni de crier, ni de me lever et de partir, m\u00eame en courant. Je me r\u00e9p\u00e9tais que j\u2019avais cherch\u00e9 ce qui m\u2019arrivait, et que je devais \u00ab assumer \u00bb, \u00ab aller jusqu\u2019au bout \u00bb. J\u2019\u00e9tais autant terrifi\u00e9e des cons\u00e9quences sociales que mon refus pouvait entra\u00eener que par la situation en elle-m\u00eame. Avec une r\u00e9putation de coinc\u00e9e, j\u2019aurais perdu ma valeur en tant qu\u2019objet de convoitise sexuelle, ce que je percevais clairement comme invivable, m\u00eame sans en avoir conscience en des termes aussi pr\u00e9cis.<\/p>\r\n<p>Il m\u2019a fallu plusieurs ann\u00e9es pour accepter que ce que j\u2019avais v\u00e9cu dans ma chair et que je continue \u00e0 porter, en prenant conscience de toutes les cons\u00e9quences que \u00e7a a eu sur mes relations par la suite, \u00e9tait un viol. Je m\u2019\u00e9tais sentie viol\u00e9e. Eux ne mettraient probablement pas ce mot sur cet acte-l\u00e0. Mais \u00e7a ne change rien \u00e0 ce que j\u2019ai v\u00e9cu.<\/p>\r\n<p>C\u2019est sur cette capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer soi-m\u00eame l\u2019ampleur de la douleur que je veux mettre l\u2019accent. Cela implique n\u00e9cessairement un certain contexte permettant un d\u00e9passement de la souffrance. Ce contexte est, pour la plupart des personnes, tout simplement inexistant. Dire qu\u2019on a v\u00e9cu un viol demande \u00e9norm\u00e9ment de courage, et c\u2019est encore plus difficile quand on se rend compte que peu de personnes sont capables de l\u2019entendre.<\/p>\r\n<p>Beaucoup de gens repoussent le sujet hors de leur champ de conscience parce qu\u2019il les renvoie \u00e0 leurs propres v\u00e9cus, \u00e0 leurs propres traumatismes, \u00e0 une peur de tout ce que cela entra\u00eene. La plupart du temps, j\u2019ose esp\u00e9rer que cette fuite, ou cette absence de r\u00e9action, provient de l\u2019incapacit\u00e9 dans laquelle on peut se sentir face \u00e0 une personne en souffrance. De la peur d\u2019\u00eatre maladroit. Se sentir faible et tellement impuissant est aussi cause de souffrance.<\/p>\r\n<p>Mais chez certains hommes, il peut aussi s\u2019agir d\u2019un r\u00e9flexe de caste. Paniqu\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e que \u00e7a puisse les renvoyer \u00e0 des choses qu\u2019ils ont faites. Quand il s\u2019agit d\u2019histoires se d\u00e9roulant dans l\u2019entourage, ce r\u00e9flexe de protection entre dominants peut devenir encore plus flagrant. On ne veut pas y croire, alors on minimise, parce que \u00e7a implique trop de choses qu\u2019un de nos copains ait pu commettre un viol. Parfois aussi, il s\u2019agit de pure indiff\u00e9rence, il faut bien l\u2019avouer. Enfin, du c\u00f4t\u00e9 des filles, c\u2019est rarement plus glorieux: absence de r\u00e9action, d\u00e9rision, voire justification du viol parce que \u00ab provocation \u00bb, et puis banalisation&#8230; M\u00eame r\u00e9flexe de caste, mais de celle des soumis.es. Tellement bien int\u00e9rioris\u00e9 que nous prot\u00e9geons instinctivement nos ma\u00eetres&#8230;<\/p>\r\n<p>Finalement, ne pas en parler revient aussi, parfois, \u00e0 \u00e9pargner les autres. Pr\u00eates \u00e0 sacrifier notre propre douleur au confort mental des personnes qui nous entourent. Il n&rsquo;y a qu\u2019\u00e0 des gens de confiance, dont on sait qu\u2019ils ,ne nous jugeront pas, ne nous condamneront pas \u00e0 une \u00e9tiquette de victime d&rsquo;un regard plein de commis\u00e9ration, au yeux desquels nous ne nous sentirons pas \u00ab sali.e.s \u00bb \u00e0 jamais, qu\u2019on peut dire ce genre de choses. Quand on essaie d&rsquo;en parler, et que personne ne r\u00e9agit, ou si peu, plut\u00f4t que d&rsquo;attaquer la l\u00e2chet\u00e9 des personnes qu\u2019on aime, on fait avec et on leur trouve des excuses.<\/p>\r\n<p>C\u2019est le pire des \u00e9cueils. Personne n\u2019apprend rien! Les filles se voient confirmer que la domination est socialement accept\u00e9e, et donc acceptable, normale, voire naturelle. Que la souffrance se porte dignement seule et sans plainte. Les gar\u00e7ons voient ent\u00e9rin\u00e9 leur droit de propri\u00e9taire, sans avoir \u00e0 se poser plus de questions.<\/p>\r\n<p>Il n\u2019y a pas de recette absolue qui permette d\u2019\u00eatre s\u00fbre de ce qu&rsquo;il faudrait faire dans une telle situation. Ne serait-ce que, principalement, parce que, comme on, l\u2019a dit avant, les personnes qui ont v\u00e9cu des violences sexuelles ne veulent, la plupart du temps, pas en parler. \u00c9norm\u00e9ment de personnes n\u2019en font part qu&rsquo;apr\u00e8s bien des ann\u00e9es. Sur le coup, celles qui en parlent sont parfois tellement ab\u00eem\u00e9es, bris\u00e9es dans leur propre estime qu\u2019elles ne se sentent plus la force de vouloir quoi que ce soit.<\/p>\r\n<p>\u00catre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la personne, c\u2019est lui permettre. d\u2019en faire quelque chose qu\u2019elle peut appr\u00e9hender, sur lequel elle devient capable de mettre des mots. \u00c9videmment, rien ne peut faire dispara\u00eetre la douleur instantan\u00e9ment, mais il n&rsquo;y a rien de pire que de la vivre seul.e, et perdu.e. Se sentir soutenu.e, sans \u00eatre jug\u00e9.e, aJec ou sans mots selon les besoins et les moments, savoir que l\u2019on est compris.e dans les moments o\u00f9 la douleur se fait trop forte pour \u00eatre masqu\u00e9e, et ne pas en aJoir honte; pouvoir compter sur les autres pour proposer des sorties, des activit\u00e9s qui permettent de penser \u00e0 autre chose. Il y a des personnes pour lesquelles c\u2019est le restant de leur vie qui se joue \u00e0 ces instants.<\/p>\r\n<p>Mais je veux croire qu&rsquo;il n\u2019est jamais trop tard, ni pour reprendre sa vie en main, ni pour affronter quelque chose qu\u2019on avait fui par le pass\u00e9. Il suffit parfois d\u2019une personne qui d\u00e9passe ce fant\u00f4me de la trag\u00e9die insurmontable pour enrayer la l\u00e2chet\u00e9 des personnes autour. De celleux qui ne veulent pas savoir, ou le minimum, ou qui pr\u00e9f\u00e8rent oublier le plus vite possible, enterrer l&rsquo;histoire, en rire pour d\u00e9dramatiser. Qui regardent leurs chaussures, p\u00e2lissent et se murent dans le silence, ,ou au contraire se r\u00e9fugient dans une col\u00e8re si destructrice qu\u2019elle vent renforcer la culpabilit\u00e9 de la personne qui demande du soutien.<\/p>\r\n<p>On n\u2019est pas coupable de ne pas savoir quoi faire, quoi dire. Mais le pire serait de ne m\u00eame pas essayer.<\/p>\r\n<p>Concernant l\u2019autre personne, celle qui a fait subir, la question est souvent encore plus complexe. D\u2019apr\u00e8s moi, prendre r\u00e9ellement en compte la douleur de la personne qui a subi ne revient pas forc\u00e9ment \u00e0 condamner la personne qui a commis. En tout cas, pas sans avoir auparavant tent\u00e9 de comprendre. Et d\u2019apprendre ensemble. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un aspect tout aussi difficile dans la prise en charge de cette probl\u00e9matique. Parce que punir, ou bannir, serait le plus facile. Se laisser aller \u00e0 une vendetta sanglante contient une part de fantasme extr\u00eamement jouissif. Quand il s\u2019agit de quelqu\u2019un que l\u2019on conna\u00eet, pourtant, il me para\u00eet envisageable d\u2019affronter le probl\u00e8me sous un autre angle.<\/p>\r\n<p>Briser le silence, et briser l\u2019isolement. Parce que certains ne se rendent r\u00e9ellement pas compte. Parce que d\u2019autres se ha\u00efssent \u00e0 jamais et n\u2019oseront jamais en parler \u00e0 quiconque.<\/p>\r\n<p>Personnellement, parce que je me bats pour un autre mode de rapports, je crois que, m\u00eame apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019enfermement dans les cages mentales de cette soci\u00e9t\u00e9, un vrai travail peut \u00eatre entam\u00e9 s\u2019il y a une prise de conscience r\u00e9elle de la port\u00e9e de nos actes. Et une volont\u00e9 de d\u00e9passer le d\u00e9terminisme. Sur ces bases-l\u00e0, un accompagnement peut se faire. Sans complaisance, sans fausse excuse. Mais sans cruaut\u00e9. Bienveillance indispensable.<\/p>\r\n<p>On n&rsquo;annule pas toute une vie de conditionnement en un claquement de doigt. Un travail de ce type demande \u00e9norm\u00e9ment de courage&#8230; Il n\u2019y a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 renforcer la haine, la m\u00e9fiance et le repli sur soi. Pas seulement parce que l\u2019on ne veut pas que cela se reproduise, mais dans l\u2019espoir que chaque individu en ressorte renforc\u00e9. En nous renfor\u00e7ant tou.te.s par la m\u00eame occasion.<\/p>\r\n<p>Mais, s\u2019il n\u2019y a, en face, aucune reconnaissance de l\u2019acte, ni aucune volont\u00e9 d\u2019en faire quoi que ce soit, alors je suis pour que les choses soient claires. Personnellement, le seul choix \u00e9thique qui me semble coh\u00e9rent est de couper les liens. D\u2019instaurer une distance sans \u00e9quivoque. Au lieu d\u2019une relation hypocrite empreinte de g\u00eane, de d\u00e9go\u00fbt et de col\u00e8re, je pr\u00e9f\u00e8re le refus total de toute relation. Je me refuse \u00e0 faire comme si rien ne s\u2019\u00e9tait pass\u00e9, comme s\u2019il suffisait de laisser passer du temps pour que les choses reprennent leur cours normal.<\/p>\r\n<p>Quant \u00e0 la solution des flics et la justice, qui est la seule qu\u2019on nous propose&#8230; Dans mon cas, on m\u2019a propos\u00e9 d\u2019intenter un proc\u00e8s aux deux mecs qui m\u2019avaient viol\u00e9e, un an apr\u00e8s. Je ne me battais pas encore pour la destruction de toutes les prisons \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0. Toujours est-il que la perspective d\u2019aller raconter mon histoire \u00e0 des flics, \u00e0 cette \u00e9poque d\u00e9j\u00e0, ne m\u2019inspirait gu\u00e8re. Combien de nanas ont regrett\u00e9 am\u00e8rement d\u2019\u00eatre all\u00e9es parler \u00e0 la justice!<\/p>\r\n<p>Concr\u00e8tement, cela signifie devoir \u00e9taler sa souffrance devant des inconnus, souvent des mecs de surcro\u00eet; r\u00e9p\u00e9ter les d\u00e9tails, voire leur montrer sa culotte pour voir si elle a bien l\u2019air d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e, parce qu\u2019il faut bien \u00ab des preuves \u00bb; \u00eatre oblig\u00e9e de se rem\u00e9morer encore et encore des moments qu\u2019on voudrait pouvoir effacer de sa m\u00e9moire; et recommencer, encore, devant un tribunal, un juge, des jur\u00e9s.<\/p>\r\n<p>Dans mon cas, aucune garantie qu\u2019ils ne me croient, alors autant ne pas m\u2019exposer \u00e0 l\u2019\u00e9talement public de toute cette histoire. Je voyais d\u00e9j\u00e0 les gros titres dans les journaux locaux :\u00ab Une adolescente accuse d\u2019agression sexuelle des amis de son fr\u00e8re ! \u00bb<\/p>\r\n<p>\u00c9tant persuad\u00e9e que ce que j\u2019avais subi n\u2019\u00e9tait pas un viol, et que c\u2019\u00e9tait de ma faute, aller demander justice revenait pour moi \u00e0 demander la condamnation de personnes innocentes. La question n\u2019\u00e9tait pourtant pas de savoir qui \u00e9tait coupable ou innocent. Mais la seule r\u00e9ponse que l\u2019on propose est celle de la punition, et donc de la prison. Le concept de justice rendue cr\u00e9e l\u2019id\u00e9e absolument fausse que quelque chose pourrait \u00eatre rendu aux personnes qui ont souffert. Rien ne peut offrir r\u00e9paration de ce que l\u2019on a endur\u00e9.<\/p>\r\n<p>Condamner des humains, fussent-ils d\u2019immondes pourceaux, \u00e0 l\u2019enfermement, ne gu\u00e9rit pas les traumatismes, pas plus que cela n\u2019emp\u00eache d\u2019autres viols de se produire, \u00e0 chaque instant, partout dans le monde, depuis la nuit des temps. Au mieux, on met hors d\u2019\u00e9tat de nuire certaines personnes pendant un temps donn\u00e9, mais on n\u2019attaque absolument pas le probl\u00e8me \u00e0 sa racine sociale: le fonctionnement patriarcal qui donne aux hommes le droit de laisser libre cours \u00e0 leurs soi-disant \u00ab instincts \u00bb de domination.<\/p>\r\n<p>Il est atroce de voir comment ce monde se sert des violences sexuelles comme justification hideuse pour l\u2019existence de ses prisons, qui lui servent pourtant bien plus \u00e0 enfermer les pauvres, les sans-papiers et les r\u00e9fractaires qu\u2019\u00e0 prot\u00e9ger les femmes de leurs p\u00e8res, de leurs fr\u00e8res, amis et amants.<\/p>\r\n<p>Combien de fois, en distribuant des tracts contre la taule, on me ressort cet argument : \u00ab Mais si vous aviez \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e, vous souhaiteriez tout de m\u00eame que votre agresseur soit puni non ? \u00bb H\u00e9 bien non! Si l\u2019on veut s\u2019attaquer \u00e0 la question du viol, il faut s\u2019attaquer \u00e0 la domination masculine, d\u00e9sol\u00e9e. Parce que la prison ne fait rien comprendre \u00e0 personne. Valider le syst\u00e8me carc\u00e9ral emp\u00eache de se poser les bonnes questions, et de faire le m\u00e9nage dans sa propre maison.<\/p>\r\n<p>H\u00e9las, on n\u2019emp\u00eachera jamais toutes les choses horribles d\u2019arriver. C\u2019est ici que la dimension sociale entre en jeu, comme un enjeu politique \u00e0 porter \u00e0 chaque instant. Une des premi\u00e8res choses \u00e0 faire, d\u2019apr\u00e8s moi, est de maintenir collectivement une vigilance constante. Pas pour renforcer la parano\u00efa, mais pour cr\u00e9er un climat de confiance, sentir qu\u2019une attention particuli\u00e8re est port\u00e9e autour de nous, aux violences en g\u00e9n\u00e9ral, et \u00e0 cette oppression-l\u00e0 en particulier. On peut cr\u00e9er des contextes qui tentent de les pr\u00e9venir. Et si elles arrivent malgr\u00e9 tout, soutenir les personnes concern\u00e9es.<\/p>\r\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 des discussions \u00e0 quelques un.e.s, des r\u00e9flexions publiques, des brochures, des films, et surtout, par des relations de confiance, ces m\u00e9canismes peuvent \u00eatre identifi\u00e9s, et petit \u00e0 petit, d\u00e9mont\u00e9s. Je ne suis pas \u00e0 prendre, tu n\u2019as pas \u00e0 prendre.<\/p>\r\n<p>Au fur et \u00e0 mesure, des actes se mettraient en place de fa\u00e7on collective. Un mec qui se prendrait une droite \u00e0 chaque remarque sexiste ou \u00e0 chaque main au cul serait tent\u00e9 d\u2019arr\u00eater, \u00e0 un moment. Un type qui suivrait une nana dans la rue et qui se ferait s\u00e9cher par des passant.e.s inconnu.e.s ne recommencerait sans doute pas \u00e7a tous les soirs. \u00c7a commencerait \u00e0 briser ce quotidien inf\u00e2me dans lequel nous sommes des proies sur pattes, et o\u00f9 notre sort consiste \u00e0 attendre plus ou moins craintivement la prochaine salve.<\/p>\r\n<p>On peut d\u2019ailleurs apprendre \u00e0 s\u2019en d\u00e9fendre. Si nous n\u2019\u00e9tions pas tellement persuad\u00e9es de notre propre faiblesse, tant physique que mentale, il nous serait bien plus facile de nous sortir de beaucoup de situations o\u00f9, parfois, renvoyer un mot sec ou d\u00e9placer une main suffit \u00e0 d\u00e9samorcer l\u2019agression. La plupart des rapports forc\u00e9s entre personnes qui se connaissent, c\u2019est \u00e0 redire, arrivent parce que cellui qui exerce la violence ne s\u2019en rend pas compte, parce que les limites n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 clairement pos\u00e9es, parce qu\u2019ille n\u2019est pas attentive, parce que toutes les relations se sont toujours pass\u00e9es comme \u00e7a, parce que l\u2019autre ne \u201cdit\u201d pas qu\u2019ille ne veut pas&#8230; N\u2019appuyons pas la construction d\u2019une \u00ab figure du violeur \u00bb. Par contre, il est vrai que nous ne savons pas comment nous prot\u00e9ger ou nous d\u00e9fendre, tant physiquement que mentalement. Nous nous sentons si fragiles, si faibles&#8230; On nous le r\u00e9p\u00e8te depuis l\u2019enfance, il n\u2019est pas \u00e9tonnant qu\u2019on finisse par le croire&#8230;<\/p>\r\n<p>En faisant exister ces questions-l\u00e0, en les rendant vivantes, pr\u00e9sentes, on prend conscience et on exp\u00e9rimente concr\u00e8tement que la fatalit\u00e9 peut \u00eatre rompue, qu\u2019on peut poser des limites, en sortir renforc\u00e9.e.s et qu\u2019on n\u2019est pas isol\u00e9.e.s. S\u2019il est illusoire d\u2019esp\u00e9rer sentir l\u2019impact de ce type de comportements \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une ville, cela peut marcher dans des lieux collectifs, des r\u00e9seaux de personnes qui se croisent assez r\u00e9guli\u00e8rement. Dans ces endroits, on fait attention \u00e0 ces choses-l\u00e0, on prend soin les un.e.s des autres, et on fait face ensemble \u00e0 ce qui nous effraie. Sur un plus ou moins long terme, on peut esp\u00e9rer que de moins en moins de personnes se permettent des gestes ou des paroles sexistes, \u00e0 force de se faire engueuler, voire virer des endroits, peut-\u00eatre sans avoir compris, mais en constatant au moins que \u00e7a ne marche pas toujours comme on l\u2019esp\u00e8re&#8230;<\/p>\r\n<p>Que de plus en plus de personnes, se sentant en confiance, prenant conscience de la dimension collective de ces violences, trouvent des espaces pour en parler; que ce sujet ne soit plus la chose la plus honteuse qu\u2019on puisse avoir v\u00e9cu, dont on ressort la plupart du temps en se sentant coupable personnellement, alors que ce sont des dynamiques de domination sociale qui sont le plus souvent en cause.<\/p>\r\n<p>Il me semble qu\u2019il serait faux d\u2019avancer que le syst\u00e8me patriarcal est seul responsable des violences sexuelles. En tout cas, il est improbable, m\u00eame dans mon monde id\u00e9al, sans flics, sans \u00e9coles, sans prisons et sans Etat, que les comportements autoritaires et les rapports de domination disparaissent. Nous y serons toujours confront\u00e9.e.s, parce que je ne crois pas qu\u2019il puisse exister une fa\u00e7on de grandir qui convienne \u00e0 tout le monde; parce que chaque personne na\u00eet avec un certain caract\u00e8re, que son parcours influence au fur et \u00e0 mesure, je n\u2019esp\u00e8re pas pouvoir gommer toutes les \u00ab imperfections \u00bb du genre humain qui me terrifient ou me d\u00e9go\u00fbtent.<\/p>\r\n<p>A moins de pr\u00f4ner une exp\u00e9rience totalisante et fascisante, qui nous fa\u00e7onnerait tou.te.s \u00e0 l\u2019image que je me fais d\u2019un individu \u00e9panoui et d\u2019une vie en libert\u00e9, il me semble que, des conflits, il y en aurait toujours, mais que nous trouverions d\u2019autres fa\u00e7ons de nous y confronter que celles qui nous sont impos\u00e9es aujourd\u2019hui.<\/p>\r\n<p>Le viol n\u2019est pas juste une affaire personnelle, mais une violence sociale qui perdure et se maintient avec la complicit\u00e9 du collectif. Ne sont pas seulement concern\u00e9es les personnes y ayant \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es. Comme dans d\u2019autres aspects de la domination, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019opposer les hommes aux femmes ou les travailleurs aux ch\u00f4meurs ou aux personnes sans-papiers, nous percevoir en tant que cat\u00e9gories s\u00e9par\u00e9es ne fait que nous isoler des cons\u00e9quences r\u00e9elles que cette division a sur nos vies. Ce n\u2019est qu\u2019en le projetant hors de l\u2019espace priv\u00e9 pour en faire un enjeu qui nous implique tou.te.s qu\u2019on peut esp\u00e9rer briser la r\u00e9signation.<\/p>\r\n<h3>QUELQUES TEXTES QUE J\u2019AI PARTICULI\u00c8REMENT AIM\u00c9S, (OU QUI M\u2019ONT BEAUCOUP APPORT\u00c9), AUTOUR DU PATRIARCAT, DU GENRE, DE LA SEXUALITE ET DU RAPPORT A L\u2019ENFERMEMENT<\/h3>\r\n<p><em>(il en manque sans doute plein de bien mais, que voulez-vous, je<\/em><\/p>\r\n<p><em>n\u2019ai \u00e9videmment pas tout lu&#8230;)<\/em><\/p>\r\n<p><strong>LIVRES, ESSAIS, TH\u00c9\u00c2TRE:<\/strong><\/p>\r\n<p><em>King Kong Th\u00e9orie<\/em>, Virginie Despentes (r\u00e9cits d\u2019exp\u00e9riences autobiographiques teint\u00e9s de critique sociale par une f\u00e9ministe plut\u00f4t rock \u2018n roll)<\/p>\r\n<p><em>Du c\u00f4t\u00e9 des petites filles,<\/em> Elena Giuletta Bonnetti (pour mieux comprendre comment les genres sont construits avant m\u00eame la naissance)<\/p>\r\n<p><em>Classer, dominer,<\/em> Christine Delphy (analyse de fond tr\u00e8s int\u00e9ressante, malgr\u00e9 une approche th\u00e9orique sociologique des rapports de domination)<\/p>\r\n<p><em>R\u00e9cits de femmes et autres histoires,<\/em> Franca Rame (solos de th\u00e9\u00e2tre abordant le patriarcat sous diff\u00e9rents angles, le couple, le viol, la prostitution, la maternit\u00e9, l\u2019avortement&#8230; chouette, mais parfois un peu trop r\u00e9ducteur et simpliste. Tr\u00e8s marqu\u00e9 par la tendance communiste autoritaire. Rame \u00e9tait au Parti Communiste Italien)<\/p>\r\n<p><em>Queer ultra violence (<\/em>brochure provisoire en attendant la traduction finale, collectant diff\u00e9rents textes du mouvement queer insurrectionnaliste Bash Back! aux USA durant les derni\u00e8res ann\u00e9es. Tr\u00e8s tr\u00e8s contradictoire ! Mais certains textes ont le m\u00e9rite de faire le lien entre tous les aspects de la domination, avec une rage et une d\u00e9termination qui me manquent cruellement dans ce que je vois autour de moi)<\/p>\r\n<p><em>Femmes en flagrant d\u00e9lit d\u2019ind\u00e9pendance,<\/em> Gail Pheterson (textes extr\u00eamement int\u00e9ressants concernant l\u2019analyse des rapports de domination genr\u00e9s, faisant brillament le lien entre des sujets tels que la prostitution et les femmes dites clandestines par exemple, ainsi que la probl\u00e9matique de l\u2019enfantement, de la grossesse et de l\u2019avortement. Met en \u00e9vidence le r\u00f4le des Etats dans la construction et le maintien de la cat\u00e9gorie \u00ab femme \u00bb , en organisant sa tutelle et en punissant ou emp\u00eachant toute tentative d\u2019autonomisation du carcan pr\u00e9-\u00e9tabli)<\/p>\r\n<p><em>Huye hombre huye<\/em>, Xos\u00e9 Tarrio Gonzales (autobiographie d\u2019un rebelle social, malade du Sida et enferm\u00e9 en FIES (r\u00e9gime de haute s\u00e9curit\u00e9 en Espagne), un r\u00e9cit bouleversant de longues ann\u00e9es d\u2019enfermement, de mutineries, d\u2019insoumission sans faille, de solidarit\u00e9, de l\u2019horreur de l\u2019univers carc\u00e9ral et du monde qui le produit&#8230; \u00e7a fout la rage au ventre et les larmes aux yeux)<\/p>\r\n<p><strong>SUR INFOKIOSQUES.NET<\/strong><\/p>\r\n<p><em>Comment les \u00eatres humains ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9tamorphos\u00e9s en hommes et en femmes<\/em> Alice Schwartzer (heu&#8230; tout est dans le titre)<\/p>\r\n<p><em>Le consentement, 100 questions sur les interactions sexuelles<\/em> (je vous laisse d\u00e9couvrir&#8230;)<\/p>\r\n<p><em>Non, c\u2019est non<\/em> (brochures, 3 volumes) Irene Zellinger (outil de base pour d\u00e9velopper une confiance en soi, tant du point de vue technique, puisqu\u2019il s\u2019agit aussi d\u2019autod\u00e9fense physique, que mental. N\u00e9anmoins, je ne partage pas du tout l\u2019approche \u00ab l\u00e9galiste \u00bb, qui n\u2019est pas vraiment remise en question, notamment dans le rapport aux flics..<\/p>\r\n<p><em>A propos d\u2019autonomie, d\u2019amiti\u00e9 sexuelle et d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9<\/em> Corinne Monnet (issu de l\u2019ouvrage \u201cAu-del\u00e0 du personnel\u201d, ce texte a \u00e9t\u00e9 pour moi un outil formidable il y\u2019a quelque ann\u00e9es. Il m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 envisager de fa\u00e7on beaucoup plus claire comment les relations peuvent \u00eatre v\u00e9cues, dans une tentative d\u2019avoir des rapports anti-autoritaires et \u00e9mancipateurs)<\/p>\r\n<p><em>La fabrique artisanale des conforts affectifs<\/em> (compilation de textes vraiment chouettes, des t\u00e9moignages qui donnent plein de pistes sur d\u2019autres mani\u00e8res de vivre nos rapports hors de la norme)<\/p>\r\n<p><em>R\u00e9flexions autour d\u2019un tabou, l\u2019infanticide<\/em> Ouvrage collectif (sur les questions de maternit\u00e9, de comment l\u2019Etat construit l\u2019histoire et fa\u00e7onne une m\u00e9moire collective en fonction de ses besoins, sur les questions de l\u2019adoption ou de l\u2019avortement par exemple. Je ne vous en dis pas plus&#8230;)<\/p>\r\n<p><em>Plaisirs de femmes<\/em>, Les farfadettes (pour re-d\u00e9couvrir comment fonctionnent nos p\u2019tites minettes et se donner des frissons en lisant les histoires des autres&#8230;)<\/p>\r\n<p><em>Frissons via la masturbation (ou pas)<\/em> (petites histoires pour se donner envie, r\u00e9fl\u00e9chir sur son propre rapport au plaisir, au d\u00e9sir, \u00e0 son corps, \u00e0 ses sexualit\u00e9s&#8230;)<\/p>\r\n<p><em>Nous sommes touTEs en devenir,<\/em> Leslie Feinberg (malgr\u00e9 une tendance quelque peu r\u00e9formiste, ou du moins pas assez combative \u00e0 mon go\u00fbt, ce texte a repr\u00e9sent\u00e9 une bonne introduction pour moi, concernant la \u00ab question trans \u00bb. J\u2019aime particuli\u00e8rement sa fa\u00e7on de se r\u00e9f\u00e9rencer au genre non pas uniquement comme construction sociale, mais aussi comme une palette infinie de possibilit\u00e9s dans laquelle chacun.e choisirait de s\u2019autod\u00e9terminer)<\/p>\r\n<p><em>Pourquoi faudrait-il punir?<\/em> Catherine Baker (texte particuli\u00e8rement important dans ma vie. Tout est dans le titre&#8230;)<\/p>\r\n<p><em>Pour en finir avec les prisons pour mineurs<\/em> (texte fondamental qui expose bien les raisonnements s\u00e9curitaires qui fondent notre soci\u00e9t\u00e9, qui parle du rapport \u00e0 l\u2019anormalit\u00e9 et \u00e0 la dangerosit\u00e9&#8230;)<\/p>\r\n<p><strong>LA MASTURBATION REND SOURDE<\/strong><\/p>\r\n<p>(notes de fond de tiroir)<\/p>\r\n<p>Mon corps ne se laisse pas apprivoiser facilement. Il est bless\u00e9, il a souvent eu mal, il a souvent \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de dispara\u00eetre pour ne pas hurler de douleur, de rage ou d\u2019impuissance. Et surtout, mon corps est \u201cil\u201d, il est autre que moi, il n\u2019est pas moi, nous sommes s\u00e9par\u00e9s et nous en souffrons tous les deux.<\/p>\r\n<p>Alors j\u2019essaie de prendre soin de lui. De ne plus le consid\u00e9rer comme autre, comme potentiel ennemi, mais comme mon alli\u00e9. Comment nous rassembler?<\/p>\r\n<p>Je dois nous aimer. Pour nous r\u00e9concilier, je dois nous accepter. Je dois nous gu\u00e9rir de nos traumatismes, d\u2019abord en les acceptant, ensuite en acceptant de prendre le temps. J\u2019ai v\u00e9cu un premier viol, puis une s\u00e9rie de rapports sexuels non consentis qui restent dans ma chair comme des viols. M\u00eame si je suis persuad\u00e9e que mes partenaires n\u2019avaient qu\u2019une faible perception de la violence qu\u2019ils me faisaient subir. Toujours est-il que mon corps est m\u00e9fiant, il est toujours sur ses gardes.<\/p>\r\n<p>Dans la rue, quand on le siffle, o\u00f9 il est parfois pr\u00eat \u00e0 crever pour ne plus jamais se sentir victime, tant il se sent rappel\u00e9 \u00e0 sa faiblesse, \u00e0 sa condition de proie facile \u00e0 longueur de temps&#8230; Et fatalement, dans un lit aussi, o\u00f9 il est confront\u00e9 \u00e0 ses limites, ses frayeurs, ses blocages. La sexualit\u00e9 est une autre facette de notre rapport au monde. Je suis autant sur mes gardes \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur&#8230;<\/p>\r\n<p>Mon corps a une volont\u00e9 que je n\u2019ai pas encore comprise. Il me parle un langage qui m\u2019\u00e9chappe souvent. Il m\u2019envoie des signes que je ne sais pas interpr\u00e9ter. J\u2019ai pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 croire que j\u2019\u00e9tais \u201cfrigide\u201d, cet horrible mot qu\u2019on colle \u00e0 tant de femmes qui ne trouvent pas le plaisir. Et puis maintenant, j\u2019en ai assez. Ma vie s\u2019articule autour d\u2019un ensemble de luttes qui visent toutes \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation de l\u2019individu de toute autorit\u00e9: contre les prisons, les fronti\u00e8res, l\u2019Etat, contre la domination sous toutes ses formes. Je ne veux plus me plier devant ces normes qui font de mon corps et de mon esprit les premi\u00e8res taules dont je suis incapable de m\u2019\u00e9vader. Je veux me r\u00e9approprier mon plaisir et mon imaginaire, je veux vivre mes d\u00e9sirs. Je n\u2019attendrai pas la r\u00e9volution sociale pour commencer \u00e0 vivre comme je r\u00eave de pouvoir le faire.<\/p>\r\n<p><strong>Premi\u00e8re \u00e9tape. La masturbation.<\/strong><\/p>\r\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 il y a quelques mois, je ne savais pas me faire jouir. Je ne sais pas quelle(s) position(s) me donne(nt) un orgasme \u00e0 coup s\u00fbr, ni si elles existent. Je ne sais pas s\u2019il existe une recette, un processus, une marche \u00e0 suivre, qui mettrait mon corps en situation. Je voudrais ne pas me faire l\u2019amour juste en attendant l\u2019orgasme, \u00e9ventuellement, mais que chaque seconde, depuis le premier frisson de l\u2019excitation jusqu\u2019au moment o\u00f9 mon d\u00e9sir s\u2019\u00e9teint, soit une jouissance. Rompre avec cette exigence de la finalit\u00e9.<\/p>\r\n<p>Je ne connais pas du tout mon sexe. Je ne le trouve pas beau. Je sais, en ayant lu d\u2019autres personnes, que c\u2019est aussi par l\u00e0 que \u00e7a commence: le regarder, l\u2019accepter, le caresser, l\u2019ouvrir, le mouiller, l\u2019observer pour voir comment il r\u00e9agit; cr\u00e9er une relation de confiance, et puis, encore une fois, le r\u00e9-int\u00e9grer comme une partie de moi, pas un machin ext\u00e9rieur. Peut-\u00eatre ne pas trouver \u00e7a beau au d\u00e9but, mais accepter la curiosit\u00e9 pour cette chose bizarre et inconnue qui se cache entre mes cuisses.<\/p>\r\n<p>Ensuite, prendre le temps. Ce soir, je me couche t\u00f4t. Ce soir, je me touche. Je me couche dans mon lit. Avec ma bouillote, parce que le froid m\u2019a coup\u00e9 tout d\u00e9sir durant mes nuits d\u2019hiver en solitaire. Je sors mes trois jouets: un petit vibro tr\u00e8s pratique qui stimule le clitoris et provoque des d\u00e9charges de plaisir absolument hallucinantes, un plus grand, rose, appel\u00e9 gracieusement \u201cperles de Tha\u00eflande&nbsp;&raquo; pour son alignement de petites boules d\u2019un diam\u00e8tre croissant, flexible et assez fin. Un plus sophistiqu\u00e9, avec 8 programmes diff\u00e9rents (waouw!), au l\u00e9ger bout recourb\u00e9 pour aller sussurrer des mots doux en terre inconnue&#8230;<\/p>\r\n<p>J\u2019en ai trois. Le troisi\u00e8me est un acquis r\u00e9cent, mais les deux premiers me suivent depuis maintenant trois ans. Je ne m\u2019en servais quasiment jamais. Parce que j\u2019\u00e9tais en couple, me donner du plaisir toute seule devait signifier dans ma t\u00eate une forme de trahison vis-\u00e0-vis du plaisir \u00e0 deux. Comme s\u2019il y avait un quota \u00e9puisable, et qu\u2019il fallait le r\u00e9server \u00e0 son partenaire.<\/p>\r\n<p>Me servir de vibros au cours des relations me semblait alors impossible. Enferm\u00e9e dans ma condition de \u201cfemme\u201d, je me sentais incapable de faire douter le m\u00e2le de sa capacit\u00e9 \u00e0 me faire jouir sans soutien ext\u00e9rieur&#8230; Pourtant c\u2019\u00e9tait un homme que j\u2019aimais et qui m\u2019aimait, mais je me sentais absolument impuissante quant \u00e0 lui faire part de mes envies&#8230;<\/p>\r\n<p>Parce que, enferm\u00e9e dans ma condition de \u201cfemme\u201d, je m\u2019interdisais plein de choses. De dire que j\u2019avais envie de faire l\u2019amour, de prendre des initiatives, de dire ce que je n\u2019aimais pas ou au contraire ce que j\u2019aimais. En tant que femme viol\u00e9e, il \u00e9tait encore plus ancr\u00e9 dans mon corps et dans ma t\u00eate que le sexe \u00e9tait, pour moi, criminel. Enferm\u00e9e dans un rapport de culpabilisation, je me flagellais, sans vraiment m\u2019en rendre compte. Je me disais qu\u2019apr\u00e8s des rapports tellement violents, je devais \u00eatre compl\u00e8tement tordue pour avoir encore envie de faire l\u2019amour. Et qu\u2019alors, au moins, je devais le faire discr\u00e8tement. Je ne voulais pas avoir l\u2019air d\u2019une \u201cchienne\u201d. Je savais bien que l\u2019homme que j\u2019aimais ne penserait jamais \u00e7a, au contraire. Que plus je prendrais d\u2019initiatives et serais capable d\u2019\u00eatre pr\u00e9sente dans nos rapports, plus il aurait envie de moi, et meilleures seraient nos relations. Mais j\u2019avais peur de mon \u00eatre sexuel, de mes d\u00e9sirs, de cette puissance. De tous ces aspects inconnus que l\u2019on r\u00e9v\u00e8le dans ces instants de \u201cl\u00e2cher prise\u201d. Le visage tordu de la jouissance, le regard fou, le corps qui devient incontr\u00f4lable, la voix qui se mue en cris, en r\u00e2les, en hal\u00e8tements animaux&#8230; C\u2019est moi \u00e7a? Ca serait moi? L\u2019autre m\u2019aimerait-il encore apr\u00e8s m\u2019avoir vue ainsi, moi, cens\u00e9e \u00eatre une femme fragile que l\u2019on console, sans trop d\u2019attentes ni de d\u00e9ceptions?<\/p>\r\n<p>Bref, je ne me suis quasiment plus touch\u00e9e durant ces derni\u00e8res ann\u00e9es o\u00f9 j\u2019\u00e9tais en couple exclusif. Maintenant, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de ne plus laisser mon plaisir au hasard. Ni \u00e0 quelqu\u2019un, dont l\u2019absence me rendrait orpheline de toute possibilit\u00e9 de jouissance.<\/p>\r\n<p>Je ressors mes joujous, et je me colle au pieu.<\/p>\r\n<p>Je mouille mes doigts, je me mets \u00e0 toucher mon clitoris, \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de mon vagin. Je fais \u00e7a quelques fois, et puis je me rends compte que je ne ressens rien. Morceau de chair \u00e9tranger entre mes cuisses contre doigts maladroits et d\u00e9sinvestis. O\u00f9 suis je? Je suis dans ma t\u00eate, \u00e0 chercher le plaisir. Comme une m\u00e9canique, \u00e0 chercher le bouton, la formule magique. Je ne suis pas excit\u00e9e. Mon corps est froid, mon sexe est endormi. Qu\u2019est-ce qui ne va pas?<\/p>\r\n<p>Mon sexe n\u2019est pas une machine. Il est reli\u00e9 \u00e0 mon esprit, tout \u00e7a ne fait qu\u2019un. Si ma t\u00eate est pr\u00e9occup\u00e9e, dur d\u2019envisager mon plaisir lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\r\n<p><strong>Le porno<\/strong><\/p>\r\n<p>C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 regarder du porno.<\/p>\r\n<p>Avant, je partageais avec beaucoup de femmes et d\u2019hommes, \u201cr\u00e9actionnaires\u201d comme \u201cprogressistes\u201d, cette id\u00e9e que \u201cle porno\u201d \u00e9tait une industrie avilissante. Qui faisait appel aux plus bas instincts des \u00eatres humains, formatait les relations sexuelles aux rapports de domination masculine et d\u00e9truisait notre imaginaire et notre estime de nous- m\u00eames, femmes. Si une partie de cette critique me semble toujours applicable \u00e0 une grande partie de la production de films pornos, j\u2019ai eu l\u2019occasion de r\u00e9viser mon jugement.<\/p>\r\n<p>Oui, voir des personnes avoir du plaisir me donne incontestablement envie de faire l\u2019amour. Voire de \u201cbaiser\u201d. La premi\u00e8re fois que je me suis autoris\u00e9e, toute seule, \u00e0 regarder un bout d\u2019un film au hasard trouv\u00e9 sur internet, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 ultra-g\u00ean\u00e9e et chamboul\u00e9e de sentir cette vague monter en moi, et une r\u00e9action aussi fulgurante que celle de mouiller ma culotte, litt\u00e9ralement. J\u2019\u00e9tais d\u2019autant plus mal \u00e0 l\u2019aise que c\u2019\u00e9tait un site d\u00e9gueu o\u00f9 ma conscience ne pouvait que vomir de titres tels que \u201c grosse salope aime s\u2019en faire foutre plein le cul\u201d ou \u201csale pute qui s\u2019fait prendre de force\u201d. Qu\u2019est-ce que j\u2019avais \u00e0 voir avec \u00e7a, moi? Je me sentais mal d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 si excit\u00e9e devant cette sc\u00e8ne alors que ma t\u00eate ne pouvait ressentir que du d\u00e9go\u00fbt avec de telles images. Alors, autant chercher du porno qui me ressemble.<\/p>\r\n<p>D\u00e9but d\u2019une longue recherche. Aller voir les copines qui assument depuis longtemps, leur demander conseils, en regardant un peu par terre, les joues rouges. Et revenir finalement chez soi avec une s\u00e9lection vari\u00e9e !<\/p>\r\n<p>Qu\u2019est ce qui m\u2019excite? Quel est mon univers? Si je repousse mes blocages, mon autocensure, et que je me laisse surprendre? Pas facile. Je suis un peu angoiss\u00e9e. Et si je me r\u00e9v\u00e9lais \u00eatre une adepte de la zoophilie? Ou, le pire pour moi, si je d\u00e9couvrais que voir une femme se faire violer m\u2019excite? Je ne suis pas encore tomb\u00e9e sur une sc\u00e8ne comme celle-l\u00e0, il n\u2019y en a pas dans la s\u00e9lection des copines. Mais les films que j\u2019ai regard\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 maintenant viennent provoquer des r\u00e9flexions plut\u00f4t nouvelles.<\/p>\r\n<p>Ce qui m\u2019excite \u00e0 l\u2019\u00e9cran ressemble rarement \u00e0 la mani\u00e8re dont j\u2019aurais envie d\u2019avoir un rapport sexuel. C\u2019est souvent trop rapide, trop fr\u00e9n\u00e9tique, sans subtilit\u00e9 dans le toucher. Mais, incontestablement, \u00e7a \u00e9veille mon d\u00e9sir. Il n\u2019y a donc pas corr\u00e9lation entre mes \u201cfantasmes\u201d, mon univers mental, et ce que j\u2019aime vivre en r\u00e9el. D\u2019ailleurs, il y a des situations, des positions qui m\u2019excitent \u00e9norm\u00e9ment mais qui ne provoquent pas tant de plaisir en pratique.<\/p>\r\n<p>Je trouve \u00e7a rassurant, qu\u2019il n\u2019y ait pas forc\u00e9ment de lien entre ce que j\u2019aime concr\u00e8tement et ce qui se passe dans ma t\u00eate. Je peux ressentir une r\u00e9action physique puissante li\u00e9e \u00e0 un stimulus c\u00e9r\u00e9bral, sans pour autant que \u00e7a ait un lien avec ma conscience. M\u00eame si j\u2019\u00e9tais excit\u00e9e par des images de soumission ou de rapports forc\u00e9s, cela ne signifierait pas que j\u2019ai aim\u00e9 \u00eatre viol\u00e9e, et que je l\u2019aimerai encore.<\/p>\r\n<p>Ouf! Ce qui se passe dans ma t\u00eate n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 moi. Personne n\u2019y a acc\u00e8s sans que je l\u2019y invite. Le reste se joue entre moi et ma conscience, si \u00e7a me pose probl\u00e8me. Et \u00e7a ouvre de sacr\u00e9es questions. Sur la morale, notamment. Jusqu\u2019o\u00f9 je pose mes propres limites, qu\u2019est ce que je consid\u00e8re comme une \u201cd\u00e9viance\u201d, si \u00e7a existe? Est-ce que je trouve \u201cmal\u201d, nocif, de montrer certaines choses \u00e0 l\u2019\u00e9cran pour provoquer le d\u00e9sir, que je trouverais immondes dans la vie? Faudrait-il que je m\u2019autocensure si je d\u00e9couvrais que certaines choses d\u00e9passent les limites que j\u2019ai fix\u00e9es \u00e0 mon \u00e9thique? La fonction du porno, ne serait- elle pas, aussi, de servir de soupape pour nos id\u00e9es les plus noires, afin qu\u2019elles trouvent une \u00e9chappatoire plut\u00f4t que de ronger nos consciences?<\/p>\r\n<p><strong>Etape suivante. Dialoguer.<\/strong><\/p>\r\n<p>Mettre des mots avant, et pendant les rapports intimes pour aiguiller, indiquer. Prendre mon plaisir en main, \u00e7a veut dire arr\u00eater de croire que l\u2019autre doit savoir ce que moi je ne sais pas. Que l\u2019autre doit deviner ce que je ne dis pas. Aller l\u00e0 o\u00f9 je ne lui fais pas sentir qu\u2019il peut.<\/p>\r\n<p>Je regrette d\u2019avoir pourri toutes mes histoires par mon incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9mettre des signes. Je ne suis plus f\u00e2ch\u00e9e contre moi. Ni contre mes amoureux. Eux comme moi, nous sommes les produits d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 castratrice, et \u00e7a n\u2019est que des ann\u00e9es plus tard que je commence \u00e0 avoir des cl\u00e9s de compr\u00e9hension. Pour chaque minute de g\u00e2ch\u00e9e par la normalit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e, je me suis fait la promesse de ne plus perdre une seule seconde. Alors je me suis foutu un bon coup de pied au cul. Combien d\u2019heures pass\u00e9es \u00e0 ressasser ce que j\u2019aurais d\u00fb dire, les gestes que j\u2019aurais pu faire&#8230; A me parler comme on parle \u00e0 une enfant born\u00e9e, en m\u2019engueulant int\u00e9rieurement de toutes mes forces! Mais qu\u2019est-ce que tu attends, sors de ta stupeur! Tu as une bouche sers-t\u2019en! Tu as des mains fais ce que tu veux avec!<\/p>\r\n<p>Et petit \u00e0 petit, comme on dit&#8230; Je suis sortie de mon nid. J\u2019ai entam\u00e9 un processus lent mais incontestable.<\/p>\r\n<p>Bien entendu, je ne suis pas toute seule dans cette histoire. Je dois \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 mes compagnons. A mes ami.e.s aussi, pour tout ce que l\u2019on d\u00e9construit ensemble. Mais sans un partenaire attentif, patient, \u00e0 l\u2019\u00e9coute, m\u00eame de ce que je ne dis pas, mes r\u00e9solutions seraient de la gnognote. Si, maintenant, j\u2019ai recommenc\u00e9 \u00e0 me masturber, et que je suis capable de parler de mon premier viol, de dire que j\u2019ai envie de faire l\u2019amour, que je n\u2019ai plus peur des hommes et de moins en moins des femmes, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 moi bien s\u00fbr. Mais c\u2019est dans un \u00e9lan de lib\u00e9ration conjoint que l\u2019on trouve le plus de forces.<\/p>\r\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le genre, entendu comme la division des individus en deux cat\u00e9gories distinctes, masculine et f\u00e9minine ; une construction engendrant un ensemble de rapports pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s en ter- mes de r\u00f4les et de privil\u00e8ges au sein de la hi\u00e9rarchie sociale. A ne pas confondre avec le sexe physiologique, le genre serait plut\u00f4t la fa\u00e7on dont on est per\u00e7u socialement ou la fa\u00e7on dont la soci\u00e9t\u00e9 nous classe ou nous impose de nous comporter. Le patriarcat, entendu comme le syst\u00e8me structurel de domination du genre masculin sur le genre f\u00e9minin.<\/p>\r\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Certes, de plus en plus de filles adoptent des comportements qualifi\u00e9s de \u00ab masculins \u00bb : agressivit\u00e9, d\u00e9termination, ambition professionnelle, sexualit\u00e9 hors couple etc. Il y aurait beaucoup trop \u00e0 dire sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab d&rsquo;\u00e9galisation \u00bb pour le d\u00e9velopper convenablement ici. Basiquement, je l&rsquo;analyse comme une volont\u00e9 de s&rsquo;affranchir de sa position de domin\u00e9 pour acqu\u00e9rir les m\u00eames privil\u00e8ges, en adoptant les comportements de la classe dominante et en esp\u00e9rant ainsi se faire reconna\u00eetre comme \u00e9gal. Ce qui, d&rsquo;apr\u00e8s moi, est une grande erreur : d&rsquo;abord parce que les femmes ont toujours plus d&rsquo;efforts \u00e0 fournir pour prouver leur valeur, et sont de surcro\u00eet souvent m\u00e9pris\u00e9es ou ha\u00efes lorsqu&rsquo;elles sortent du r\u00f4le f\u00e9minin classique. Ensuite parce que je ne consid\u00e8re pas comme \u00e9mancipatrice l&rsquo;adoption de certains comportements valoris\u00e9s comme masculins. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;utiliser les autres comme objets sexuels ou de diriger une entreprise ou un minist\u00e8re d&rsquo;une main de fer&#8230;<\/p>\r\n<p>A cela, je voudrais ajouter qu&rsquo;au-del\u00e0 du genre qui nous d\u00e9termine, nous sommes aussi des individus, plus ou moins forts, \u00e9go\u00efstes et autoritaires, et que c&rsquo;est aussi ce caract\u00e8re personnel qui peut nous pousser \u00e0 vouloir dominer. Ce qui ajoute pour moi une complexit\u00e9 \u00e0 la seule analyse du d\u00e9terminisme de genre et de milieu social.<\/p>\r\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Inexistant : concept d\u00e9signant la r\u00e9alit\u00e9 tant mat\u00e9rielle que mentale qui nous entoure, accept\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement comme ne pouvant \u00eatre chang\u00e9e et \u00e0 laquelle il faudrait s adapter (l\u2019Etat, le capitalisme, l\u2019\u00e9cole, la prison, les fronti\u00e8res, les rapports de domination interindividuels, etc.). Voir \u201cA couteaux tir\u00e9s avec l\u2019existant, ses d\u00e9fenseurs et ses faux critiques\u201d pour un possible approfondissement.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Consid\u00e9rations sur le viol et le patriarcat Ces &laquo;&nbsp;consid\u00e9rations sur le viol et le patriarcat&nbsp;&raquo; s\u2019attaquent de front \u00e0 diff\u00e9rentes questions comme celles de la sexualit\u00e9, du corps, du consentement, des limites qu\u2019on r\u00e9ussit \u00e0 fixer ou pas, de l\u2019\u00c9tat, &hellip; <a href=\"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/?p=1500\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[20],"class_list":["post-1500","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-violences-sexistes-et-sexuelles","tag-text-only"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1500","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1500"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1500\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2904,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1500\/revisions\/2904"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1500"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1500"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/remuernotremerde.poivron.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1500"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}